Dérèglement climatique : des glaciers du Pérou aux éclairs de l’Inde // Climate change: from glaciers in Peru to lightning in India

Les médias français seraient-il en train de se réveiller ? Certains ont timidement évoqué le dégel du permafrost  – alors que c’est la cause évidente – pour expliquer le déversement d’une cuve de diesel dans une rivière de Sibérie, avec la pollution inévitable qui s’en est suivie.

Aujourd’hui, le site web de la radio France Info indique que le réchauffement climatique a provoqué la fonte de la moitié de la surface des glaciers du Pérou au cours des 50 dernières années, avec la formation de nouveaux lacs. Ce n’est malheureusement pas un scoop. D’ailleurs, l’information ne fait pas la une des journaux. La politique intérieure est beaucoup plus importante.

J’ai écrit plusieurs notes dans lesquelles j’évoque le fonte des glaciers péruviens, avec les conséquences dramatiques pour la production d’eau potable, d’électricité et sur l’agriculture avec les problèmes d’irrigation. J’ai expliqué aussi que la fonte des glaciers et la disparition de leur eau allait entraîner des transferts de populations vers Lima, la capitale, où l’approvisionnement en eau dépend…des glaciers de la Cordillère des Andes .

Le Pérou a perdu 51% de sa surface glaciaire au cours des 50 dernières années en raison du réchauffement climatique. France Info donne l’exemple du glacier Pastoruri, long d’environ 5 kilomètres, qui a perdu plus de 50% de sa surface et reculé de 650 mètres entre 1980 et 2019, avec la formation d’un nouveau lac frontal.

Ce que ne précise pas la chaîne de radio, c’est que ces lacs de fonte glaciaire sont retenus par des moraines fragiles qui peuvent se rompre et libérer des quantités colossales d’eau qui vont menacer les villages en aval. C’est un problème que j’ai évoqué dans cette note le 3 mai 2018 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/05/03/perou-leau-des-glaciers-menace-des-populations-peru-the-water-from-glaciers-threatens-populations/

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Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, on apprends qu’en Inde la foudre tue régulièrement, mais que le récent bilan est particulièrement inquiétant. Les autorités de l’Etat de Bihar, dans le nord-est du pays, ont annoncé dimanche 5 juillet 2020 que des éclairs avaient tué au moins 147 personnes en dix jours, et 215 personnes depuis le mois de mars. Les scientifiques indiens pensent que cette recrudescence a probablement un lien avec le dérèglement climatique. En effet, la hausse des températures et le taux d’humidité trop important provoqué par des précipitations plus intenses sont les principales causes de la multiplication des éclairs.

Source : France Info.

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Are the French media becoming aware of climate change ? Some have timidly explained that the thawing of permafrost – when it is the obvious cause –  was the cause of the diesel spill in a Siberian river, with the inevitable pollution that ensued.
Today, France Info radio website reports that global warming has caused half of the surface of Peru’s glaciers to melt over the past 50 years, with the formation of new lakes. This is unfortunately not a scoop. The news does not make the headlines. Domestic policy is much more important.
I have written several notes drawing attention to the melting of Peruvian glaciers, with the dramatic consequences for the production of drinking water, electricity and on agriculture with irrigation problems. I also explained that the melting of the glaciers and the disappearance of their water would lead to population transfers to Lima, the capital, where the water supply depends … on the glaciers of the Andes.
Peru has lost 51% of its ice surface in the past 50 years due to global warming. France Info gives the example of the Pastoruri glacier, about 5 kilometres long, which lost more than 50% of its surface and retreated by 650 metres between 1980 and 2019, with the formation of a new frontal lake.
What the radio station does not specify is that these glacial lakes are held back by fragile moraines that can break open and release huge amounts of water that will threaten villages. This is a problem that I mentioned in this post on May 3rd, 2018:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/05/03/perou-leau-des-glaciers-menace-des-populations-peru-the-water-from-glaciers-threatens-populations/

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Bad news never coming alone, we learn that in India lightning kills regularly, but that the recent death toll is particularly worrying. Authorities in Bihar state in the northeast of the country announced on Sunday July 5th, 2020 that lightning strikes have killed at least 147 people in ten days, and 215 people since March. Indian scientists believe that this upsurge is probably linked to climate change. Indeed, the rise in temperatures and the excessively high humidity caused by more intense precipitation are the main causes of the multiplication of lightning.
Source: France Info.

Pastoruri, l’un des glaciers de la Cordillera Blanca (Crédit photo: Wikipedia)

Sécheresse : du jamais vu dans le sud-ouest des Etats-Unis // A drought never seen before in southwestern U.S.

