Premiers réfugiés climatiques américains // First American climate refugees

Il faut vraiment bien connaître l’Alaska pour avoir entendu parler de Kivalina, une bourgade de 450 habitants située à l’extrémité d’une île de 13 kilomètres de long, face à la Mer des Tchouktches et la Sibérie russe, à 130 km de Kotzebue.

A 134 kilomètres du Cercle Arctique, la localité est loin de tout et il faut plusieurs vols pour l’atteindre depuis le reste des Etats-Unis. Kivalina est une communauté Inupiat, une branche des Inuit. C’est le seul village de la région où les habitants chassent – ou plutôt chassaient – la baleine boréale. Aujourd’hui, cette tradition fait partie du passé car l’épaisseur trop mince de la glace ne permet plus de se livrer à cette activité.

Depuis 10 ans, à cause d’hivers de plus en plus courts et de la hausse de la température, le village est régulièrement envahi par les eaux de l’océan. La construction en 2008 d’une digue censée ralentir l’érosion provoquée par les tempêtes n’a pas servi à grand-chose. Elle est beaucoup moins efficace que la barrière de glace de mer qui protégeait le village des tempêtes en hiver. L’année 2019 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Alaska. Pour la première fois, la moyenne des températures est passée au-dessus de 0°C.

L’érosion affecte aussi la piste d’atterrissage, unique porte d’entrée et de sortie de l’île. Des travaux sont en cours pour déménager le village et ses habitants et les reloger dès 2025 dans une zone moins vulnérable. Une route d’évacuation de 10 km financée par l’Etat fédéral est en cours de construction. Le chantier doit être terminé d’ici le 31 octobre 2020.

De ce fait, les Inupiats seront les premiers réfugiés climatiques du continent américain. Ce sera forcément une déchirure pour cette population qui vit d’une économie de subsistance basée sur la mer.

En 2008, le village a attaqué en justice les compagnies pétrolières pour leur contribution au réchauffement climatique. Le tribunal a rejeté la plainte, estimant qu’il n’était pas compétent sur cette problématique.

Voici un excellent document qui résume bien la situation à Kivalina :

https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/climat-en-alaska-une-ile-risque-d-etre-engloutie-par-les-flots_3860663.html

Source : France Info.

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You really need to know Alaska very well to have heard of Kivalina (pop. 450) located at the end of a13-kilometre-long island facing the Chukchi Sea and Russian Siberia, 130 km from Kotzebue (see map above).

Located 134 kilometres from the Arctic Circle, the town is far from everything and it takes several flights to reach it from the rest of the United States. Kivalina is an Inupiat community, a branch of the Inuit. It is the only village in the region where the inhabitants hunt – or rather hunted – bowhead whales. Today, this tradition is a thing of the past because the ice is too thin and no longer allows to engage in this activity (see photo above).

In the past 10 years, due to increasingly short winters and rising temperatures, the village has been regularly invaded by ocean waters. The construction in 2008 of a seawall supposed to slow down the erosion caused by storms did not help much. It is far less effective than the sea ice barrier that protected the village from winter storms. 2019 was the warmest year on record in Alaska. For the first time, the average temperature has risen above 0°C (see photo above).

Erosion also affects the airstrip, the island’s only entry and exit gate. Work is underway to relocate the village and its inhabitants in 2025 to a less vulnerable area. A 10 km federal-funded evacuation route is under construction. The site must be completed by October 31st, 2020 (see map above)

As a result, the Inupiat will be the first climate refugees on the American continent. It will inevitably be a tear for this population which lives on a subsistence economy based on the sea.
In 2008, the village sued the oil companies for their contribution to global warming. The court dismissed the complaint, saying it had no jurisdiction over the issue.
Here is an excellent document that sums up the situation in Kivalina well:
https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/climat-en-alaska-une-ile-risque-d-etre-engloutie-par-les-flots_3860663.html

Source: France Info.

