La perte d’oxygène de nos rivières // The loss of oxygen in our rivers

Concentrations de CO2 : 432,09 ppm (26 mai 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Des chercheurs chinois de l’Académie des Sciences ont utilisé des satellites et l’intelligence artificielle pour suivre et analyser les niveaux d’oxygène dans plus de 21 000 rivières à travers le monde depuis 1985. Ils ont constaté que le réchauffement climatique entraîne une diminution progressive de l’oxygène dans les cours d’eau, avec une menace pour les poissons et autres organismes aquatiques. Leur étude, publiée en mai 2026 dans la revue Science Advances, indique que le niveau d’oxygène a diminué en moyenne de 2,1 % depuis 1985. Cela peut paraître peu, mais cette diminution s’accumule et, si elle se poursuit ou s’accélère, les rivières de l’est des États-Unis, d’Inde et des régions tropicales pourraient perdre suffisamment d’oxygène d’ici la fin du siècle pour asphyxier certains poissons et créer des zones mortes.

Vue de la Loire dans l ‘Allier au cours de l’été 2025 (Photo: C. Grandpey)

Les principes fondamentaux de la chimie et de la physique expliquent que l’eau plus chaude contient moins d’oxygène. Le réchauffement de l’eau, conséquence du changement climatique d’origine anthropique, libère davantage d’oxygène dans l’atmosphère. Si la perte d’oxygène se poursuit au rythme actuel, les rivières du monde entier perdront en moyenne 4 % d’oxygène en plus d’ici la fin du siècle, et dans certains cas près de 5 %. C’est à ce moment que la perte d’oxygène, appelée désoxygénation, devient problématique pour les poissons et les populations qui dépendent des rivières.
Les scientifiques chinois craignent que le niveau d’oxygène dans les rivières chute à un tel point que des zones mortes apparaissent, comme c’est le cas dans le golfe du Mexique, la baie de Chesapeake et le lac Érié en Amérique du Nord. Dans ces zones, les poissons peinent à respirer et meurent. Un chercheur explique que le faible niveau d’oxygène peut provoquer une série de crises écologiques telles que le déclin de la biodiversité, la dégradation de la qualité de l’eau et la mort de certains poissons. Il ajoute que certaines rivières sont dans un état si critique qu’un léger changement peut les faire basculer dans la zone de danger.

Il est bien évident que si une rivière se réchauffe trop, le niveau d’oxygène diminuera et il n’y aura plus de poissons. Je ne peux que confirmer cette situation préoccupante que j’ai pu observer en France. Je suis pêcheur de truites (à la mouche et no kill de préférence) et je n’ai pu que constater qu’avec les récentes vagues de chaleur et le manque de pluie, nos cours d’eau ont perdu la majeure partie de leur oxygène, rendant la survie de la truite fario impossible. Ce n’est pas l’épisode de canicule que nous vivons ces jours-ci qui va arranger les choses.

Une étude récente révèle qu’au début du siècle, le Gange, en Inde, fortement pollué, perdait de l’oxygène plus de 20 fois plus vite que la moyenne mondiale. Si, dans les prochaines années, on connaît une augmentation modérée à élevée des émissions mondiales de dioxyde de carbone, les rivières de l’est des États-Unis, de l’Arctique, de l’Inde et d’une grande partie de l’Amérique du Sud perdront probablement environ 10 % de leur oxygène d’ici la fin du siècle.
Les scientifiques s’inquiètent particulièrement des fleuves tropicaux, comme l’Amazone au Brésil. Depuis 1980, on observe une augmentation de près de 16 jours par décennie du nombre de jours présentant des zones mortes en Amazonie. À plus grande échelle, le stress oxydatif dans les rivières de la planète a augmenté de 13 jours par décennie et la fréquence des zones mortes de près de trois jours par décennie depuis 1980. Avec la poursuite du réchauffement climatique, ces chiffres devraient encore augmenter.

Sécheresse du fleuve Amazone en Colombie en septembre 2024 (Crédit photo : AFP)

Plusieurs facteurs expliquent la diminution de l’oxygène dans les rivières, notamment la pollution par les nutriments provenant des engrais et du ruissellement urbain, ainsi que la construction de barrages, les variations de débit et les problèmes liés au vent. Malgré tout, près de 63 % du problème est dû au réchauffement de l’eau.
L’étude chinoise conclut avec une mise en garde : la réduction de la pollution de l’eau est une priorité et sera d’autant plus difficile que les rivières se réchauffent.
Source : Associated Press via Yahoo News.

