La situation à Vulcano (Iles Eoliennes) entre 1983 et 2003 (1ère partie)

En mai 2005, suite à plusieurs visites à caractère scientifique sur l’île de Vulcano, en particulier entre 1983 et 2003, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Il est intéressant de comparer ce que l’écrivais à l’époque avec la situation actuelle.

Pour rappel, en décembre 2021, les touristes n’ont pas le droit de débarquer sur l’île de Vulcano dont le niveau d’alerte a été relevé suite à des signes d’agitation du volcan. Les habitants autour du port ne sont pas autorisés à rester chez eux entre 11 heures du soir et 6 heures du matin à cause des émissions de CO2 qui pourraient menacer leur santé pendant leur sommeil. De plus, on enregistre une hausse de la température et des modifications de la composition chimique des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa.

Dans les années 1990, on pouvait accéder facilement et librement à la lèvre du cratère. Je mettais toutefois en garde les personnes asthmatiques qui pourraient être incommodées par les fumerolles. Si la lèvre du cratère était accessible à tous, la descente au fond était formellement déconseillée, Je précisais que l’absence de vent pouvait favoriser certains jours l’accumulation de gaz, en particulier de CO2. Au début des années 90, il m’est arrivé de trouver des cadavres de petits rongeurs qui n’avaient pas survécu à son inhalation. J’ajoutais qu’il serait très imprudent de vouloir bivouaquer au fond du cratère, tout comme il est déconseillé (et interdit par décret) de camper dans l’île car certains secteurs – le terrain de football en particulier – étaient déjà concernés par des émanations de CO2 à cette époque.

Au cours des années 1990-2000, le champ fumerollien a eu tendance à se déplacer vers le fond du cratère et à délaisser la lèvre ouest où il se trouvait initialement. La comparaison des photos ne laissait aucun doute sur cette évolution.

S’agissant des fumerolles, j’expliquais qu’il fallait être très prudent pour interpréter leur densité, que ce soit à Vulcano ou sur un autre volcan. Avant de tirer des conclusions, il faut contrôler le degré d’hygrométrie de l’air ambiant, tout en sachant qu’à certaines périodes de l’année (printemps et automne en particulier), on peut avoir de brusques variation d’humidité sur un laps de temps très bref. Ainsi, dans les années 90, on aurait pu être tenté d’associer le panache vu à distance (depuis Vulcanello par exemple) à un regain de chaleur du cratère, tant le panache était dense. Une mesure concomitante de la température des fumerolles ne montrait pas la moindre hausse. C’est à partir de cette époque que j’ai toujours noté le degré d’hygrométrie et l’heure de prise de vue au dos des photos de la Fossa.

S’agissant des gaz qui s’échappent des évents fumerolliens, leur composition est restée relativement stable au cours des années 1980-1990. Les analyses citées par Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe résume assez bien la situation :

CO2 : 92% ; SO2 : 4% ; N2 : 3% ; O2 : 0,3% ; H: 0,2% ; CO : 0,5%

Les prélèvements de gaz que j’ai réalisés dans les années 1990, et qui ont été analysés par le laboratoire du CNRS d’Orléans, ont confirmé les résultats obtenus quelques semaines auparavant par l’Institut des Fluides de Palerme et ne révélaient rien de vraiment inquiétant. Sans oublier la vapeur d’eau qui constitue environ 95% du volume total de la fumerolle.

Les températures ont beaucoup varié au travers des décennies, avec cependant des pics remarquables qui n’ont pas manqué d’inquiéter les scientifiques. Ainsi, le 27 Avril 1993, il a été relevé une température de 687°C dans le cratère de La Fossa et la rumeur disait même qu’une incandescence était visible dans les fractures qui déchirent l’intérieur du cratère. Comme souvent dans de telle situations où l’être humain s’inquiète devant un phénomène naturel, il s’agissait d’une fausse nouvelle et mes deux visites nocturnes n’ont rien révélé d’anormal. Il n’empêche qu’un tel phénomène demande la plus grande vigilance et une erreur de diagnostic pourrait s’avérer catastrophique à la veille de la saison touristique.

