Eruption du Semeru (Indonésie) : le bilan s’alourdit // The death toll increases

Selon les autorités locales, au moins 13 personnes ont été tuées par l’éruption du Semeru le 4 décembre 2021. 7 autres sont portées disparues. 57 villageois ont été blessés, la plupart souffrant de brûlures; 16 sont en condition critique.
Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivront aujourd’hui. Huit ouvriers dans une mine de sable qui avaient été piégés sur la pente du volcan ont pu être évacués avec succès samedi soir.
Des pluies torrentielles ont déclenché des lahars qui ont rasé les maisons du village de Curah Kobokan. Au moins six villages ont été touchés par l’éruption et plus de 900 personnes sont allées se réfugier dans les villages voisins. Les matériaux émis par le volcan ont également détruit plusieurs ponts et bloqué l’accès à certaines zones, entravant les efforts d’évacuation.
Les photos montrent des maisons et des bâtiments publics couverts de cendres et de débris volcaniques. La qualité de l’air dans les zones touchées est considérée comme extrêmement nocive pour la santé humaine.
Les autorités locales ont mis en place une zone de sécurité de 5 km autour du cratère. Toutefois, comme souvent pendant les éruptions en Indonésie, de nombreux villageois ont bravé la mise en garde officielle et sont restés dans leurs maisons pour s’occuper du bétail et protéger leurs biens.
Sources : Agence nationale de gestion des catastrophes (BNPB), The Jakarta Globe.

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Rappelons que l’éruption du Semeru a pris tout le monde par surprise. Aucun signal sismique particulier n’annonçait cet épisode éruptif. Les volcanologues locaux pensent que l’éruption a une origine phréatique suite aux pluies intenses qui se sont abattues ces derniers jours sur le volcan.

En regardant le bilan de l’éruption explosive du Semeru (Indonésie) et celui de l’éruption strombolienne du Cumbre Vieja (La Palma) où une seule victime indirectement liée à l’éruption est à déplorer, on se rend parfaitement compte de la différence entre les volcans gris et les volcans rouges. Prévision quasiment nulle sur les uns, un peu meilleure sur les autres, même si les scientifiques espagnols sont incapables de dire comment va se dérouler la suite des événements à La Palma.

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According to local authorities, at least 13 people were killed by yestreday’s eruption of Mt Semeru. 7 others are reported missing. 57 villagers were injured, mostly suffering from burns; 16 are in a critical condition.

The search and rescue operations continues today. Eight sand miners trapped by lava on the slope of the volcano were successfully evacuated on late Saturday.

Torrential rain turned debris into lahars that flattened homes in the village of Curah Kobokan. At least six villages were affected by the eruption, prompting more than 900 people to take refuge in nearby villages. Volcanic debris also destroyed several bridges and blocked access to some areas, hampering the evacuation efforts.

Photos showed homes and public facilities covered with ashes and volcanic debris. The air pollution level in affected areas is classified as extremely harmful to human health.

Local authorities have declared a restricted zone within 5 kilometers from the crater. However, like during most eruptions in Indonesia, many villagers defied official warnings and chose to remain in their homes, saying they had to tend to their livestock and protect their property,

Sources: National Disaster Mitigation Agency (BNPB), The Jakarta Globe.

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The Semeru eruption caught everyone by surprise. No significant seismic signal announced this eruptive episode. Local volcanologists believe that the eruption had a phreatic origin following the intense rains that fell in recent days on the volcano.
Looking at the death toll of the explosive eruption of Semeru (Indonesia) and that of the Strombolian eruption of Cumbre Vieja (La Palma) where only one victim indirectly linked to the eruption was reported, we realize perfectly the difference between grey and red volcanoes. Zero eruptive prediction for the ones, a little better for the others, even if Spanish scientists are unable to say how events will unfold in the coming days at La Palma.

