Réchauffement climatique : De nouvelles maladies menacent l’Arctique // Climate change : New diseases threaten the Arctic

Au mois d’août 2016, je relayais un article paru dans le Siberian Times et qui indiquait que des bactéries prisonnières de la glace avaient été libérées en Sibérie, provoquant un début d’épidémie d’anthrax, appelée communément maladie du charbon. Cette épidémie, la première depuis 1941, avait entraîné la mort de près de 2.400 rennes et d’un enfant de 12 ans. 72 personnes avaient été hospitalisées. La maladie, qui touche de nombreux mammifères, se transmet de l’animal à l’homme, mais pas d’un homme à un autre.

La bactérie responsable de l’anthrax se serait réactivée à partir de la carcasse d’un renne mort dans l’épidémie d’il y a 75 ans. Prise dans la glace du permafrost, la chair de l’animal aurait dégelée avec la fonte de la surface du sol, ce qui a réveillé la bactérie et provoqué une épidémie parmi des troupeaux de rennes. Les scientifiques redoutent qu’avec la fonte du  permafrost, des vecteurs de maladies mortelles des 18ème et 19ème siècles réapparaissent, en particulier près des cimetières où les victimes de ces maladies ont été enterrées.

Un article paru dans le National Geographic nous apprend que la maladie de Carré, répandue en Europe parmi les animaux domestiques, est en train de se répandre parmi les populations de phoques et de loutres de mer dans l’Arctique. Chez les chiens et les phoques, les symptômes sont des difficultés respiratoires, une décharge nasale et oculaire et de la fièvre. La maladie se transmet via contact direct ou si un animal entre en contact direct avec des excréments infectés. En France, les vétérinaires vaccinent régulièrement les chiens domestiques contre cette maladie.

En Alaska, elle a été diagnostiquée pour la première fois chez les loutres en 2004, alors qu’elle n’avait été identifiée jusque là qu’en Europe et sur la côte est de l’Amérique du Nord. En analysant les données recueillies entre 2001 et 2016, les chercheurs ont pu établir un lien entre une hausse des cas de maladie de Carré et le recul de la banquise arctique. La modification de l’aire de répartition des loutres a probablement poussé les animaux plus à l’ouest, vers de nouveaux territoires où le virus ne s’était jamais manifesté. Cela montre comment le changement climatique peut ouvrir de nouvelles voies de transmission de la maladie. En fondant rapidement, la banquise ouvre de nouveaux itinéraires de migration pour les mammifères marins ; elle leur permet de traverser plus facilement l’Atlantique pour atteindre le Pacifique en passant par le cercle Arctique. Les espèces marines sont si nombreuses à migrer vers l’Arctique chaque année que la région pourrait favoriser la multiplication et la propagation de la maladie.

Il sera difficile d’enrayer la propagation de la maladie. Une solution serait la vaccination des mammifères marins, mais à grande échelle, ce qui n’est pas évident à réaliser. On ne sait pas trop comment la maladie de Carré évoluera avec le changement climatique et la fonte de l’Arctique, en sachant que d’autres maladies sont également en hausse à cause de la hausse des températures dans les hautes latitudes. Ainsi, la leptospirose, une bactérie transmissible de l’animal à l’Homme, est de plus en plus répandue, tout comme le phénomène d’efflorescence algale qui infecte les poissons avec une toxine provoquant des lésions cérébrales chez les mammifères marins.

Sources: The Siberian Times, The National Geographic.

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In August 2016, I relayed an article of the Siberian Times which indicated that the melting of the permafrost in Siberia released anthrax bacteria trapped in the ice, causing an outbreak of the epidemic. This outbreak, the first since 1941, resulted in the death of nearly 2,400 reindeer and a 12-year-old child. 72 people, including at least 13 nomads living with reindeer, were hospitalized. The disease, which affects many mammals, is transmitted from animals to humans, but not from one man to another.
The bacteria responsible for anthrax was supposed to have been reactivated from the carcass of a reindeer that died during the epidemic 75 years ago. Caught in the ice of the permafrost, the flesh of the animal probably thawed with the melting of the surface, which gave a new life to the bacteria and caused an epidemic among herds of reindeer. Scientists fear that with the melting of the permafrost more vectors of fatal diseases of the 18th and 19th centuries reappear, especially near the cemeteries where the victims of the disease were buried.

