Péninsule de Reykjanes : éruption ou pas éruption? Personne ne le sait ! // Reykjanes Peninsula : eruption or no eruption? Nobody knows !

Aucun événement significatif n’a été signalé au cours de la journée et de la nuit écoulées. L’essaim sismique a débuté le 25 octobre 2023 sur la péninsule de Reykjanes. Cela signifie que cela fait 16 jours qu’on attend une éventuelle éruption, … et aucun événement de ce type ne s’est produit ! Le 9 novembre, un volcanologue islandais a déclaré qu’il y avait 60 % de chances qu’une éruption se produise prochainement. Il a ajouté : « Nous ne pouvons pas dire exactement ce qui se passe. » La prévision éruptive a du plomb dans l’aile ! Quand le risque éruptif se situe dans une zone désertique comme lors des précédentes éruptions, il est facile de faire des prévisions à tout va. Quand des infrastructures ou des habitations sont menacées, la prévision devient tout de suite plus compliquée!
L’activité sismique a culminé avec un événement de M4.8 aux premières heures du 9 novembre à l’ouest du Mt Þorbjörn. Il s’agit du plus puissant séisme depuis le début de l’essaim. Sept événements de M4,0 ou supérieurs ont été enregistrés dans la zone allant d’Eldvörp à l’est de Sýlingarfell. Selon le Met Office, le fait qu’il y ait des séismes plus forts qu’auparavant dans la région ne signifie pas nécessairement une accélération de la vitesse d’accumulation du magma. Cependant, comme cette accumulation se poursuit, il faut s’attendre à de nouveaux événements sismiques sur la péninsule de Reykjanes car l’intrusion magmatique génère une intensification des contraintes dans la région.
Par mesure de précaution, le Blue Lagoon est fermé pendant une semaine jusqu’au 16 novembre. Les employés recevront l’intégralité de leur salaire pendant les heures de fermeture et les clients seront remboursés intégralement.
Sources  : IMO, Iceland Monitor, Iceland Review.

Dernière minute : le Met Office islandais indique aujourd’hui (10 novembre 2023) que l’activité sismique sur la péninsule de Reykjanes a migré vers la ligne de cratères Sundhnúkar au cours de la dernière journée. Presque tous les séismes dans la région se sont produits sur cette ligne de cratères qui se trouve à l’est de Sýlingarfell et de l’autre côté de la crête par rapport à la centrale de Svartsengi.

L’activité sismique, à nouveau soutenue, a traversé la route qui conduit à Grindavik et s’éloigne donc de la centrale de Svartsengi. L’intrusion magmatique joue avec les nerfs des Islandais! (Source: Met Office)

Il semble que la sismicité soit en train de s’éloigner de la centrale électrique de Svartsengi (voir ci-dessus), mais la Protection civile a proposé le 9 novembre d’édifier un mur de protection autour du site. Selon le Ministre des Infrastructures, une autorisation de mise en œuvre venant du gouvernement sera disponible dans les prochaines heures.  » Nous sommes toujours dans un état d’incertitude (Uncertainty). Nous sommes souvent dans une telle situation en Islande et rien de grave ne se produit, donc nous allons maintenant attendre et espérer que rien de grave n’arrivera, mais nous devons aussi nous préparer au pire. »
En ce qui concerne la population, le Ministre a ajouté :  » Tout le monde fait de son mieux et on tentera de donner l’alerte le plus rapidement possible, si quelque chose arrive. Mais il est tout aussi probable que rien ne se passe, personne ne le sait. »
Source : Iceland Monitor.

—————————————————-

No significant event occurred during the past day and night. The seismic swarm started on October 25th, 2023 on the Reykjanes Peninsula. This means that an eruption has been expected for 16 days….and no such event has happened. On November 9th, an Icelandic volcanologist said there is a 60% chance of an eruption soon. He added : « We can’t say exactly what the situation is. » Eruptive prediction is in trouble! When the eruptive risk is located in a desert area as during previous eruptions, it is easy to make random predictions. When infrastructure or homes are threatened, predictions immediately become more difficult!

Seismic activity culminated with an M4.8 event in the early hours of November 9th west of Þorbjörn. It is the largest earthquake since the swarm began. Seven earthquakes M4.0 or larger in size were measured in the area from Eldvörp to the area east of Sýlingarfell. According to the Met Office, the fact that there are now larger earthquakes than before in the area does not necessarily mean an increased rate of magma accumulation. However, while the accumulation of magma continues, seismic activity can be expected on the Reykjanes Peninsula because the magma intrusion causes increased tension in the area.