Conséquence du changement et du réchauffement climatiques, le sud-ouest des États-Unis connaît une sécheresse d’une intensité encore jamais vue.
Une étude récemment publiée dans la revue Science confirme que le sud-ouest des États-Unis est aux prises avec une ‘méga-sécheresse’ qui dure depuis une vingtaine d’années. Cette période sans la moindre pluie favorise les incendies de végétation, assèche les réservoirs et pose des problèmes d’approvisionnement en eau dans les Etats de la région.
Les conséquences de cette sécheresse sont visibles partout, dans les zones d’accumulation de neige des montagnes, le niveau des réservoirs, l’agriculture, les nappes phréatiques et la mortalité des arbres. Les chercheurs ont comparé le taux d’humidité du sol entre 2000 et 2019 à d’autres épisodes de sécheresse des 1200 dernières années. Ils ont constaté que la période actuelle est pire que les cinq anciennes périodes de sécheresse extrême – sauf une –  répertoriées dans leur étude. .
Contrairement aux épisodes de chaleur extrême du passé – causés par les variations climatiques sur Terre – la  sécheresse actuelle a été influencée dans des proportions de 30 à 60% par le changement climatique anthropique qui a «transformé ce qui aurait été une sécheresse modérée dans le sud-ouest de l’Amérique du Nord en une sécheresse de grande ampleur.»
Selon la NASA, 19 des 20 années les plus chaudes ont été enregistrées depuis 2001. Si rien n’est fait, le changement climatique frappera de plein fouet le sud-ouest des Etats Unis. Une préoccupation majeure concernant la sécheresse actuelle est son impact sur l’approvisionnement en eau. La consommation a connu une très forte augmentation car la moitié des États dont le développement est le plus rapide se trouvent dans le sud-ouest. Leur alimentation en eau a été rendue possible par des projets pharaoniques de détournement de cours d’eau et la construction d’énormes réservoirs.
Au cours des deux dernières décennies, le niveau des rivières a baissé à cause de la sécheresse et la croissance démographique. Cela a entraîné une forte baisse de niveau dans deux des plus grands réservoirs du pays, le Lac Mead et le Lac Powell, dont dépendent des dizaines de millions de personnes pour leur alimentation en eau.
Pour la première fois de l’histoire, l’eau en provenance du fleuve Colorado est rationnée cette année. La sécheresse s’est également manifestée au 21ème siècle par des incendies d’une ampleur jamais observée auparavant. En 2018, un incendie tempétueux a détruit en partie une ville du nord de la Californie, et presque toute la localité de Paradise où 85 personnes ont trouvé la mort.
Source: Yahoo News.

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 A consequence of climate change and global warming, the south-west of the United States is going through a severe drought with an intensity never seen before.

A recent study published in the journal Science confirms that the south-western US is in the grip of a 20-year megadrought, a period of severe aridity that is stoking fires, depleting reservoirs and putting a strain on water supplies to the states of the region.

The impacts of the drought can be seen everywhere, in snowpacks, reservoir levels, agriculture, groundwater and tree mortality. Researchers compared soil moisture records from 2000-2019 to other drought events from the past 1,200 years. They found that the current period is worse than all but one of five megadroughts identified in the record.

Unlike past megadroughts – caused by natural fluctuations in the Earth’s climate – the study explains that the current drought has been influenced in proportions of 30-60% by human-induced climate change, “turning what would have been a moderate drought in south-western North America into megadrought territory.”

Accordingto NASA, 19 of the 20 warmest years on record have occurred since 2001. Climate change, if unchecked, will hit the American south-west particularly hard. A major concern is the current drought is its impact on water supplies in the region. It has experienced explosive growth – half of the nation’s fastest-growing states are in the south-west – made possible by elaborate river diversion projects and massive reservoirs.

Over the past two decades, drought-depleted rivers, and population growth has led to steep declines in two of the nation’s largest reservoirs, Lake Mead and Lake Powell, on which which tens of millions of people depend.

Water deliveries from the Colorado River are also being rationed this year, for the first time. Moreover, the drought has manifested itself in furious 21st-century fires never seen before. In 2018, a fire tornado destroyed part of one northern California town, and almost the entire community of Paradise, California, was wiped out by a fire that claimed 85 victims.

Source : Yahoo News.

Vues du lac Powell (Photos : C. Grandpey)

La mare au fond de l’Halema’uma’u (Hawaii) // The water pond at the bottom of Halema’uma’u (Hawaii)

On peut lire ces jours-ci dans la presse américaine plusieurs articles à propos de l’eau qui est apparue au fond du cratère de l’Halema’uma’u après l’éruption du Kilauea en 2018.

