Une nouvelle technique d’extraction du lithium ? // A new lithium mining technology ?

Les voitures électriques sont devenues la nouvelle mode, mais les constructeurs ne font jamais allusion aux problèmes qui peuvent survenir pendant les périodes de grand froid. Les défenseurs de la voiture électrique rétorqueront qu’avec le changement climatique, les hivers rigoureux sont de plus en plus rares… mais ils se produisent encore. Il suffit de voir ce qui s’est passé au Texas il y a quelques semaines! Le principal argument des constructeurs automobiles est que la voiture électrique permettra de respecter les échéances climatiques avec pour finalité une économie mondiale zéro carbone.

Comme les smartphones, les voitures et les vélos électriques dépendent du lithium pour la fabrication de leurs batteries. Le lithium est un métal d’aspect argenté, si léger qu’il flotte sur l’eau. Après des décennies d’importations, les pays s’efforcent maintenant de sécuriser leurs propres approvisionnements en lithium. La sécurité de l’approvisionnement en lithium est devenue une priorité aux États-Unis et en Asie. Aux Etats-Unis, le Département de l’Intérieur a classé le lithium comme minéral essentiel en 2018.

Aujourd’hui, l’Amérique du Sud fournit la majeure partie du lithium à l’échelle mondiale (93% des importations américaines proviennent d’Argentine et du Chili). J’ai insisté à plusieurs reprises sur les dégâts causés aux salars sud-américains par l’extraction du lithium. Voici cet article publié le 12 novembre 2018:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/11/12/le-lithium-une-grave-menace-pour-lenvironnement-en-amerique-du-sud-lithium-a-serious-threat-to-the-environment- en Amérique du Sud/

L’USGS indique que les États-Unis n’ont qu’une seule mine de lithium opérationnelle dans le Nevada, et une seule usine de recyclage des batteries lithium-ion pour véhicules dans l’Ohio. Pourtant, les États-Unis détiennent 10% des 73 millions de tonnes de réserves connues de lithium dans le monde.

La ruée vers le lithium s’intensifie à travers les États-Unis, en particulier dans l’ouest où se trouvent les gisements les plus riches et les plus accessibles. Rien qu’en Californie, quelque 2 000 demandes de concessions ont été déposées sur 120 000 kilomètres carrés de terres fédérales. En janvier, le Bureau of Land Management des États-Unis a approuvé l’exploitation d’une mine à ciel ouvert à Thacker Pass dans le Nevada. Voir ma note du 29 janvier 2021:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2021/01/29/vers-une-course-au-lithium-aux-etats-unis-a-race-to-lithium-in-the-united-states/

Lorsqu’elle sera en ordre de marche dans quelques années, la mine de Thacker Pass sera la plus grande source d’approvisionnement en lithium aux Etats-Unis. Elle produira  60 000 tonnes de carbonate de lithium de qualité batterie par an. La mine, gérée par la société canadienne Lithium Americas, devrait être opérationnelle pendant au moins 40 ans.

Comme je l’ai expliqué en insistant sur les dégâts causés aux salars sud-américains, l’extraction du lithium consomme d’énormes quantités d’eau. La plus grande exploitation minière de lithium au monde, dans le désert d’Atacama (Chili), pompe des millions de mètres cubes d’eau dans des nappes phréatiques en voie d’épuisement. La saumure s’évapore ensuite dans d’immenses bassins s’étendant sur des kilomètres. Les minéraux récupérés une fois l’évaporation terminée sont ensuite raffinés. Chaque tonne de lithium extraite de cette manière utilise environ 70 mètres cubes d’eau douce.

Il est prévu que la mine de Thacker Pass utilise moins d’eau, mais elle devra tout de même pomper l’eau dans les réservoirs souterrains. Le processus générera chaque jour 5800 tonnes d’acide sulfurique. Il faudra ensuite expédier les produits chimiques caustiques par train et par camion. Jusqu’à 200 chargements par jour devraient traverses les villes de la région, avec les nuisances que cela suppose. Les riverains et les groupes d’écologistes ont poursuivi en justice le gouvernement fédéral dans l’espoir de faire arrêter cette exploitation.

