Quand la montagne s’effondre … // When the mountain collapses…

Un gros effondrement s’est produit dimanche 14 avril 2024 vers 7 heures dans le massif de la Bernina, près de la frontière avec l’Italie. Selon les premières informations, il n’a pas fait de victime ou de blessé. Il est vrai qu’à cette heure matinale, il n’y avait encore pas grand monde sur la montagne.

L’éboulement a eu lieu au Piz Scerscen qui culmine à 3970 mètres d’altitude. Il a mobilisé un volume de matériaux estimé à plus d’un million de mètres cubes. Ce volume est de l’ordre de grandeur d’un événement semblable qui s’était produit à Bondo. L’effondrement a été détecté par les sismomètres de la région. La roche qui s’est détachée de la montagne a dévalé le Val Roseg où elle s’est accumulée sur une longueur de plus de cinq kilomètres. Des vols ont été effectués pour rechercher d’éventuelles personnes en détresse, mais personne ne manque à l’appel. Les autorités déconseillent de se rendre dans le Val Roseg et dans la zone de l’éboulement.

L’effondrement au Piz Scerscen (Crédit photo : SAC Bernina)

Un effondrement d’une telle ampleur est très rare. Une analyse de la situation est en cours en collaboration avec l’Office cantonal des forêts et des risques naturels qui prendra d’éventuelles mesures. Le risque de formation d’un lac dans la vallée en raison de l’éboulement sera aussi examiné.

La zone à l’origine de ce glissement de terrain avait subi une rupture importante en janvier 2023 et montrait une fragilité, de sorte qu’il était conseillé aux alpinistes d’éviter cette partie de la montagne.
À première vue, il semble que l’effondrement se soit déclenché à partir d’une paroi rocheuse fortement inclinée qui aurait subi une fragmentation au pied de la pente initiale, avec formation d’une longue avalanche de matériaux.
De tels effondrements se produisent en général au printemps et au début de l’été. Cette année, ils sont bien sûr favorisés par les hautes températures qui règnent sur le massif alpin et en Europe en général depuis plusieurs semaines. Elles provoquent aussi le dégel du permafrost de roche qui assure la stabilité des montagnes. Sans ce ciment naturel, les flancs des montagnes s’effondrent de plus en plus souvent.

En relation avec cet événement, je vous invite à lire une note que j’ai rédigée le 8 juillet 2019 à propos de glissements de terrain similaires en milieu glaciaire en Alaska :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/07/08/nouvel-effondrement-glaciaire-en-alaska-new-glacial-landslide-in-alaska/

Effondrement sur le glacier Lamplugh (Alaska) le 28 juin 2016 (Crédit photo: Paul Swanstrom)

Glissement de terrain sur le volcan Iliamna le 21 juin 2019 (Crédit photo: USGS)

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A major landslide occurred on Sunday April 14th, 2024 around 7 a.m. in the Bernina massif, close to the border with Italy. According to initial information, there were no casualties or injuries. At this early hour, there were not many people on the mountain.
The landslide occurred at Piz Scerscen, which peaks at an altitude of 3,970 meters. it mobilized a volume of materials estimated at more than a million cubic meters. This volume is of the order of magnitude of a similar event which occurred in Bondo. It was detected by seismic networks in the region. The rock that broke away from the mountain accumulated in Val Roseg over a length of more than five kilometers. Search flights were carried out to look for possible people in distress, but no one was missing. The authorities advise against going to Val Roseg and the landslide area.
A landslide of this magnitude is very rare. An analysis of the situation is underway in collaboration with the Cantonal Office of Forests and Natural Hazards which will take possible measures. The risk of possible lake formation in the valley due to the landslide will also be examined.
The area where this landslide originated had suffered a significant rupture in January 2023 and was showing fragility, so climbers were advised to avoid this part of the mountain.
At first glance, it appears that the collapse was triggered by a steeply inclined rock wall which probably suffered fragmentation at the foot of the initial slope, with the formation of a long avalanche of material.
Such collapses usually occur in spring and early summer. They are of course favored by the high temperatures in the Alpine massif and in Europe in general for several weeks. They also cause the thawing of rock permafrost which ensures the stability of the mountains. Without this natural cement, mountain sides collapse more and more often.
In connection with this event, I invite you to read a post I wrote on July 8th , 2019 about similar landslides in glacial environments in Alaska:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/07/08/nouvel-collapse-glaciaire-en-alaska-new-glacial-landslide-in-alaska/

