Polémique sur l’Etna (Sicile) : quelques précisions

Boris Behncke, volcanologue et chercheur à l’INGV de Catane, a publié un message sur les réseaux sociaux pour résumer ce qu’il avait vu sur l’Etna «en ces jours de folie et d’idiotie». Voici ce que Boris a déclaré (propos rapportés par le journal La Sicilia)  : «Parmi toutes les éruptions de l’Etna ces dernières années, aucune n’a été aussi inoffensive que l’éruption actuelle. Je ne comprends pas ce qui a bien pu passer par la tête de ceux [ NDLR : les maires de Milo et Fornazzzo] qui ont jugé utile de promulguer ces arrêtés, dans une région qui a besoin de bien plus d’interventions pour servir la communauté et cet environnement qui nous accueille et nous nourrit. J’ai déjà entendu dire que plusieurs personnes qui comptaient visiter l’Etna ont renoncé en prenant conscience de la situation. C’est le résultat de décisions irréfléchies, motivées par la paresse et la peur d’assumer ses responsabilités. Mais presque tout a déjà été dit ; il nous appartient désormais à tous de travailler à de meilleures solutions pour l’avenir, afin que cette éruption et la réaction des autorités ne se transforment pas en deuil. Un deuil pour la liberté d’explorer, de comprendre et d’apprécier la montagne qui a créé et qui continue de créer la Terre sur laquelle nous vivons.» Boris a précisé : «Je n’écris pas ceci en tant que volcanologue de l’INGV, mais à titre personnel.»

Cette déclaration n’a pas plu du tout à l’Institut National de Géophysique et de Volcanologie (INGV). Quelques heures plus tard, un communiqué de presse de l’Institut , au nom de son président Fabio Florindo, a été publié : «L’Institut se désolidarise totalement des propos tenus par Boris Behncke, publiés sur son profil Facebook et tenus à titre personnel, concernant la gestion de l’éruption actuelle de l’Etna dans la Vallée del Bove, et notamment les critiques formulées à l’encontre des arrêtés pris par les maires des communes riveraines de l’Etna touchées par le phénomène. L’INGV précise que ces arrêtés sont le fruit d’une évaluation approfondie menée par l’ensemble des services de la Protection civile, sous la coordination de la Préfecture de Catane, au regard de l’état du volcan tel que rapporté par l’Osservatorio Etneo.» Poussé par le siège national de l’INGV à Rome [NDLR : on n’aime pas les vagues en haut lieu!], le président de l’INGV à Catane souligne également l’importance et le caractère essentiel de ces actions, et réaffirme le plein accord de l’Institut avec les autres instances concernées.

Boris Behncke est allemand et vit en Sicile depuis 1997, année où nous sommes rencontrés pour la première fois. Il travaille à l’INGV depuis 2005. Il est probablement l’un des meilleurs spécialistes de l’Etna, voire le meilleur. Polyglotte, il est très présent sur les réseaux sociaux et ailleurs, où il réalise un travail de vulgarisation scientifique largement apprécié, mais qui attise probablement la jalousie dans le milieu scientifique sicilien.

Boris n’est pas le seul à avoir critiqué les récentes interdictions imposées par la Préfecture et la Protection civile. En signe de protestation, les guides de l’Etna ont mené une grève historique, interrompant toutes les visites guidées le 6 janvier. Le même jour, la Guardia di Finanza a mené un raid nocturne sur la coulée de lave, à 1 360 mètres d’altitude, et a signalé aux autorités judiciaires 21 personnes surprises en infraction. Motif : elles avaient dépassé la limite de 200 mètres par rapport à la coulée, ou elles s’étaient aventurées sans guide agréé.
Suite à la critique de ses propos, Boris Behncke avait déclaté : «Il faudrait peut-être réfléchir davantage à la mise en place d’un système de signalisation pour baliser le sentier (afin d’éviter que les promeneurs ne se perdent en terrain inconnu), et déployer les forces de l’ordre non pas pour bloquer l’accès sans discernement, mais pour garantir la sécurité des randonneurs.»
Ces idées rejoignent celles proposées par les guides de l’Etna qui travaillent, en accord avec le Parc national et en collaboration avec les guides naturalistes, à un protocole contenant de nouvelles directives pour les prochaines éruptions, et qui sera soumis à la Préfecture et à la Protection civile.

Comme je l’ai expliqué dans une note précédente, on semble s’orienter vers la mise en place de plateformes d’observation en période éruptive, depuis lesquelles les touristes pourraient admirer l’activité en toute sécurité. Les guides seraient autorisés (moyennant finance, probablement) à conduire des visiteurs plus près des coulées….mais pas trop près tourt de même. L’INGV recommande une distance de sécurité de 50 mètres. J’me marre !

Pour le moment, l’Etna a mis tout le monde d’accord. Il n’y a plus rien à voir dans la Valle del Bove. L’éruption est en phase terminale.

Boris Behncke conserve tout mon soutien et toute mon amitié.

Observation des coulées de lave à 50 mètres de distance? Très peu pour moi!