Une technologie récente d’extraction du lithium n’utilise presque pas d’eau. Lilac Solutions, une compagnie soutenue par la société Breakthrough Energy Ventures de Bill Gates, extrait le lithium directement à partir des saumures sous la surface. Avec ce nouveau processus, l’eau est ensuite réinjectée directement dans le réservoir d’origine. Le technologie est actuellement mise en oeuvre dans les mines de lithium du monde entier et pourrait être expérimentée aux États-Unis dans la région de Salton Sea en Californie, où se trouve un site géothermique. La société Controlled Geothermal Resources prévoit de commencer l’exploitation de son projet Hell’s Kitchen Lithium and Power en 2023. Ce sera l’une des premières nouvelles centrales géothermiques américaines depuis près d’une décennie. En cas de succès, la société exploitera le lithium en générant de l’énergie sans carbone et pratiquement sans déchets. On peut voir le processus d’exploitation dans cette animation:

https://youtu.be/SAMZhk34Rvk

Source: Discover, Yahoo News.

——————————————–

Electric cars have become the new fashion these days, with the manufacturers never mentioning the problems that may happen during periods of very cold weather. The defenders of the electric car will retort that with climate change harsh winters are becoming more and more rare….but they still happen. Just see what happened in Texas a few weeks ago! The car manufacturers’ main argument is that electric cars will contribute to meeting climate deadlines to decarbonize the global economy.

Like smartphone, electric cars and bikes depens on lithium to manufacture their batteries.

Lithium is a silvery metal that is so lightweight it floats on water. After decades relying on imports, countries are now scrambling to secure their own domestic supplies of the precious metal. Lithium supply security has become a top priority for technology companies in the United States and Asia. The US Interior Department listed lithium as a critical mineral in 2018.

Today, South America supplies most of the world’s lithium (93% of US imports come from Argentina and Chile). I have several times insisted on the damage caused to South American salars by lithium mining. Here is one post written on November 12th, 2018:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/11/12/le-lithium-une-grave-menace-pour-lenvironnement-en-amerique-du-sud-lithium-a-serious-threat-to-the-environment-in-south-america/

USGS indicates that the US has just one operational lithium mine located in Nevada, and a single facility to recycle lithium-ion vehicle batteries in Ohio. But the US has 10% of the world’s estimated 73 million tons of proven reserves, and the lithium rush is spreading across the US, especially the American west where the richest and most accessible deposits are located. Around 2,000 lithium claims have been made on 120,000 square kilometres of federal public land in California alone.

In January, the US Bureau of Land Management approved an open-pit mine known at Thacker Pass in Nevada. See my post of 29 January 2021:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2021/01/29/vers-une-course-au-lithium-aux-etats-unis-a-race-to-lithium-in-the-united-states/

When it opens for business in a few years, the Thacker Pass mine will be the nation’s largest source of lithium supply generating 60,000 tons of battery-grade lithium carbonate annually. The mine, run by the Canadian company Lithium Americas, is expected to operate for at least 40 years.

As I as explained when insisting on the damage caused to South American salars, lithium mining consumes enormous quantities of water. The world’s largest lithium mining operations in Chile’s Atacama desert pumps millions of gallons of water from dwindling underground reservoirs, then evaporates it in massive ponds stretching over kilometres. The minerals left behind are then collected and refined. Each ton of lithium mined this way uses about 70 cubic metres of freshwater.

Thacker Pass in Nevada claims it will use less water, but will still need to pull from underground reservoirs and generate 5,800 tons of sulphuric acid each day on-site. That means shipping caustic chemicals by rail and trucking as many as 200 loads through local towns a day. Local residents and environmental groups have sued the federal government to halt construction.

One of the newest ways to mine minerals wastes almost no water at all. Lilac Solutions, a firm backed by Bill Gates’ Breakthrough Energy Ventures, extracts dissolved lithium directly from salty mineral brines below the surface. With the new process, the remaining water is then re-injected directly back into the original reservoir. The technology is now being deployed at lithium mines around the world, and may debut in the US around California’s Salton Sea, a geothermal energy hotbed. The energy company Controlled Geothermal Resources plans to start operating its Hell’s Kitchen Lithium and Power project in 2023, one of the first new US geothermal power plants in almost a decade. If successful, it will mine lithium by generating carbon-free energy and almost no waste. One can see the process in this animation:

https://youtu.be/SAMZhk34Rvk

Source: Discover, Yahoo News.

