La fonte du Groenland et la hausse du niveau des océans // Greenland melting and ocean rise

L’été 2019 a été le plus chaud de l’histoire de la Terre. Dans l’Arctique, l’étendue annuelle minimale de la glace de mer a été la deuxième plus faible jamais enregistrée. Une nouvelle étude a révélé que la chaleur estivale était telle qu’elle a provoqué le fonte de 600 milliards de tonnes de glace au Groenland, suffisamment pour faire s’élever le niveau de la mer de 2,2 mm en seulement deux mois. L’analyse des données satellitaires a révélé à quel point la glace avait fondu en quelques mois à cause de températures anormalement élevées autour du pôle Nord.
Contrairement à l’accélération de la fonte de la glace de mer, le recul des glaciers terrestres entraîne directement la montée des océans, mettant en péril les villes côtières du monde entier. Les scientifiques ont calculé que l’énorme calotte glaciaire du Groenland a perdu en moyenne 268 milliards de tonnes de glace entre 2002 et 2019, soit moins de la moitié de ce qui s’est passé l’été dernier.

Pour information, voici comment le Groenland a évolué depuis 1972 :

  • Un gain de masse de +47 ± 21 Gt / a sur 1972–1980
  • Une perte de masse de 51 ± 17 Gt / a sur 1980–1990.
  • Une perte de masse de 41 ± 17 Gt / a sur 1990-2000
  • Une perte de masse de 187 ± 17 Gt / a sur 2000-2010
  • Une perte de masse de 286 ± 20 Gt / a sur 2010-2018, soit six fois plus depuis les années 1980.

Les glaciers fondent partout dans le monde en raison du réchauffement climatique anthropique. Par effet d’albédo, la glace réfléchit la lumière du soleil ; par contre, quand elle disparaît, les surfaces sombres qui se trouvaient en dessous absorbent encore plus de chaleur, et provoquent une nouvelle accélération de la fonte. Les scientifiques ont révélé en 2019 que la glace du Groenland disparaissait aujourd’hui sept fois plus vite que dans les années 1990. Cette situation  a chamboulé et poussé à la hausse les estimations précédentes de l’élévation du niveau des mers. Quelque 400 millions de personnes seront en danger d’inondation chaque année d’ici la fin du siècle.
Des recherches plus récentes ont montré que l’Antarctique perd également de la glace à un rythme galopant. On peut toutefois observer un gain de masse dans le secteur atlantique de l’Est Antarctique provoqué par une augmentation des chutes de neige. Cela atténue la perte de masse spectaculaire observée au cours des deux dernières décennies dans d’autres parties du continent.
Les chercheurs insistent sur les dangers posés par l’accélération actuelle du réchauffement climatique, au moment où l’attention de la planète se concentre sur la crise du coronavirus. Une réunion cruciale sur le climat (COP 26) doit avoir lieu en fin d’année à Glasgow, mais la vague d’annulations probablement déclenchée par le virus risque d’avoir des conséquences sur cet événement diplomatique.
Source: The Guardian.

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The summer 2019 was the hottest in the Earth’s history. In the Artic, the annual minimum extent of sea ice was the second-lowest on record. A new research has found that it was so warm that it helped trigger the loss of 600 billion tons of ice from Greenland, enough to raise global sea levels by 2.2mm in just two months. The analysis of satellite data has revealed the astounding loss of ice in just a few months of abnormally high temperatures around the North Pole.

Unlike the retreat of sea ice, the loss of land-based glaciers directly causes the seas to rise, imperiling coastal cities and towns around the world. Scientists have calculated that Greenland’s enormous ice sheet lost an average of 268 billion tons of ice between 2002 and 2019, less than half of what was shed last summer.

Here is the evolution of the icecap in Greenland since 1972 :

  • Mass gain: +47 ± 21 Gt / yr between 1972 and 1980
  • Mass loss: 51 ± 17 Gt / yr between 1980 and 1990.
  • Mass loss: 41 ± 17 Gt / yr between 1990 and 2000
  • Mass loss: 187 ± 17 Gt / yr between 2000 and 2010
  • Mass loss:  286 ± 20 Gt / yr between 2010 and2018, or six times more since the 1980s.

Glaciers are melting away around the world due to global warming caused by the human-induced climate crisis. Ice is reflective of sunlight so as it retreats the dark surfaces underneath absorb yet more heat, causing a further acceleration in melting. Scientists revealed in 2019 that ice is being lost from Greenland seven times faster than it was in the 1990s, pushing up previous estimates of global sea level rise and putting 400 million people at risk of flooding every year by the end of the century.

More recent research has found that Antarctica is also losing mass at a galloping rate. However, one can observe a mass gain in the Atlantic sector of East Antarctica caused by an increase in snowfall, which helps mitigate the enormous increase in mass loss that has been seen in the last two decades in other parts of the continent.

