2022, une année noire pour les glaciers alpins

Il va falloir être très attentif au niveau de précipitations dans les Alpes au cours de l’hiver 2022-2023. Si on assiste à la répétition de l’hiver 2021-2022, avec des chutes de neige très insuffisantes, la situation glaciaire risque de devenir catastrophique à un point que personne n’aura imaginé. Les stations de ski devront, elles aussi, s’inquiéter car la tendance sur le long terme n’est pas réjouissante.

Les Suisses ont tiré la sonnette d’alarme à l’issue de l’été 2022 car la fonte des glaciers dans le pays s’est considérablement accélérée. Selon un rapport de la Commission d’experts réseau de mesures cryosphère de l’Académie suisse des sciences naturelles, les glaciers suisses ont perdu en 2022 trois kilomètres cubes de glace, soit 6% de leur volume total.

Tous les scientifiques s’accordent pour dire que l’année 2022 a été catastrophique pour les glaciers suisses. À titre de comparaison, une perte de 2% du volume en une année était jusque-là considérée comme « extrême ». En fait, c’est tout le massif alpin qui a été impacté par les dernières vagues de chaleur.

Comme en France, l’accélération de la fonte des glaciers a été provoquée par un hiver sec, si bien que l’épaisseur de neige dans les Alpes au printemps n’avait jamais été aussi faible. Avec peu de neige, la zone d’accumulation, là où les glaciers prennent leur source, n’a pas été alimentée. Se sont ensuite ajoutées les poussières de sable du Sahara, qui ont absorbé davantage de chaleur en réduisant l’albédo et en accélérant la fonte. Cela a privé les glaciers de leur couche de neige protectrice dès le début de l’été. La glace a ensuite été soumise à des vague de chaleur. Au mois de juin, la Mer de Glace perdait 10 centimètres d’épaisseur par jour.

Les scientifiques expliquent que le phénomène devrait s’accélérer. On peut lire dans le rapport de la Commission suisse : « Les observations montrent, que de nombreuses langues de glace s’effritent et que des îlots de rochers apparaissent au milieu du glacier quand la glace n’est pas très épaisse. Autant de processus qui accélèrent encore la dégradation. »

La situation glaciaire en Suisse est d’autant plus inquiétante que l’hydroélectricité assure plus de 60% de la production totale d’énergie du pays. Pour le moment, l’eau des glaciers a permis de maintenir un certain niveau. Au train où vont les choses, il y a le risque que dans cinquante ans les glaciers aient pratiquement disparu et ils ne pourront donc pas fournir d’eau.

Certains font remarquer que la fonte a aussi des effets positifs. Les eaux de fonte ont permis de compenser les faibles précipitations et de remplir une partie des lacs artificiels utilisés pour la production d’électricité. Là encore, la hausse des eaux de fonte est un phénomène très ponctuel. Le jour où les glaciers auront disparu, il n’y aura plus d’eau de fonte!

Vue du glacier du Rhône

Comme sur la Mer de Glace, une bâche blanche recouvre l’entrée de la grotte creusée dans le Glacier du Rhône

La source du Rhône, alimentée par la fonte du glacier

Le glacier du Gorner est lui aussi, victime du réchauffement climatique

(Photos: C. Grandpey)

Glaciers et virus // Glaciers and viruses

Ces dernières semaines, on a pu lire dans la presse française plusieurs articles alertant sur l’apparition de nouveaux virus avec la fonte des glaciers, avec le risque de nouvelles pandémies. Il serait temps que nos journalistes se réveillent car il y a longtemps que la presse internationale alerte sur le sujet. J’ai d’ailleurs consacré plusieurs notes sur ce blog aux conséquences sanitaires de la fonte des glaciers et du dégel du permafrost dans les zones arctiques.

On peut lire sur le site web de la chaîne BFMTV que « pour l’heure, les travaux n’ont pas encore révélé combien de virus avaient été identifiés, ni combien d’entre eux sont inconnus de la science. » Il reste certes des zones d’ombre, mais la présence de virus potentiellement dangereux pour l’Homme est une quasi certitude.

Dans une note rédigée le 23 février 2021, je mettais particulièrement l’accent sur le dégel du permafrost arctique car on s’est rendu compte que des virus et autres microbes jusqu’alors congelés pourraient refaire surface.

Ainsi, le virus de la Grippe Espagnole est resté présent dans des cadavres enterrés au Svalbard en 1918. L’histoire fait froid dans le dos :

En septembre 1918, sept jeunes pêcheurs et fermiers norvégiens embarquent à destination du Spitzberg où ils ont l’intention de se faire un peu d’argent dans les mines de charbon. A bord du bateau qui les conduit à leur destination,  ils contractent le virus de la Grippe Espagnole qui a tué plus de 20 millions de personnes au cours de cette même année. Ils décèdent au bout de quelques jours et sont enterrés en catastrophe dans le petit cimetière de Longyearbyen.

