Les stations de ski et le réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique, la neige tombe à des altitudes de plus en plus élevées, et sans les canons à neige, beaucoup de stations auraient mis depuis longtemps la clé sous le paillasson. Même en haute altitude, les stations sont confrontées à des problèmes d’enneigement. C’est ainsi qu’à Tignes, le glacier de la Grande Motte a ouvert péniblement une piste rouge avec deux semaines de retard par rapport aux années précédentes

Situé plus de 1.000 mètres plus bas, à 1750 mètres d’altitude, le sympathique village de Bessans a trouvé une solution astucieuse pour conserver la neige d’une année sur l’autre, et ainsi ouvrir la saison de ski de fond plus tôt que d’habitude. Le procédé s’appelle le « snowfarming » que l’on pourrait traduire par « culture de la neige. » Il s’agit d’une technique pour laquelle la commune de Bessans a dépensé entre 8000 et 10 000 euros. Elle a permis de conserver un dôme de 7.000 m3 de neige depuis l’hiver dernier en l’isolant de l’air ambiant et du soleil avec un mélange de sciure de bois. Grâce à cette stratégie, deux kilomètres de pistes de ski de fond ont été enneigés et étaient prêtes à accueillir les premiers skieurs cette semaine.

Le maire de Bessans reconnaît que sans neige de culture, il aurait été impossible de skier à Noël lors des cinq dernières années. Deux cents athlètes de ski de fond et de biathlon de toute la France sont attendus à partir du 29 octobre sur un domaine ouvrant habituellement mi-novembre.

La technique du « snowfarming » présente l’avantage de ne pas utiliser les réserves d’eau de pluie mises en place artificiellement dans les stations pour alimenter les enneigeurs. Si les épisodes de sécheresse se multiplient, il n’est pas impossible qu’il faille, un jour ou l’autre, avoir recours à ces réserves d’eau pour permettre à la population d’avoir de l’eau potable. Le ski passera bien sûr au second plan.

Source : Presse locale.

Le village de Bessans est aussi connu pour ses traditions qui font cohabiter le Diable et le Christ. Il m’est arrivé d’assister à la fête traditionnelle du 15 août et sa procession riche en couleurs. Les femmes ont revêtu les costumes traditionnels faits de robes aux reflets rouges, noirs et or, avec des châles chatoyants et des coiffes de fine dentelle. Elles arborent aussi les croix bessanaises en or massif. Ce sont autant d’atouts qui font du costume de Bessans l’un des plus beaux de Savoie.

 

Le chant de la banquise antarctique // The song of Antarctica’s ice shelf

En utilisant des appareils spéciaux, des scientifiques de la Colorado State University ont pu enregistrer des sons étranges sur la Barrière de Ross, une vaste plate-forme glaciaire en Antarctique. Selon une nouvelle étude publiée dans Geophysical Research Letters, une revue de l’American Geophysical Union, le bruit enregistré est en réalité une vibration de la glace provoquée par le vent qui souffle sur les dunes de neige.
En écoutant le son, on a un peu l’impression d’entendre quelqu’un souffler constamment dans une flûte sur la banquise, ou le bourdonnement émis par des milliers de cigales. La fréquence des sons est trop basse pour être perçue par l’oreille humaine. C’est pour cela que les scientifiques l’ont accélérée. Ils ont modifié la fréquence des infrasons et accéléré les enregistrements 1 200 fois.
L’objectif initial de l’étude n’était pas d’enregistrer le chant de la banquise, mais d’observer ce qui se passe sur les plateformes glaciaires du continent antarctique. En 2014, des scientifiques ont installé 34 capteurs sismiques à deux mètres sous la neige sur la Barrière de Ross afin de surveiller sa structure et ses mouvements. .
Au cours des dernières années, les plates-formes glaciaires ont perdu de leur épaisseur et se sont même effondrées en Antarctique à cause du réchauffement de la température de l’océan et de l’air, sous l’effet du changement climatique. Lorsque ces plates-formes se désintègrent, elles permettent à la glace continentale située en amont d’accélérer sa progression et de finir sa course dans l’océan, ce qui contribue à l’élévation du niveau de la mer.
L’étude des vibrations produites par la couche de neige qui isole la banquise pourrait permettre aux scientifiques de mieux comprendre comment elle réagit au changement climatique. Les fluctuations du «ronflement sismique» émis par la plate-forme glaciaire pourraient également indiquer si des fractures se forment dans la glace, ce qui pourrait être le signe que la plate-forme est susceptible de se briser.

Voici le document (Ne pas oublier de mettre le son !):
https://youtu.be/w56RxaX9THY

Source: Colorado State University.

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Using special instruments, scientists from Colorado State University have discovered weird sounds on Antarctica’s Ross Ice Shelf. The noise is actually vibrating ice, caused by the wind blowing across snow dunes, according to a new study which was published in Geophysical Research Letters, a journal of the American Geophysical Union.

Listening to the sound, it is a little like blowing a flute, constantly, on the ice shelf, or the buzz of thousands of cicadas. The sounds are too low in frequency to be heard by human ears unless sped up by the monitoring equipment. For that purpose, the scientists changed the infrasound frequency and accelerated the recordings vearly 1,200 times.

The original reason for the study was not to record sounds down there but to research what’s happening to the continent’s ice shelves: In 2014, scientists buried 34 seismic sensors two metres under the snow on Antarctica’s Ross Ice Shelf in order to monitor its structure and movement.

