Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : Il est interdit d’interdire !

Quand elle a commencé le 13 février 2026, beaucoup – dont je faisais partie – pensaient que ce serait l’histoire de quelques jours. Aujourd’hui, plus d’un mois après son début l ‘éruption du Piton de la Fournaise montre toujours une belle énergie. L’OVPF enregistrait le 21 mars une forte hausse de la sismicité avec un trémor élevé, ce qui laisse redouter l’ouverture de nouvelles fissures éruptives.

Source: OVPF

Les débits de lave sont en hausse. Ils atteignaient des pics de plus de 30m3/seconde le 21 mars. Deux bras de coulée principaux sont toujours présents, mais le plus au nord est toujours figé dans le bas des Grandes Pentes.

Crédit photo: Christian Holveck

Au niveau de l’entrée de la lave dans la mer, la plateforme est alimentée par la coulée principale et un bras secondaire plus au sud. Elle s’avance de plus de 140 mètres en mer, sur une surface d’environ 3,7 hectares. Le volume total émergé est estimé à 200 000m3.

Source: OVPF

Il est nécessaire de rappeler que cette plateforme est instable et fragile. S’y aventurer serait carrément suicidaire. Des explosions peuvent se produire en cas de déstabilisation car la lave passe également sous la plateforme. Un contact avec l’eau de mer est forcément explosif.

Sortie de lave d’une plateforme littorale à Hawaï (Photo: C. Grandpey)

De plus, le panache de gaz qui s’échappe du front de la plateforme est particulièrement toxique car il est composé de vapeur d’eau, d’acide chlorhydrique et de particules fines.Gare aux sautes de vent !

Panache de gaz à Hawaï (Photo: C. Grandpey)

Je suis effrayé quand je vois le nombre de personnes qui bravent les interdictions pour s’approcher du site. En conséquences, et afin de ne pas tenter des personnes de s’y rendre, je ne publierai plus sur mon blog que les images du site d’arrivée en mer proposées par l’OVPF.

L’affluence au Grand Brûlé ferait presque oublier qu’officiellement, il est interdit de quitter la RN2 pour se rendre près de la coulée, en amont ou en aval.

Autre interdiction non respectée, le survol de la zone par des drones « pour des motifs de sécurité publique », à cause du risque de collision avec les hélicoptères et les autres drones. L’interdiction est valable dans un rayon de 7 km autour de la coulée, et de la surface jusqu’à 150 m au-dessus du sol. Pour information, les drones sont également interdits dans le Parc National des Volcans à Hawaï, comme dans tous les parcs nationaux aux États Unis. Si vous vous faites prendre par les rangers, c’est une amende et la confiscation de l’engin. La Réunion semble attachée au slogan de mai 1968 : « Il est interdit d’interdire » !

Certes, au regard de nombreux comportements imprudents, le Préfet a pris des mesures pour renforcer la sécurité mais, de mon point de vue, elles ne sont pas assez strictes au niveau du site où la lave entre en mer. Comme je l’ai dit précédemment, un jour ou l’autre il va y avoir un drame. Il y a quelques jours, le PGHM a secouru une dizaine de personnes, mais cela ne servira à rien et ne sera pas dissuasif si les visiteurs en infraction ne sont pas verbalisés!

Les Réunionnais ont un attachement quasi viscéral à leur volcan, mais on ne peut pas les laisser faire n’importe quoi !

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : le point sur l’éruption

Le dernier bulletin très détaillé de l’OVPF (20 mars 2026)  à propos du Piton de la Fournaise indique que l’’éruption débutée le 13 février 2026 se poursuit. Elle ne semble pas près de se terminer et pourrait réserver des surprises avec l’ouverture de nouvelles fissures éruptives.

Comme expliqué précédemment, un seul site éruptif reste actuellement actif sur le flanc sud-sud-est du volcan avec l’édification d’un cône maintenant fermé à partir duquel la lave s’écoule essentiellement en tunnel avant de former un champ de lave qui présente deux bras principaux. L’OVPF indique dans son bulletin du 20 mars 2026 que depuis le 18 mars, le bras nord est de nouveau alimenté, avec une coulée qui se trouvait en bas des Grandes Pentes à une altitude de 690m, ce même jour à 9h10 (heure locale). Le bras sud a traversé la RN2 le 13 mars et a atteint l’océan le 16 mars. En amont de la route, on observe plusieurs bras secondaires, avec notamment un bras de coulée au sud du bras principal qui continue sa progression vers la RN2.