En août 1997, en prenant moult précautions, une équipe scientifique exhume les corps et effectue des prélèvements de tissus provenant des poumons, du cerveau, des reins. Les organes sont relativement bien conservés, ce qui suppose que le terrible virus l’est lui aussi ! Les échantillons de tissus prélevés sont envoyés dans quatre laboratoires aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre et en Norvège. Certains virologues critiquent cette opération qui pourrait s’avérer dangereuse. Il ne faudrait pas que le virus s’échappe dans les couloirs d’un laboratoire !

Les travaux en laboratoire ont révélé que le virus responsable de la Grippe Espagnole était né de la combinaison d’une souche humaine (H1), provenant de la grippe saisonnière H1N8, en circulation entre 1900 et 1917, avec des gènes aviaires de type N1. Ainsi naquit, en 1917 ou 1918, une souche H1N1, lointain ancêtre de la variante qui fit trembler le monde en 2009, et 10.000 fois plus virulente. La première vague de Grippe Espagnole, au printemps 1918, fut assez peu meurtrière. La seconde, à l’automne suivant, à la suite d’une probable mutation, s’avéra bien plus agressive, notamment, contre les jeunes adultes âgés de 25 à 29 ans.

Une équipe de chercheurs américains et chinois a publié le 7 janvier 2020 une étude mettant en garde sur les conséquences du réchauffement climatique. Partis en 2015 pour forer des glaciers de l’Himalaya, ces scientifiques ont extrait deux carottes de glace qui leur ont permis de mettre au jour pas moins de 33 virus dont 5 seulement étaient connus du monde scientifique. D’après les relevés, «les microbes différaient considérablement à travers les deux carottes de glaces, représentant vraisemblablement des conditions climatiques très différentes au moment du dépôt». Car même si elles proviennent toutes les deux du plus vieux glacier de la terre, le Guliya au Tibet, les carottes ont été prélevées à deux époques différentes, en 1992 et 2005. Il a donc fallu gratter près 1,5 cm afin d’atteindre la couche de glace non contaminée par les bactéries d’aujourd’hui.

Les chercheurs expliquent que «dans le meilleur des cas, la fonte des glaces nous fera perdre des données microbiennes et virales précieuses qui pourraient nous renseigner sur les régimes climatiques passés de notre planète. […] Dans le pire des cas, le réchauffement climatique pourrait être à l’origine d’une libération de nouveaux agents pathogènes dans notre environnement».

Une telle remarque doit être prise très au sérieux. En 2016 en Sibérie, un enfant de 12 ans est mort après avoir contracté l’anthrax, également connu sous le nom de maladie du charbon. Cette maladie n’avait plus été signalée depuis 1941. Le jeune garçon aurait été contaminé après avoir mangé de la viande de renne, infectée par l’absorption de végétaux contaminés suite à la fonte du permafrost.

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In recent weeks, several articles were published in the French press alerting to the appearance of new viruses with the melting of the glaciers, with the risk of new pandemics. It is time for our journalists to wake up because the international press has been warning about this for a long time. I have also devoted several post on this blog to the health consequences of the melting of glaciers and the thawing of permafrost in the Arctic.
One can read on the BFMTV website that « for the time being, research has not yet revealed how many viruses have been identified, nor how many of them are unknown to science. » There are certainly gray areas, but the presence of virus that could be potentially dangerous to humans is almost certain.

In a note written on February 23rd, 2021, I insisted on the thawing of the Arctic permafrost because it has been shown that viruses and other microbes previously frozen could resurface.
Thus, the Spanish Flu virus remained present in corpses buried in Svalbard in 1918. The story is rather chilling :

In September 1918, seven young Norwegian fishermen and farmers embarked for Spitsbergen where they planned to make some money in the coal mines. On board the boat that took them to their destination, they contracted the Spanish fFu virus which killed more than 20 million people during the same year. They died after a few days and were hastily buried in the small cemetery of Longyearbyen.
In August 1997, taking a lot of precautions, a scientific team exhumed the bodies and took samples of tissues from the lungs, the brain and the kidneys. The organs were relatively well preserved, which means that the terrible virus was too! The tissue samples collected were sent to four laboratories in the United States, Canada, England and Norway. Some virologists criticized this operation, which could prove to be dangerous. The virus should not escape into the corridors of a laboratory!
Lab work has revealed that the virus responsible for the Spanish Flu was born from the combination of a human strain (H1), originating from the seasonal flu H1N8, circulating between 1900 and 1917, with avian genes of the N1 type. Thus was born, in 1917 or 1918, a strain H1N1, a distant ancestor of the variant which made the world tremble in 2009, and
10,000 times more virulent. The first wave of Spanish Flu, in the spring of 1918, was not very deadly. The second wave, the following autumnl, due to a probable transfer, proved to be much more aggressive, in particular, among young adults aged 25 to 29.