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Researchers at the Chinese Academy of Sciences used satellites and artificial intelligence to track and analyze oxygen levels in more than 21,000 rivers across the globe since 1985. They found that global warming is causing rivers to slowly lose oxygen, threatening fish and other lives in the waterways. Their study, published in May 2026 in Science Advances, indicates that oxygen levels have dropped an average of 2.1% since 1985. That doesn’t seem like much but it adds up and if it continues or accelerates, rivers in the Eastern United States, India and across the tropics could lose enough oxygen by the end of the century to suffocate some fish and create dead zones.

Basic chemistry and physics dictate that warmer water holds less oxygen. Warmer water, which happens with human-caused climate change, releases more oxygen into the atmosphere. If the oxygen loss rate continues at the current pace, the world’s rivers on average will lose an additional 4% of their oxygen by the end of the century, and in some cases close to 5%. That’s when oxygen loss, called deoxygenation, becomes problematic for fish and people who rely on rivers.

Scientists worry that oxygen levels in rivers could fall so low that dead zones appear, as they have in the Gulf of Mexico, Chesapeake Bay and Lake Erie. Those are areas where fish struggle to breathe and die. One researcher explaines that the low level of oxygen can cause a series of ecological crises such as biodiversity decline, water quality degradation and some fish may die.

He added that some rivers are in such bad shape that a small change can tip them into the danger zone. If your favorite fishing hole gets too warm, oxygen levels will go down and there won’t be any fish to catch. I can personally add that this situation can alreasdy be observed in France. With the recent heat waves and lack of rain, small rivers in France have lost most of their oxygen so that the fario trout could not survive.

One can rread in the latest study that earlier this century, India’s heavily polluted Ganges River was losing oxygen more than 20 times faster than the global average. Even with moderate-to-high increases in global carbon dioxide emission rates, rivers in the Eastern United States, the Arctic, India and much of South America are projected to lose about 10% of their oxygen by the end of the century.

Scientists worry about tropical rivers especially, such as the Amazon in Brazil. Since 1980, the number of days with dead zone spots in the Amazon rose by nearly 16 days per decade. More widely, oxygen stress in the world’s rivers increased by 13 days every decade and dead zone occurrences increased by nearly three days a decade since 1980. As the world continues to warm, those numbers should jump even higher.

There are several reasons for oxygen loss in the world’s rivers, including nutrient pollution from fertilizer and urban runoff, along with dam construction, flow and wind issues. But nearly 63% of the problem is from warmer water.

The Chinese study concludes that water pollution reduction is more important than ever and will be harder as rivers warm.

Source : Associated Press via Yahoo News.

L’Everest et le réchauffement climatique // Mt Everest and global warming

Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, bien qu’étant la plus haute montagne du monde, l’Everest (8 848,86 m) subit lui aussi les effets du changement climatique. Les glaciers fondent et rendent les cadavres d’alpinistes qui ont été pris dans des avalanches ou sont tombés dans de profondes crevasses. Une récente mission scientifique a révélé que la situation est encore plus inquiétante que prévu.

Selon deux nouvelles études publiées en novembre 2020 dans iScience et One Earth, la pression atmosphérique près du sommet de l’Everest tend à augmenter, avec plus d’oxygène pour pouvoir respirer, tandis les glaciers fondent à une vitesse encore jamais observée et laissent échapper de plus en plus d’eau de fonte. En conséquence, ces changements auront un impact sur les alpinistes qui escaladent la montagne et les populations locales dans les vallées himalayennes.

Pour obtenir plus d’informations sur l’Everest, une expédition a été organisée en 2019. Elle regroupait 34 scientifiques dont la mission était de collecter des données glaciologiques et météorologiques en installant les stations météorologiques les plus hautes du monde.

Dans une étude publiée dans iScience, l’équipe scientifique explique que la pression atmosphérique sur l’Everest fluctue depuis les années 1970. Jusqu’à présent, seule une poignée d’alpinistes a réussi à gravir l’Everest sans avoir recours à des bouteilles d’oxygène. Mais cela pourrait changer dans les prochaines années car le changement climatique provoque une plus grande densité de l’air, avec davantage d’oxygène disponible à très haute altitude. Les scientifiques expliquent que lorsque la température augmente, les molécules se déplacent plus rapidement. Lorsqu’elles commencent à entrer en collision, la pression augmente. Une hausse de la pression signifie plus de molécules, avec davantage d’oxygène disponible pour pouvoir respirer.

