La fracturation hydraulique en Alaska // Fracking in Alaska

drapeau-francaisDès que l’on prononce les mots « fracturation hydraulique » – souvent associés aux gaz de schiste en Europe – on assiste à une levée de boucliers des écologistes qui pensent qu’une telle technique pourrait avoir des effets néfastes sur l’environnement. Aux Etats-Unis, la fracturation hydraulique, ou « fracking », est très répandue dans l’industrie gazière et pétrolière. Un récent article paru dans l’Alaska Dispath News en explique le principe, ainsi que les précautions qui entourent sa mise en place. Je tiens à souligner que la diffusion de cette note est purement informative et ne traduit en aucun cas mon opinion sur la fracturation hydraulique !

La fracturation hydraulique est la dislocation ciblée de formations géologiques peu perméables par l’injection sous très haute pression d’un fluide destiné à fissurer et micro-fissurer la roche. Cette fracturation peut être pratiquée à proximité de la surface, ou à grande profondeur (à plus de 1 km, voire à plus de 4 km dans le cas du gaz de schiste), et à partir de puits verticaux, inclinés ou horizontaux.

Ces techniques suscitent depuis la fin des années 2000-2010 une controverse en Amérique du Nord, qui semble s’étendre dans le monde, alors que de grands groupes industriels envisagent d’exploiter de nouveaux champs pétroliers et gaziers dans les grands fonds marins, en Alaska, au Canada et dans le reste du monde.

Au moment où une compagnie pétrolière du Texas se prépare à débuter dans quelques semaines un forage qui débouchera sur des opérations de fracturation hydraulique à grande échelle dans Cook Inlet en Alaska, un groupe écologiste demande que les clauses gérant de tels forages soient modifiées afin que le public puisse avoir son mot à dire sur les futures campagnes de fracturation. Les partisans de la fracturation hydraulique font remarquer que le recours à une audience publique chaque fois que la fracturation hydraulique est envisagée pour augmenter la production de pétrole ou de gaz serait une perte de temps et ne présente aucun avantage. Ils ajoutent que la fracturation profonde est pratiquée depuis plus de cinq décennies en Alaska sans nuire à l’environnement. De plus, les règles concernant la fracturation dans cet Etat ont été renforcées en 2014.
Cependant, de nombreux Alaskiens, en particulier ceux qui vivent à proximité du projet de forage d’un long puits horizontal par la compagnie BlueCrest Energy sur la péninsule de Kenai, aimeraient être mieux informés sur les opérations de fracturation avant qu’elles débutent. Les gens s’inquiètent des menaces potentielles pour l’eau potable et la faune, ainsi que les séismes qu’une telle activité pourrait provoquer.
La fracturation hydraulique – qui utilise principalement de l’eau avec du sable et des produits chimiques pour fracturer et maintenir la roche ouverte pour augmenter la production de pétrole et de gaz – a commencé à North Slope en 1963 et à Cook Inlet deux ans plus tard. Près de 1 900 puits, soit environ le quart des puits forés en Alaska, ont été fracturés depuis cette date, sans causer le moindre problème. Il n’y a pas eu de cas de pollution des nappes phréatiques. Les  inquiétudes concernant la fracturation hydraulique sont nées dans cet État au cours des deux dernières années, après que certaines opérations de fracturation dans des Etats plus au sud aient été tenues pour responsables des séismes et de fuite de méthane dans les eaux souterraines.
La plupart des opérations de fracturation hydraulique ont eu lieu jusqu’à présent dans la région de North Slope, loin des zones habitées. Le cas de la compagnie BlueCrest est différent. Elle envisage de forer son puits à 10 km au nord d’Anchor Point, pas très loin de Homer et d’autres localités de la péninsule du Kenai, ce qui soulève des inquiétudes. Ce sera le premier programme de fracturation horizontale à grande échelle dans la région avec la mise en place de puits multi-fracturés, d’au moins 6 km de longueur. La multi-fracturation  signifie qu’au lieu des grandes fractures uniques réalisées dans le passé, la compagnie prévoit de faire de petites fractures contrôlées.
Lorsqu’une compagnie demande l’autorisation de mener une opération de fracturation hydraulique en Alaska, elle doit prouver qu’elle a avisé les propriétaires fonciers dans un rayon de 800 mètres d’un puits à forer. La demande de forage doit s’accompagner informations sur l’opération prévue, y compris les détails sur les puits, les produits chimiques prévus et le volume des fluides de fracturation, ainsi qu’un état des lieux des puits d’eau douce dans la zone afin d’obtenir des données sur leur état avant que puissent apparaître les effets de la fracturation. Une fois la fracturation terminée, la composition chimique et les volumes du fluide utilisé pendant l’opération doivent être signalés à l’agence et sur le site fracfocus.org, où figure un registre géré par l’Interstate Oil and Gas Compact Commission et le Ground Water Protection Council.