Sites d’extraction du lithium aux Etats Unis (Source : Proactive Investors)

L’Everest et le réchauffement climatique // Mt Everest and global warming

Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, bien qu’étant la plus haute montagne du monde, l’Everest (8 848,86 m) subit lui aussi les effets du changement climatique. Les glaciers fondent et rendent les cadavres d’alpinistes qui ont été pris dans des avalanches ou sont tombés dans de profondes crevasses. Une récente mission scientifique a révélé que la situation est encore plus inquiétante que prévu.

Selon deux nouvelles études publiées en novembre 2020 dans iScience et One Earth, la pression atmosphérique près du sommet de l’Everest tend à augmenter, avec plus d’oxygène pour pouvoir respirer, tandis les glaciers fondent à une vitesse encore jamais observée et laissent échapper de plus en plus d’eau de fonte. En conséquence, ces changements auront un impact sur les alpinistes qui escaladent la montagne et les populations locales dans les vallées himalayennes.

Pour obtenir plus d’informations sur l’Everest, une expédition a été organisée en 2019. Elle regroupait 34 scientifiques dont la mission était de collecter des données glaciologiques et météorologiques en installant les stations météorologiques les plus hautes du monde.

Dans une étude publiée dans iScience, l’équipe scientifique explique que la pression atmosphérique sur l’Everest fluctue depuis les années 1970. Jusqu’à présent, seule une poignée d’alpinistes a réussi à gravir l’Everest sans avoir recours à des bouteilles d’oxygène. Mais cela pourrait changer dans les prochaines années car le changement climatique provoque une plus grande densité de l’air, avec davantage d’oxygène disponible à très haute altitude. Les scientifiques expliquent que lorsque la température augmente, les molécules se déplacent plus rapidement. Lorsqu’elles commencent à entrer en collision, la pression augmente. Une hausse de la pression signifie plus de molécules, avec davantage d’oxygène disponible pour pouvoir respirer.

Pour analyser les changements atmosphériques, les chercheurs ont collecté des données fournies par les stations météorologiques qu’ils ont installées lors de l’expédition sur l’Everest en 2019. Ils ont couplé les dernières données fournies par les stations aux analyses fournies par le Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme. Ainsi, ils ont pu reconstituer le climat de l’Everest de 1979 à 2020. Les scientifiques ont ensuite utilisé les données climatiques pour modéliser l’évolution de l’atmosphère autour de l’Everest au fil du temps et voir comment elle continuera à changer avec le réchauffement de la planète. Les modèles montrent que si les températures globales augmentent de 2 degrés Celsius au-dessus des niveaux préindustriels – une situation probable dès 2050 – la disponibilité en oxygène sur l’Everest augmentera de 5%. Cela suffit à faire la différence entre la vie et la mort pour un alpiniste qui escalade les dernières pentes de la montagne.

L’équipe scientifique a été surprise de constater avec quelle vitesse la pression atmosphérique pouvait varier sur l’Everest. Un jour, l’air au sommet peut être respirable sans apport d’oxygène supplémentaire; quelques jours plus tard, la pression atmosphérique peut plonger de façon spectaculaire, rendant la montagne impossible à gravir.

Si les changements atmosphériques sur l’Everest ne sont pas visibles à l’œil nu, l’impact du changement climatique sur les glaciers est impressionnant. Les sommets qui montraient une belle blancheur avec la neige et la glace sont maintenant tous noirs. En outre, les inondations causées par la fonte des glaciers – rares dans le passé – se produisent désormais plus fréquemment et sont imprévisibles.

L’étude publiée en novembre 2020 dans One Earth explique que les glaciers ont beaucoup reculé depuis les années 1960, parfois de 150 mètres dans certaines régions. Les scientifiques de la dernière expédition ont étudié 79 glaciers, dont le glacier de Khumbu, le plus haut glacier du monde. Ils ont constaté qu’entre 2009 et 2018, les glaciers ont reculé presque deux fois plus vite que dans les années 1960. Certaines observations révèlent qu’ils ont parfois perdu la moitié de leur épaisseur depuis les années 1960.

