La surveillance du volcan Taal (Philippines) // The monitoring of Taal Volcano (Philippines)

Comme je l’ai écrit précédemment, l’éruption du Taal est moins intense depuis quelques jours, mais ce n’est peut-être pas une bonne nouvelle. Les scientifiques surveillent la situation à distance, à l’aide d’instruments au sol et à bord de satellites, pour essayer de comprendre ce qui pourrait se passer dans les prochains jours.
L’image radar ci-dessous révèle que le lac qui se trouvait autrefois au cœur même de Volcano Island a maintenant presque complètement disparu. C’est l’interaction entre l’eau du lac et le magma qui a provoqué l’épisode explosif observé en début d’éruption. La ligne pointillée montre l’étendue du lac avant le début de l’éruption. La ligne continue montre le niveau du lac au moment de l’acquisition de l’image (16 janvier 2020 à 06h37 GMT).
Le lac Taal, beaucoup plus vaste, qui entoure l’édifice central n’a pas évolué. D’autres satellites analysent la déformation du sol autour du volcan. Cette technique interférométrique permet aux scientifiques de mieux comprendre comment le magma se déplace sous le volcan et ce que cela pourrait signifier pour l’activité future.
Les autorités philippines ont du mal à empêcher certaines personnes évacuées d’essayer de rentrer chez elles pour récupérer leurs biens et contrôler le bétail.
Les images satellites (voir ci-dessous) révèlent la quantité de cendre tombée sur la zone autour du volcan.
Source: BBC News.

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As I put it before, the eruption of Taal Volcano has been less intense in the past few days, but this may not be good news. Scientists are monitoring the situation remotely, using ground and space instrumentation, to try to gauge what might happen next.

The data provided by the radar image below data reveals how the inner lake that once filled the very heart of the Taal Volcano Island has now almost completely disappeared. It was the interaction between this water and magma that drove the early explosive behaviour. The dashed line shows the extent of the lake before the onset of the eruption. The solid line traces the waterline at the time of the image acquisition (January 16th, 2020 at 06:37 GMT).

The much wider Lake Taal that surrounds the central edifice of the volcano remains in place.

Other radar satellites are looking at how the ground is deforming around the volcano. This interferometric technique can help scientists understand how magma is shifting below the volcano and what that might mean for future activity.

Philippine authorities have been struggling to keep some evacuated residents from trying to return to their homes to gather possessions and to check on livestock.

Satellite pictures (see below) reveal how much ash has fallen over the area around the volcano.

Source: BBC News.

Cet interférogramme du Taal montre la déformation du sol. Chaque frange de couleur correspond à un déplacement du sol de 2,8 cm. (Source : ESA)

 La photo de gauche montre le Taal en juillet 2019 ; celle de droite le volcan aujourd’hui (Source : CNES)