Plusieurs bras secondaires se sont également formés en aval de la RN2 avant l’entrée de la lave dans l’océan. Un de ces bras secondaires a atteint la mer entre le 18 soir et le 20 mars 2026 au niveau du bord sud de la plateforme de la coulée principale.

Crédit photo : OVPF

Au point de contact entre la lave et l’océan, une plateforme continue de se constituer et de s’élargir. Le 19 mars, elle avançait d’environ 129 m sur l’océan, sur une largeur d’environ 665 mètres. Cette plateforme s’élève à une hauteur maximum de 6 mètres au-dessus de l’océan et représentait un volume émergé d’un peu moins de 200 000 m3 de lave le 19 mars.

Attention danger ! Au niveau de cette entrée dans l’océan, un panache de vapeur et de gaz est toujours présent. Il est principalement constitué de vapeur d’eau, d’acide chlorhydrique (HCl) et de particules fines. Lorsque la lave, à une température d’environ 1130 °C, entre en contact avec l’eau de l’océan riche en chlorure de sodium (NaCl), elle engendre la formation d’un aérosol acide sous forme de fines gouttelettes en suspension qui peut présenter un caractère irritant et corrosif pour les voies respiratoires, la peau et les yeux. Par ailleurs, le contact brutal entre la lave et l’eau peut générer des explosions projetant des matériaux en fusion et des jets de vapeur à haute température. Des explosions peuvent également se produire en cas de déstabilisation de la plateforme. Par ailleurs, des circulations de lave en tunnel se sont développées au niveau de la plateforme. En mer, la formation d’une telle plateforme s’accompagne en général de l’apparition sous-marine de lave en coussins, pillow lava en anglais.

Vue de la  plateforme (Crédit photo : OVPF)

L’OVPF ajoute que la hausse de l’activité sismique est désormais bien marquée, avec plus de 130 séismes volcano-tectoniques détectés sur la journée du 19 mars. Ces séismes sont localisés au-dessus du réservoir superficiel et sont de très faible magnitude. Cette sismicité est interprétée actuellement comme un réajustement du champ de contraintes en réponse à la dépressurisation du réservoir. Dans ce contexte, l’ouverture de nouvelles fissures éruptives n’est pas exclue.

 Évolution de la sismicité (Source : OVPF)

Depuis le 14 mars, une augmentation significative du trémor éruptif est observée, accompagnée de phases intermittentes de type « gaz piston » qui traduisent un dégazage pulsé dans le conduit, lié à la remontée de poches de gaz à travers le magma. J’avais expliqué le ‘gas pistoning’ à Hawaï dans une note publiée le 29 novembre 2008.

Explication du « gas pistoning »

L’intensification du trémor sur le Piton de la Fournaise est corrélée à une hausse des flux de SO₂.

La déflation de la zone sommitale est également maintenant bien marquée.

Depuis le 18 mars, une augmentation du débit effusif est également observée avec une valeur maximales 22 m3/s le 20 mars.

Source : OVPF.

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Mépris des consignes de sécurité!

Ce 20 mars au matin, malgré l’interdiction de quitter la RN2 et une signalétique renforcée, de nombreux promeneurs se trouvaient encore sur le sentier qui descend vers l’endroit où la coulée de lave rejoint la mer. Un homme de 80 ans, pris de malaise, a dû être hélitreuillé par le PGHM.

Trop de personnes ignorent les panneaux prévenant du danger, installés sur le bord de la RN 2. On peut y lire : « Éruption en cours – Danger mortel – Pour votre sécurité, tous les sentiers sont fermés »,

Les gens avancent sous un soleil de plomb et sont souvent mal équipés pour ce genre de randonnée. Le malaise de cet homme n’est rien à côté du drame qui va forcément se produire un de ces jours sur le site d’entrée de la lave dans la mer. L’Observatoire, le Préfet (et moi-même) ont défini parfaitement les risques encourus. Le non respect des mesures de sécurité est quasiment suicidaire. De graves blessures, parfois mortelles, ont été enregistrées à Hawaï dans des conditions similaires.

Comme je l’ai écrit précédemment, si un drame se produit, ce ne sera pas la faute des autorités qui ont renforcé les mesures déjà prises concernant l’interdiction de quitter la RN2.