An article in  the National Geographic informs us that canine distemper – “Maladie de Carré” in French – , prevalent in Europe among domestic animals, is spreading among the seal and sea otter populations in the Arctic. In dogs and seals, symptoms include breathing difficulties, nasal and ocular discharge, and fever. The disease is transmitted through direct contact or if an animal comes into direct contact with infected feces. In France, veterinarians regularly vaccinate domestic dogs against this disease.

In Alaska, it was diagnosed for the first time with otters in 2004, while it had only been identified in Europe and on the east coast of North America. By analyzing the data collected between 2001 and 2016, the researchers were able to establish a link between an increase in cases of  canine distemper and the decline of the Arctic sea ice. This change in otter range probably pushed the animals further west into new areas where the virus had never appeared. This shows how climate change can open new ways of transmitting the disease. By rapidly melting, the sea ice opens up new migration routes for marine mammals; it allows them to cross the Atlantic more easily to reach the Pacific through the Arctic Circle. Marine species are so numerous to migrate to the Arctic each year that the region could favour the multiplication and spread of the disease.
It will be difficult to stop the spread of the canine distemper . One solution would be the vaccination of marine mammals, but on a large scale, which is not easy to achieve. It is unclear how canine distemper will evolve with climate change and Arctic melting, knowing that other diseases are also rising due to rising temperatures in high latitudes. Thus, leptospirosis, a bacterium transmissible from animals to humans, is becoming more widespread, as is the phenomenon of algal bloom that infects fish with a toxin causing brain damage in marine mammals.

Sources: The Siberian Times, The National Geographic.

Photos extraites du CD de 160 images qui accompagne mon livre « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique« . [10 €, ou 15 € par correspondance].  Merci de me contacter par mail si vous désirez vous le procurer (grandpeyc@club-internet.fr)

 

Fonte du permafrost : Ruée vers l’ivoire des mammouths // Permafrost melting: Mammoth ivory rush

Comme je l’ai indiqué précédemment, certains pays comme la Russie et les Etats-Unis voient d’un bon œil la fonte de la glace de mer dans l’Arctique car elle permettra l’ouverture de nouvelles voies maritimes et l’accès à des richesses minérales jusqu’alors cachées sous la banquise.

De même que la fonte de la glace en mer, la fonte du permafrost dans la toundra va présenter de nombreux avantages pour certains. Alors que les scientifiques redoutent une accélération des émissions de méthane et de gaz carbonique qui contribueront à accélérer l’effet de serre, d’autres espèrent tirer profit de la fonte du pergélisol qui dévoile d’innombrables carcasses de mammouths. Autrefois prisonnières du sol gelé en permanence, ces carcasses sont désormais faciles à dépouiller de leurs défenses.

La pratique, en Russie, est légale pour toute personne disposant d’une licence officielle, en sachant qu’elle peut s’avérer très dangereuse, notamment quand les personnes qui chassent l’ivoire préhistorique cherchent leur butin dans des grottes sur le point de s’effondrer.

Malgré tout, pratiquée comme une activité principale ou en complément d’un travail plus traditionnel, la chasse au mammouth peut devenir une activité extrêmement lucrative. Par exemple, une défense prélevée sur un animal ayant vécu en Sibérie il y a 10 000 ans peut rapporter plusieurs dizaines de milliers d’euros à son découvreur. Certaines personnes sont devenues millionnaires, tandis que d’autres sont simplement sorties de la misère grâce au produit de leurs ventes.

La demande en ivoire de mammouth vient principalement de Chine et transite via Hong Kong. Officiellement, la Russie a exporté 72 tonnes d’ivoire de mammouth en 2017. Il faut néanmoins savoir que les complications réglementaires imposées par les autorités locales ont encouragé le commerce illégal qui est estimé à 50% de l’ensemble des échanges. Le marché est si important que les Chinois viennent se servir directement en Iakoutie.

En 2017, la Chine a interdit le commerce de l’ivoire d’éléphant pour essayer d’enrayer le braconnage. L’ivoire de mammouth est maintenant considéré comme un substitut appréciable pour fabriquer des objets décoratifs ou des bijoux qui se vendent à prix d’or. De plus, les réserves de défenses de mammouths sont considérables. Alors que la population d’éléphants est estimée à 350 000 têtes en Afrique, on pense que 10 millions de mammouths se cachent dans le permafrost de la toundra sibérienne. Des scientifiques de l’Université de Calgary au Canada indiquent que le commerce de l’ivoire de mammouth a fait baisser le nombre annuel d’éléphants braconnés de 55 000 à 34 000. Il est bien évident que l’interdiction de commerce des défenses de mammouth risquerait de faire grimper le cours de l’ivoire d’éléphant et donc le risque de braconnage.