As a precaution, the Blue Lagoon has been closed for one week until November 16th. Employees will be paid full wages during the closing hours and guests will receive a full refund.

Sources : IMO, Iceland Monitor, Iceland Review.

Last minute : The Icelandic Met Office indicates today (November 10th, 2023)that seismic activity on the Reykjanes peninsula has shifted to the Sundhnúkar crater line in the past day. Almost all of the earthquakes in the area have occurred in that crater line, which lies to the east of Sýlingarfell and the other side of the ridge from the power plant in Svartsengi.

It looks as if seismicity migrated away from the Svartsengi power station in the past hours, but a proposal was made for a defence wall around Svartsengi by the Civil Protection on November 9th. According to the Minister of Infrastructure, an idea of implementation from the government will be available in the next few hours.“We’re still in a state of uncertainty. We’re often in a state of uncertainty in Iceland and nothing serious happens, so we’ll now see and hope for the best, but we also need to be ready for the worst.”

As far as the population is concerned, the Minister added : « “Everyone is trying to do their best and will try to give out warning as soon  as possible, if something happens. But it’s also just as likely that nothing happens, no one knows.”

Source : Iceland Monitor.

Photo: C. Grandpey

L’Islande toujours dans l’attente d’une éruption // Iceland still waiting for an eruption

Lors d’une séance d’information organisée par la Protection civile le 6 novembre 2023, Kristín Jónsdóttir, du Met Office islandais, a indiqué que l’intrusion magmatique au niveau du mont Þorbjörn a environ un mètre d’épaisseur et met en jeu quelque six millions de mètres cubes de magma. La scientifique a ajouté que l’intrusion magmatique actuelle est différente de celle de l’éruption de Fagradalsfjall car elle se produit horizontalement et pas verticalement. De tels intrusions magmatiques peuvent s’allonger, s’épaissir progressivement et s’étirer sur les côtés. Au final, elles peuvent occuper beaucoup d’espace sans pour autant provoquer une éruption*.
En conséquence, personne ne sait si, où et quand une éruption aura lieu, même si la probabilité augmente chaque jour.
Il semble que les sites les plus exposés à une éruption se trouvent à l’ouest et au nord du mont Þorbjörn et à Sýlingarfell. Cependant, rien n’indique pour le moment.que le magma se rapproche de la surface.
Les responsables de la centrale électrique de Svartsengi indiquent que la société Orka a élaboré des plans d’intervention dont le but est d’assurer la sécurité des salariés et des sous-traitants. S’il y avait une évacuation en raison d’une éruption volcanique, le personnel quitterait les lieux, mais le fonctionnement de la centrale serait contrôlé à distance depuis la centrale électrique de Reykjanes. La société Orka a également étudié les moyens d’envoyer de l’eau dans les coulées de lave afin qu’elles puissent éventuellement ralentir leur progression avant d’atteindre la centrale électrique. Il est également possible de recouvrir les puits de forage avec du gravier et du sable, ce qui permettra de reprendre les opérations après une éruption.
En cas de panne de courant à Grindavík, des groupes électrogènes prendraient le relais si aucune alimentation n’était fournie par d’autres sources. Si nécessaire, il y a suffisamment de groupes électrogènes capables de couvrir la consommation d’électricité à Grindavík, tant pour les foyers que pour les entreprises et institutions publiques.
S’agissant de la sécurité des personnes, des plans d’évacuation ont été élaborés et mis à jour régulièrement. Voir ma note sur le plan d’évacuation de Grindavik.

A noter que les excursions au Lagon Bleu depuis Reykjavik sont suspendues pour 3 jours, par mesure de sécurité. La situation sera alors réévaluée.

* [Ce ne serait pas la première fois qu’une éruption avorte en Islande. Je campais à Reykjalid (nord de l’Islande) en juillet 1990 alors qu’une éruption du Krafla semblait imminente. Le soulèvement du sol sous la centrale géothermique était important et la sismicité était élevée. Je pouvais ressentir les secousses à l’intérieur de mon corps sous ma tente. Un séisme a été particulièrement fort une nuit. Je me suis levé et j’ai escaladé la colline derrière le camping pour m’assurer qu’il n’y avait pas eu d’éruption. En fait, il ne s’est rien passé. Quelques jours plus tard, j’ai rencontré le regretté Maurice Krafft qui m’a dit que l’éruption avait avorté.]