La géodésie en volcanologie // Geodesy in volcanology

L’analyse du comportement d’un volcan met en oeuvre plusieurs paramètres, et donc plusieurs types d’instruments. Un article récemment mis en ligne par l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) explique le rôle joué par la géodésie pour mesurer les déformations du sol provoquées par les mouvements du magma dans les profondeurs de la Terre.
Les résultats des levés effectués après le séisme de magnitude M 7,9 à San Francisco en 1906, avec les bouleversements subis par les clôtures et les limites de propriété, ont fait comprendre l’importance de la géodésie pour interpréter les mouvements des failles, et favorisé son entrée dans les sciences de la terre.
Aujourd’hui, un géodésiste s’appuie essentiellement sur le système GPS, sans oublier pour autant les inclinomètres de forage et l’interférométrie radar (InSAR).
La géodésie sur un volcan consiste à effectuer plusieurs levés pour détecter les déplacements éventuels de points de repère. Lors de l’ascension du magma à l’intérieur d’un édifice volcanique, la roche environnante est logiquement poussée vers le haut. Toutefois, lorsque les scientifiques mesurent la position des points de repère, ils se rendent également compte que ces points s’écartent de la source magmatique. Aujourd’hui, les instruments installés en permanence sur un volcan contrôlent en permanence les points de repère afin de pouvoir détecter le moindre  mouvement du sol en quelques minutes.
Le développement et la maintenance du réseau permanent est l’un des travaux les plus importants de l’équipe géodésique du HVO. Ce réseau permanent comprend plus de 60 stations GPS et 16 inclinomètres. Les données fournies sont essentielles pour l’évaluation des risques. En particulier, les inclinomètres, qui sont ides instruments extrêmement sensibles, sont souvent les premiers à indiquer l’inflation de l’édifice volcanique lors de sa mise sous pression par le magma.
L’équipe géodésique du HVO est responsable de l’analyse et de l’interprétation des données fournies par les instruments qui fonctionnent parfaitement grâce à d’autres membres du personnel de l’Observatoire. Les ingénieurs construisent, installent et entretiennent les instruments utilisés sur le terrain. Les informaticiens s’assurent que les ordinateurs communiquent correctement avec les sites éloignés à partir desquels les données sont transmises et que tout fonctionne normalement pour analyser les données.
Outre le réseau géodésique permanent, des campagnes sont organisées chaque année pour collecter des données de référence supplémentaires à l’aide de stations GPS temporaires. Quelque 80 repères sont contrôlés chaque année pendant 2 ou 3 jours pour déterminer leurs variations annuelles de position. Dans certaines zones, ces levés permettent au HVO de déterminer plus précisément les variations de déformation sur plusieurs années.
Pour mieux interpréter les données, les géodésistes utilisent des modèles informatiques qui prévoient de manière simplifiée – avec des sphères ou des ellipsoïdes – le mouvement de la surface de la terre en fonction de l’expansion ou de la contraction des corps magmatiques. On utilise ces formes simples car elles correspondent convenablement aux données et sont moins longues à calculer que les corps de forme irrégulière. Le temps est important car plusieurs milliers de calculs sont utilisés pour tester différents modèles.

Le modèle le mieux adapté montre aux scientifiques la zone la plus probable où se déplace le magma, l’endroit où il s’accumule et donc le lieu où  il est proche de la surface et susceptible de déclencher une éruption. Cependant, les seules données géodésiques ne suffisent pas à donner une image complète d’un volcan. Elles doivent être interprétées conjointement avec des données géologiques, sismiques et gazières. C’est pour cela que les différentes équipes du HVO se réunissent pour élaborer des hypothèses sur l’activité du moment, le niveau de danger et les scénarios futurs.
Source: USGS / HVO.

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Analysing the behaviour of a volcano involves several parameters, and so several types of instruments. A recent article released by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) explains the part played by geodesy to measure ground movements and deformation caused by magma in the depths on the Earth.

Results from surveys after the 1906 M 7.9 San Francisco earthquake, which offset fence lines and property boundaries, had a profound impact on researchers’ understanding of how faults move and favoured the entrance of geodesy into the earth sciences.

Today, a geodesist relies essentially on Global Positioning System (GPS) instruments, without forgetting borehole tiltmeters and satellite radar (InSAR).

Geodesy on a volcano consists in performing multiple surveys to determine how benchmark positions have changed. As magma moves into a volcano, the surrounding rock is pushed outward. When scienntists measure positions of benchmarks on the surface of the volcano, they also realise that they have also been pushed away from the magma source. Today, permanently installed instruments constantly monitor benchmark positions so that ground motion can be detected within minutes.

Growing and maintaining HVO’s permanent geodetic instrument network is one of the deformation group’s most important jobs. This permanent network consists of over 60 GPS stations and 16 tiltmeters, and data from it are critical for hazard assessment. In particular, tiltmeters, which are incredibly sensitive to changes in ground slope, are often the first indicator of inflation as a volcano pressurizes.

While HVO’s deformation group is responsible for analyzing and interpreting the data, it takes many others to keep the network running. HVO’s field engineers build, install, and maintain the field instruments. Information Technology staff ensure that computers can communicate with remote sites from which data are transmitted and that everything is OK to analyze the data.

Beside the permanent geodetic network, annual campaigns are organised to collect additional benchmark data using temporary GPS stations. Around 80 benchmarks are surveyed each year for 2-3 days to determine yearly changes in position. These surveys provide a higher density of measurements in certain areas, enabling HVO to more precisely determine deformation patterns over many years.

To help interpret the data, geodesists use computer models that calculate the expected motion at the earth’s surface due to expansion or contraction of magma bodies with simplified shapes, such as spheres or ellipsoids. Simple shapes are used because they adequately match the data and are less time-consuming to calculate than irregularly shaped bodies. Time is important because many thousands of calculations are used to test different models.