D’autre part, aucun événement sismique digne d’intérêt n’avait émaillé les tambours de l’Observatoire Géophysique de Lipari.

Aucun gonflement de l’édifice volcanique n’avait été détecté non plus.

La conclusion logique était donc qu’il ne fallait pas affoler la population. Ce fut une bonne décision puisque la seule hausse de température fut sans conséquence et le thermomètre perdit rapidement des degrés dans les semaines et les mois qui suivirent.

Photos : C. Grandpey

Nouvelles de Sicile

Le sauvetage d’un randonneur qui savait chuté dans un ravin (canelone) du côté de la Schiena dell’Asino, sur le versant sud de l’Etna, à 2246 m d’altitude, s’est terminée par un drame en fin d’après-midi le 28 novembre 2021. Les opérations de secours pour remonter l’homme qui souffrait probablement d’une fracture de la jambe avaient été rendues délicates par la neige, de fortes rafales de vent glacial, du brouillard et des températures en dessous de zéro. Pour une raison non encore précisée, un membre du Secours alpin et spéléologique sicilien (Sass) est décédé au cours de l’opération de sauvetage. Mort pour éviter la mort des autres. Bien triste nouvelle.

Par ailleurs, on observe une hausse de la sismicité en mer, dans l’ouest de la Sicile. Un séisme de M 2,5 a été enregistré dans le détroit de Messine le 29 novembre 2021 6h06 à une profondeur de 6 kilomètres. D’autres secousses ont été enregistrées ce matin dans les îles Éoliennes,avec des événements compris entre M 2,7 et M 3,2, à des profondeurs comprises entre 38 et 78 kilomètres.
Le 28 novembre un séisme de M 4,3 a été enregistré dans le secteur d’Alicudi. Trois autres secousses étaient trop faibles pour être ressenties par la population. Une quatrième avait une magnitude de M 3,8 à 34 km de profondeur.

Sources: La Sicilia, INGV.

Photo: C. Grandpey

Quelques détails supplémentaires sur les restrictions à Vulcano (Iles Eoliennes) // Some additional details about the restrictions at Vulcano (Aeolian Islands)

Comme je l’ai indiqué précédemment, de nouvelles mesures ont été mises en place pour des raisons de sécurité à Vulcano, suite à l’intensification des émissions gazeuses, en particulier de CO2. Le président de la région Sicile a indiqué que la situation « évoluait rapidement », au point qu’il a décrété l’état d’urgence sur l’île. Les émissions de dioxyde de carbone, qui ont commencé l’été dernier d’abord du sommet du volcan, puis sur certaines terres au niveau de la mer, ont atteint des limites de sécurité avec des concentrations qui atteignent 480 tonnes par jour alors que la norme est de 80 tonnes. A partir du 22 novembre 2021, les 250 habitants de la zone portuaire, soit environ la moitié de la population de l’ensemble de l’île, ne pourront pas dormir chez eux. Ils devront quitter leur domicile entre 23heures et 6 heures du matin. Ils pourront ensuite vaquer normalement à leurs occupations. Cette décision est assez logique car le CO2 est un gaz lourd et des personnes allongées à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol pour dormir peuvent être mises en danger par ce gaz inodore et mortel. Des chats ont péri sur l’île après avoir inhalé du CO2.

C’est pourquoi le maire de Lipari – dont dépend administrativement Vulcano – a publié, après avoir consulté les scientifiques sur place, une ordonnance décrétant de nouvelles restrictions pour une durée d’un mois. A l’issue de cette période, les nouvelles analyses effectuées sur l’île indiqueront si de nouvelles mesures doivent être prises.
Avec la nouvelle ordonnance, les touristes ne pourront plus débarquer sur l’île. Seuls les navetteurs seront acceptés. Comme indiqué plus haut, les habitants de la zone portuaire ne pourront pas dormir chez eux Les frais d’hébergement, en hôtel par exemple, seront pris en charge par la commune de Lipari.
Le maire a en revanche démenti la décision d’évacuer l’île à court terme, mais a annoncé que les analyses des gaz dans les airs et dans le sol seront intensifiés dans toutes les zones de l’île. De nouveaux équipements seront installés par l’INGV. En attendant, il a été décidé de maintenir la garde médicale ouverte 24 heures sur 24.