Source : Réunion la 1ère.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : l’éruption continue // The eruption continues

L’éruption du Piton de la Fournaise se poursuit à partir d’un seul site éruptif actif sur le flanc sud-sud-est du volcan. Avec la fermeture latérale du cône éruptif, on observe une activité importante en tunnel de lave.

Le champ de lave présente toujours deux bras principaux. Le front du bras nord reste figé à environ 2,6 km de la RN2, à une altitude d’environ 660 m. Néanmoins depuis le 18 mars, le bras nord est de nouveau alimenté et une activité est visible sur le haut des Grandes Pentes.

Le bras sud après s’être divisé en plusieurs bras secondaires, a traversé la RN2 le13 mars et a atteint l’océan le 16 mars. En amont de la route, plusieurs bras secondaires de coulées sont visibles côté sud mais leur progression est actuellement très lente et ne présente pas de menace pour la RN2.

Plusieurs bras secondaires se sont également formés en aval de la RN2 avant l’entrée de la lave dans l’océan.

Au point de contact entre la lave et l’océan, une plateforme continue de se constituer et de s’élargir. Le 18 mars, elle avait progressé de 85 mètres dans l’océan.

Crédit photo: OVPF

L’OVPF met en garde contre les risques liés au panache principalement constitué de vapeur

d’eau, d’acide chlorhydrique (HCl) et de particules fines. Lorsque la lave, à une température d’environ 1130 °C, entre en contact avec l’eau de l’océan riche en chlorure de sodium (NaCl), elle engendre la formation d’un aérosol acide sous forme de fines gouttelettes. Ce panache contient également des particules de lave pulvérisée et des fragments de verre volcanique, pouvant être transportés sur plusieurs centaines de mètres, voire des kilomètres, sous l’effet des vents. Il est bien évident que ce panache présente un risque pour la santé. Par ailleurs, le contact brutal entre

la lave et l’eau peut générer des explosions à proximité immédiate du point d’entrée en mer. Des explosions peuvent également se produire en cas de déstabilisation de la plateforme qui reste très instable et fragile.

Vue de la plateforme en formation au point de contact entre la lave et l’océan le 18 mars 2026 (Crédit photo : OVPF)

Source : OVPF.

Au vu de mon expérience personnelle à Hawaï, j’ai publié une note qui confirme les propos de l’OVPF :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/03/17/risques-lies-a-lentree-de-la-lave-dans-locean-hazards-associated-with-lava-entry-into-the-ocean/

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The eruption of Piton de la Fournaise continues from a single active eruptive site on the south-southeast flank of the volcano. With the lateral closure of the eruptive cone, significant lava tube activity is observed.
The lava field still has two main branches. The front of the northern branch remains stationary approximately 2.6 km from the RN2 highway, at an altitude of about 660 m. However, since March 18, the northern branch has been supplied again, and activity is visible on the upper slopes of the Grandes Pentes.
The southern branch, after dividing into several secondary branches, crossed the RN2 on March 13 and reached the ocean on March 16. Upslope of the road, several secondary lava flows are visible on the south side, but their advance is currently very slow and does not pose a threat to the RN2.
Several secondary branches also formed downslope of the RN2 before the lava entered the ocean. At the point of contact between the lava and the ocean, a platform continues to form and expand. By March 18, it had advanced 85 meters into the ocean.
The OVPF warns of the risks associated with the plume, which is primarily composed of water vapor, hydrochloric acid (HCl), and fine particles. When the lava, at a temperature of approximately 1130°C, comes into contact with ocean water rich in sodium chloride (NaCl), it generates an acidic aerosol in the form of fine droplets. This plume also contains particles of pulverized lava and fragments of volcanic glass, which can be carried for several hundred meters, or even kilometers, by the wind. Clearly, this plume poses a health risk. Furthermore, the sudden contact between lava and water can generate explosions in the immediate vicinity of the point of entry into the sea. Explosions can also occur if the platform becomes destabilized, as it remains very unstable and fragile.

Source: OVPF.

Based on my personal experience in Hawaii, I published a report that confirms the statements of the OVPF:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/03/17/risques-lies-a-lentree-de-la-lave-dans-locean-hazards-associated-with-lava-entry-into-the-ocean/

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : Si la lave entre dans l’océan…

La lave continue sa progression après avoir envahi la RN2 sur environ 260 mètres de largeur et elle se rapproche de l’océan. On estime que le Piton de la Fournaise a émis entre 13 et 15 millions de mètres cubes de lave depuis le début de l’éruption le 13 février 2026.