The best-fitting model shows scientists the most likely place that magma is moving into or out of the volcano, as well as where magma is accumulating and how close it is to the surface. However, no single type of data gives the whole picture of a volcano, so geodetic data needto be interpreted along with geologic, seismic and gas data. HVO’s different teams come together as a whole to develop sound hypotheses for current activity, hazard levels, and future scenarios.

Source : USGS / HVO.

Exemple d’utilisation d’une station GPS temporaire pour mesurer les déformations du Kilauea (Source : USGS / HVO)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

 7 heures (heure métropole): Il est 9 heures à la Réunion. Cela fait plus de 12 heures qu’une éruption a débuté sur le Piton de la Fournaise et, de toute évidence, personne n’a encore vu la lave couler! Les conditions météorologiques sont mauvaises et seuls les instruments ont pu donner quelques indications de la situation. Comme je l’ai indiqué précédemment, le tremor a été localisé sur le flanc Est-Sud-Est, à l’intérieur de l’Enclos Fouqué, dans le secteur des Grandes Pentes, à basse altitude, autour de 1000 mètres. Un rougeoiement était notamment visible à la tombée de la nuit, depuis la RN2, au niveau de la coulée de lave de 2007. Une reconnaissance est prévue par l’OVPF mais il semble difficile de se rendre à pied sur le site éruptif. Pour y aller en hélicoptère, il faudra que le brouillard se lève.
L’OVPF explique que ce nouveau réveil du volcan est survenu après une longue crise sismique qui a duré 9 heures et 30 minutes. Accompagnée d’une déformation rapide, elle a débuté à 7 heures le 11 août 2019. Jusqu’à 15 heures, 1 162 séismes volcano-tectoniques ont été enregistrés. Le magma s’est propagé depuis la bordure Sud-Est du cratère Dolomieu vers le flanc Est-Sud-Est. Cette traînée en longueur de la crise sismique tend à montrer que le magma a eu du mal à trouver sa voie. On remarquera par ailleurs que les trois dernières éruptions ont lieu à des altitudes de plus en plus basses (flanc supérieur du Dolomieu, Chapelle de Rosemont, Grandes Pentes). Il ne reste plus qu’à attendre le résultat des premières observations sur le terrain… Pour le moment, les images de fontaines et coulées de lave visibles sur les réseaux sociaux sont des photos d’archives.
Source: OVPF, JIR.

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9 heures: Les seules images de l’éruption visibles à l’heure actuelle sont des photos prises cette nuit depuis la RN2 qui montrent une lueur au-dessus des Grandes Pentes. J’imagine la frustration de mes amis réunionnais! Comme le fait l’INGV pour l’Etna, il serait bien que l’OVPF (autrement dit l’IPG) accepte un jour de mettre en ligne en temps réel ou quasi réel les tracés sismiques et le tremor du Piton de la Fournaise. Ce sont des données précieuses pour suivre l’évolution de l’éruption. Pourquoi cette rétention d’informations?

A bientôt. Je m’envole pour la Martinique!

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7:00 (Paris time): It is 9 o’clock on Reunion Island. It is more than 12 hours since an eruption began on Piton de la Fournaise and, obviously, no one has yet seen the lava flow! The weather conditions are poor and only the instruments can give some indications of the situation. As I indicated previously, the tremor was located on the East-South-East flank, inside the Enclos Fouqué, in the sector of the Grandes Pentes (Great Slopes), at low altitude, around 1000 metres a.s.l. A glow could be seen at dusk, from the RN2, in the 2007 lava flow area. A reconnaissance is forecast by OVPF but it seems difficult to walk to the eruptive site. To go by helicopter, the weather will have to clear up.
OVPF explains that the new eruption occurred after a long seismic crisis that lasted 9 hours and 30 minutes. Accompanied by a rapid deformation, it began at 7 am on August 11th, 2019. Until 3 pm, 1,162 volcano-tectonic earthquakes were recorded. Magma moved from the southeastern edge of the Dolomieu crater to the east-southeast flank. This long trail of the seismic crisis tends to show that magma found it difficult to find its way. It can be noticed that the last three eruptions occurred at lower and lower altitudes (upper flank of the Dolomieu cone, Chapelle de Rosemont, Grandes Pentes). Let’s wait for the result of the first observations on the field …
Source: OVPF, JIR.