Péninsule de Reykjanes (Islande) : débordement de lave et effondrement du cratère actif // Reykjanes Peninsula (Iceland) : lava overflow and collapse of the active crater

Le dernier cratère actif sur la fracture éruptive s’est effondré le 7 avril 2024 au soir, suite à un épisode de débordement. La coulée de lave qui en a résulté s’est brièvement dirigée vers le nord, sans réelle menace pour les structures voisines.
Lorsque l’effondrement de la paroi du cratère s’est produit, il était rempli à ras bord de lave bouillonnante avec quelques petits débordements vers l’est. La lave a commencé à vraiment déborder, provoquant l’effondrement de la paroi nord du cratère. Ce dernier s’est à nouveau rempli et de nouveaux débordements de lave ne peuvent être exclus.
Source : Met Office.

Image webcam de l’éruption

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The last remaining active crater on the eruptive fissure collapsed on April 7th, 2024 in the evening, following an episode of lava overflowing. The resulting lava flow started flowing for a short time in a northerly direction, with no real threat to nearby structures.

When the collapse of the crater wall occurred, the vent was full of bubbling lava that was occasionally spraying eastward. Lava began to overflow, followed by the collapse of the crater wall. The vent has again filled with lava and more overflows cannot be excluded.

Source : Met Office.

Effondrement d’un glacier et crue glaciaire au Canada // Glacier collapse and GLOF in Canada

Afin d’illustrer les conséquences du réchauffement climatique sur les glaciers de montagne, le Parc national Jasper dans l’Etat d’Alberta au Canada, rappelle au public un événement survenu en 2012 au niveau du mont Edith Cavell lorsque le Ghost Glacier, un glacier suspendu, s’est effondré et a fini sa course dans le lac glaciaire en contrebas. Heureusement, cette crue glaciaire s’est produite de nuit. Elle aurait pu causer une catastrophe de jour car le site est fréquenté par des milliers de touristes en été.

C’est entre le 9 et le 10 août 2012 que quelque 125 000 mètres cubes de glace ont lâché prise sur la face nord du mont Edith Cavell. La masse de matériaux est tombée dans le lac glaciaire en contrebas. Le lac débordait déjà à cause des récentes pluies et de la fonte de la neige.

Des morceaux de glace de plus de quatre mètres de hauteur, pesant jusqu’à 80 tonnes, ont été projetés hors du lac et transportés en aval en même temps qu’un énorme volume d’eau et de boue. Près du parking, des marques laissées par la boue sur les arbres indiquaient que la vague avait une hauteur d’au moins 1,60 mètre. Le goudron de la route a carrément été arraché par l’eau du déversoir du lac. Une cabine renfermant des toilettes a été emportée et une aire de pique-nique a été recouverte de gravats. Des rochers ont atteint la route menant au parking et des arbres ont été déracinés. A cause de l’érosion produite par la déferlante, la profondeur du lac glaciaire, qui atteignait près de 40 mètres de profondeur avant la crue dévastatrice, a été réduite de 11,80 mètres. On a également découvert des preuves de dégâts causés par le souffle qui a accompagné l’événement. Heureusement, il n’y avait personne sur le site à ce moment-là.

Une crue glaciaire d’une telle ampleur est exceptionnelle au Canada, mais toutes les études montrent qu’à mesure que la fonte des glaciers s’accélère en raison du réchauffement climatique, le risque de crue glaciaire augmente dans le monde entier. Une étude a révélé que 15 millions de personnes sont à risque dans le monde. Le danger le plus élevé se situe au Pakistan, en Chine, en Inde et au Pérou. En effet, c’est là que se trouvent de fortes concentrations de lacs glaciaires avec des concentrations de population en aval et à proximité de ces épées de Damoclès. Le rapport révèle également que des localités canadiennes comme Banff, Squamish, Victoria et la région de Bulkley River courent un certain risque d’être touchées par les crues en raison de la proximité des lacs glaciaires.

(Photos : C. Grandpey)

Le rapport de Parcs Canada sur la crue glaciaire du Ghost Glacier conclut que « le développement futur d’infrastructures bénéficiera des connaissances et des avertissements selon lesquels ce type d’événement pourrait s’accentuer avec le réchauffement climatique ». Depuis le mois d’août 2012, le parking, les sentiers et les installations adjacentes ont été déplacés hors de la zone située directement en aval du lac glaciaire.
Source : Parc national de Jasper.