Le front de coulée se trouvait à environ 300 mètres de la côte le 14 mars au matin. Tout le monde (sauf ceux qui doivent emprunter la route!) espère qu’elle atteindra son but. Toutefois, il ne faudra pas oublier que le mariage de la lave et de l’eau peut être douloureux, avec des risques pour la santé des personnes qui se trouveraient à proximité.

Comme l’explique un article paru sur le site Réunion la 1ère, « si la coulée atteint l’océan, la scène sera spectaculaire mais surtout chimique. L’eau et la lave entrent alors dans une réaction brutale qui transforme les gaz volcaniques. » Ces derniers peuvent être très agressifs pour la santé, avec notamment de l’acide chlorhydrique (HCl). S’y ajoutent de l’acide sulfurique (H2SO4) et de l’acide fluorhydrique (HF). L’ensemble de ces gaz forme un cocktail irritant pour les poumons et la peau. Dans l’air, le dioxyde de soufre (SO2) peut aussi se combiner avec l’humidité pour former des pluies acides susceptibles d’endommager les végétaux.

Si la qualité de l’air venait à se dégrader fortement avec les nuages de gaz émis suite au contact de la lave et de l’océan, le plan ORSEC peut entrer en action. Il permet de mobiliser et coordonner l’ensemble des acteurs de la sécurité civile sous l’autorité du préfet. Son rôle est d’organiser rapidement les secours et protéger la population lorsqu’un événement majeur survient.

Dans le cas d’une éruption, plusieurs scénarios sont étudiés. Si la coulée de lave se jette dans l’océan ou si les concentrations de polluants grimpent nettement, le dispositif peut être déclenché. Il revient à l’Agence régionale de santé (ARS) d’analyser les données pour déterminer s’il existe un impact sanitaire. L’Agence définit la zone potentiellement exposée. Sur cette base, les autorités peuvent décider de restreindre l’accès à certains secteurs ou de fermer des zones.

Par anticipation, les autorités ont pris des mesures concernant les activités nautiques et la pêche. La navigation, le stationnement, le mouillage de tout navire et la pratique des activités nautiques, aquatiques ou sportives sont interdits dans un rayon de 1 mille nautique (1,8 km) autour du point d’arrivée potentiel de la lave.

Mais nous n’en sommes pas là. Il faut d’abord attendre que la lave atteigne l’océan, ce qu’elle a fait dans la grande majorité des cas par le passé.

J’ai personnellement eu l’occasion – la chance , devrais-je dire – d’assister au mariage de la lave et de l’océan à Hawaï, depuis la terre, mais aussi depuis la mer. Je confirme les recommandations de prudence décrites plus haut. Il faut en particulier de méfier des sautes de vent qui peuvent transporter les gaz toxiques là où on ne les attend pas. Je suppose que le site où la lave entrera dans la mer sera interdit d’accès. Si des personnes parvenaient toutefois à l’atteindre, je leur recommande d’emporter un bon masque anti-gaz, au cas où.

Par ailleurs, il faut se méfier des explosions phréatiques qui peuvent se produire lorsqu’une accélération du débit de la lave se produit. Ce peut être particulièrement violent, avec de dangereuses projections.

À la Réunion l’entrée de la lave dans l’océan s’est produite pour la dernière fois en 2007 dans le secteur du Grand Brûlé / Tremblet. L’événement avait surpris les scientifiques car le réchauffement brutal et très localisé de l’eau de mer avait permis de découvrir la biodiversité profonde autour de La Réunion. Des centaines de poissons, dont beaucoup viennent des grandes profondeurs, ont été retrouvés morts à la surface, Certaines espèces avaient rarement, voire jamais, été observées localement…

J’ai eu l’occasion d’observer l’océan à plusieurs reprises dans le secteur du Tremblet et chaque fois la mer était très agitée.

 Je me demande aujourd’hui s’il serait possible et prudent d’organiser des excursions en bateau pour voir l’arrivée de la lave depuis la mer, un spectacle extraordinaire auquel j’ai pu assister à deux reprises à Hawaî…

Photos : C. Grandpey