Source : Presse internationale.

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As I mentioned earlier, some countries, such as Russia and the United States, welcome the melting of sea ice in the Arctic as it will open up new shipping routes and provide access to mineral wealth hitherto hidden under the pack ice.
Like the melting of sea ice, the melting of permafrost in the tundra will have many benefits for some. While some fear an acceleration of methane and carbon dioxide emissions, huge contributors to the greenhouse effect, others hope to take advantage of the melting permafrost that reveals innumerable carcasses of mammoths. Formerly prisoners of the permanently frozen ground, these carcasses are now easy to strip of their tusks.

The practice in Russia is legal for anyone with an official license, knowing that it can be very dangerous, especially when people who look for prehistoric ivory seek their loot in caves in danger of collapsing.
Nevertheless, practiced as a main activity or in addition to more traditional work, mammoth hunting can become an extremely lucrative activity. For example, a tusk taken from an animal that lived in Siberia 10,000 years ago can bring tens of thousands of dollars to its discoverer. Some people have become millionaires, while others are simply out of misery thanks to the proceeds of their sales.
Demand for mammoth ivory comes mainly from China and transits via Hong Kong. Officially, Russia exported 72 tonnes of mammoth ivory in 2017. It should be noted, however, that administrative complications imposed by local authorities have encouraged illegal trade which is estimated at 50% of all trade. The market is so widespread that the Chinese come to serve themselves directly in Yakutia.
In 2017, China banned the trade in elephant ivory to try to stop poaching. Mammoth ivory is now considered a valuable substitute for making decorative items or jewelry that sell for a premium price. In addition, mammoth tusk reserves are considerable. While the elephant population is estimated at 350,000 head in Africa, an estimated 10 million mammoths are hiding in the permafrost of the Siberian tundra. Scientists at the University of Calgary in Canada report that the mammoth ivory trade has reduced the annual number of poached elephants from 55,000 to 34,000. It is obvious that the ban on trade in mammoth tusks could increase the price of elephant ivory and thus the risk of poaching.
Source: International Press.

Image de la toundra automnale (Photo : C. Grandpey)

Royal BC Museum de Victoria (Canada)  [Photo : C. Grandpey]

L’ « acqua alta » à Venise: Une punition pour le Conseil Régional de Vénétie ? // « Acqua alta » in Venice: A punishment for the Veneto Regional Council ?

Les locaux du Conseil Régional de Vénétie situés à Venise ont été inondés pour la première fois de leur histoire par l' »acqua alta » qui a affecté la Cité des Doges. Il semblerait que la montée soudaine des eaux se soit produite juste après que le Conseil Régional ait rejeté les amendements proposés par l’opposition et qui visaient à lutter contre le changement climatique. Le bâtiment a été inondé deux minutes après que deux partis de droite – la Liga et les Fratelli d’Italia- et le parti de centre-droit Forza Italia aient rejeté les amendements proposés par leurs opposants. Ces amendements incluaient des demandes de financement en faveur de davantage de sources d’énergie renouvelables, le remplacement des bus roulant au diesel et des mesures visant à réduire l’impact du plastique. L’opposition imputait également l' »acqua alta » – qui est montée à plus de 1,80 mètre au-dessus du niveau habituel et a causé au moins un décès – à une combinaison de facteurs, notamment la hausse du niveau de la mer due à la fonte des glaciers. L’opposition a été accusée par la majorité de faire de la propagande. La majorité a fait remarquer que le Conseil Régional a dépensé 965 millions d’euros au cours des trois dernières années dans le cadre de la lutte contre la pollution de l’air. Le maire de Venise avait tweeté plus tôt dans la semaine que les inondations avaient mis Venise à genoux, qualifiant d ‘ »apocalyptiques les conditions vécues.

Source: Huffington Post et journaux italiens.