La population locale a peur que Cook Inlet soit pollué par les liquides de fracturation ou par d’autres rejets liés à l’opération, ce qui nuirait aux saumons et à d’autres espèces sauvages. Toutefois, les autorités assurent que la conception du puits permettra d’éviter les problèmes souterrains comme les fuites de gaz ou de liquides.
La compagnie BlueCrest prévoit de commencer le forage à la fin du mois de novembre sur un site où des forages ont déjà été effectués. La fracturation hydraulique proprement dite devrait avoir lieu au printemps.
Bien que le forage du puits se situe sur terre, la fracturation hydraulique aura lieu à environ 2 km sous le fond marin et à 5 km de la côte, après le forage horizontal. Les fissures microscopiques ouvertes dans la roche par la pression du liquide de fracturation parcourront une soixantaine de mètres et ne viendront pas atteindre le fond marin à 2 km au-dessus. Le tuyau d’acier acheminant le pétrole et le gaz naturel vers la terre sera inséré dans un autre tuyau en acier. Le tuyau extérieur sera entouré de ciment, protection supplémentaire qui empêchera le gaz naturel de migrer à l’extérieur du tuyau et de polluer l’eau potable. Un dispositif inséré dans le tuyau utilise des ondes de compression pour vérifier la solidité du ciment sur «chaque centimètre», avec des résultats de tests analysés par des spécialistes.
En ce qui concerne les séismes, le risque causé par la fracturation hydraulique semble faible dans Cook Inlet. Même s’ils se produisent, de tels événements seront trop faibles pour causer des dégâts. La sismicité n’aurait pas d’effet, non plus, sur les volcans qui se dressent le long de Cook Inlet.
L’injection d’eaux usées, lorsque les fluides produits avec le pétrole ou le gaz sont renvoyés sous terre, est plus susceptible de provoquer les séismes qui ont été associés aux opérations de fracturation dans des Etats plus au sud. Les volumes d’eau généralement réinjectés dans les puits de forage en Alaska ont été plus faibles que dans ces États où ont été observés les séismes.
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisHydraulic fracturing (also called fracking) is the targeted disruption of geological formations with low permeability by injecting a fluid under high pressure to crack and micro-crack the rock. This fracturing can be performed near the surface or at depth (more than 1 km, or even over 4 km in the case of shale gas), and from vertical, horizontal or inclined wells.
Since the late 2000-2010, these techniques have triggered controversy in North America, which seems to be spreading around the world, while large industrial operators are preparing to exploit new oil and gas fields in the deep ocean, in Alaska, Canada and the rest of the world.

With a Texas oil company weeks away from launching drilling that will lead to large-scale hydraulic fracturing in Cook Inlet, a conservation group wants Alaska well regulators to change their rules so the public can weigh in on future fracking operations before they are approved. Industry supporters answer that being forced into a public hearing each time they are proposing to use hydraulic fracturing to increase the flow of oil or gas would add costs and time without any benefit. They say companies have been fracturing formations deep underground for more than five decades in Alaska without harming the environment. And Alaska’s rules were strengthened in 2014.

However, many Alaskans, including those living near the long horizontal well BlueCrest Energy plans to drill on the Kenai Peninsula, would welcome the opportunity to learn more about fracking operations before they occur. People are concerned about potential threats to drinking water, wildlife and the earthquakes such activity might cause.

Hydraulic fracturing — using mostly water plus sand and chemicals to crack and hold open rock to increase oil and gas production — began on the North Slope in 1963 and in Cook Inlet two years later. Almost 1,900 wells, about one fourth of the wells drilled in Alaska, have been fracked since then without problems. There have been no documented instances of harm to fresh groundwater in Alaska, but concerns about fracking have grown in this State over the last couple of years, after some fracking in the Lower 48 has been blamed for earthquakes and for methane leaking into groundwater.