Le 12 octobre 2019, j’ai publié une note intitulée « Kilauea : l’eau de l’Halema’uma’u » :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/10/12/kilauea-hawaii-leau-de-lhalemaumau-the-water-in-halemaumau-crater/

Elle résumait une étude réalisée par Matt Patrick et Jim Kauahikaua, deux scientifiques de l’USGS, respectivement géologue et géophysicien au HVO. Illustré de schémas et de photos, le document explique pourquoi cette eau est apparue au fond du cratère, et comment pourrait évoluer la situation.

Depuis le mois d’octobre 2019, l’étendue d’eau au fond de l’Halema’uma’u n’a cessé de croître. D’une profondeur de plus de 35 mètres, elle présente une longueur d’environ 210 mètres pour une largeur d’une centaine de mètres. Sa couleur, verdâtre au début, est maintenant marron sous l’effet des réactions chimiques.

S’agissant de l’avenir de cette mare, il existe plusieurs possibilités. Dans un premier scénario, on peut imaginer que le magma remonte rapidement le long du conduit d’alimentation et entre en contact avec l’eau, ce qui ne manquerait pas de créer une situation explosive. Dans un deuxième scénario, le fond du cratère pourrait s’effondrer et laisser s’évacuer toute l’eau vers une zone très chaude où elle se transformerait rapidement en vapeur. En conclusion, si une éruption explosive reste possible, les scientifiques du HVO pensent que la prochaine éruption pourrait aussi se déclencher lentement et toute l’eau pourrait s’évaporer.

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One can read these days several articles in the American press about the pool of water that appeared at the bottom of Halema’uma’u crater after the eruption of Kilauea in 2018.
On October 12th, 2019, I published a note entitled « Kilauea: the water in Halema’uma’u Crater »:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/10/10/12/kilauea-hawaii-leau-de-lhalemaumau-the-water-in-halemaumau-crater/

It summarized a study by Matt Patrick and Jim Kauahikaua, two USGS scientists, respectively ageologist and a geophysicist at HVO. Illustrated with diagrams and photos, the document explains why this water appeared at the bottom of the crater, and how the situation could evolve.
Since October 2019, the body of water at the bottom of Halema’uma’u crater has grown steadily. With a depth of more than 35 meters, it has a length of about 210 metres and a width of a hundred metres. Its colour, greenish at first, is now brown under the effect of chemical reactions.

As far as the future of the water pond is concerned, there are several possibilities. In one case, magma could rise quickly up the conduit and intersect with the water, which would inevitably cause an explosive situation. In the second scenario, the crater floor could collapse and drop all of the water down to a zone where it would be quickly heated into steam. In short, if an explosive eruption remains possible for Kilauea, HVO scientists think the next eruption could also happen slowly and all the water could evaporate.

Crédit photo : USGS / HVO

Plan d’adaptation au changement climatique en Alsaka // Climate Change Adaptation Plan in Alaska

Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, le changement climatique affecte profondément l’Alaska. Les conclusions du Climate Change Adaptation Plan, plan d’adaptation au changement climatique, publié en mai 2019, sont à la fois intéressantes et alarmantes. Le plan fournit des données rassemblées au cours des deux dernières années à propos du changement climatique, la hausse du niveau de la mer, les ratios de carbone et les niveaux de toxines chez les mollusques et les crustacés.
Le rapport montre ce qui se passe dans le sud-est de l’Alaska et comment les tribus de la région essayent de gérer la nouvelle situation. Il a été financé par une subvention du Bureau of Indian Affairs. Une grande partie des données a été obtenue par des scientifiques qui ont effectué des prélèvements réguliers sur l’eau, les mollusques et crustacés autour de Juneau. Ils ont ensuite envoyé les échantillons obtenus à un laboratoire situé à Sitka et spécialisé dans la détection des toxines, en particulier le Paralytic Shellfish Poisoning (PSP), autrement dit celles causant l’intoxication paralysante par les coquillages (PSP). Cette toxine apparaît lorsque les mollusques et les crustacés accumulent des neurotoxines provenant de l’alimentation par filtration d’algues dans l’océan.
Pour effectuer leur travail, les scientifiques descendent régulièrement sur le rivage pendant les marées basses et recueillent des échantillons d’eau, de mollusques et de crustacés qu’ils envoient au laboratoire sz Sitka, le SEATOR (South African Alaska Tribal Ocean Research) qui effectue des tests pour toutes les tribus de la région. Les résultats de ces tests sont publiés en ligne afin que les gens puissent se rendre compte si les mollusques et crustacés peuvent être consommés sans danger.
Les mollusques et crustacés ne sont pas uniquement menacés par l’accumulation de toxines. Comme je l’ai fait remarquer à propos de l’Islande, la fonte des glaciers entraîne la disparition d’une masse de millions de tonnes de glace à la surface de la Terre, ce qui provoque un soulèvement de la croûte continentale, phénomène baptisé « rebond isostatique. » Il a pour effet d’élever les fonds marins de la région. Cela a pour conséquence de perturber la capacité des organismes à vivre et à se développer, avec d’autres effets difficiles à prévoir.