Un Etna bientôt ‘à l’islandaise’ ?

Tard dans la soirée de l’Épiphanie, des dizaines de randonneurs et de simples curieux ont tenté d’atteindre l’altitude de 1 360 mètres dans la Valle del Bove, là où la coulée de lave s’est pratiquement arrêtée En faisant cela, ils ne respectaient pas les ordonnances émises par les maires de Fornazzo et Milo. Ils ont été accueillis par la Guardia di Finanza. Vingt-et-une personnes ont été identifiées et déférées devant la justice pour violation des restrictions imposées par la préfecture de Catane et les arrêtés municipaux de plusieurs communes riveraines de l’Etna. Le parquet décidera s’il y a lieu d’engager des poursuites contre les contrevenants. Des pièces d’identité ont été demandées à certaines personnes surprises trop près de la coulée de lave au crépuscule, ainsi qu’à celles qui tentaient de rejoindre le front de lave en pleine nuit. Un groupe de sept personnes a notamment été interpellé alors qu’il arrivait de la haute Valle del Bove, probablement en provenance de Serracozzo, au-dessus du refuge de Citelli.

Suite aux protestations des guides – qui ont entamé un mouvement de grève – et et à la polémique qui est née suite à ces restrictions d’accès au volcan, les autorités ont réagi et la situation semble avoir évolué au cours des dernières heures. Une réunion a été organisée par le nouveau président du Parc de l’Etna et a rassemblé les différentes parties concernées. Il ressort de cette réunion une nouvelle approche du volcan ‘à l’islandaise’. Ainsi, la Préfecture sera invitée, dès les prochains événements liés au volcan, à identifier des « points d’observation facilement accessibles à tous et bien balisés d’où les visiteurs pourront avoir une « belle vue » sur le volcan en toute liberté. Sur ces points d’observation, les guides seront autorisés à accompagner des groupes de visiteurs plus près de la zone éruptive, à une distance qui variera en fonction de l’évolution de l’événement, mais que l’INGV, par exemple, a récemment estimée à 50 mètres.

Source : La Sicilia.

De telles mesures font sourire ceux qui, comme moi, ont connu l’époque où on pouvait naviguer librement sur l’Etna. Le tourisme de masse et l’appât du gain ont tout tué. Aujourd’hui, je reste à la maison et je regarde mes photos dans lesquelles la lave de l’Etna coule à quelques mètres de moi.

À noter que Boris Behncke (INGV Catane) a exprimé, à titre personnel, sa désapprobation devant les ordonnances promulguées par certaines communes de l’Etna. Il a été désapprouvé et lâché par l’Institut, y compris par le siège à Rome.

À titre personnel, je suis solidaire de Boris dont la compétence n’est plus à prouver et suscite probablement pas mal de jalousie. L’avalanche de restrictions sur l’Etna est une erreur et ne pourra que dissuader les visiteurs de se rendre sur le volcan sicilien en période éruptive. On parle de plateformes d’observation. J’ai des doutes sur  l’efficacité de cette solution. L’Etna n’est pas le Kilauea !

Renforcement de la sécurité sur l’Etna (Sicile) // Increased security on Mount Etna (Sicily)

Les mesures préventives ont été renforcées sur l’Etna suite à des signalements de personnes non autorisées s’approchant dangereusement du front de lave dans la zone touchée par l’activité effusive. Cette décision a été prise après une réunion convoquée par le préfet de Catane.

Comme je l’ai écrit précédemment, les communes de Milo, Sant’Alfio et Zafferana Etnea ont émis des arrêtés interdisant l’accès aux routes et sentiers menant à la Valle del Bove. Les excursions en groupe de dix personnes maximum, accompagnées de guides qualifiés, sont autorisées uniquement jusqu’à la tombée de la nuit. Même ces groupes ont l’interdiction formelle de s’approcher à moins de 200 mètres du front de lave.
Compte tenu du risque extrêmement élevé pour la sécurité lié au non-respect de la réglementation, le préfet a ordonné un renforcement des contrôles par la police et le Corpo Forestale. Les infractions aux arrêtés municipaux seront poursuivies en vertu de l’article 650 du Code pénal, qui prévoit une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois mois pour non-respect d’une mesure prise pour des raisons de sécurité publique.
Des drones seront également utilisés pour identifier les contrevenants qui mettent en danger leur propre sécurité et celle des secouristes.

Source : La Sicilia.

Crédit photo: réseaux sociaux

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Preventive measures have been reinforced on Mount Etna following reports of unauthorized individuals approaching the lava front in the area affected by effusive activity at dangerously close range. This decision was made after a meeting convened by the Prefect of Catania.
As I wrote previously, the municipalities of Milo, Sant’Alfio, and Zafferana Etnea have issued ordinances prohibiting access to the roads and trails leading to the Valle del Bove. Group excursions of up to ten people, accompanied by qualified guides, are permitted only until nightfall. Even these groups are strictly prohibited from approaching within 200 meters of the lava front.
Given the extremely high safety risk associated with non-compliance with the regulations, the Prefect has ordered increased patrols by the police and the Corpo Forestale. Violations of municipal ordinances will be prosecuted under Article 650 of the Penal Code, which provides for a prison sentence of up to three months for failing to comply with a measure taken for reasons of public safety.
Drones will also be used to identify offenders who endanger their own safety and that of rescue workers.
Source: La Sicilia.