The research has insisted on the dangers posed by the current acceleration of global warming, even as the world’s attention is gripped by the coronavirus crisis. Crucial climate talks (COP 26) are set to be held later this year in Glasgow, although the wave of cancellations triggered by the virus has threatened to undermine this diplomatic effort.

Source: The Guardian.

Source : NASA Earth Observatory

A méditer… // Something to ponder about…

Longyearbyen n’est pas la ville la plus connue dans le monde. Avec ses quelque 2000 habitants, elle est la capitale administrative du Svalbard, dans l’archipel du Spitzberg, au nord de la Norvège. Par son isolement et des conditions de vie rendues difficiles par la climat, la ville a des lois un peu particulières. Ainsi, depuis 1950, il est interdit d’y mourir. Les personnes en fin de vie sont envoyées à Oslo, la capitale de la Norvège. Cette mesure est justifiée par les températures extrêmement froides qui règnent – ou régnaient – toute l’année dans cette partie du globe et empêchent la décomposition des corps des personnes décédées. Par ailleurs, Longyearbyen n’accepte pas les nouveaux habitants et personne ne peut y naître, faute d’hôpital. Lorsqu’elles sont enceintes, les femmes sont transférées sur le continent bien avant le terme afin d’accoucher en toute sécurité, avant de revenir sur l’île.

A plusieurs reprises, j’ai mis en garde sur ce blog sur les risques que fera courir la fonte du permafrost – ou pergélisol – dans les prochaines années. Outre les émissions de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone et le méthane, la fonte du sol gelé peut redonner vie à des microbes et des virus jusque là inconnus. On voit à quel point la pandémie de COVID-19 peut être meurtrière. Rien ne dit que de nouvelles épidémies ne seront pas provoquées par des bactéries jusqu’à présent congelées dans le sol.

Voici une histoire qui fait froid dans le dos.

En septembre 1918, sept jeunes pêcheurs et fermiers norvégiens embarquent à destination du Spitzberg où ils ont l’intention de se faire un peu d’argent dans les mines de charbon. A bord du bateau qui les conduit à leur destination,  ils contractent le virus de la Grippe Espagnole qui a tué plus de 20 millions de personnes au cours de cette même année. Ils décèdent au bout de quelques jours et sont enterrés en catastrophe dans le petit cimetière de Longyearbyen.

En août 1997, en prenant moult précautions, une équipe scientifique exhume les corps et effectue des prélèvements de tissus provenant des poumons, du cerveau, des reins. Les organes sont relativement bien conservés, ce qui suppose que le terrible virus l’est lui aussi ! Les échantillons de tissus prélevés sont envoyés dans quatre laboratoires aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre et en Norvège. Certains virologues critiquent cette opération qui pourrait s’avérer dangereuse. Il ne faudrait pas que le virus s’échappe dans les couloirs d’un laboratoire !

Les travaux en laboratoire ont révélé que le virus responsable de la Grippe Espagnole était né de la combinaison d’une souche humaine (H1), provenant de la grippe saisonnière H1N8, en circulation entre 1900 et 1917, avec des gènes aviaires de type N1. Ainsi naquit, en 1917 ou 1918, une souche H1N1, lointain ancêtre de la variante qui fit trembler le monde en 2009, et

10.000 fois plus virulente. La première vague de Grippe Espagnole, au printemps 1918, fut assez peu meurtrière. La seconde, à l’automne suivant, à la suite d’une probable mutation, s’avéra bien plus agressive, notamment, contre les jeunes adultes âgés de 25 à 29 ans.

Source, Libéraion, Le Figaro, la presse américaine.

