Cuisine volcanique

En ce jour de réveillon, voici quelques recettes volcaniques, à condition – bien sûr – de se trouver dans le lieu qui convient!

Au Japon, il est de tradition à Owakudani – un site qui possède des sources chaudes à proximité du Mont Hakone – de tremper des œufs dans l’eau chargée en soufre. Ce dernier réagit avec le calcaire des coquilles qui deviennent noires. Le blanc et le jaune prennent également une légère saveur soufrée. L’endroit attire des foules de touristes comme on peut le voir sur cette vidéo :
http://atimes.com/2015/12/volcano-boiled-black-egg-a-japanese-delicacy/

Le Japon n’est pas le seul endroit au monde où l’on utilise la chaleur des volcans pour faire la cuisine. L’Islande est connue pour son pain de seigle volcanique :
https://youtu.be/jXQjz8m8FtM

A Lanzarote, dans le Parc de Timanfaya, on fait cuire les cuisses de poulets et les pommes de terre au dessus d’un four naturel dont la température atteint 250°C :
https://www.youtube.com/watch?v=O37hIwcAMVs

Dans mon ouvrage Volcanecdotes, aujourd’hui épuisé, j’explique comment on peut faire réchauffer la pizza sur les pentes de l’Etna :
« Choisir un endroit où le rougeoiement est encore visible entre deux plaques de basalte. Poser délicatement la pizza au-dessus de l’interstice, encore enveloppée dans son papier. Très vite, la chaleur de la lave pénètre la pâte et la dégustation se fait quelques dizaines de secondes plus tard, lorsque l’emballage commence à se consumer. Veiller, bien sûr, à retirer l’ensemble avant que le papier prenne carrément feu !
Si la lave très chaude fait défaut, on pourra utiliser un évent fumerollien. Il suffit alors de déposer la pizza dans l’ouverture et d’attendre quelques minutes pour obtenir la température désirée. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le soufre ne vient pas altérer la saveur de la tomate, du jambon, des champignons et des olives ».

… et comment on peut déguster de succulentes grillades sur les coulées de lave du Kilauea à Hawaii :
« Les plus audacieux n’hésitent pas à faire provision de viande avant d’entamer l’approche du volcan. Cette coutume est relativement répandue à Hawaii où la chaleur intense des coulées permet d’obtenir de succulentes grillades. Evidemment, il est fortement déconseillé de déposer le steak ou l’entrecôte directement sur la lave. On aura acheté au préalable une feuille d’aluminium qui ne pèse que quelques dizaines de grammes. On y dépose les tranches de viande, non sans les avoir saupoudrées d’herbes, de poivre ou autres ingrédients, suivant les goûts. L’idéal est de déverser quelques gouttes d’huile sur la feuille d’aluminium pour permettre une cuisson moins ‘sèche’, mais cette précaution n’est pas vraiment indispensable. Une fois accomplis ces préliminaires, on installe la feuille d’aluminium sur une langue de lave très chaude, la plus horizontale possible, de préférence une coulée qui vient de s’immobiliser. On aura auparavant enfilé des gants thermiques afin de ne pas se brûler, car la chaleur de la lave est encore très forte. L’important est de décider du moment où l’on mettra un terme à la cuisson. Cette dernière est extrêmement rapide car la température approche les mille degrés. Il suffit en général de retourner chaque tranche une ou deux fois pour obtenir le résultat désiré. Si, en dépit du poids supplémentaire, on a pris soin d’acheter une bouteille de vin pour arroser le festin, le moment devient tout simplement somptueux ! »

Coulee-Hawaii-blog

Les coulées de lave du Kilauea: idéales pour les steaks grillés!

(Photo: C. Grandpey)

Les tunnels de lave de Lanzarote

En milieu volcanique de point chaud où les laves basaltiques sont particulièrement fluides, il n’est pas rare d’observer et même de pouvoir visiter des tunnels de lave.

A Hawaii par exemple, le Thurston LavaTube a été aménagé pour permettre aux touristes de découvrir ce lieu très particulier. Les visiteurs les plus audacieux peuvent s’aventurer dans le tunnel de Kazumura dont les 65 kilomètres en font le plus long du monde. L’intérieur est particulièrement impressionnant. Claustrophobes s’abstenir !

Les Iles Canaries recèlent elles aussi leur lot de tunnels de lave. Je me suis attardé dans certains d’entre eux lors de mon dernier voyage à Lanzarote et j’ai pu observer trois types de présentation.

