Antarctique : Iceberg A68 et environnement // Antarctica : Iceberg A68 and environment

Souvenez-vous (voir mes notes entre août 2017 et avril 2021) : en juillet 2017, un immense iceberg baptisé A68 s’est détaché de la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique. Le bloc de glace couvrait alors une superficie de près de 6 000 km2. Après avoir fondu en dérivant sur l’océan, l’iceberg a finalement cessé d’exister en février 2021.
Au cours de tous ces mois, l’A68 a déversé plus de 1,5 milliard de tonnes d’eau douce dans l’océan chaque jour au plus fort de sa fonte. Cela représente environ 150 fois la quantité d’eau utilisée quotidiennement par tous les citoyens britanniques.
Des chercheurs de l’Université de Leeds étudient actuellement l’impact de l’A68 sur l’environnement. En grande partie grâce aux données satellitaires, ils ont pu évaluer les vitesses de fonte de l’iceberg au cours de ses trois ans et demi d’existence.
L’une des périodes clés a été repérée vers la fin de sa vie, alors que l’A68 s’approchait de la Géorgie du Sud. Pendant un certain temps, on a craint que le l’iceberg géant s’échoue en s’accrochant aux bas-fonds de la région, ce qui aurait fait obstacle aux voies d’alimentation de millions de manchots, de phoques et de baleines. Mais une telle situation ne s’est jamais vraiment produite car, comme le montrent les scientifiques dans leur étude, l’A68 avait perdu suffisamment de tirant d’eau pour continuer à flotter.
En avril 2021, l’A68 s’est brisé en d’innombrables petits fragments qui n’étaient plus détectables depuis l’espace. Malgré tout, l’impact de l’iceberg sur l’écosystème est loin d’être négligeable.
On sait maintenant que les grands icebergs tabulaires comme l’A68 ont une influence considérable partout où ils se déplacent. Leur apport d’eau douce modifie les courants de la région qu’ils fréquentent. De plus, tout le fer et les autres minéraux, ainsi que la matière organique que ces icebergs collectent au cours de leur vie avant d’être rejetés dans l’océan affectent la biologie marine et les écosystèmes.
Le British Antarctic Survey a réussi à placer des planeurs sous-marins (voir ma note du 18 février 2021) à proximité de l’A68 pour étudier son impact sur l’environnement avant que la masse de glace ne disparaisse totalement. Les données extraites de ces instruments ont révélé des informations intéressantes. Ainsi, lLes chercheurs pensent qu’il existe un signal très fort dans l’évolution de la flore du phytoplancton autour de A68 ainsi que dans les dépôts de matériaux laissés par l’iceberg dans les parties les plus profondes de l’océan. Le capteur de particules sur le planeur a détecté des signaux évidents de dépôt provenant de l’iceberg.
Source : La BBC.

D’autres informations sur la morphologie de l’A68 et sur les déversements d’eau douce sont à lire dans un article publié dans la revue Remote Sensing of Environment.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0034425721005757?via%3Dihub

Voici la conclusion proposée par les chercheurs dans l’article :
« Nous avons étudié l’évolution de l’iceberg A68A depuis son vêlage au large de la plate-forme glaciaire Larsen-C en juillet 2017 jusqu’à sa désintégration près de la Géorgie du Sud au début de l’année 2021. Bien que l’iceberg soit tabulaire, sa surface présentait d’importantes ondulations. […] Nous estimons que l’épaisseur moyenne de l’iceberg est passée de 235 ± 9 m au moment du vêlage à 168 ± 10 m quand il se trouvait près de la Géorgie du Sud. L’observation de l’évolution de sa surface à partir d’images satellitaires permet d’estimer un volume initial de 1346 ± 53 km3 et 802 ± 34 Gt de perte de glace de l’iceberg en trois ans et demi. […] Près de la Géorgie du Sud, nous estimons un apport d’eau douce de 152 ± 61 Gt sur environ 3 mois, avec un impact potentiellement important sur le riche écosystème de l’île. Nous confirmons que les conditions environnementales dans les mers de Weddell et de Scotia entraînent une augmentation rapide de la fonte et de la fragmentation des icebergs au moment où ils se déplacent au nord de la Péninsule antarctique. […] Comme il s’agit d’une trajectoire fréquente des icebergs, nos résultats pourraient également aider à modéliser la désintégration d’autres grands icebergs tabulaires qui empruntent une trajectoire similaire et à inclure leur impact dans les modèles océaniques.