A team of American and Chinese researchers published on January 7th, 2020 a study warning about the consequences of global warming. While drilling the Himalayan glaciers over the past 5 years, these scientists extracted two ice cores which allowed them to uncover no less than 33 viruses of which only 5 were known to the scientific world.
According to the scientists’ reports, « the microbes differed considerably across the two ice cores, presumably representing very different climatic conditions at the time of deposition. » Indeed, even though the ice cores both come from the oldest glacier on earth, Guliya in Tibet, they were collected at two different times, in 1992 and 2005. It was therefore necessary to scrape nearly 1.5 cm in order to reach the layer of ice not contaminated by today’s bacteria.
The researchers explain that “in the best of cases, the melting of the ice will make us lose precious microbial and viral data that could tell us about the past climates of our planet. […] In the worst case, global warming could release of new pathogens into our environment. ”

Such a remark must be taken very seriously. As I mention in my conference, in 2016 in Siberia, a 12 year old boy died after contracting anthrax. This disease had not been reported since 1941. The young boy was infected after eating reindeer meat, infected by the absorption of contaminated plants following the melting of permafrost.

Glacier du Rhône dans le Valais (Photo: C. Grandpey)

Norvège : le retour des Vikings // Norway : The Vikings are back

En août 2022, l’équipe norvégienne du Programme archéologique des glaciers de Oppland (Secrets of the Ice) a découvert une flèche sur le sol laissé à découvert par le recul d’un glacier. La tige de la flèche est en pin et sa pointe est en fer, il ne manque que les plumes de l’empennage.
La flèche a été trouvée dans les montagnes du Jotunheimen, au sud-ouest de la Norvège, près d’un site de chasse au renne . D’autres artefacts ont également été exposés par la fonte de la glace, dont une autre flèche du 9ème siècle. Le site archéologique date du 6ème siècle après JC, avant l’ère des Vikings.
Avec l’accélération du réchauffement climatique, la glace fond de plus en plus vite, en particulier dans des régions du monde comme la Scandinavie. Cela dévoile des objets anciens qu’il était autrefois impossible d’atteindre. La flèche a été retrouvée au milieu d’une accumulation de débris rocheux au pied d’une falaise. Il est probable qu’elle se trouvait plus haut sur la pente, mais est tombé après avoir été libérée de sa gangue de glace.
Les archéologues disent qu’il est important d’aller vite. En effet, les artefacts ont été protégés par le froid et la glace, mais dès qu’ils sont exposés aux éléments, ils se dégradent rapidement. Plus l’exposition est longue, moins bonne est la conservation.
Les archéologues mènent trois types de recherches : exploration, recherche systématique et surveillance qui est effectuée à l’aide de drones et de méthodes géophysiques. Chaque fois que des artefacts sont découverts, ils sont documentés et introduits dans des coffrets. Ils sont ensuite stockés au Norwegian Mountain Center à Lom, jusqu’à la fin de la mission sur le terrain. Certains artefacts sont recongelés dans le Mountain Center. Une fois la saison sur le terrain terminée, les artefacts sont transportés au Musée d’histoire culturelle d’Oslo, où ils sont conservés.
La découverte la plus intéressante à ce jour est une paire de skis vieille de 1 300 ans. Le premier ski a été découvert en 2014 et les archéologues ont dû attendre sept ans pour obtenir le deuxième. Il s’agit de la paire de skis anciens la mieux conservée, avec les fixations toujours en place. En 2019, il y a eu une importante fonte de la glace et un certain nombre de découvertes très intéressantes ont été réalisées sur le site de Lendbreen, notamment une raquette pour cheval du 3ème siècle et un squelette de chien du 16ème siècle. Les scientifiques ont également trouvé plusieurs flèches extrêmement bien conservées sur le site de Lendbreen. D’autres sites incluent Langfonne, où 68 flèches sont restées dans la neige lors de la chasse aux rennes.