Pour analyser les changements atmosphériques, les chercheurs ont collecté des données fournies par les stations météorologiques qu’ils ont installées lors de l’expédition sur l’Everest en 2019. Ils ont couplé les dernières données fournies par les stations aux analyses fournies par le Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme. Ainsi, ils ont pu reconstituer le climat de l’Everest de 1979 à 2020. Les scientifiques ont ensuite utilisé les données climatiques pour modéliser l’évolution de l’atmosphère autour de l’Everest au fil du temps et voir comment elle continuera à changer avec le réchauffement de la planète. Les modèles montrent que si les températures globales augmentent de 2 degrés Celsius au-dessus des niveaux préindustriels – une situation probable dès 2050 – la disponibilité en oxygène sur l’Everest augmentera de 5%. Cela suffit à faire la différence entre la vie et la mort pour un alpiniste qui escalade les dernières pentes de la montagne.

L’équipe scientifique a été surprise de constater avec quelle vitesse la pression atmosphérique pouvait varier sur l’Everest. Un jour, l’air au sommet peut être respirable sans apport d’oxygène supplémentaire; quelques jours plus tard, la pression atmosphérique peut plonger de façon spectaculaire, rendant la montagne impossible à gravir.

Si les changements atmosphériques sur l’Everest ne sont pas visibles à l’œil nu, l’impact du changement climatique sur les glaciers est impressionnant. Les sommets qui montraient une belle blancheur avec la neige et la glace sont maintenant tous noirs. En outre, les inondations causées par la fonte des glaciers – rares dans le passé – se produisent désormais plus fréquemment et sont imprévisibles.

L’étude publiée en novembre 2020 dans One Earth explique que les glaciers ont beaucoup reculé depuis les années 1960, parfois de 150 mètres dans certaines régions. Les scientifiques de la dernière expédition ont étudié 79 glaciers, dont le glacier de Khumbu, le plus haut glacier du monde. Ils ont constaté qu’entre 2009 et 2018, les glaciers ont reculé presque deux fois plus vite que dans les années 1960. Certaines observations révèlent qu’ils ont parfois perdu la moitié de leur épaisseur depuis les années 1960.

La fonte des glaciers himalayens est provoquée par une augmentation d’un degré Celsius de la température moyenne de 2000 à 2016, par rapport à la moyenne entre 1975 et 2000. Bien que la hausse des températures soit la principale cause du recul et de l’amincissement des glaciers himalayens, d’autres facteurs majeurs doivent être pris en compte. Au fur et à mesure que les glaciers reculent, ils laissent souvent derrière eux des débris rocheux et mettent à nu leur encaissant. Les roches ainsi exposées absorbent plus de rayonnement solaire, ce qui fait fondre la glace à proximité. L’eau de fonte s’infiltre ensuite dans les orifices creusés par le recul des glaciers, ce qui donne naissance à de petits étangs En fin de compte, ces petits étangs se regroupent et forment de vastes lacs glaciaires. C’est ainsi que plus de 400 nouveaux lacs se sont formés entre 1990 et 2015. Comme je l’ai déjà écrit, ces lacs sont parfois maintenus en place par des moraines fragiles qui peuvent s’éventrer et déclencher des inondations dévastatrices.

En plus des 18 communautés qui vivent au pied de l’Everest, près de deux milliards de personnes dépendent de la chaîne himalayenne pour leur approvisionnement en eau. La fonte accélérée des glaciers met en péril cette source en eau et menace la vie et les moyens de subsistance de près d’un cinquième de la population mondiale. Bien qu’une fonte plus rapide des glaciers puisse signifier plus d’eau, cela ne sera que temporaire.

Source: Smithsonian Magazine.

L’étude n’en parle pas, mais il est bien évident que si le sommet de l’Everest est accessible sans apport d’oxygène supplémentaire dans les prochaines années, de plus en plus d’expéditions auront envie d’atteindre le toit du monde, avec la pollution que cela suppose. J’ai déjà attiré l’attention sur les tonnes de détritus que les sherpas redescendent dans les vallées chaque année…

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As I put it in previous posts, although being the highest mountain in the world, Mt Everest (8,848.86 m) undergoes the effects of climate change. The glaciers are melting and giving back the corpses of climbers who were caught in avalanches or fell into deep crevices. However, a recent scientific mission has revealed that the situation is more worrisome than predicted.