La fonte des glaciers himalayens est provoquée par une augmentation d’un degré Celsius de la température moyenne de 2000 à 2016, par rapport à la moyenne entre 1975 et 2000. Bien que la hausse des températures soit la principale cause du recul et de l’amincissement des glaciers himalayens, d’autres facteurs majeurs doivent être pris en compte. Au fur et à mesure que les glaciers reculent, ils laissent souvent derrière eux des débris rocheux et mettent à nu leur encaissant. Les roches ainsi exposées absorbent plus de rayonnement solaire, ce qui fait fondre la glace à proximité. L’eau de fonte s’infiltre ensuite dans les orifices creusés par le recul des glaciers, ce qui donne naissance à de petits étangs En fin de compte, ces petits étangs se regroupent et forment de vastes lacs glaciaires. C’est ainsi que plus de 400 nouveaux lacs se sont formés entre 1990 et 2015. Comme je l’ai déjà écrit, ces lacs sont parfois maintenus en place par des moraines fragiles qui peuvent s’éventrer et déclencher des inondations dévastatrices.

En plus des 18 communautés qui vivent au pied de l’Everest, près de deux milliards de personnes dépendent de la chaîne himalayenne pour leur approvisionnement en eau. La fonte accélérée des glaciers met en péril cette source en eau et menace la vie et les moyens de subsistance de près d’un cinquième de la population mondiale. Bien qu’une fonte plus rapide des glaciers puisse signifier plus d’eau, cela ne sera que temporaire.

Source: Smithsonian Magazine.

L’étude n’en parle pas, mais il est bien évident que si le sommet de l’Everest est accessible sans apport d’oxygène supplémentaire dans les prochaines années, de plus en plus d’expéditions auront envie d’atteindre le toit du monde, avec la pollution que cela suppose. J’ai déjà attiré l’attention sur les tonnes de détritus que les sherpas redescendent dans les vallées chaque année…

—————————————————-

As I put it in previous posts, although being the highest mountain in the world, Mt Everest (8,848.86 m) undergoes the effects of climate change. The glaciers are melting and giving back the corpses of climbers who were caught in avalanches or fell into deep crevices. However, a recent scientific mission has revealed that the situation is more worrisome than predicted.

According to two new studies published in November 2020 in iScience and One Earth, the air pressure near Everest’s summit is rising, making more oxygen available to breathe, and glaciers are melting at unprecedented rates, leading to more meltwater. As a consequence, the changes will impact climbers scaling the mountain and local people who live in the Himalayan valleys.

To learn more about Mt Everest, an expedition was set up in 2019. It included 34 scientists whose mission was to collect glaciological and meteorological data by installing the highest weather stations in the world.

In a study published in iScience, the scientific team documented how the atmospheric pressure on Everest has fluctuated since the 1970s. Up to now, only a handful of mountaineers managed to climb the mountain without supplemental oxygen. But that may get easier in the future as climate change is causing the air to slowly thicken, which means more oxygen is available at higher altitudes. The scientists explain that when temperature rises, molecules move faster. When they start to collide with each other, pressure increases. More pressure means more molecules, making more oxygen available to breathe.

To analyze the changes in the atmosphere, the researchers collected data provided by the weather stations they installed on the Everest expedition in 2019. They coupled their latest data with analyses provided by the European Centre for Medium Range Weather Forecasting. Thus, they were able to reconstruct what the climate was like on Everest from 1979 to 2020.

The scientists then used the climate data to model how the atmosphere around Everest has changed over time and how it will continue to change as the planet warms. Their models suggest that if global temperatures increase by 2 degrees Celsius above pre-industrial levels – a situation likely as early as 2050 – the maximum rate of oxygen consumption on Everest will increase by 5 percent. This is enough to make a difference between life and death for a mountaineer climbing Mt Everest’s last hundreds of metres.

The scientific team was surprised when they saw haw fast the atmospheric pressure can vary on Everest. In the same way, the climate can vary remarkably within a span of a few days. On one day, the air at the summit can feel breathable without supplemental oxygen; a few days later, the atmospheric pressure can plunge dramatically, making the mountain impossible to climb.