C’est à désespérer. Pauvre société ! // It’s hopeless. What a poor society !

J’ai publié plusieurs notes sur ce blog pour mettre en garde contre les dangers de la plage de sable noir de Reynisfjara, dans le sud de l’Islande. La mer y est particulièrement dangereuse, avec des vagues traîtresses et des lames de fond qui surprennent régulièrement les visiteurs, causant parfois des décès.

Les autorités islandaises ont tenté de sécuriser la zone en mettant en place un système de feu vert / feu rouge en fonction du niveau de danger. Une barrière a également été installée pour bloquer, ou du moins limiter, l’accès à la plage lorsque le feu est rouge et que les conditions sont dangereuses. Le feu rouge s’allume désormais plus tôt qu’auparavant, mais tous les touristes ne tiennent pas compte des avertissements et ne respectent pas la barrière. Le système semble désespérément inefficace et incapable d’empêcher certains comportements dangereux, voire inconscients.

Une vidéo récemment diffusée sur TikTok illustre l’imprudence de deux touristes sur la plage de Reynisfjara. Malgré le feu rouge allumé, ils courent près du rivage et échappent de justesse aux vagues, regagnant la terre ferme avec de l’eau jusqu’aux genoux. Malgré les nombreux accidents mortels au pied des falaises, les touristes continuent de sous-estimer le danger. De nombreux exemples sur les réseaux sociaux montrent des visiteurs ignorant les avertissements et se mettant gravement en danger.

Que faire d’autre ? Rien, malheureusement. La verbalisation ne fait pas partie de l’état d’esprit islandais qui donne priorité à la prévention, mais cette dernière a visiblement ses limites. Une personne a suggéré sur les réseaux sociaux d’informer les touristes qu’ils ne seront pas secourus s’ils pénètrent dans la zone lorsque le feu rouge est allumé. « Il faudrait un panneau indiquant : “Secours impossibles lorsque le feu rouge est allumé – vous accédez à la plage à vos risques et périls.” »
Source : Iceland Monitor. Photos: C. Grandpey.

Comme je l’écrivais dans une note précédente (14 décembre 2025), nous vivons dans une société de records et d’extrêmes. Certains ont peut-être besoin de se rassurer en accomplissant ce qu’ils pensent être un exploit… qui peut vite se transformer en catastrophe. Tant que ces imbéciles mettent leur vie en danger sans impliquer personne d’autre, tout va bien. Mais si des sauveteurs doivent risquer leur vie pour leur porter secours, le problème prend une autre dimension. Personnellement, je pense que la première chose à faire est d’obliger ces personnes à payer le sauvetage. Il en va de même pour les skieurs hors-piste lorsque le risque d’avalanche est élevé. Après avoir déboursé des centaines, voire des milliers d’euros, je pense qu’elles y réfléchiront à deux fois avant de recommencer !

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I have published several posts on this blog warning againt the dangers of Reymisfjara black beach in southern Iceland. The sea is particularly dangerous with treacherous waves and rip currents that regualarly caught visitors by surprise, killing some of them.

Icelandic authorities have tried to make the area safer and implemented a system of green and red lights according to the danger. A gate has also been installed to block or at least limit access to the beach when the red warning light is on and conditions are dangerous. The red warning light is now activated earlier than before, but as the video shows, not all tourists heed the warnings or respect the barriers. The system looks desperately useless and unable to stop some people’s behaviour.

A recent TikTok video shows the reckless behavior of two tourists at Reynisfjara beach, who stood dangerously close to the shoreline despite a red warning light being illuminated, narrowly escaping the waves. The tourists turned away from the surf and managed to run back to dry land just in time after a wave crashed in and reached up to their knees.

Despite the fact that the sea below the cliffs has claimed many lives, tourists continue to underestimate the danger. Numerous examples on social media show visitors ignoring warnings and putting themselves at serious risk.

What else could be done ? Nothing I’m afraid. One person has suggested on the social networks that tourists should be told they will not be rescued if they enter the area while the red warning light is on. “There should be a notice saying: ‘Rescue is not possible when the red light is on — enter the beach at your own risk.’”

Source : Iceland Monitor.

As I put it in a previous post (14 December 2025), we are living in the society of records and extremes. Maybe some people need to reassure themselves by showing they have performed a feat of strength ;..which may become a feat of stupidity. As long as these persons put their lives at risk without involving anybody else, it’s ok. But if rescuers are putting their lives at risk for helping them, the problem is diferent.I personally think that the first thing to do is to force these persons to pay for the rescue. The same applies to off-piste skiers when the risk of avalanche is high. After paying hundreds or thousands of euros, they’ll probably think twice before doing it again !