Risque de tsunami en Alaska // Tsunami hazard in Alaska

Le Glacier Barry n’est pas l’un des plus connus et les plus spectaculaires en Alaska. Situé à 90 km à l’est d’Anchorage, c’est l’un des nombreux glaciers de cet Etat qui viennent vêler dans la mer. J’ai écrit plusieurs articles sur le recul du glacier Columbia dans le Prince William Sound. Ce glacier ne présente pas une réelle menace pour Valdez, un port que se trouve à proximité. En revanche, des scientifiques ont découvert que le Glacier Barry – qui finit lui aussi sa course dans le Prince William Sound – pourrait provoquer un glissement de terrain et un tsunami catastrophiques dans les prochaines décennies. Le port de Whittier, qui se trouve à proximité, pourrait être menacé.
Le changement climatique et la hausse des températures ont provoqué le recul d’une langue du Glacier Barry qui maintenait en place une portion du flanc du fjord, le Barry Arm,  sur une longueur d’environ 1,6 km. Un tiers seulement de la pente est désormais maintenu par la glace. Le risque d’un glissement de terrain est bien réel. Il pourrait être provoqué par un séisme, de fortes pluies ou une vague de chaleur faisant fondre la neige en surface. Bien que la pente soit instable depuis des décennies, les chercheurs estiment que son effondrement soudain est possible d’ici un an et, plus probablement, deux décennies. Si un tel glissement de terrain se produisait, il pourrait générer une vague avec des effets meurtriers sur les pêcheurs et les touristes.
La modélisation informatique montre qu’un effondrement du flanc du fjord  – environ 500 millions de mètres cubes de roches et de terre – pourrait provoquer un tsunami de plusieurs dizaines de mètres de hauteur à son départ. 20 minutes plus tard, lorsqu’il atteindrait Whittier à 45 kilomètres de là, le mur d’eau aurait encore une vingtaine de mètres de hauteur et il provoquerait d’importants dégâts.
Le fjord, le Barry Arm, et d’autres dans le secteur, sont fréquentés par des bateaux de tourisme et de pêche, et la région est bien connue des chasseurs. Des centaines de personnes pourraient donc être présentes au moment de l’événement catastrophique. Whittier est un point d’embarquement et de débarquement pour des milliers de passagers. Personnellement, je suis parti de Whittier pour visiter les glaciers de la région.
Les glissements de terrain générateurs de tsunamis sont rares mais se sont déjà produits en Alaska. Tout le monde se souvient du glissement de terrain du 9 juillet 1958 dans la baie de Lituya, sur la côte sud-est de l’Alaska. Un séisme avait alors fait glisser une masse de 40 millions de mètres cubes de roche sur une longueur de 600 mètres dans la baie étroite. Le tsunami avait atteint une hauteur de 510 mètres. La vague avait encore une vingtaine de mètres de hauteur lorsqu’elle a atteint l’extrémité de la baie, submergeant plusieurs bateaux de pêche et tuant deux personnes. L’Alaska est parmi les régions du monde les plus exposées aux séismes. Whittier a été durement frappé par le tsunami provoqué par le séisme de 1964 en Alaska.
Plus récemment, un glissement de terrain en 2015 dans le Taan Fjord, à l’ouest de Yakutat, a déclenché un tsunami de plus de 180 mètres de hauteur.
Les chercheurs de 14 organisations et institutions scientifiques n’ont commencé à étudier la région du Barry Arm qu’il y a environ un mois, dans le cadre d’un projet financé par la NASA dont le but est d’analyser les mouvements de masse terrestre à travers l’Arctique nord-américain. Les chercheurs expliquent également que la fonte du permafrost dans la région pourrait contribuer au risque de glissement de terrain.

Source : presse américaine.

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Barry Glacier is not one of the best known and most dramatic glaciers in Alaska. Located 90 km east of Anchorage, it is one of the numerous Alaskan glaciers that end up calving in the sea. I have written several posts about the retreat of the Columbia Glacier in the Prince William Sound. This glacier does not pose any real risk to Valdez, the nearest city. On the contrary, scientists have discovered that the Barry Glacier – which calves into Prince William Sound too – is increasing the risk of a catastrophic landslide and tsunami within a few decades. Whittier, which lies a short distance away, might be under threat.

Climate change and warming temperatures have caused the retreat of a tongue of the Barry Glacier that helps support a steep, 1.6-km-long slope along one flank of the Barry fjord. With only a third of the slope now supported by ice, a landslide could be triggered by an earthquake, prolonged heavy rain or even a heatwave that could cause extensive melting of surface snow. While the slope has been moving for decades, the researchers estimate that a sudden, huge collapse is possible within a year and likely within two decades. Should such a landslide occur, it could generate a wave with devastating effects on fishermen and tourists.

Computer modelling shows that a collapse of the entire slope – about 500 million cubic metres of rock and dirt – could cause a tsunami that would be several tens of metres high at the start. 20 minutes later, when it reached Whittier, a port at the head of another narrow fjord 45 kilometres away, the wall of water could still be about 20 metres high and cause extensive destruction.

The fjord, Barry Arm, and other nearby waters are frequently visited by tourist and fishing boats, and the surrounding land is a popular area with hunters. Hundreds of people could be in the area at the time of the disastrous event. Whittier is typically an embarkation and disembarkation point for thousands of cruise ship passengers. I personally started from Whittier to visit the glaciers of the region.