——————————————

During an information briefing held by the Department of Civil Protection on November 6th, 2023, Kristín Jónsdóttir, from the Icelandic Met Office indicated that the magma accumulation at Mt. Þorbjörn is estimated to be about one metre thick and about six million cubic metres. She added, that the magma intrusions are different from those at Fagradalsfjall because they lie horizontally in ledges but not vertically. Such ledges can grow long, thicken gradually and spread to the sides. In the end, they can grow very large without an eruption*.

As a consequence, nobody knows whether, where and when an eruption will occur, although the probability increases with each day.

It looks as if the most likely places for an eruption to occur are west and north of Mt. Þorbjörn and to Sýlingarfell. However, there is no evidence of magma near the surface at hhe moment.

The managers of the Svartsengi power station indicate that the Orka company has worked on its response plans whose aim is to ensure the safety of employees and contractors. If there were an evacuation due to a volcanic eruption, shift workers would evacuate Svartsengi, but the operation would be remotely controlled from the Reykjanes power plant. The company has also looked into ways to inject water into lava flows so that they could possibly slow down before reaching the power plant. It is possible to cover drilling holes with gravel and sand filling to be able to restart operations after an eruption.

Should power outages occur in Grindavík, seserve engines would take over if no power was received from other sources. As necessary, there are enough machines that can cover the general electricity use in Grindavík, both for homes and public companies and institutions.

As far as people’s safety is concerned, plans for evacuation have been drawn up and updated regularly. See my post about the evacuation plan for Grindavik.

It should be noted that trips to the Blue Lagoon from Reykjavik have been suspended for 3 days as a safety measure. The situation will then be reevaluated.

* [It would not be the first time an eruption has aborted in Iceland. I was camping in Reykjalid (northern Iceland in 1990 when an eruption was predicted at Krafla. The ground uplift beneath the geothermal power station had been significant and seismicity was elevated. I could feel the tremors within my body while lyinging on the ground in my tent. One quake was particularly strong one night. I got up and climbed the hill behind the camping to make sure no eruption had not occurred. Actually nothing happened. A few days later, I met the late Maurice Krafft who told me that the eruption had aborted.]

Champ volcanique du Krafla (Photo: C. Grandpey)

Islande : vers la fin de l’éruption ? // Iceland : toward the end of the eruption ?

Selon les dernières observations, l’éruption de Litli-Hrútur sur la péninsule de Reykjanes marque le pas. Elle produit environ 30 à 50 % de lave de moins qu’à la mi-juillet. Si cette tendance se poursuit, la fin de l’éruption pourrait intervenir d’ici une à deux semaines.
Le débit de lave était récemment de cinq à six mètres cubes par seconde. Si ce débit devait encore baisser, la fin de l’éruption pourrait être proche. Cependant, les volcanologues islandais admettent qu’une telle prévision doit être considérée avec prudence car « nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve ». Une augmentation du débit ne peut pas être exclue si, par exemple, un puissant séisme avait un effet sur l’éruption.
L’éruption de Litli-Hrútur de 2023 a commencé avec plus de vigueur que les éruptions précédentes dans la Geldingadalir en 2021 et dans la Meradalir en 2022 avec un débit de lave d’environ 40 mètres cubes par seconde. Cependant, le volume a rapidement chuté, avec 16 mètres cubes le deuxième jour et 10 mètres cubes le troisième jour. Depuis lors, il a régulièrement diminué pour arriver à cinq à six mètres cubes par seconde aujourd’hui.
En supposant que l’éruption actuelle dure quatre à cinq semaines, elle dépasserait de deux semaines l’éruption de 2022, mais serait considérablement plus courte que l’éruption dans la Geldingadalir en 2021.
Source : Iceland Review.

—————————————————-

According to the latest observations, the Litli-Hrútur eruption on the Reykjanes Peninsula is declining. It is producing about 30-50% less lava than by mid-July. If this trend continues, the end of the eruption could be only one to two weeks away.

The lava flow has most recently been measured at five to six cubic metres per second, and if the rate should fall further, the end of the eruption may be in sight. However, Icelandic volcanologists admit that such predictions are to be taken with some reservation since “ we don’t know what the future holds.” An increase in the flow cannot be ruled out if for instance, a large earthquake should have an effect on the eruption.

The 2023 Litli-Hrútur eruption began with more power than the previous 2021 Geldingadalir and 2022 Meradalir eruptions with a lava flow at about 40 cubic metres per second. However, the volume quickly dropped off, measuring 16 cubic metres by the second day, and 10 cubic metres by the third day. Since then, it has steadily declined to the rate of five to six that we see today.

Supposing the current eruption lasts four to five weeks in total, it would be two weeks longer than the eruption last year but considerably shorter than the eruption in Geldingadalir 2021.

Source : Iceland Review.