Le premier magistrat de Venise a raison d’être inquiet car l' »acqua alta » n’est pas terminée. On prévoit une hauteur d’eau d’au moins 1,60 mètre aujourd’hui 17 novembre 2019. La situation actuelle à Venise ne fait que préfigurer ce qui va se passer dans les grandes villes côtières de la planète dans les prochaines années.  Les médias n’évoquent que du bout des lèvres le réchauffement climatique et la fonte des glaces pour expliquer la situation catastrophique à Venise. C’est pourtant là que se trouve la cause du problème. Il faudrait que nos dirigeants cessent de pratiquer la politique de l’autruche et prennent les vraies mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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The premises of the Veneto Regional Council in Venice were flooded for the first time in known history during the acqua alta that affected the city. It was apparently right after the members of the Regional Council rejected amendments to tackle climate change. The building was flooded two minutes after two Italian right-wing parties – the League and Brothers of Italy –  and the center-right Forza Italia party rejected their opponents’ amendments. The rejected amendments included requests for funding for more renewable energy sources, the replacement of diesel buses and measures to reduce the impact of plastic. They also blamed Venice’s high tide, which peaked at more than1.80 metres above the usual level and caused at least one death, on a combination of factors including rising sea levels due to glacial melt. The opposition was accused by the majority of spreading propaganda. The majority pretends the Regional Council spent € 965 million over the past three years in the fight against air pollution,  The mayor of Venice had tweeted earlier this week that flooding had brought Venice to its knees, describing the conditions as “apocalyptic.

Source: Huffington Post and Italian newspapers.

The mayor of Venice is right to be worried because the « acqua alta » is not over. A water level of at least 1.60 metres is expected today, November 17th, 2019. The current situation in Venice only foreshadows what will happen in the major coastal cities of the planet in the coming years. The media only give lip service to global warming and melting ice to explain the catastrophic situation in Venice. This is where the problem lies. Our leaders should stop burying themselves in the sand and take real action to reduce greenhouse gas emissions.

L’inondation du Conseil Régional de Vénétie (Crédit photo: Presse italienne)

2019: Deuxième mois d’octobre le plus chaud !

La NASA vient d’indiquer qu’octobre 2019 a été le 2ème mois d’octobre le plus chaud de l’histoire. Le classement publié par l’agence américaine confirme celui des autres agences climatiques dans le monde. Octobre 2019 frôle ainsi le record établi lors de l’avènement du phénomène El Niño extrême de 2015. Avec +1,04°C au-dessus de la moyenne 1951-1980, l’anomalie relevée en octobre 2019 est la deuxième plus élevée des annales. Les anomalies sont surtout importantes dans l’hémisphère nord qui n’a jamais été aussi chaud en octobre.
Une fois de plus, le haut du classement est dominé par la période récente. Depuis 1880, les 5 mois d’octobre les plus chauds ont été observés ces 5 dernières années.
Pour le mois d’octobre, sur les 100 dernières années, le rythme du réchauffement est de +0,093°C par décennie. Sur les 20 dernières années (depuis 1999), on note une accélération de +0,29°C par décennie.
Au vu des chiffres actuels, 2019 terminera probablement à la 2ème place (La Poulidor de l’histoire, avec un clin d’oeil à notre champion limousin qui vient de nous quitter). Pour l’année en cours (janvier-octobre), 2019 se situe à +0,97°C, à mi-chemin entre le record de 2016 (+1,02°C) et 2017 (+0,92°C).
Source: NASA, global-climat.

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NASA has just indicated that October 2019 was the second hottest October in history. The ranking published by the US agency confirms the results of other climate agencies in the world. October 2019 is close to the record set by the advent of the extreme El Niño phenomenon of 2015. With + 1.04°C above the 1951-1980 average, the anomaly recorded in October 2019 is the second highest in the archives. The anomalies are especiallysignificant in the northern hemisphere, which has never been so hot in October.
Once again, the top of the ranking is dominated by the recent period. Since 1880, the warmest 5 months of October have been observed in the last 5 years.
For the month of October, over the last 100 years, the rate of warming is + 0.093°C per decade. Over the last 20 years (since 1999), there has been an acceleration of + 0.29°C per decade.
In view of the current figures, 2019 will probably finish in 2nd place. For the current year (January-October), 2019 is at + 0.97°C, halfway between the record of 2016 (+ 1.02°C) and 2017 (+ 0.92°C) .
Source: NASA, global-climat.

Source: global-climat