If atmospheric changes on Everest are not visible to the naked eye, the impact of climate change on glaciers is impressive. Summits that used to look white with the snow and the ice are now all black. Besides, the floods caused by melting glaciers – which were rare in the past – are now happening more frequent and are unpredictable.

The study published in November 2020 in One Earth explains that glaciers have thinned dramatically since the 1960s, in some areas by as much as 150 metres. The scientists in the last expedition studied 79 glaciers, including the Khumbu Glacier, the highest glacier in the world. They found that between 2009 and 2018, glaciers thinned at nearly twice the rate that they did in the 1960s. Some estimates suggest that a few glaciers have areas that have lost half of their thickness since the 1960s.

The melting of Himalayan glaciers is caused by a one degree Celsius increase in average temperature from 2000 to 2016, compared with the average between 1975 and 2000.

Although rising temperatures are the primary drivers of glacier thinning, other major factors are at play. As the glaciers retreat, they often leave behind them rocky debris and expose bare cliffs on the mountainsides. The exposed rocks absorb more radiation from the sun, melting the adjacent ice. The melted water then seeps into the troughs created by the retreating glaciers, creating small ponds. The ponds melt the surrounding ice, and more water fills the ponds. Ultimately, clusters of ponds join up and form huge glacial lakes. As a result, more than 400 new lakes formed between 1990 and 2015. As I put it before, these lakes are sometimes kept in place by fragile moraines that can break open and trigger devastating floods.

In addition to the 18 local communities residing in the Himalayas, nearly two billion people depend on the mountain range for a source of freshwater. As melting accelerates, it puts that once-steady source of water in jeopardy, threatening the lives and livelihoods of nearly a fifth of the world’s population. Although faster melting might mean more water, this will only be temporary.  .

Source : Smithsonian Magazine.

The study does not mention it, but it is quite obvious that if the summit of Everest is accessible without an additional oxygen supply in the coming years, more and more expeditions will want to reach the roof of the world, with the pollution that this implies. I have already drawn attention to the tons of rubbish that Sherpas bring down into the valleys every year …

Vue du sommet de l’Everest (Crédit photo : Wikipedia)

Glaciers himalayens vus depuis l’espace (Source : NASA)

Nouvelle histoire d’eau à Hawaii // New story about water in Hawaii

Quand on me parle d’Hawaii, ce mot est synonyme de volcans, d’éruptions et de coulées de lave. En ce moment, les éruptions sont au point mort et le Kilauea a cessé d’émettre de la lave au mois d’août 2018. La dernière éruption a laisse derrière elle un immense gouffre au sommet du volcan, là où mijotait un superbe lac de lave. Au fond de ce gouffre de 500 mètres, les scientifiques du HVO ont vu apparaître en juillet 2019 une poche d’eau qui a fini par former une mare puis un petit lac dont la superficie et la profondeur augmentent semaine après semaine. Début novembre 2020, cette profondeur était d’une cinquantaine de mètres.

Dans une note rédigée le 12 octobre 2019, j’explique l’origine cette eau.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/10/12/kilauea-hawaii-leau-de-lhalemaumau-the-water-in-halemaumau-crater/

Quand ils ont vu l’eau apparaître au fond de l’Halema’uma’u, les scientifiques ont proposé deux hypothèses : ce pouvait être le résultat de l’accumulation d’eau de pluie, ou bien une résurgence de la nappe phréatique qui se trouve sous le cratère de l’Halemau’mau. Au moment de l’éruption, quand le plancher de la caldeira s’est effondré et a été remplacé par le gouffre profond que l’on observe aujourd’hui, le niveau de la nappe phréatique s’est abaissé sous le cratère nouvellement formé, tout en étant isolée de la lave par un manchon de matériaux.. Une fois l’éruption terminée en août 2018, la situation géologique du sommet du Kilauea s’est stabilisée, de sorte que le niveau de la nappe phréatique a commencé à s’élever et, peu à peu, a probablement retrouvé son niveau d’origine, autrement dit un équilibre hydraulique avec la nappe phréatique.