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Remember (see my posts between August 2017 and April 2021) : in July 2017, a huge iceberg dubbed A68 broke free from the Larsen C ice shelf in Antarctica. It then covered an area of nearly 6,000 km2. After melting while drifting on the ocean, the iceberg’slife finally came to an end in February 2021.

The monster iceberg A68 dumped more than 1.5 billion tonnes of fresh water into the ocean every single day at the height of its melting. This is about 150 times the amount of water used daily by all UK citizens.

Researchers from Leeds University are currently busy studying the impact A68 had on the environment. Mostly thanks to satellite data, they were able to assess varying melt rates during the course of the megaberg’s three-and-a-half-year existence.

One of the key periods was towards the end of its life, as A68 approached South Georgia. For a while, there were fears the giant block could ground in the surrounding shallows, blocking the foraging routes of millions of penguins, seals and whales. But it never quite happened because, as the team can now show, A68 lost sufficient depth of keel to stay afloat.

By April 2021, A68 had broken into countless small fragments that were beyond tracking. But its ecosystem impacts will have been much longer-lived.

Giant tabular, or flat-topped, bergs are now recognised to have considerable influence wherever they move. Their freshwater inputs will alter local currents. And all the iron, other minerals, and even organic matter picked up through their lives and subsequently dropped into the ocean will seed biological production.

The British Antarctic Survey managed to place some robotic gliders in the vicinity of A68 to monitor conditions before the ice mass totally wasted away. The data retrieved from these and other instruments revealed some interesting features. The researchers think there is a really strong signal in the changing flora of the phytoplankton species around A68, and also in the actual deposition of material to the deeper parts of the ocean. The particle sensor on the glider was piked up some very strong signals of deposition coming from the berg.

Source: The BBC.

Details of A68’s changing shape and freshwater fluxes are contained in a paper published in the journal Remote Sensing of Environment.

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0034425721005757?via%3Dihub

Here is the researchers’ conclusion in the paper :

« We have characterized the evolution of the A68A iceberg from its calving off the Larsen-C Ice Shelf in July 2017 to its disintegration close to South Georgia in early-2021. Although the iceberg was tabular, it had significant undulations in topography across its surface. […] We estimate that the average iceberg thickness reduced from 235 ± 9 m at calving to 168 ± 10 m near South Georgia. Combined with observations of its area change determined from satellite imagery, we estimate an initial volume of 1346 ± 53 km3 and 802 ± 34 Gt of ice loss from the main iceberg in 3.5 years. […] Near South Georgia we estimate a fresh water input of 152 ± 61 Gt over about 3 months, potentially impacting the island’s rich ecosystem. We confirm that the distinct environmental conditions in the Weddell and Scotia Sea lead to rapidly increasing rates of melting and fragmentation once icebergs travel north of the Antarctic Peninsula. […] As this is a common iceberg trajectory, our results could also help to model the disintegration of other large tabular icebergs that take a similar path and to include their impact in ocean models.

Trajectoire empruntée par l’A68a (Source: ESA)

L’A68 à proximité de la Géorgie du Sud (Source: Copernicus)

Icebergs de l’Antarctique // Antarctica’s icebergs

Souvenez-vous : en 2016, les télévisions du monde entier ont montré une image spectaculaire diffusée par la NASA. Il s’agissait d’une énorme fracture qui d’était ouverte dans la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique occidental.

En juillet 2017, la plate-forme a fini de se fracturer et a libéré l’un des plus grands icebergs de l’histoire. Dénommé A68, on avait à l’époque, comparé sa taille à celle du département de la Lozère.

Les scientifiques du monde entier scrutent aujourd’hui ce colosse de glace qui dérive vers l’Océan Atlantique. Toutefois, les glaciologues se veulent rassurants. En effet, après avoir quitté la froideur de l’Antarctique, l’iceberg géant va se trouver confronté aux eaux océaniques plus chaudes qui devraient le faire fondre rapidement.

De plus, ce bloc de glace ne devrait pas faire monter le niveau des océans étant donné qu’il faisait partie d’une plate-forme glaciaire qui, elle-même, baigne dans l’eau de mer. On se trouve dans la configuration du glaçon qui fond lentement dans un verre.