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Longyearbyen is not the best known city in the world. With 2,000 inhabitants or so, it is the administrative capital of Svalbard, in the Spitsbergen archipelago, in the north of Norway. By its isolation and living conditions made difficult by the climate, the city has somewhat special laws. Since 1950, it has been forbidden to die there. People at the end of their life are sent to Oslo, the capital of Norway. This measure is justified by the extremely cold temperatures which prevail – or prevailed – throughout the year in this part of the globe and prevent the decomposition of the corpses. In addition, Longyearbyen does not accept new residents and no one can be born there, for lack of a hospital. When pregnant, women are transferred to the mainland well in advance to deliver safely before returning to the island.
I have repeatedly warned on this blog about the risks of melting permafrost in the coming years. In addition to greenhouse gas emissions such as carbon dioxide and methane, the melting of the frozen soil can revive previously unknown microbes and viruses. We can see how deadly the COVID-19 pandemic can be. There is nothing to prove that new epidemics will not be caused by bacteria so far frozen in the ground.
Here is a story that is cold in the back.
In September 1918, seven young Norwegian fishermen and farmers embarked for Spitsbergen where they planned to make some money in the coal mines. On board the boat that took them to their destination, they contracted the Spanish fFu virus which killed more than 20 million people during the same year. They died after a few days and were hastily buried in the small cemetery of Longyearbyen.
In August 1997, taking a lot of precautions, a scientific team exhumed the bodies and took samples of tissues from the lungs, the brain and the kidneys. The organs were relatively well preserved, which means that the terrible virus was too! The tissue samples collected were sent to four laboratories in the United States, Canada, England and Norway. Some virologists criticized this operation, which could prove to be dangerous. The virus should not escape into the corridors of a laboratory!
Lab work has revealed that the virus responsible for the Spanish Flu was born from the combination of a human strain (H1), originating from the seasonal flu H1N8, circulating between 1900 and 1917, with avian genes of the N1 type. Thus was born, in 1917 or 1918, a strain H1N1, a distant ancestor of the variant which made the world tremble in 2009, and
10,000 times more virulent. The first wave of Spanish Flu, in the spring of 1918, was not very deadly. The second wave, the following autumnl, due to a probable transfer, proved to be much more aggressive, in particular, among young adults aged 25 to 29.
Source, Libéraion, Le Figaro, the American press.

Cimetière de Longyearbyen (Crédit photo: Wikipedia)

Vue de Longyearbyen. Il faut désormais naviguer très loin pour atteindre la glace (Crédit photo: Wikipedia)

Mars 2020 un peu moins chaud, et un trou dans la couche d’ozone arctique // March 2020 a little less warm, and a hole in the Arctic ozone layer

Au vu des premières données par kles agences NCEP-NCAR, et en attendant les chiffres officiels de la NASA publiés mi-avril, le mois de mars 2020 occuperait la 5ème place parmi les mois de mars les plus chauds, avec +0,457°C au-dessus de la moyenne 1981-2010.

Malgré cette place relativement modeste du mois de mars, l’année 2020 se situe dans la continuité de 2019. Elle occupe pour le moment la troisième place des années les plus chaudes, sachant que le record de 2016 est en partie dû à un El Niño extrême.

Il est intéressant d’observer la courbe ci-dessous. On se rend compte qu’à l’image de mars 2020 certaines années accusent parfois une faiblesse, mais que la tendance globale est toujours à la hausse.

Source : global-climat.

Comme je l’ai indiqué précédemment (voir ma note du  21 mars 2020), l’apparition d’un trou significatif dans la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique déconcerte et inquiète les scientifiques. Il se pourrait que le réchauffement de l’atmosphère sous l’effet du changement climatique ne soit pas étranger à ce phénomène. Selon le dernier rapport d’évaluation international de l’état de la couche d’ozone, l’ozone devrait revenir à son niveau des années 1980 vers 2030 au pôle Nord et 2060 au pôle Sud. Sans le protocole de Montréal (1987), la destruction de l’ozone aurait été bien pire cette année. En revanche, le changement climatique a tendance à retarder ce recouvrement car plus la température augmente dans les basses couches, plus elle diminue, par compensation, plus haut dans l’atmosphère !

Source : SVE.

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In view of the first data from the NCEP-NCAR agencies, and pending official NASA figures published in mid-April, March 2020 would rank 5th among the hottest March months, with 0.457°C above the 1981-2010 average.
Despite this relatively modest rank in March, 2020 is a continuation of 2019. It occupies for the moment the third place in the hottest years, knowing that the record for 2016 was partly due to an El Niño extreme.
It is interesting to observe the curve below. One can see that, like March 2020, some years show weaknesses, but the overall trend is still on the rise.
Source: global-climat.

As I indicated earlier (see my post of March 21st, 2020), the appearance of a significant hole in the ozone layer above the Arctic is puzzling and worrying scientists. The warming of the atmosphere as a result of climate change may be related to this phenomenon. According to the latest international assessment report on the state of the ozone layer, ozone is expected to return to its 1980s level around 2030 at the North Pole and 2060 at the South Pole. Without the Montreal Protocol (1987), the destruction of ozone would have been much worse this year. On the other hand, climate change tends to delay this recovery because the more the temperature increases in the lower layers, the more it decreases, by compensation, higher in the atmosphere!

Source: SVE.