Photo: C. Grandpey

Dernières nouvelles de La Palma // Latest news from La Palma

20 heures : La trajectoire des coulées de lave existantes et l’apparition d’une nouvelle langue de lave préoccupent les scientifiques de Pevolca. La nouvelle coulée apparue ce matin est en train de traverser une zone sans relief où elle détruit tout sur son passage. Même si la lave est devenue plus visqueuse et avance moins vite (environ 25 mètres par heure), elle s’approche d’une zone très urbanisée. Elle est entrée dans le cimetière de Las Manchas, au milieu de la zone d’exclusion. Ce cimetière, jusqu’à présent, était protégé par la montagne de la Cogote.

Le problème de la lave s’ajoute à la météo. La Palma est en alerte jaune car les fortes pluies peuvent remobiliser la cendre et causer des lahars ou des glissements de terrain.

Voici une vidéo montrant la nouvelle coulée de lave en fin d’après-midi; elle avançait alors à raison de 600 mètres à l’heure :

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8:00 p.m : The path of the existing lava flows and the appearance of a new lava tongue are of concern to scientists at Pevolca. The new flow that appeared this morning is crossing a flat area where it destroys everything in its path. Even though the lava has become more viscous and moves more slowly (about 25 meters per hour), it is approaching a very urbanized area. It entered the Las Manchas cemetery, in the middle of the exclusion zone. This cemetery, until now, was protected by the mountain of Cogote.
The lava problem adds to the weather. La Palma is on yellow alert because heavy rains can re-mobilize the ash and cause lahars or landslides.
Here is a video showing the new lava flow in the late afternoon; it was then moving at a rate of 600 meters per hour:
https://twitter.com/i/status/1463926095531630596

Naissance de la nouvelles coulée de lave (capture écran webcam)

La Soufrière de St Vincent: fort risque de lahars // St Vincent’s La Soufriere: high lahar hazard

L’UWI indique qu’en ce moment l’activité sismique ne montre pas de changements significatifs sur La Soufrière de Saint-Vincent. De petits séismes longue période et hybrides continuent d’être enregistrés.

La station sismique de Bamboo Range a enregistré un signal de lahar à 4 heures du matin le 20 avril 2021. L’événement a duré une trentaine de minutes et la coulée de boue a probablement dévalé une vallée sur le versant sud-est du volcan.

Les volcanologues de l’UWI expliquent que les lahars pourraient être un autre danger lié au volcan à l’approche de la saison des pluies. La dernière coulée de boue n’est qu’un avant-goût de ce qui pourrait se produire dans les semaines à venir. Une grande partie de la cendre vomie par La Soufrière est retombée sur l’île de Saint-Vincent, en particulier sur la partie nord, la plus proche du volcan.

Les volcanologues expliquent qu’un lahar est une puissante coulée de boue charriant une grande quantité de matériaux pyroclastiques, de débris rocheux et d’eau. Ces coulées de boue prennent leur source sur le volcan et se déplacent généralement le long des vallées et des ravines tracées par les cours d’eau. Elles sont particulièrement destructrices. Elles se déplacent à des dizaines de mètres par seconde et détruisent toutes les structures sur leur chemin. Les scientifiques expliquent qu’il y a d’épais dépôts de cendre au sommet du volcan et à l’approche de la saison des pluies, les coulées de boue ont tendance à devenir de plus en plus fréquentes. Selon eux, il y aura des inondations dans les zones inférieures du volcan, ce qui causera des dégâts aux maisons et probablement aux ponts. Les gens doivent garder à l’esprit que n’importe quelle vallée ou ravine sur les flancs du volcan peut être concernée par les lahars. Les coulées de boue affecteront probablement en priorité la partie nord de l’île, là où la couche de cendre est la plus épaisse, mais elles peuvent également avoir un impact sur les localités au sud car elle sont également reçu beaucoup de cendre elles aussi. En particulier, les personnes qui se trouvent dans des zones où la route traverse une rivière doivent être particulièrement vigilantes.

L’observatoire volcanologique de Belmont indique que des lahars se sont produits entre 9h00 et 10h00 dans des ravines des zones Rouge et Orange de La Soufrière le 27 avril 2021. De nouvelles pluies sont prévues dans les prochains jours.

