Les effets de la sécheresse sur le Lac d’Annecy (suite)

Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, le niveau du lac d’Annecy est au plus bas suite à la sécheresse qui a frappé les Alpes cet été. Ce manque d’eau lié au réchauffement climatique pose des problèmes aux activités aquatiques et aux organisateurs de croisières sur le lac.

Le journal Le Dauphiné a mis en ligne des images du lac vu du ciel. On se rend parfaitement compte du problème en regardant en, particulier la plage de l’Impérial ou à proximité du Pâquier.

A noter que le lac d’Annecy n’est pas le seul à souffrir de la sécheresse. Dans la vallée de l’Arve aussi, le manque d’eau modifie la configuration des lacs du bassin clusien et des plans d’eau en montagne. Dans la base de loisirs de Thyez, le niveau du lac des pêcheurs, alimenté par le canal de fuite de la centrale hydroélectrique de Pressy, à Cluses, est ainsi descendu d’un mètre. En altitude, le phénomène est également bien visible sur les berges du lac Bénit au Mont-Saxonnex, du lac du Carmel au Reposoir et au lac Bleu dont le niveau est descendu de 2 mètres.

En cliquant sur ce lien, vous verrez des photos et des vidéos montrant le niveau très bas du lac d’Annecy :

https://www.ledauphine.com/haute-savoie/2018/10/09/lac-d-annecy-le-retrait-du-lac-du-a-la-secheresse-vu-du-ciel

A côté des lacs, la sécheresse affecte dangereusement les cours d’eau de la région, avec des conséquences dramatiques pour la faune aquatique. Par ailleurs, moins d’eau dans les rivières et ruisseaux, voire pas du tout de débit, entraîne moins de dilution de la pollution qui s’y trouve, donc une concentration plus forte, ainsi que la mort des poissons et autres organismes vivants. La FRAPNA qui fédère les associations de protection de la nature en Rhône-Alpes appelle la population à une utilisation plus rationnelle de l’eau et, en montagne, des canons à neige qui sont très gourmands en eau. Il faudra bientôt faire un choix entre l’eau que l’on consomme et celle qui sert à enneiger les pistes de ski.. Sur l’arc alpin, 95 millions de mètres cubes d’eau par an sont utilisés pour l’enneigement artificiel, soit la consommation annuelle d’une ville de 1,5 million d’habitants..
L’usage de l’eau a été restreint dans la région d’Annecy, placée en situation d’alerte « renforcée » par les autorités, de même que la zone du lac du Bourget en Savoie.

Source: France Info.

Photo: C. Grandpey

Le réchauffement climatique dans les Alpes: De Tignes à Annecy…

Le glacier de la Grande Motte à Tignes n’ouvrira pas comme prévu le 29 septembre. Les conditions ne sont pas réunies pour une ouverture avant au moins la mi-octobre. Il s’agit évidemment d’un nouveau signe inquiétant du réchauffement climatique. Ce retard entraîne des complications au niveau sportif car le glacier devait accueillir les skieurs des équipes de France qui organisent chaque année des stages pour terminer leur préparation pour l’ouverture de la Coupe du monde les 27 et 28 octobre à Sölden en Autriche.

Les responsables de la station de Tignes étudient attentivement les prévisions météorologiques pour établir un nouveau calendrier. Un anticyclone persiste sur les Alpes en ce moment, ce qui interdit l’arrivée de précipitations significatives.

Les équipes de France de ski ont pour habitude de venir s’entraîner chaque année à Tignes à cette époque de l’année. La situation sur le Glacier de la Grande Motte va entraîner des modifications. Le groupe technique hommes, après un stage en août et début septembre à Ushuaïa (Argentine) va terminer sa préparation à Saas Fee (Suisse). Les dames sont à Ushuaïa jusqu’au 3 octobre et profitent des conditions encore hivernales.

Au vu de l’évolution des glaciers en France et en Europe, on peut penser que les équipes de  France de ski vont décaler leur préparation dans l’hémisphère Sud et la prolonger en octobre au cours des prochaines années.

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Comme je l’ai écrit dans une note précédente rédigée à mon retour d’un voyage glaciaire dans les Alpes, le lac d’Annecy s’assèche dangereusement et son niveau d’eau n’en finit pas de baisser. Selon les dernières mesures effectuées le 24 septembre 2018, il a perdu 53 cm par rapport à sa cote légale de 80 cm. La situation devrait empirer au cours des prochains jours, faute de précipitations importantes. Une nouvelle baisse importante du niveau du lac (10 cm supplémentaires ?) est donc fortement prévisible.

Pas besoin d’être ingénieur pour comprendre la situation! Il suffit de s’approcher des berges du lac. Il faut s’éloigner de plusieurs dizaines de mètres de la plage pour avoir les chevilles mouillées, et il faut atteindre 200 à 300 mètres du rivage pour avoir de l’eau à mi-cuisse !