Selon les spécialistes, A68 devrait subir le destin de l’iceberg B15, formé en 2000 dans la barrière de Ross – elle aussi en Antarctique – et qui détient le record du plus grand iceberg jamais mesuré, avec 11 000 km2. Aujourd’hui, le B15 n’a pas totalement disparu, mais il ne mesure plus que 200 km2. Il flotte près des îles Sandwich, dans l’Océan Atlantique.

En soi, l’A68 ne présente donc pas vraiment de danger. Ce que craignent les scientifiques, c’est qu’en se détachant, il ait encore davantage fragilisé la plate-forme glaciaire Larsen C qui retient actuellement les glaciers continentaux de tout l’Ouest Antarctique. Cette barrière de glace du nord-ouest de la mer de Weddell, s’étend le long de la côte orientale de la péninsule Antarctique. Elle présente une superficie de près de 50 000 km2 pour une épaisseur de glace d’environ 350 mètres. Cette protection littorale se fissure lentement depuis plusieurs années et le processus s’est brutalement accéléré depuis 2018. La fracture s’étend désormais sur 80 km et il ne reste plus que 20 km pour retenir l’étendue de glace qui se détache. En conséquence, Larsen C risque fort de perdre à très court terme une surface de plus 5 000 km²

Si un tel événement se produit – ce qui est fort probable – cela va changer fondamentalement l’aspect de la péninsule antarctique et risque de provoquer d’autres fracturations. Les scientifiques craignent que le recul de la banquise dû au réchauffement climatique ne provoque une accélération du glissement des glaciers vers la mer. Une telle situation se traduirait inévitablement par une élévation du niveau de l’eau à l’échelle mondiale.

Source : Presse scientifique internationale.

Vous pourrez lire plusieurs articles relatifs au détachement de l’iceberg A68 sur mon blog entre janvier 2017 et octobre 2018. Il vous suffit pour cela de taper A68 dans le petit moteur de recherche de la colonne de droite.

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Remember: in 2016, televisions around the world showed a spectacular NASA image with a huge fissure that had opened in the Larsen C ice shelf in Western Antarctica.
In July 2017, the ice shelf released one of the largest icebergs in history. Called A68, its size was compared at the time to that of the French department of Lozère.
Scientists around the world are now scrutinizing this huge block of ice that is drifting towards the Atlantic Ocean. However, glaciologists are reassuring. Indeed, after leaving the cold Antarctica, the giant iceberg will be confronted with warmer ocean waters which should make it melt quickly.
In addition, this block of ice should not raise the level of the oceans since it was part of an ice shelf which, itself, lies on sea water. It is like an icicle slowly melting in a glass of water.
Experts say A68’s fate will be similar to what happened to the B15 iceberg, formed in 2000 in the Ross Barrier – also in Antarctica – and which was the largest iceberg ever measured, with 11,000 square kilometres. Today, B15 has not completely disappeared, but it only measures 200 km2. It is floating near the Sandwich Islands in the Atlantic Ocean.
A68 is therefore not really dangerous. What scientists fear is that by detaching itself, it has further weakened the Larsen C ice shelf which currently holds continental glaciers all over West Antarctica. This northwestern barrier of the Weddell Sea extends along the eastern coast of the Antarctic Peninsula. It covers an area of ​​almost 50,000 km2 with an ice thickness of about 350 metres. This coastal protection has been slowly cracking for several years and the process has accelerated suddenly since 2018. The fissure now extends over 80 km and there is only a 20-km length left to retain the extent of ice that is coming off. As a result, Larsen C is likely to lose an area of ​​more than 5,000 km² in the very short term.
If such an event occurs – which is very likely – it will fundamentally change the morphology of the Antarctic Peninsula and may cause further fracturing. Scientists fear that the retreat of the ice shelf due to global warming will accelerate the slide of glaciers towards the sea. Such a situation would inevitably result in a rise in water levels worldwide.
Source: International scientific press.

You can read several articles related to the detachment of the A68 iceberg on my blog between January 2017 and October 2018. All you have to do is type A68 in the small search engine in the right-hand column.

Vue de la Péninsule antarctique et de la Barrière de Larsen (Source : Wikipedia)