Source: Université des Antilles (UWI).

Confirmant ces lignes, les médias locaux indiquent que de fortes pluies se sont abattues sur l’île de Saint-Vincent-et-les Grenadines le 29 mai, provoquant des inondations et des coulées de boue qui ont endommagé certaines maisons et d’autres zones déjà victimes de fortes retombées de cendres. Les autorités indiquent qu’il n’y a pas eu de morts ou de blessés, mais que l’île a reçu de très fortes précipitations pendant plusieurs heures, avec des cumuls atteignant 7,5 à 12,5 centimètres.

Il est fait état de toits effondrés et de certaines structures détruites par des glissements de terrain, ainsi que d’inondations dans les zones rurales. Des ponts ont également été endommagés.

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UWI indicates that current seismic activity does not show significant changes on St Vincent’s La Soufriere. Small long-period and hybrid earthquakes continue to be recorded.

The seismic station at Bamboo Range recorded the signal from a lahar at 4 am on April 20th, 2021. The event lasted about 30 minutes and may have travelled along a valley on the southeastern side of the volcano.

 UWI volcanologists warn that lahars could be another volcano-related hazard as rainy season approaches. The latest mudflow is just an example of what could happen in the coming weeks.

Much of the ash spewed by La Soufriere has fallen across St. Vincent, especially on communities in the north, closest to the volcano.

Local volcanologists explain that a lahar is a violent type of mudflow or debris flow composed of a slurry of pyroclastic material, rocky debris and water. The material flows down from a volcano, typically along a river valley, and is extremely destructive, flowing tens of metres per second and tend to destroy any structures in their path.

The scientists explain that there is a lot of deposit at the summit of the volcano and as the rainy season approaches, these mudflows tend to become more pronounced. There will be flooding of lower areas, which will damage houses and probably bridges. People should bear in mind that any of the river valleys on the volcano could be impacted by lahars.

Lahars will definitely affect river valleys in the northern part of the island where the ash layer is the thickest, but they may also impact communities to the south which also received a lot of ash. In particular, people who are in areas or where the road crosses the river must be especially vigilant.

According to the Belmont Volcano Observatory, there were lahar flows within the river system in the Red and Orange Volcano Hazard Zones from 09:00 to 10:00 on April 27th, 2021. More rain is expected in the next days.

Source: University of the West Indies (UWI).

Confirming these lines, the local news media indicate that heavy rains poured down on the island of St. Vincent and the Grenadines on May 29th, causing flooding and mudslides that damaged some homes and further battered areas already burdened by heavy ashfall. Authorities say there are no reports of deaths or injuries as the island received very heavy rains for hours, with some areas receiving from 7.5 centimetres to 12.5 centimetres of rain.

There were reports of caved-in roofs and some structures wrecked by landslides and flooding in rural areas, and authorities said bridges also sustained damage.

Dépôts de lahars à la Martinique (Photo : C. Grandpey)

Le glacier Pichillancahue (Volcan Villarrica / Chili) // Pichillancahue glacier (Villarrica Volcano / Chile)

Le Villarrica est le volcan le plus actif du sud Chili. Vous pourrez voir ci-dessous deux images du volcan acquises par le système Advanced Land Imager sur le satellite EO-1 de la NASA les 22 février et 5 mars 2015, avant et après l’épisode éruptif du 3 mars. Le Villarrica,  stratovolcan qui culmine à  2 582 mètres, est habituellement recouvert de glaciers sur une surface de 30 kilomètres carrés. Le 3 mars 2015, l’éruption a envoyé un panache avec des retombées de cendre sur le glacier Pichillancahue, sur les flancs N et E du volcan, où de petits lahars ont été observés par la suite dans ravines. Les pentes occidentales du Villarrica sont parcourues d’innombrables ravines empruntées par la lave et les lahars. Plus loin, le volcan est entouré de forêts; la région est un parc national.
Au cours des récentes éruptions, les coulées de lave ont fait fondre les glaciers et ont généré des lahars qui se sont déplacés à une vitesse de 30 à 40 km / heure en direction du Lago Villarrica et du Lago Calafquéen (en bas à gauche).