L’alerte volcanique reste à la couleur Jaune à Vulcano. C’est le niveau «Vigilance», mais la Protection Civile a demandé qu’il soit porté à « Orange », c’est-à-dire « alerte précoce » .
Source : Presse italienne.

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As I indicated previously, new measures have been taken for safety reasons at Vulcano, following the intensification of gaseous emissions, in particular CO2. The president of the Sicily region indicated that the situation « was evolving rapidly », to the point that he declared a state of emergency on the island. Carbon dioxide emissions, which started last summer first from the top of the volcano and then in some areas at sea level, have reached safety limits with concentrations reaching 480 tons per day whereas the standard is 80 tons. From November 22, 2021, the 250 inhabitants of the port area, or about half of the population of the entire island, will not be allowed to sleep at home. They will have to leave their home between 11 p.m. and 6 a.m. They can then go about their business normally. This decision is quite logical because CO2 is a heavy gas and people lying a few tens of centimeters above the ground to sleep can be endangered by this odorless and deadly gas. Cats have perished on the island after inhaling CO2.
This is why the mayor of Lipari – on which Vulcano depends administratively – published, after consulting the scientists, an ordinance decreeing new restrictions for a period of one month. At the end of this period, new analyzes carried out on the island will indicate whether new measures need to be taken.
With the new ordinance, tourists will no longer be allowed to disembark on the island. Only commuters will be accepted. As indicated above, the inhabitants of the port area will not be allowed to sleep at home. Accommodation costs, in hotels for example, will be covered by the municipality of Lipari.
The mayor, however, denied the decision to evacuate the island in the short term, but announced that analyzes of gases in the air and in the ground will be intensified in all areas of the island. New equipment will be installed by INGV. In the meantime, it has been decided to keep the medical guard open 24 hours a day.
The volcanic alert remains Yellow in Vulcano. It is the “Watch” level, but Civil Protection has requested that it be increased to “Orange”, or “early warning”.
Source: Italian news media.

Photo: C. Grandpey

L’activité à la Fossa di Vulcano (Iles Eoliennes) // Activity at Vulcano’s La Fossa (Aeolian Islands)

Suite à la récente hausse du niveau d’alerte du Vert au Jaune pour la Fossa di Vulcano, l’INGV a intensifié la surveillance du volcan. Le 12 octobre 2021, les scientifiques ont échantillonné des gaz dans quatre fumerolles sur la lèvre et sur le flanc interne du cratère, ainsi qu’une fumerolle à basse température sur la plage de Porto Levante. Les échantillons ont été remis au laboratoire de Palerme pour analyse. Parallèlement à l’échantillonnage, les scientifiques ont effectué des mesures de température.

La température des fumerolles dépasse régulièrement 100 °C et ne peut pas être mesurée avec des thermomètres normaux. Il a fallu recourir à un thermomètre de type K, l’instrument que j’ai utilisé dans les années 1990 lorsque le volcan avait déjà connu une augmentation de température. A cette occasion, j’ai mis au point un manchon de cuivre destiné à protéger la sonde du thermomètre qui était attaquée par les vapeurs acides et cessait rapidement de fonctionner.

L’INGV explique que les valeurs mesurées peuvent évoluer avec le temps et en fonction des différentes fumerolles. Elles atteignaient 344 °C lors de la campagne d’octobre.
Le niveau d’alerte a également été relevé en raison de la modification des paramètres géophysiques et géochimiques sur La Fossa au cours de l’été 2021. Les fumerolles avaient mis en évidence une augmentation du CO2 et du SO2. La micro-sismicité locale liée à la dynamique du système fumerollien a également montré une augmentation ces dernières semaines.