Anomalies de température en mars par rapport à la moyenne 1981-2010 (Source : NCEP-NCAR)

L’Arctique et le réchauffement climatique (suite) // The Arctic and global warming (continued)

Un article publié dans le Juneau Empire, journal local de l’Alaska, résume parfaitement les bouleversements qui affecteront l’Arctique au cours des prochaines années en raison du réchauffement climatique. Selon la NOAA, la hausse des températures et la diminution de la couverture de neige et de glace dans l’Arctique mettent dès à présent en danger l’habitat, la pêche et les cultures locales. La disparition de la glace affecte les gens et leurs mode de vie.
La Mer de Béring,  entre l’Alaska et la Russie, est l’une des deux zones de pêche les plus productives au monde. Le problème, c’est que cette région se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Les deux dernier hivers ont vu la plus faible surface occupée par la glace de mer en Mer de Béring. En conséquence, les habitats des poissons dont dépendent la pêche industrielle et les groupes autochtones se sont déplacés vers le nord. L’industrie de la pêche repose sur l’hypothèse que le poisson se trouve à un certain endroit à un certain moment, mais cela ne sera plus vrai avec le changement rapide des conditions dans l’Arctique.
Les communautés autochtones sont  inquiètes elles aussi. Elles attendent avec impatience le retour de la glace de mer à chaque automne. C’est cette glace qui donne accès aux phoques, baleines, morses, poissons, crabes et autres espèces marines qui constituent leurs moyens de subsistance. Ces communautés observaient autrefois la glace dans le nord de la Mer de Béring pendant huit mois par an, mais maintenant elles ne la voient que pendant trois ou quatre mois.
La fonte de la calotte glaciaire du Groenland s’est accélérée. Elle est désormais sept fois plus rapide que dans les années 1990. Le manque de glace entraîne des perturbations alimentaires pour de nombreuses espèces de l’Arctique. Les ours polaires traquent leurs proies, y compris les phoques, sur la glace. Les goélands se nourrissent des restes des festins des ours, ainsi que de petits poissons et autres créatures. Avec le réchauffement climatique, les oiseaux migrent vers l’Arctique et ne trouvent plus la nourriture dont ils ont besoin. Ils errent l’estomac vide sur les plages. Les communautés autochtones expliquent avoir vu des oiseaux de mer morts sur les plages en nombre plus élevé que jamais auparavant.
La population reproductrice de goélands de l’Arctique canadien a diminué de 70% depuis les années 1980. Cela est probablement dû à réduction de la glace de mer et à la contamination de la chaîne alimentaire. Le goéland de l’Arctique est comme le canari de la mine de charbon*. Il est un excellent indicateur de son environnement. Comme l’a dit un scientifique: «C’est à nous et à personne d’autre de comprendre pourquoi ces changements se produisent et ce que nous pouvons faire pour remédier.»
Source: Juneau Empire.

* Allusion aux canaris en cage que les mineurs amenaient à fond de mine au 19ème siècle. Les gaz toxiques comme le monoxyde de carbone qui s’accumulent dans les mines tuaient les canaris avant les mineurs, leur donnant l’alerte et leur permettant d’évacuer.

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An article published in the local Alaskan newspaper Juneau Empire, sums up perfectly the deep changes that will affect the Arctic in the coming years because of the impact of global warming. According to NOAA, rising temperatures and shrinking snow and ice cover in the Arctic are endangering habitats, fisheries and local cultures. The loss of ice is affecting people right now and changing their lives.

The Bering Sea, which lies between Alaska and Russia, is one of the world’s two most productive fisheries. But the Arctic region is warming more than twice as fast as the rest of the planet. The past two years saw record low levels of sea ice – frozen sea water – floating on the Bering Sea during winter. As a consequence, the habitats of fish on which commercial fisheries and indigenous groups depend have shifted northward. Fishing industries are built around the assumption that fish will be in a certain place at a certain time, but this will ne longer be true in response to a rapidly changing Arctic.

Indigeneous communities are worried too. They look for the return of the sea ice every fall season. The ice provides access to seals, whales, walrus, fish, crabs and other marine life for our subsistence harvests. These communities once saw the ice in the northern Bering Sea during eight months of the year, but now they only see it for three or four months.

The melting of Greenland’s ice sheet has accelerated. It is now seven times faster than in the 1990s. Less ice means feeding disruptions for many Arctic species. Polar bears stalk their prey, including seals, on ice. Ivory gulls scavenge on ice for scraps of those hunts, as well as for small fish and other creatures. With global warming, birds are migrating to the Arctic and not finding the food they need. They are showing up with empty stomachs on the beaches. The indigenous communities are reporting seeing seabirds dead on beaches in numbers they haven’t seen before.

Arctic Canada’s breeding population of ivory gulls has declined 70% since the 1980s. This is likely due to loss of sea ice as well contamination in the food chain. The ivory gull in the Arctic is like the canary in the coal mine. As one scientist said: “It is really incumbent on us to understand why these changes are happening, and what can be done.”

Source: Juneau Empire.

Glace de mer dans l’Arctique (Photo: C. Grandpey)