Tsunami-inducing landslides are rare but have occurred in Alaska. Everybody remembers that landslide that happened on July 9th, 1958, in Lituya Bay, on Alaska’s southeast coast, when a nearby earthquake caused 40 million cubic metres of rock to slide 600 metres into the narrow bay. The tsunami reached a maximum height of 510 metres. The wave was still about 20 metres high when it reached the end of the bay, swamping several fishing boats and killing two people. Alaska is among the most earthquake-prone areas of the planet. Whittier was heavily damaged by a tsunami during the 1964 Alaska earthquake.

More recently, a 2015 landslide at Taan Fjord, west of Yakutat, triggered a tsunami that was initially more than 180 metres high.

Researchers, from 14 organizations and institutions only began studying the Barry Arm area about a month ago, as part of a NASA-financed project to study land-mass movement across the North American Arctic.

The researchers also explain that the thawing of permafrost in the area could contribute to the landslide risk.

Source : American newspapers.

Whittier et glaciers de la région (Photos : C. Grandpey)

Les algues vertes de l’Antarctique // Antarctica’s green algae

Une étude effectuée par une équipe scientifique de l’Université de Cambridge et du British Antarctic Survey révèle que, alors que la température de la planète continue d’augmenter, les «algues vertes des neiges» prolifèrent sur certaines côtes de l’Antarctique.
Ces algues sont microscopiques, mais lorsqu’elles poussent en grand nombre, elles donnent à la neige une couleur verte. Les zones concernées ont pu être cartographiées à l’aide de relevés aériens et d’images satellites. En tenant compte de la relation entre les conditions météorologiques locales et les schémas de croissance des algues, les scientifiques expliquent qu’ils sont en mesure de prévoir comment le changement climatique influencera les proliférations futures. En effet, les algues vertes jouent un rôle essentiel dans la capacité du continent antarctique à capter le dioxyde de carbone de l’atmosphère par la photosynthèse.
La dernière cartographie, publiée dans la revue Nature Communications, a confirmé que les proliférations d’algues vertes sont plus fréquentes lorsque la température est supérieure à zéro degré Celsius.
Les chercheurs ont élaboré leur carte à partir d’images obtenues entre 2017 et 2019 par le satellite Sentinel 2 de l’Agence Spatiale Européenne. Ils ont ensuite complété les données satellitaires par des observations sur le terrain. Certaines des plus grandes zones de prolifération ont été détectées sur les îles le long de la côte occidentale de la Péninsule Antarctique, là où le réchauffement a été le plus prononcé au cours des dernières décennies.
En plus de la corrélation entre les proliférations d’algues vertes et les températures plus chaudes, les chercheurs ont également observé un lien entre les proliférations d’algues côtières et la présence d’oiseaux et de mammifères marins ; en effet, les excréments d’oiseaux sont riches en nutriments qui favorisent la croissance des algues. Plus de 60 pour cent des zones de prolifération d’algues vertes analysées par les scientifiques se trouvent à quelques kilomètres des colonies de manchots, et de nombreuses zones de prolifération importantes ont été identifiées à proximité des sites de nidification d’autres espèces d’oiseaux.
Alors que la hausse des températures favorisera probablement une plus grande prolifération d’algues vertes dans la majeure partie de l’Antarctique, le changement climatique entraînera aussi une perte de neige estivale sur certaines îles les plus basses, les privant ainsi de la couleur verte due à la prolifération des algues. Un chercheur a expliqué qu’au fur et à mesure que l’Antarctique se réchauffera, il est probable que la surface globale recouverte par les algues verte augmentera. En effet, la propagation des algues vers des sols plus élevés compensera largement la perte sur les petites îles.
Les chercheurs font remarquer que des proliférations plus importantes d’algues vertes pourraient permettre l’absorption du dioxyde de carbone de l’air. De la même façon que les plantes, les algues microscopiques captent le CO2 et émettent de l’oxygène dans le cadre du processus de photosynthèse.
Source: Accuweather.

Vous pouvez lire l’étude complète en cliquant sur ce lien:
https://www.nature.com/articles/s41467-020-16018-w

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Research by a team of scientists from the University of Cambridge and the British Antarctic Survey reveals that as global temperatures continue to rise, “green snow algae” is likely to become more abundant across Antarctica’s coast.

Each individual algae is microscopic, but when they grow profusely, they stain the snow green. The blooms can be mapped using aerial surveys and satellite images. By tracking links between local weather conditions and green snow growth patterns, scientists say they can predict how climate change will influence future blooms. Indeed, snow algae are a key component of the continent’s ability to capture carbon dioxide from the atmosphere through photosynthesis.

The latest mapping, released in the journal Nature Communications, confirmed green snow algae blooms are most frequently found when temperatures are above zero degrees Celsius.