La poche d’eau au fond de l’Halema’uma’u confirme donc la présence d’une vaste nappe phréatique sous la partie sommitale du Kilauea. C’est important car à Hawaii, comme dans beaucoup d’îles, l’eau est un bien précieux. Essentiellement à cause de l’afflux de touristes, la demande en eau est très forte dans l’archipel hawaiien et une grande partie de l’eau qui s’accumule à la surface au moment des précipitations disparaît avant de pouvoir être utilisée. On sait toutefois que la majeure partie de l’eau s’infiltre dans des d’aquifères côtiers, couches souterraines de roches poreuses.

Un article paru dans Courrier International offre de grands espoirs aux Hawaiiens quant à leur alimentation en eau. Grâce à une nouvelle technique qui repose sur le traçage de la résistivité électrique, une équipe d’hydrogéologues a découvert que le sol volcanique de l’archipel hawaiien collectait et accumulait l’eau douce sous le fond de l’océan. Les scientifiques ont détecté un immense réservoir d’eau douce qui n’avait jamais été identifié jusque-là, à 500 mètres sous le plancher océanique. Les Les résultats de leur étude ont été publiés dans Science Advances le 25 novembre 2020.

Situé à 4 kilomètres au large de la côte ouest de la Grande Ile, ce réservoir contiendrait 3,5 kilomètres cubes d’eau douce. Il pourrait constituer une aide précieuse pour éviter les pénuries et éloigner les menaces de sécheresse. En outre, il semble que l’eau de ce vaste réservoir soit plus facile à pomper que les aquifères côtiers, car elle est sous haute pression. L’équipe de chercheurs estime que ce nouveau réservoir offshore est constitué par l’eau qui s’écoule des aquifères côtiers.

Si le pompage de cette eau sous le plancher océanique ne semble pas poser de gros problèmes techniques, il soulève toutefois un certain nombre de questions. Certains scientifiques se montrent prudents. L’ensemble du système aquifère est probablement connecté et le pompage de cette eau au large de Big Inland pourrait avoir un impact négatif sur les écosystèmes et sur les quantités d’eau disponibles pour les pompes sur l’île.

En dépit de ces réserves, la découverte de cet immense réservoir d’eau douce est une bonne nouvelle. Certains imaginent même une situation identique dans d’autres îles volcaniques comme la Réunion, les archipels du Cap-Vert et des Galapagos, qui présentent une géologie similaire.

Source : Courrier International.

————————————————

When people talk to me about Hawaii, the word is synonymous with volcanoes, eruptions and lava flows. These days, the eruptions are at a standstill and Kilauea stopped emitting lava in August 2018. The last eruption left behind a huge chasm at the top of the volcano, instead of the superb lava lake. At the bottom of this 500-metre chasm, HVO scientists saw a pocket of water appear in July 2019; it eventually formed a pond and then a small lake whose area and depth increased week after week. Early in November 2020, its depth was around 50 metres. In a post written on October 12th, 2019, I explained the origin of this water. https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/10/12/kilauea-hawaii-leau-de-lhalemaumau-the-water-in-halemaumau-crater/

When they saw water appear at the bottom of Hale’uma’u, the scientists proposed two hypotheses: it could be the result of the accumulation of rainwater, or a resurgence of the water table which is located under the Halemau’mau Crater. At the time of the eruption, when the caldera floor collapsed and was replaced by the deep chasm seen today, the groundwater level dropped below the newly formed crater, while being isolated from the lava by a layer of materials .After the eruption ended in August 2018, the geological situation of the summit of Kilauea stabilized, so that the groundwater level began to rise and, little by little, probably regained its original level, in other words a hydraulic equilibrium with the water table.

The pocket of water at the bottom of Halema’uma’u therefore confirms the presence of a large water table below the summit of Kilauea. This is important because in Hawaii, like many islands, water is a precious commodity. Mainly because of the influx of tourists, the demand for water is very high in the Hawaiian archipelago and much of the water that collects on the surface during rainfall disappears before it can be used. However, most of the water is known to seep into coastal aquifers which are subterranean layers of porous rocks.

An article in Courrier International offers Hawaiians high hopes for their water supply. Using a new technique that relies on electrical resistivity tracing, a team of hydrogeologists discovered that the volcanic soil of the Hawaiian archipelago collects and accumulates fresh water under the ocean floor. The scientists have detected a huge reservoir of freshwater that had never been identified before, 500 meters below the sea floor. The results of their study were published in Science Advances on November 25, 2020.