La webcam confirme la baisse d’intensité de l’éruption

Premier bilan de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes // First assessment of the eruption on the Reykjanes peninsula

Une éruption a commencé sur la péninsule de Reykjanes à 16h40 le 10 juillet 2023. Il s’agit de la troisième éruption en trois ans sur le site. Selon les volcanologues islandais, la région est entrée dans une période d’activité volcanique intense qui pourrait durer des décennies, voire des siècles. . Aucune zone habitée ou infrastructure n’est actuellement menacée par la lave de l’éruption, mais la pollution par les gaz est un risque important, à la fois sur le site et dans le sud-ouest de l’Islande, jusque dans la région de Reykjavík.
L’éruption n’est pas une surprise. En juin 2023, un soulèvement régulier du sol avait été observé sur la péninsule de Reykjanes depuis début avril. Le soulèvement de plus de 2 centimètres indiquait que le magma s’accumulait sous la surface de la péninsule, mais personne ne pouvait dire quand la lave percerait la surface. Début juillet, un essaim sismique a commencé sur la péninsule, avec un événement de M 5.2 dans la soirée du 9 juillet. L’éruption a commencé le 10 juillet. Ce schéma de soulèvement du sol, suivi d’une période de forte sismicité, puis d’une éruption, est identique à celui qui a précédé les éruptions de 2021 et 2022 sur le même site.
L’éruption actuelle est une éruption fissurale qui a débuté exactement là où les volcanologues islandais l’avaient prédit : entre Litli-Hrútur et le mont Keilir, juste au nord des sites éruptifs de 2021 et 2022. Comme c’est le cas pour les éruptions fissurales, l’activité la plus intense a été observée au début et a diminué par la suite. L’éruption est relativement modeste mais pourrait durer longtemps. Alors que l’éruption de 2022 a duré un peu moins de trois semaines, celle de 2021 a duré environ six mois.

Voir les chiffres concernant l’éruption actuelle dans ma note du 18 juillet 2023.
Jusqu’à présent, l’éruption ne menace pas les zones habitées ou les infrastructures, bien que la pollution par ses gaz ainsi que par les incendies de végétation constituent un risque important pour les personnes présentes sur le site et dans des zones plus éloignées.

Une modélisation réalisée par l’Université d’Islande indique que la lave atteindra la route côtière sud – Suðurstrandavegur – à partir de la mi-août, à condition que l’éruption se poursuive au rythme actuel en termes de débit, composition, température et viscosité du magma, et si la rivière de lave continue d’augmenter en longueur. (NDLR : Comme pour d’autres éruptions, tout dépendra de l’alimentation à la source.)
Source : Iceland Review.

————————————————–

An eruption began on the Reykjanes peninsula at 4:40 PM on July 10th, 2023. It is the third eruption in three years at the site, and experts say the region has entered a period of increased volcanic activity that could last decades or even centuries. No inhabited areas or infrastructure are currently threatened by lava flow from the eruption, but gas pollution is a significant risk, both at the site and across Southwest Iceland and the Reykjavík capital area.

The eruption dis not come as a surprise. In June 2023, steady uplift had been measured on the Reykjanes peninsula since early April. While the uplift of over 2 centimetres indicated that magma was collecting below the surface of the peninsula, there were still no indications if or when it would breach the surface. In early July, a seismic swarm began on the peninsula, culminating in an M5.2 event on the evening of July 9th. The eruption began the following day, July 10th. This pattern- uplift followed by a period of strong earthquakes and then finally an eruption – mirrored the 2021 and 2022 eruptions at the same site.

The eruption is a fissure eruption that opened exactly where experts had predicted it would: between Litli-Hrútur and Mt. Keilir, just north of the 2021 and 2022 eruption sites. As is typical for fissure eruptions, its activity was most intense when it began and has decreased since. The eruption is relatively small but could last a long time. While the 2022 Reykjanes eruption lasted just short of three weeks, the 2021 eruption lasted around six months.

See the figures in my post of July 18th, 2023.

So far, the current eruption is not threatening inhabited areas or infrastructure, though pollution from its gases as well as from wildfires set off by the lava are a significant risk for people at the site as well as further off.

A projection model by the University of Iceland indicates that lava will reach the south coastal highway Suðurstrandavegur from mid-August, provided the eruption continues unchanged.in terms of magma productivity, composition, temperature and viscosity, and if the river of lava maintains itself and continue to increase in length. (Editor’s note : like other eruptions, everything will depensd on the lava output at the source).

Source : Iceland Review.

Capture d’image de l’éruption le 19 juillet au matin