Though most fracking has occurred on the North Slope far from residential areas, the case of BlueCrest is different. It hopes to drill its well 10 km north of Anchor Point, close enough to Homer and other communities on the Peninsula to raise concerns. It will be the first large-scale, horizontal fracking program for the region using multistage fracks, with wells extending at least 6 km. Multistage means instead of the single, large fractures made in the past, the company plans to make many small, controlled fractures.

When a company applies for permission to conduct a fracking operation, it must show it has notified land owners within an 800-metre radius of a planned well-bore. The application requires information about the planned operation, including well details, the anticipated chemicals and volume of fracking fluids, and a plan for sampling water wells in the area to obtain baseline data before any effects from fracking could appear. After the fracking is complete, the chemical composition and volumes of the fracking fluid must be reported to the agency and to fracfocus.org, a disclosure registry run by the Interstate Oil and Gas Compact Commission and the Ground Water Protection Council.

Local people are worried Cook Inlet will be polluted by fracking fluids or other waste related to the work, hurting salmon and other wildlife. However, officials contend that the design of the well will prevent problems underground, such as from leaking gas or liquids.

BlueCrest expects to start drilling later this month at a site where previous test drilling has been conducted. Fracking activity is expected to take place in spring.

Though the well will begin onshore, the hydraulic fracturing will take place about 2 km under the seabed and 5 km from shore after horizontal drilling takes place. The microscopic cracks in rock caused by pressure from the fracking fluid will travel 60 metres and won’t come close to reaching the seabed 2 km above. The steel pipe transporting oil and natural gas to land will be inserted into another steel pipe. The outer pipe will be surrounded by cement, another protection that will prevent natural gas from migrating outside the pipe and into drinking water. A device inserted into the pipe uses compression waves to check the integrity of the cement along « every centimetre, » with test results analyzed by experts.

As for induced earthquakes, the chance one will be caused by fracking or fracking-related activity appears to be small in Cook Inlet. Even if one happens, the earthquake would likely be too small to cause damage. The seismicity would not affect the volcanoes along Cook Inlet.

Wastewater injection, when fluids produced with oil or gas are put back underground, is more likely to cause the earthquakes that have been associated with fracking operations in some places in the Lower 48. But the volumes of water typically reinjected into wells in Alaska have been smaller than in states where industry-induced earthquakes have been studied.

Source : Alaska Dispatch News.

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Vue de Cook Inlet et des volcans le long de ce bras de mer (Source: AVO)

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Exemple de fracturation hydraulique pour la production de gaz de schiste.

(Source: HydroFrac)

 

Le changement climatique menace les réserves gazières russes // Climate change threatens Russian gas reserves

drapeau-francaisC’est bien connu : la plupart des pays s’inquiètent vraiment du changement climatique quand des intérêts économiques ou financiers sont en jeu ; les populations viennent après. La Russie est un parfait exemple de cette approche dans la péninsule de Yamal, dans le nord de la Sibérie. Ce territoire s’étire sur environ 700 km ; il est bordé à l’ouest pas la Mer de Kara et à l’est par le Golfe d’Ob. La péninsule de Yamal recèle la majeure partie des réserves de gaz naturel russes, estimées à 20 milliards de tonnes dans l’Arctique russe.

Le problème à l’heure actuelle, c’est que les effets du changement climatique pourraient être catastrophiques pour la péninsule de Yamal. La hausse des températures accélère la fonte du permafrost, ce qui représente une menace pour les infrastructures locales. De plus, la hausse du niveau de la mer risque fort de faire disparaître la péninsule sous l’eau. Au cours des dernières années, plusieurs grosses compagnies pétrolières russes ont investi des sommes colossales dans l’exploitation du gaz naturel de Yamal. Aujourd’hui, ces compagnies font le forcing pour acquérir des licences afin d’exploiter le gaz le plus vite possible, pendant qu’il en est encore temps.

Source : The Barents Observer.

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drapeau-anglaisMost nations worry about climate change when their economic and financial interests are at stake. The populations come next. Russia is currently giving a good example of such an approach. The story is about the Yamal Peninsula in northern Siberia. It extends roughly 700 km and is bordered principally by the Kara Sea on the west and the Gulf of Ob on the east. The peninsula and surrounding areas hold the largest part of Russia’s gas resources which are estimated at 20 trillion cubic meters in the Russian Arctic.

The problem today is that the effects of climate change could be devastating for the Yamal Peninsula. Higher temperatures in the area accelerate the melting of the permafrost and consequently threatens local infrastructure. In addition, a higher sea level will ultimately put the flat peninsula under water. Several of Russia’s major petroleum companies have over the last years invested big sums in Yamal field development. Most of them today are rushing to get exploitation licenses in order to make the most of these gas resources as fast as possible.