Comme je l’ai indiqué précédemment, les premières victimes de cet assèchement historique sont les loueurs de bateaux. Plusieurs se retrouvent au chômage technique ou quasiment, faute d’un tirant d’eau suffisant pour leurs embarcations. S’agissant des hors-bords sans permis, il faut les pousser, moteur relevé, jusqu’à 200 ou 300 mètres du rivage. Seules deux personnes sont autorisées à monter à bord, de manière à alléger le poids.

Un professionnel a été contraint d’arrêter la location des bateaux avec permis dès la fin du mois août, et il vient de prendre la même décision pour toutes les embarcations sans permis. Selon lui, la situation est pire que lors de la canicule de 2003, parce qu’en 2018 elle dure beaucoup plus longtemps.

Les navires de croisières qui conduisent des groupes de touristes français et étrangers sur le lac sont logés à la même enseigne. Selon l’une des responsables de la Compagnie des bateaux du lac d’Annecy, « le niveau du lac est vraiment critique depuis quinze jours, mais nous sommes impactés depuis trois semaines. Il a donc été décidé de réduire le nombre de croisières. La capacité des bateaux est également passée de 198 à 120 passagers, afin d’alléger un peu le poids et d’avoir un tirant d’eau suffisant. Cette situation n’a pas d’impact sur l’emploi des marins, mais l’arrière-saison est perturbée cette année. »

C’est évidemment le très beau temps – dont tout le monde se réjouit sans réfléchir – et les températures caniculaires de ces dernières semaines, avec le manque de pluie, qui sont à l’origine de l’assèchement historique du  lac d’Annecy. Les gens ont trop tendance à croire que le réchauffement climatique n’interviendra qu’en 2050, alors qu’il est là aujourd’hui. S’agissant du lac, c’est la 5ème alerte – et la plus forte – depuis 2003. Le lac est très sensible au réchauffement car il n’est alimenté que par deux petites rivières. Les jours de fortes chaleurs, on perd entre 1 et 2 cm d’eau par jour en raison de l’évaporation.

Pour tenter de prévenir ces épisodes d’assèchement du lac, appelés à se multiplier durant la saison estivale, l’idée est de faire fluctuer les niveaux de l’eau au gré des saisons, de manière à constituer des stocks en hiver et au printemps en prévision des fortes températures d’été. Le problème, c’est qu’il faudrait une autorisation de l’État car la cote stable de 80 cm toute l’année est imposée depuis la fin du 19ème siècle. Actuellement, pour parvenir à cette cote permanente, les agents du syndicat du lac d’Annecy jouent avec les vannes alimentant le canal voisin du Thiou. Cette façon de procéder est jugée archaïque et inadaptée aujourd’hui par les élus, et plus du tout en phase avec l’évolution du climat. La balle est maintenant dans le camp de l’Etat qui devra prendre une décision rapidement car le temps presse.

Source: Le Dauphiné Libéré.

Photo: C. Grandpey

Le Lac d’Annecy et le réchauffement climatique // The Lake of Annecy and global warming

Autre fait inquiétant: la baisse de niveau du lac d’Annecy où j’ai fait une halte en rentrant de mon équipée glaciaire dans les Alpes. Au cours de l’été 2018, le niveau du lac a chuté d’une soixantaine de centimètres. Une situation semblable avait été observée en 2003, année où la baisse de niveau avait, semble-t-il, été encore plus préoccupante. Le problème, c’est que le phénomène a tendance à se répéter. Il n’y a actuellement aucune difficulté d’alimentation en eau potable, mais les exploitants d’embarcations touristiques comme les bateaux à moteurs sont confrontés à des problèmes de tirant d’eau. En conséquence, il a fallu déplacer des zones d’embarquement et interdire l’accès à certains pontons, faute de profondeur et par mesure de sécurité. Le sable des petites plages a, lui aussi, reculé. Les personnes avec lesquelles j’ai parlé de la chute du niveau du lac ont admis qu’il y avait un problème, mais du bout des lèvres. J’ai bien senti que je dérangeais en abordant le problème du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers. Il ne faut surtout pas effrayer les touristes…!

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Another disturbing fact is the decrease in the level of the Annecy Lake where I stopped on my way back from my trip to the Alpine glaciers. During the summer of 2018, the lake level dropped by about sixty centimetres. A similar situation was observed in 2003, when the decrease was apparently even more worrying. The problem is that the phenomenon tends to repeat itself. There is currently no problem with drinking water supply, but the operators of motor boats are facing problems with their draft. As a result, boarding areas had to be relocated and some pontoons had to be closed for lack of water depth and for security reasons. The sand of the small beaches has, likewise, receded. The people I talked to about the fall of the lake level admitted that there was a problem, but lip service. I really felt that they were reluectant to speak about global warming and the melting of glaciers. Nothing should be done to scare the tourists …!

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La baisse du niveau du lac est visible sur les berges, mais aussi à l’intérieur de la vieille ville où le Thiou, déversoir naturel du lac, montre de gros signes de faiblesse…

Photos: C. Grandpey