Located 4 kilometres off the west coast of the Big Island, this reservoir is said to contain 3.5 cubic kilometres of fresh water. It could be of great help in avoiding shortages and warding off threats of drought. In addition, the water from this vast reservoir appears to be easier to pump than coastal aquifers because it is under high pressure. The research team believes that this new offshore reservoir is made up of water flowing from coastal aquifers.

If pumping this water under the ocean floor does not seem to pose major technical problems, it does raise a number of questions. Some scientists are cautious. The entire aquifer system is likely connected, and pumping this water off Big Inland could have a negative impact on ecosystems and the amount of water available for pumps on the island.

Despite these reservations, the discovery of this immense reservoir of fresh water is good news. Some even imagine a similar situation in other volcanic islands such as Réunion, the archipelagos of Cape Verde and the Galapagos, which have similar a geology.

Source: Courrier International.

Une réserve d’eau douce au large de Green Sand Beach ? (Photo : C. Grandpey)

La fonte des glaciers chinois // The melting of Chinese glaciers

Le réchauffement climatique fait fondre les glaciers de la planète et la Chine ne fait pas exception. S’étendant sur plus de 18 kilomètres carrés, le glacier Laohugou n°12 est le plus grand glacier de la chaîne des Monts Qilian, dans le nord de la Chine, mais la hausse des températures le fait reculer à une vitesse record. Par exemple, depuis 2005, le glacier a reculé de plus de 150 mètres et l’avenir est sombre pour l’ensemble des 2 684 glaciers des Monts Qilian. La température moyenne a augmenté de façon vertigineuse depuis les années 1950. La neige a aussi été plus abondante, mais elle n’a pas suffi pour compenser la fonte des glaciers sous les coups de boutoir du réchauffement climatique.

Comme dans la plupart des autres endroits du monde, le glacier Laohugou a accéléré sa fonte au milieu des années 1980. À la fin des années 1990, il a commencé à reculer à un rythme encore plus rapide. Ensuite, le processus de fonte s’est poursuivi au même rythme tout au long du 21ème siècle.

Les mesures montrent que le glacier recule à raison d’une dizaine de mètres par an depuis l’an 2000. Pour le glacier, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais la fonte du glacier présente un avantage : elle permet une bonne alimentation en eau de la région. Dans le cours d’eau à proximité du Laohugou, le débit a pratiquement doublé en 60 ans. Dans une région sèche et aride comme le nord-ouest de la Chine, l’eau est essentielle pour les agriculteurs. Mais cette abondance d’eau de fonte ne durera pas éternellement. Les glaciologues chinois pensent que les glaciers de la région pourraient disparaître d’ici 2050, entraînant avec eux une inévitable crise de l’eau.

Source: Yahoo News.

——————————————–

Global warming is melting glaciers around the world and China is no exception. Spanning over 18 square kilometres, the Laohugou No.12 glacier is the largest glacier in the Qilian mountain range of northern China. But rising temperatures are causing it to shrink at a record pace. For instance, since 2005 the glacier has shrunk by more than 150 metres, and the outlook is grim for all of the 2,684 glaciers in the Qilian mountain range. Average temperatures have risen incredibly since the 1950s. Snowfall has increased too, but it has not been nearly enough to compensate for the loss to the glaciers caused by global warming.

Like in most other places of the world, the Laohugou glacier accelerated its melting in the mid 1980s. By the end of the 1990s it started shrinking at an even faster rate. Then the melting process continued a rapid rate through the 21st century.

Initial monitoring results suggest that the glacier has been shrinking at a rate of about 10 or so metres per year since the year 2000. For the glacier this is not a healthy sign because the rate that it is shrinking just keeps getting faster. At present however, glacial melt is a temporary bonus for the water supply in the region. In the stream near the Laohugou No.12, runoff is around double what it was 60 years ago. In a dry and arid region like north-western China, water is a lifeline for local farmers. But this bounty of extra melting water will not go on forever. Chinese glaciologists predict the glaciers might disappear by 2050, leading to a future water crisis.

Source: Yahoo News.

Localisation du glacier Laohugou No.12 (LHG)