A côté des éruptions, le changement climatique affecte aussi les glaciers du sud Chili. Ainsi, les mesures sur le terrain ont montré que le front du glacier Pichillancahue sur le Villarrica a reculé de 500 mètres depuis 2002.

Le Villarrica n’est pas une exception. La plupart des glaciers du sud Chili ont reculé et ont perdu de leur volume au cours des dernières décennies en raison du réchauffement de la planète et de la diminution des précipitations. Cependant, les fluctuations de certains glaciers sont directement associées à l’activité effusive et géothermale car ils se trouvent sur des volcans actifs largement répandus dans la région. Afin d’analyser ces effets, un programme d’études glaciologiques et géologiques a été réalisé sur le Villarrica.
Entre 1961 et 2004, on a observé une perte de glace de 0,81 ± 0,45 m par an et la réduction annuelle de la surface du glacier Pichillancahue a atteint 0,090 ± 0,034 km² entre 1976 et 2005. L’épaisseur de la glace a également été mesurée, avec un maximum de 195 mètres La structure interne de la glace présentait une certaine complexité en raison de la présence de couches de cendres et de pierre ponce intra et supraglaciaires, réduisant la capacité de réflexion du sol. La glace atteint un volume d’eau équivalent à 4,2 ± 1,8 km³, ce qui est beaucoup plus faible et plus précis que les estimations précédentes. Ces estimations permettront de mieux apprécier le risque de lahar sur le Villarrica..

Source : NASA, Proyecto Observación Volcán Villarrica (POV).

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Villarrica is the most active volcano of South Chile. It is pictured here below in two images acquired by the Advanced Land Imager on NASA’s EO-1 satellite on February 22nd and March 5th, 2015. The 2,582-metre stratovolcano is usually mantled by a 30-square-kilometre glacier field, most of it amassed south and east of the summit in a basin made by a caldera depression.The 3 March 2015 eruption sent a plume which spread ash on the Pichillancahue  glacier around the N and E flanks of the volcano where small lahars were later observed in drainages. The western slopes of Villarrica are streaked with innumerable gullies, the paths of lava and lahars. Farther away, the volcano is surrounded by forests; the area is a national park.

During the recent eruptions, lava flows melted glaciers and generated lahars that spread at speeds of 30–40 kilometres per hour toward Lago Villarrica and toward Lago Calafquéen (lower left).

In addition to the eruptions, climate change also affects glaciers in southern Chile. Thus, field measurements have shown that the Pichillancahue glacier front on Villarrica has retreated by 500 metres since 2002.
Villarrica is no exception. Most glaciers in southern Chile have retreated and lost volume in recent decades as a result of global warming and reduced precipitation. However, fluctuations in some glaciers are directly associated with effusive and geothermal activity which occur on active volcanoes that are widespread in the region. In order to analyze these effects, a program of glaciological and geological studies was carried out on Villarrica.
Between 1961 and 2004, an ice loss of 0.81 ± 0.45 metres per year was observed and the annual reduction in Pichillancahuay glacier surface area was 0.090 ± 0.034 km² between 1976 and 2005. The thickness of the ice was also measured, with a maximum of 195 meters The internal structure of the ice had a certain complexity because of the presence of layers of ash and pumice, reducing the capacity of reflection of the soil. Ice reaches a volume of water equivalent to 4.2 ± 1.8 km³, which is much smaller and more accurate than previous estimates. The latest estimates will help to better assess the risk of lahar on Villarrica.
Source: NASA, Proyecto Observación Volcan Villarrica (POV).

Le Villarrica avant et après l’éruption du 3 mars 2015 (Crédit photo : NASA)

Les limites du glacier Pichillancahue-Turbio sont indiquées en noir (2005) et en pointillé (1976).

Photos illustrant le recul glaciaire sur le Villarrica (Source : POV)