A noter que depuis la dernière éruption (1888-1890), La Fossa a déjà traversé des périodes d’intensification de dégazage – de faible à forte – avec de grandes quantités de gaz à partir de 1977. Dans une note publiée en 1992, j’ai mis en garde sur le risque de mauvaise interprétation des fumerolles de La Fossa. En effet, j’avais remarqué que le volume des panaches variait considérablement avec la température et l’hygrométrie de l’air ambiant. J’avais effectué plusieurs relevés dans ce but à l’aide d’un thermomètre et d’un hygromètre.

En ce qui concerne les températures, deux hausses significatives se sont produites entre 1916 et 1927, puis entre 1988 et 1995. Elles ont atteint respectivement 623 °C et 700 °C.
J’ai décrit en 2005 la situation des années 1990 pour l’association L.A.V.E. dans le mémoire n°8 intitulé « L’Ile de Vulcano ». J’y expliquais la composition du gaz, ainsi que les températures maximales que j’avais mesurées au niveau du cratère (687°C le 23 avril 1993 ; 670° en juin 1993 ; 630° en juillet 1994 ; 570° en mai 1995, avec une baisse régulière jusqu’en avril 2003 où j’ai mesuré un maximum de 385° C. Comme je l’ai indiqué précédemment, un chercheur de l’Institut des Fluides de Palerme, m’a expliqué que l’augmentation en température a probablement été causée par un diapir. C’est peut-être aussi la cause de la situation actuelle. Les prochains mois nous diront s’il faut vraiment s’inquiéter. Le bon point est que le niveau d’alerte a été relevé à la fin de la saison touristique alors qu’en 1993, l’augmentation de la température s’est produite au printemps.

Coulée de soufre sur la lèvre du cratère de la Fossa

Photos : C. Grandpey

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Due to the recent increase of the alert level from Green to Yellow for la Fossa di Vulcano, INGV has intensified the monitoring of the volcano. On October 12th, 2021, researchers sampled gases at four fumaroles on the rim and inner slope of the crater, as well as a low-temperature fumarole at the Porto Levante beach. The samples were handed to the Palermo laboratory for analysis. Together with the sampling, the scientists carried out temperature measurements.

The temperatures of the fumaroles regularly exceed 100 °C and cannot be measured with normal thermometers. They had to resort to a type K thermometer, the instrument I used in the 1990s when the volcano had already gone through an increase in temperature. On that occasion, I invented a coppe sleeve to protect the thermometer’s probe which stopped working after a short time beacause of the acid vapours.

INGV explains that measured values can change with time and vary strongly among the different fumaroles.. They reached 344 °C during the October campaign.

The alert level was raised because of changed in geophysical and geochemical parameters during the summer of 2021 on La Fossa.. The fumaroles had evinced an increase in CO2 and SO2. Local micro-seismicity linked to the dynamics of the fumarolic system has also shown an increase in recent weeks.

It should be noted that since the last eruption (1888-1890), La Fossa has gone through periods of different degassing intensities – from weak to strong – returning to emit large quantities of gas starting from 1977. In a note released in 1992, I warned about the misinterpretation of the fumaroles at La Fossa because I noticed that the volume of the plumes varied considerably with the temperature and hygrometry of the ambient air.

As far as the temperatures are concerned, two notable increases occurred between 1916 and 1927 and between 1988 and 1995. They reached up to 623 °C and 700 °C, respectively.

I described the situation of the 1990s for the L.A.V.E. association in a paper entitled « L’Ile de Vulcano », I explained the gas composition, as well as the maximum temperatures I measured at the crater (687°C on April 23rd, 1993; 670° in June 1993; 630° in July 1994; 570° in May 1995, with a regular decrease until April 2003 when I measured a maximum of 385°C. As I put it before, one of the guys of the Institute of the Fluids of Palermo, explained me that the incease in temperature was probably caused by a diapir. This may also be the reason of the current situation. The next months will tell us whether we should really worry. The good point is that tha alert level was raised at the end of the tourist season whereas in 1993, the increase in temperature occurred in Spring.