Researchers created their map using images captured between 2017 and 2019 by the European Space Agency’s Sentinel 2 satellite. Next, they supplemented the satellite data with on-the-ground field observations. Some of the largest patches of green were found on islands along the west coast of the Antarctica Peninsula, where warming has been most pronounced over the last several decades.

In addition to the correlation between green snow blooms and warmer temperatures, the researchers also found a link between coastal algae blooms and the presence of marine birds and mammals, as bird excrement is rich in nutrients that fuel algae growth. More than 60 percent of the green snow blooms analyzed by scientists were found within a few kilometres of penguin colonies, and many other large blooms were identified near the nesting sites of other bird species.

While warming temperatures are likely to encourage larger green snow algae blooms across most of the Antarctic, climate change is likely to leave at least some low-lying islands without summertime snow cover, robbing the islands of their green snow blooms. A researcher has explained that as Antarctica warms, it is likely the overall mass of snow algae will increase, as the spread to higher ground will significantly outweigh the loss of small island patches of algae.

Larger green snow algae blooms could help pull carbon dioxide from the air. Like plants, microscopic algae capture CO2 and emit oxygen as part of the photosynthesis process.

Source: Accuweather.

You can read the full study by clicking on this link :

https://www.nature.com/articles/s41467-020-16018-w

Aperçu des zones de prolifération d’algues vertes, identifiées dans la Péninsule Antarctique à l’aide d’images satellitaires et de données au sol.

Source: Nature Communications

Avril 2020 toujours plus chaud // April 2020 still too warm

Avril 2020 a été l’un des deux mois d’avril les plus chauds sur Terre, au vu de 141 années de relevés de température. On assiste donc à la poursuite de la tendance au réchauffement qui pourrait faire de 2020 l’année la plus chaude jamais observée sur notre planète.
Selon la NOAA, les températures globales à la surface de la terre et des océans en avril 2020 ont été de 1,06°C supérieures à la moyenne du 20ème siècle. Cette anomalie arrive en deuxième position dans les relevés de la NOAA qui remontent à 1880. Avril 2020 a été devancé seulement par avril 2016.
Avril 2020 est le 424ème mois consécutif et le 44ème mois d’avril consécutif où les températures globales ont été supérieures à la moyenne dans la base de données de la NOAA.

D’autres agences climatiques parviennent à une conclusion similaire :
Le Goddard Institute for Space Studies de la NASA a constaté que les températures moyennes d’avril 2020 sur les surfaces terrestres et océaniques de la planète ont été les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1880. Elles ont été de 0,04°C supérieures au record d’avril en 2016.
Selon le service européen Copernicus sur le changement climatique (C3S), avril 2020 se trouve à seulement 0,01°C derrière avril 2016.
La NOAA fait remarquer que les quatre premiers mois de l’années 2020 sont pour le moment en deuxième position, juste derrière ceux de l’année 2016. L’Administration est pratiquement certaine que 2020 figurera parmi les quatre années les plus chaudes depuis 1880. Il y a une probabilité de 69% pour que 2020 soit l’année la plus chaude jamais observée, éclipsant 2016.
Il est important de noter et de rappeler que la hausse des températures entre janvier et avril 2020 se produit  sans l’influence d’El Niño qui est actuellement neutre, alors qu’il était actif en 2016.
Source: NOAA, NASA, Copernicus.

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April 2020 was among Earth’s two warmest Aprils in 141 years of temperature records, continuing a warming trend that could make 2020 the planet’s warmest year.

According to NOAA, global land and ocean temperatures were 1.06°C above the 20th century average. This anomaly is second only to 2016 as the planet’s warmest April in NOAA records dating to 1880.

April 2020 marked the 424th consecutive month and 44th straight April that global temperatures have been above average in NOAA’s database.

Other expert analyses come to a similar conclusion.

NASA‘s Goddard Institute for Space Studies found April 2020 global average temperatures across all land and ocean surfaces were the warmest on record in their records dating to 1880. Temperatures were 0.04°C above the previous record warmest April in 2016.

Europe’s Copernicus Climate Change Service(C3S) also found April 2020 just 0.01°C behind the record-warmest April in 2016.

NOAA’s report explains that 2020 is the second-warmest first four months of any year, trailing only 2016. This year is virtually certain to be at least among the top four warmest years since 1880. The Administration’s calculations also suggest a 69 percent chance 2020 could be the planet’s warmest year, eclipsing 2016.

What is particularly impressive about the warm start to 2020 is the lack of warmth provided by El Niño which is currently neutral, but was active in 2016, giving a boost to global temperatures.

Source: NOAA, NASA, Copernicus.

Ce graphique montre les anomalies mensuelles de température en degrés Celsius par rapport à 1980-2015, pour chaque année de 1880 à avril 2020. (Source : NASA)

Les chiffres indiquent le classement de chaque mois par rapport aux archives de la NASA