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9 am: The only eruption images visible at this time are photos taken during the night from RN2 that show a glow over the Grandes Pentes. I imagine the frustration of my Reunion friends! As INGV does it for Mt Etna, it would be great if OVPF(in other words IPG) one day accepted to put online in real time or near real-time the seismograms and the tremor of Piton de la Fournaise. These are valuable data to follow the evolution of the eruption. Why this retention of information?

See you later. I’m flyng to Martinique.

Photos: C. Grandpey

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Nouvelle éruption ! // New eruption !

 9 heures (heure métropole) : Mes antennes réunionnaises m’indiquent depuis quelques jours que l’on observe une hausse de la sismicité sur le Piton de la Fournaise et qu’une éruption est probablement en préparation. Ces informations sont confirmées par la Préfecture qui indique ce dimanche 11 août qu’une crise sismique a commencé en début de matinée. Cette crise sismique s’accompagne de déformation rapide. Ceci indique que le magma est en train de quitter le réservoir magmatique et se propage vers la surface.

Dans ces conditions, le préfet de La Réunion a décidé de mettre en œuvre la phase d’alerte 1.

En conséquence, l’accès du public à la partie haute de l’Enclos Fouqué est interdit.

Pour rappel, la Fournaise est entrée en éruption le 29 juillet dernier. Mais cette crise n’avait duré que quelques heures.

Si le volcan entre en éruption dans la journée, le spectacle risque d’être gâché par la météo. La zone est en effet complètement bouchée par une épaisse brume. Impossible de distinguer quoi que ce soit, sur place ou via les webcams de l’observatoire. Et cela ne devrait pas s’arranger dans les heures à venir. Météo France prévoit une dégradation des conditions au fil de la journée.

Source : JIR, OVPF.

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18 heures (heure métropole): Comme cela était prévisible, une éruption a débuté sur le Piton de la Fournaise dans le secteur des Grandes pentes, dans la partie SE du volcan, côté Ste Rose, comme le laissait entendre l’activité sismique. Toutefois, en raison des mauvaises conditions météo, il est impossible de voir ce qui se passe. La présence du tremor laisse supposer que des gaz magmatiques et probablement de la lave ont percé la surface, mais on n’en sait pas plus pour le moment.
Source: JIR, OVPF.

Avec la visibilité nulle, on a vraiment l’impression d’assister à une éruption les yeux bandés. On se rend compte de la limite des informations données par les instruments. La sismicité est forte, le tremor est apparu, mais on se sait pas trop ce qui se passe sur le terrain. Il est probable que la lave a fait son apparition en surface, mais on n’en a aucune preuve! La météo n’est pas bonne pour les prochaines heures. Si l’événement est aussi bref que fin juillet, il se pourrait que l’éruption passe totalement inaperçue. Je serais pourtant surpris que les « fous du volcan » réunionnais ne réussissent pas à observer quelque chose…

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 9 am (Paris time): My Reunion antennas tell methat  for a few days that therehas been an increase in seismicity on Piton de la Fournaise and that an eruption is probably about to take place. This information is confirmed by the Prefecture which indicates this Sunday, August 11th, 2019 that a seismic crisis began in the early morning. This seismic crisis is accompanied by rapid deformation. This indicates that magma is leaving the reservoir and is ascending to the surface.
Under these conditions, the Prefecture has decided to implement the alert phase 1.
As a result, public access to the upper part of the Enclos Fouqué is prohibited.
As a reminder, the volcano erupted on July 29th, but this crisis lasted only a few hours.
If the volcano erupts during the day, the show may be ruined by the weather. The area is indeed completely blocked by a thick fog. It is impossible to distinguish anything, on the spot or via the observatory’s webcams. And that should not improve in the next hours. Météo France predicts a deterioration of weather conditions throughout the day.
Source: JIR, OVPF.

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18:00 (Paris time): Asould be predicted, an eruption has started on Piton de la Fournaise in the area of th Grandes Pentes, in the southeastern part of the volcano, as was suggested by the seismic activity. However, because of the poor weather conditions, it is impossible to know what is happening. The presence of the tremor suggests that magmatic gases and probably lave have pierced the surface, but we don’t know anything else for the moment.
Source: JIR, OVPF

Photos: C. Grandpey