A l’intérieur du Parc National de Timanfaya, mon guide m’a fait pénétrer à l’intérieur de deux tubes de lave encore intacts, certes pas très longs, mais où l’on observe parfaitement les banquettes qui montrent les différents niveaux de la lave. Les stalactites de refusion sont de bonnes indicatrices de la chaleur présente en ces lieux au moment de l’éruption. Dans plusieurs secteurs du Parc, les bombements prolongés du sol trahissent la circulation souterraine de la lave il y a deux ou trois siècles. A noter que les anciens habitants utilisaient ces tunnels pour se mettre à l’abri des pirates.

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Afin que les visiteurs de Lanzarote puissent observer ces tunnels, celui de La Cueva de Los Verdes a été aménagé et éclairé, ce qui permet d’entrevoir plusieurs galeries superposées. .

Ce tunnel s’est formé lors de l’éruption du volcan de La Corona il y a environ 3000 ans. Il est dommage que les guides qui le font visiter soient peu bavards et ne possèdent que des connaissances rudimentaires en géologie et volcanologie !

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Toujours dans ce tunnel, on peut visiter les Jameos del Agua, grotte mise en valeur par César Manrique. Un lac naturel y abrite un crustacé albinos unique au monde. Le soleil qui pénètre dans l’eau bleue donne naissance à de superbes effets de lumière. Le tunnel a également été aménagé en un auditorium naturel à l’acoustique extraordinaire.

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En sortant du tunnel, je recommande une halte à la Casa de los Volcanes. Il s’agit d’un centre de recherche et de vulgarisation de la volcanologie des Iles Canaries et d’autres régions de la planète. On peut en outre y contempler des instruments mesurant la température et les mouvements de la Terre.

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 (Photos:  C.  Grandpey)

Un petit tour à Lanzarote (Iles Canaries / Espagne)

Avant que la chaleur envahisse l’archipel, j’ai fait une nouvelle escapade vers les Iles Canaries en cette fin de mois de mai. Après Tenerife l’an dernier, c’est Lanzarote qui était dans mon collimateur cette année. J’avais envie de voir les vestiges des deux éruptions qui ont secoué l’île en 1730 et en 1824.

Les visiteurs qui aiment les volcans ne sont pas déçus à Lanzarote car on voyage en permanence au milieu de cônes stromboliens – égueulés pour la plupart – et de coulées de lave dont beaucoup n’ont pas encore été colonisées par les lichens et la végétation. On a vraiment l’impression que la lave – très riche en olivine – a été vomie il y a seulement quelques années.

Le Parc National de Timanfaya est bien sûr le clou du spectacle. Pour en profiter, il faut se plier à de sévères restrictions d’accès que je trouve parfois exagérées. Pour ne citer que l’une d’entre elles, il est interdit de quitter sa voiture lorsque l’on parcourt les routes qui traversent le Parc. Pourquoi ne pas avoir aménagé quelques aires de stationnement aux endroits les plus photogéniques ? Le parcours effectué en car est fort intéressant. Je recommande de le faire deux fois : un premier trajet assis à gauche et un autre assis à droite du car, afin de profiter de l’ensemble des paysages. Le point de ralliement est le rendez-vous de nombreux cars et voitures avec leurs déversements de touristes. C’est là aussi que l’on aura une démonstration de jets de vapeur et d’enflammement d’herbes sèches, histoire de démontrer que la chaleur résiduelle du magma est toujours présente à Lanzarote. Mon thermomètre montrait une température d’environ 600°C là où la chaleur est suffisante pour faire brûler des herbes sèches. Elle avoisinait 250°C dans les orifices utilisés par le restaurant panoramique pour faire cuire les cuisses de poulets et les pommes de terre.

En dehors du circuit touristique, il faut noter la Ruta de Termesana, petit circuit à pied à l’intérieur du Parc sous la houlette d’un guide. Il est nécessaire de réserver un mois à l’avance (groupe de 8 personnes maxi chaque vendredi matin. Connaissance de l’espagnol ou de l’anglais obligatoire).

Pour ceux qui, comme moi, fuient les zones hyper touristiques, des balades sont possibles dans le Parque Natural de Los Volcanes (à ne pas confondre avec Timanfaya), sans oublier les routes et chemins côtiers qui offrent de superbes opportunités géologiques.

Voici quelques images de ce périple pendant lequel je me suis vraiment régalé.

Le Parc National de Timanfaya…

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De superbes couleurs…

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Une profusion de cratères…

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Des fractures éruptives…

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Des coulées de lave impressionnantes.

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Une lave riche en olivine

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L’îlot de La Graciosa est lui aussi volcanique

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(Photos: C.  Grandpey)