Source : The Barents Observer.

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Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Une nouvelle éruption à court terme? // A new eruption in the short term?

drapeau-francaisDans un bulletin diffusé le 26 septembre, l’OVPF indique que la sismicité reste relativement soutenue au niveau du Piton de la Fournaise. Entre le 18 septembre (fin de l’éruption) et le 25 septembre, on a enregistré 70 séismes volcano-tectoniques superficiels (moins de 2 km de profondeur).sous les cratères sommitaux.

S’agissant de la déformation de l’édifice volcanique, suite à la légère déflation observée au cours de l’éruption, une inflation de l’édifice est de nouveau observée depuis le 18 septembre, signifiant la mise en pression et l’accumulation de magma en profondeur. Les taux d’élongation sommitale (environ 1mm/jour) est comparable à ceux observés lors des phases d’inflation de 2015 et 2016.

S’ajoutant à ces paramètres, depuis deux jours, la station de mesure géochimique située au sommet du volcan enregistre une hausse des concentrations en H2S et SO2 dans les fumerolles sommitales.

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drapeau-anglaisIn an update released on September 26th, OVPF indicates that seismicity remains relatively high at the Piton de la Fournaise. Between September 18th (end of the eruption) and September 25th, there were 70 shallow volcano-tectonic earthquakes (less than 2 km deep) beneath the summit craters.
Regarding the deformation of the volcanic edifice, following the slight deflation observed during the eruption, inflation of the edifice has again been observed since September 18th, meaning pressurization and magma accumulation in depth. The rate of elongation at the summit (about 1 mm per day) is comparable to the rate observed during the inflation phases in 2015 and 2016.
In addition to these parameters, for two days, the geochemical measuring station at the top of the volcano has recorded an increase in H2S and SO2 concentrations in the summit fumaroles.

 

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Vers une situation pré-éruptive?

drapeau-francaisDans son dernier bulletin en date du 28 juillet 2016, l’OVPF indique que, depuis la reprise de la sismicité le 13 juillet dernier, on a  enregistré 163 séismes volcano-tectoniques superficiels sous les cratères sommitaux; avec deux pics les 19 et 26 juillet, ainsi que 18 séismes sous l’île. 226 effondrements ont été observés dans le Cratère Dolomieu et sur la coulée d’août-octobre 2015.

S’agissant de la déformation de l’édifice volcanique, on note depuis le 13 juillet une reprise de l’inflation. Elle se poursuit à des taux semblables à ceux enregistrés avant les éruptions de 2015 et 2016, avec une élongation sommitale d’environ 1 mm/jour.

Les mesures de gaz révèlent depuis le 21 juillet, une augmentation modérée des concentrations moyennes en H2S au sommet. D’autre part, la baisse des concentration en CO2 au niveau du sol sur les stations lointaines pourraient marquer des épisodes de transfert magmatique profond vers de plus faibles profondeurs.

Le niveau d’alerte pour le Piton de la Fournaise est maintenu à Vigilance

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drapeau-anglaisIn its latest update (July 28th, 2016), OVPF indicated that since the resumption of seismicity on July 13th, there have been 163 shallow volcano-tectonic earthquakes beneath the summit craters; with two peaks on 19 and 26 July, as well as 18 earthquakes beneath the island. 226 collapses were observed in the Dolomieu Crater and along the August-October 2015 lava flow.
Regarding the deformation of the volcanic edifice, there has been a pickup in inflation since July 13th . It is going on at rates that are similar to those recorded before the 2015 and 2016 eruptions, with a summit elongation of about 1 mm / day.
Since July 21st, gas measurements have revealed a moderate increase in average concentrations of H2S at the summit. Moreover, lower CO2 concentration at ground level at the distant stations could reveal deep magmatic transfer episodes to lower depths.
The alert level for the Piton de la Fournaise is kept at “Vigilance.”

Déformation Piton

Illustration de la déformation sommitale depuis l’éruption du 26-27 mai 2016 (en jaune). Le graphique montre une ligne de base (distance entre deux récepteurs GPS) traversant le cratère Dolomieu d’est en ouest (en noir les données brutes, en bleu les données lissées sur une semaine). Une hausse est synonyme d’élongation et donc de gonflement du volcan. (Source : OVPF)