Ces découvertes viennent s’ajouter à la longue liste des artefacts déjà retrouvés par l’équipe de Secrets of the Ice et qui s’étendent de l’âge du bronze jusqu’au 16ème siècle. Elles témoignent des nombreuses activités qui se sont déroulées pendant des siècles à travers ces glaciers norvégiens. Outre la chasse aux rennes, les archéologues pensent que les peuples d’autrefois s’aventuraient aussi dans les paysages élevés et accidentés des montagnes pour rencontrer d’autres individus et réaliser des échanges, peut-être du commerce de cuir, de peaux, de bois de rennes ou d’autres biens.
Source : médias d’information norvégiens.

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In August 2022, the Oppland Glacier Archaeological Program team (Secrets of the Ice) in Norway uncovered an arrow in a survey on newly exposed ground left behind by a retreating ice patch. The shaft is made of pine and the arrowhead is iron, the only thing missing is the typical fin-shaped arrangement of feathers.

The arrow was found near a reindeer hunting site and was well preserved, so that other artifacts were also found, including another 9th-century arrow. The archaeological site dates to the 6th century AD, before the age of the Vikings, and was exposed by the retreating ice.

As climate change continues to accelerate, it is melting more and more ice, especially in places like Scandinavia. This is unveiling ancient objects that were previously unavailable. The arrow was found in an accumulation of loose stones and rocky debris at the base of a cliff. It likely originated higher up on the slope but fell down after it was freed from the ice.

Archaeologists say it is important to move fast. Artifacts can be preserved by the cold and ice, but if they get exposed to the elements, they can be quickly damaged. The longer the exposure, the poorer the preservation.

Archaeologists conduct three types of surveys: exploration, systematic, and monitoring. They use drone monitoring and geophysical methods. Whenever artifacts are found, they are documented and packed into boxes. They are then stored at the Norwegian Mountain Centre in Lom, until the field season is over. Some artifacts are refrozen at the mountain center. After the field season is over, the artifacts are taken to the Museum of Cultural History in Oslo, where they are curated.

The most exciting find so far is a pair of skis that are 1,300 years old. The first ski was found in 2014 and archaeologists had to wait seven years for the second ski to melt out. This is the best preserved ancient ski pair ever found with the binding still preserved. In 2019, there was a big melt and a number of very interesting finds melted out of the Lendbreen site, including a horse snowshoe from the 3rd century AD and a 16th century AD dog skeleton. The scientists also found several extremely well-preserved arrows on the Lendbreen site. Other findings include Langfonne, a site with 68 arrows lost in the snow during reindeer hunting.

These discoveries add to the long list of artifacts already found by the Secrets of the Ice team, which span from the Bronze Age through to the 16th century. They bear witness to the many activities that have taken place for centuries across these Norwegian glaciers. In addition to reindeer hunting, archaeologists believe that ancient peoples also ventured into the high and rugged mountain landscapes to meet other individuals and conduct trade, possibly in leather, skins, reindeer antlers or other goods.

Source: Norwegian news media.

La flèche viking (Crédit photo: Secrets of the Ice)

Crue glaciaire du Grimsvötn (suite) // Grimsvötn’s glacial flood (continued)

Selon le Met Office islandais, la crue glaciaire du Grímsvötn (Islande) que j’évoquais dans ma dernière note continue. On estime que le débit de l’eau provenant du volcan sous-glaciaire est supérieur à 350 m3 par seconde.
Le 13 octobre au matin, il y avait des signes d’une montée de l’eau de la Gígjukvísl au niveau de la route n°1, à la fois sur les webcams et les détecteurs de niveau. On pouvait alors s’attendre à ce que la crue glaciaire atteigne son maximum le lendemain. En fait, cela s’est probablement produit le 13 octobre dans la soirée. Comme je l’ai déjà écrit, le maximum de cette crue glaciaire ressemblera probablement à une montée de l’eau en été et n’aura donc aucun impact sur les structures telles que les routes ou les ponts.
Aucun changement significatif n’a été détecté dans l’activité sismique du volcan Grímsvötn et il n’y a aucun signe d’éruption imminente.
Source : IMO.

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According to the Icelandic Met Office, the glacial flood in Grímsvötn (see my prevous post) continues. It is estimated that the water coming from the subglacial volcano is over 350 m3 per second.

On October 13th in the morning, there were signs of glacial water in Gígjukvísl at the level of Road n°1, both on webcams and water level detectors. The amount of glacial flood could be expected to rise and reach its maximum about a day later, which it probably did on October 13th in the evening. As I put it before, the maximum of this glacial flood is likely to be similar to a normal summer rise in the water and will thus not have an effect on any man made structures, such as roads or bridges.

No significant changes have been detected in seismic activity at the Grímsvötn volcano and there is no sign of an impending eruption.

Source: IMO.

Source : IMO