Les données recueillies sur les isotopes de carbone sont tout aussi importantes. Des isotopes spécifiques du carbone, l’élément que l’on trouve dans presque toutes les formes de vie sur Terre, peuvent nous renseigner sur ce qu’il y a dans l’atmosphère, ou d’où provient le carbone utilisé, qu’il s’agisse de l’activité volcanique ou de la combustion de combustibles fossiles.
Les milliers d’années de données dont disposent les chercheurs ont révélé que le ratio de carbone12C et13C, deux types de carbone distincts, était resté relativement stable jusqu’à la révolution industrielle, époque où le taux de 12C a explosé. Comme les plantes préfèrent se développer en utilisant le 12C, il est présent beaucoup plus souvent que le 13C dans les combustibles fossiles. Cela signifie que l’Homme est responsable des gaz à effet de serre et réfute l’affirmation de certains selon laquelle le réchauffement de la planète est dû à un cycle naturel.
Le Climate Change Adaptation Plan n’est pas seulement une mise en garde concernant les changements à venir dans le climat de l’Alaska. C’est aussi une feuille de route pour s’y adapter. Une partie du Plan comprend une matrice des animaux et des plantes les plus et les moins vulnérables à la rapidité du changement climatique, avec le saumon en tête de liste des animaux les plus vulnérables et un certain nombre de mammifères parmi les moins vulnérables en fin de liste. Le Plan fait également des propositions sur la manière de réduire ces vulnérabilités.
Source: Juneau Empire

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As I put it several times before, climate change is affecting Alaska significantly. The conclusions of the Climate Change Adaptation Plan, published in May 2019, are both interesting and alarming. The Plan gives data on climate change, sea level shift, carbon ratios and shellfish toxin levels put together over the last two years.

The report is a document showing what’s happening to Southeast Alaska and how the tribes in the region can handle it. The study was funded by a land conservation grant from the Bureau of Indian Affairs. Much of the data comes from a team of scientists doing regular tests on the water and shellfish around Juneau, which they send to a lab in Sitka specializing in testing shellfish and water for toxins, particularly those which cause Paralytic Shellfish Poisoning (PSP), which occurs when shellfish accumulate neurotoxins from filter feeding on algae in the ocean.

To perform their work, the scientists go down to the shore during low tides, and collect shellfish and water samples to send off to test. The Sitka lab, called SEATOR, short for Southeast Alaska Tribal Ocean Research, conducts these tests for tribes all over the region. The results of these tests are published onlinen so folk can see if the shellfish in an area are generally safe to eat.

Shellfish are not just threatened by toxin accumulation. As the glaciers melt, the enormous weight of millions of tons of ice sloughs off, relieving pressure on the continental crust and allowing it to rise. This has had the effect of artificially raising the seabed in the region. This is causing disruption in the ability for these organisms to live and grow, as well as other effects that are difficult to predict.

Equally important to the plan is data gathered on carbon isotopes. Specific isotopes of carbon, the element found in almost every form of life on earth, can tell us what’s in the atmosphere or where the specific carbon something is using comes from, be it volcanic activity or burning fossil fuels.

For most of the thousands of years of data available to researchers, the ratio of 12C and 13C, two different kinds of carbon, has held roughly stable. Since the Industrial Revolution, the rate of 12C has skyrocketed. As plants prefer to build using 12C, it is present much more often than 13C in fossil fuels. This indicates that people are responsible for greenhouse gasses and refutes the claim made by some that the planet is heating up is a natural cycle.

The Climate Change Adaptation Plan is not just a warning about coming changes in the climate of Alaska. It is also a road map for adapting to it. Part of the plan is a matrix of the most and least vulnerable animals and plants to rapid climate shift, with salmon at the top of the most vulnerable and a number of mammals at the other end of less vulnerable. It also offers suggestions on how to mitigate those vulnerabilities.

Source : Juneau Empire

Schéma illustrant le rebond isostatique