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In order to illustrate the consequences of global warming on mountain glaciers, the Jasper National Park in Alberta, Canada, reminds the public of an event that occurred in 2012 in the park at Mount Edith Cavell when the hanging Ghost Glacier fell into the glacial lake below. Luckily, in this part of the park thatis often filled with thousands of visitors on an average summer day, this glacial lake outburst flood (GLOF) happened at night.

Sometime between August 9th and 10th, 2012, about 125,000 cubic metres of ice fell from the north face of Mount Edith Cavell. Eventually, the mass of materials tumbled into the glacial lake below that was full to overflowing because of recent rain and snowmelt.

Chunks of ice over four metres high, weighing as much as 80 tonnes, were lifted out of the lake and carried downstream as a massive volume of water was displaced. Close to a parking lot downstream, surge marks on trees indicated the water was at least 1.6 meters deep. Asphalt was lifted from the ground as the water made its way down the drainage channel. An outhouse was swept away by the rush, while a picnic area was left hidden under rock and gravel. Boulders were found on the road leading up to the parking lot and trees were uprooted. Because of the erosion caused by the devastating wave, the depth of the glacial lake, which is believed to have been nearly 40 metres deep before the outburst flood occurred, was reduced by as much as 11.8 metres. Evidence of damage from a wind blast was discovered as well. Fortunately, a search and rescue team was able to determine the next morning that nobody had been affected by the event.

While this historic incident is unique to Canada, research suggests that as rates of glacial melt accelerate due to global warming, the risk of GLOFs is increasing worldwide. One study found 15 million people are at risk around the globe, with the highest danger in Pakistan, China, India, and Peru where there are high concentrations of glacial lakes and population concentrations along drainage channels nearby. The report also found Canadian communities like Banff, Squamish, Victoria, and the Bulkley River region are at some risk of being impacted by GLOFs due to the proximity of nearby glacial lakes.

The Parks Canada report on the Ghost Glacier GLOF concludes that “future infrastructure development will benefit from the knowledge and the warning that this type of event is possible and may be on the increase with predictions of climate change.” Since the event, the parking lot, trails, and adjacent facilities have been relocated out of the runoff zone of the glacial lake.

Source : Jasper National Park.

Nouvel effondrement dans les Alpes

Quand on parle du dégel du permafrost – ou pergélisol – on pense à celui qui recouvre les terres arctiques, la Sibérie et l’Alaska en particulier, qui subissent une nouvelle vague de chaleur au moins de juin 2023.

Le permafrost est également présent à haute altitude dans nos montagnes. C’est lui qui assure la cohésion de la roche en jouant un rôle de ciment. S’il vient à dégeler, la cohésion de la roche n’est plus assurée et elle s’effondre.

C’est ce qui vient de se produire le 11 juin dans les Alpes suisses où un spectaculaire éboulement a emporté le sommet sud du Fluchthorn. La moitié du sommet de la montagne ainsi que la croix qui s’y trouvait ont disparu. Les 100 derniers mètres se sont effondrés en quelques minutes, comme on peut le voir sur cette vidéo :

.https://youtu.be/sOC7cVcPOlI

Le nuage de pierre et de poussière provoqué par cet effondrement est descendu sur un peu plus de 1000 mètres d’altitude pour une longueur de près de 2 km. Heureusement, personne ne se trouvait sur la trajectoire de cette avalanche de matériaux. .

Selon un membre des secours en montagne de Galtür, la récente fonte des neiges, exacerbée par le réchauffement climatique ces dernières années, a provoqué l’effondrement du pic.

Ceux qui fréquentent régulièrement la haute montagne savent à quel point elle est en train de se transformer.. En haute altitude, jusqu’à environ 2 000 mètres, la durée d’enneigement a diminué d’un mois depuis les années 1970, et le phénomène n’est pas près de s’arrêter, vu que rien n’est fait pour ralentir le réchauffement climatique.

Les scientifiques s’inquiètent du dégel du permafrost car cette couche gelée depuis des milliers d’années contient d’énormes quantités de carbone et de méthane dont la libération viendra s ‘ajouter aux énormes quantités de gaz à effet de serre déjà présentes dans l’atmosphère.

Source : presse transalpine. Merci à Ludovic Ravanel de nous avoir informés de cet événement qui vient s’ajouter à l’effondrement observé sur l’Iliamna (Alaska) le 5 juin 2023 (voir ma note du 11 juin).

Image extraite de la vidéo