Ice shelves have been thinning and collapsing in Antarctica because of warmer ocean and air temperatures because of climate change. As the shelves disintegrate, they allow other inland ice to fall into the ocean, contributing to sea level rise.

Studying the vibrations of an ice shelf’s insulating snow jacket could give scientists a sense of how it is responding to changing climate conditions. Changes to the ice shelf’s « seismic hum » could also indicate whether cracks in the ice are forming that might indicate whether the ice shelf is susceptible to breaking up.

Here is the document (Don’t forget to turn on the speakers!):

https://youtu.be/w56RxaX9THY

Source: Colorado State University.

Carte montrant la Barrière et la Mer de Ross. On remarquera la présence du volcan Erebus sur l’Ile de Ross. (Source : Wikipedia)

Alpes françaises : Les effets du réchauffement climatique (suite)

L’été 2018 n’en finit pas de s’éterniser. Nous sommes officiellement en automne depuis un mois, mais les températures ne cessent de battre des records. La région Rhône-Alpes est l’une de celles où les effets du réchauffement climatique sont le plus visibles car elle recèle un nombre important de glaciers et de lacs. L’Ain, la Drôme, l’Isère, la Haute-Savoie et une partie de la Savoie sont concernés par des restrictions liées à l’eau, de la simple alerte à l’alerte renforcée, jusqu’à l’état de crise dans la moitié du département de l’Ain.

Les glaciers souffrent énormément, et sans les importantes précipitations neigeuses de l’hiver dernier qui ont retardé leur fonte, les glaciers auraient connu une ablation record. Par exemple, le glacier d’Argentière a perdu 1,5 m d’eau soit 1,7 m de masse glaciaire en 2018. C’est bien au-dessus de la moyenne de 1,4 m observée depuis 2003, date à partir de laquelle le rythme de la fonte annuelle entamée dans les années 1980 a doublé. J’ai visité le glacier d’Argentière en septembre 2017 et  2018. Quand on se trouve devant le front du glacier, on est impressionné par l’empreinte laissée en aval par le glacier en se retirant.

La Mer de Glace continue à fondre inexorablement. Le plus grand glacier français a perdu jusqu’à 16 cm d’épaisseur par jour au mois d’août !

Les stations de ski ne devraient pas tarder a subir les effets du dérèglement climatique et il se pourraient bien que les canons à neige soient vite inutilisables à cause des températures trop élevées ou, tout simplement, du manque d’eau. Ainsi, aux Deux Alpes, le lac de Puy Salié (50 000 mètres cubes d’eau) qui s’est formé au pied du glacier du mont de Lans s’est vidangé et n’a pas eu le temps de permettre la production de neige de culture pour ouvrir aux skieurs à la Toussaint.

Je ne reviendrai pas sur la situation catastrophique du lac d’Annecy dont le niveau ne cesse de baisser, engendrant les problèmes que j’ai évoqués précédemment.

Source : Le Dauphiné Libéré.

Voici quelques vues du Glacier d’Argentière en septembre 2018:

Photos: C. Grandpey

Septembre 2018 encore trop chaud // Still too hot in September 2018

La NASA vient de publier ses chiffres concernant la température moyenne du mois de septembre 2018. Il se situe en sixième position depuis le début des relevés de la NASA en 1880.  A noter que les six mois de septembre les plus chauds depuis 1880 ont tous été observés ces six dernières années.

Avec +0,75°C au-dessus de la moyenne 1951-1980, l’anomalie relevée en septembre 2018 est en petite baisse par rapport à août (+0,77°C).  .

Pour le mois de septembre, sur les 100 dernières années, le réchauffement est de +0,09°C/décennie. Sur les 20 dernières années (depuis 1998), on note une accélération à +0,19°C/décennie.

Pour l’année en cours (janvier-septembre), 2018 est à +0,81°C. Le trio record 2015-2016-2017 est encore devant à la faveur de conditions qui furent plus chaudes dans le Pacifique. Les températures de surface de la mer sont cependant en train de remonter dans l’océan Pacifique central et oriental, en phase de transition très probable vers un petit El Niño.  Malgré la tendance à la baisse des températures dans le Pacifique depuis 2016, due à la variabilité naturelle, la température de l’air ne retombe pas au niveau d’avant 2016. C’est le signe que la hausse récente des températures est liée aux gaz à effet de serre.

Source : NASA.

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NASA has just published its own figures for the average temperature of September 2018. This month is in sixth position since the NASA survey began in 1880. It should be noted that the six warmest months of September since 1880 have all been observed over the last six years.
With + 0.75°C above the 1951-1980 average, the anomaly recorded in September 2018 is down slightly from August (+ 0.77°C). .
For the month of September, over the last 100 years, the warming is + 0.09°C per decade. Over the last 20 years (since 1998), there has been an acceleration of + 0.19°C per decade.
For the current year (January-September 2018), the increase is + 0.81°C. The record trio 2015-2016-2017 is still ahead thanks to conditions that were warmer in the Pacific. However, sea surface temperatures are rising in the central and eastern Pacific Ocean, in the very likely transition phase to a small El Niño. Despite the trend of decreasing temperatures in the Pacific since 2016, due to natural variability, the air temperature does not fall back to the pre-2016 level. This is the sign that the recent rise in temperatures is related to greenhouse gases.
Source: NASA.

Anomalies thermiques pour septembre 2018 (Source: NASA)