According to two new studies published in November 2020 in iScience and One Earth, the air pressure near Everest’s summit is rising, making more oxygen available to breathe, and glaciers are melting at unprecedented rates, leading to more meltwater. As a consequence, the changes will impact climbers scaling the mountain and local people who live in the Himalayan valleys.

To learn more about Mt Everest, an expedition was set up in 2019. It included 34 scientists whose mission was to collect glaciological and meteorological data by installing the highest weather stations in the world.

In a study published in iScience, the scientific team documented how the atmospheric pressure on Everest has fluctuated since the 1970s. Up to now, only a handful of mountaineers managed to climb the mountain without supplemental oxygen. But that may get easier in the future as climate change is causing the air to slowly thicken, which means more oxygen is available at higher altitudes. The scientists explain that when temperature rises, molecules move faster. When they start to collide with each other, pressure increases. More pressure means more molecules, making more oxygen available to breathe.

To analyze the changes in the atmosphere, the researchers collected data provided by the weather stations they installed on the Everest expedition in 2019. They coupled their latest data with analyses provided by the European Centre for Medium Range Weather Forecasting. Thus, they were able to reconstruct what the climate was like on Everest from 1979 to 2020.

The scientists then used the climate data to model how the atmosphere around Everest has changed over time and how it will continue to change as the planet warms. Their models suggest that if global temperatures increase by 2 degrees Celsius above pre-industrial levels – a situation likely as early as 2050 – the maximum rate of oxygen consumption on Everest will increase by 5 percent. This is enough to make a difference between life and death for a mountaineer climbing Mt Everest’s last hundreds of metres.

The scientific team was surprised when they saw haw fast the atmospheric pressure can vary on Everest. In the same way, the climate can vary remarkably within a span of a few days. On one day, the air at the summit can feel breathable without supplemental oxygen; a few days later, the atmospheric pressure can plunge dramatically, making the mountain impossible to climb.

If atmospheric changes on Everest are not visible to the naked eye, the impact of climate change on glaciers is impressive. Summits that used to look white with the snow and the ice are now all black. Besides, the floods caused by melting glaciers – which were rare in the past – are now happening more frequent and are unpredictable.

The study published in November 2020 in One Earth explains that glaciers have thinned dramatically since the 1960s, in some areas by as much as 150 metres. The scientists in the last expedition studied 79 glaciers, including the Khumbu Glacier, the highest glacier in the world. They found that between 2009 and 2018, glaciers thinned at nearly twice the rate that they did in the 1960s. Some estimates suggest that a few glaciers have areas that have lost half of their thickness since the 1960s.

The melting of Himalayan glaciers is caused by a one degree Celsius increase in average temperature from 2000 to 2016, compared with the average between 1975 and 2000.

Although rising temperatures are the primary drivers of glacier thinning, other major factors are at play. As the glaciers retreat, they often leave behind them rocky debris and expose bare cliffs on the mountainsides. The exposed rocks absorb more radiation from the sun, melting the adjacent ice. The melted water then seeps into the troughs created by the retreating glaciers, creating small ponds. The ponds melt the surrounding ice, and more water fills the ponds. Ultimately, clusters of ponds join up and form huge glacial lakes. As a result, more than 400 new lakes formed between 1990 and 2015. As I put it before, these lakes are sometimes kept in place by fragile moraines that can break open and trigger devastating floods.

In addition to the 18 local communities residing in the Himalayas, nearly two billion people depend on the mountain range for a source of freshwater. As melting accelerates, it puts that once-steady source of water in jeopardy, threatening the lives and livelihoods of nearly a fifth of the world’s population. Although faster melting might mean more water, this will only be temporary.  .

Source : Smithsonian Magazine.

The study does not mention it, but it is quite obvious that if the summit of Everest is accessible without an additional oxygen supply in the coming years, more and more expeditions will want to reach the roof of the world, with the pollution that this implies. I have already drawn attention to the tons of rubbish that Sherpas bring down into the valleys every year …

Vue du sommet de l’Everest (Crédit photo : Wikipedia)

Glaciers himalayens vus depuis l’espace (Source : NASA)