Le caribou américain en voie de disparition // The American caribou has become an endangered species

drapeau-francaisQuand on voyage sur les routes du Canada et de l’Alaska, il n’est pas rare de rencontrer des caribous sur son chemin. Le caribou est même l’un des emblèmes du Canada. Or, d’après un comité d’experts scientifiques, sa population a atteint des niveaux “historiquement bas”, notamment dans l’est de l’Arctique. Depuis le 5 décembre 2016, l’animal est classé en “voie de disparition”, de même que le papillon monarque.

Pour les scientifiques, la cause de la diminution du nombre de caribous est double : les animaux sont très sensibles aux perturbations humaines (exploitation forestière et minière, par exemple), des facteurs de stress qui semblent interagir de manière complexe avec le réchauffement climatique, plus prononcé en Arctique.

Un phénomène identique est observé en Alaska où la population de caribous dans la partie centrale de l’Arctique alaskien a chuté de 69% ; elle est passée de 70 000 têtes en 2010 à 50 000 en 2013 et 22 000 en 2016.

La partie occidentale de l’Arctique alaskien est affectée elle aussi. Le troupeau de caribous est passé de 490 000 animaux en 2003 à 201 000 aujourd’hui.

Les scientifiques font remarquer qu’il y a toujours eu des fluctuations dans l’ampleur des troupeaux de caribous et qu’il n’est pas impossible que la perte d’animaux ne soit que passagère. Malgré tout, le réchauffement climatique observé depuis plusieurs années en Alaska est un obstacle majeur à la reproduction du caribou. Les biologistes ont recommandé de  modifier les règles de chasse, avec moins de colliers accordés et il est demandé aux chasseurs d’éviter le prélèvement de femelles.

Source : Presse canadienne et alaskienne.

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drapeau-anglaisWhen traveling along the roads of Canada and Alaska, it is not uncommon to encounter caribou on one’s way. Caribou are even one of Canada’s emblems. However, according to a committee of scientific experts, its population has reached « historically low » levels, particularly in the eastern Arctic. Since December 5th, 2016, the animal is classified as « disappearing », as is the monarch butterfly.
For scientists, the cause of the decline in caribou numbers is two-fold: animals are very sensitive to human disturbances (forestry and mining, for example), stress factors that seem to interact in complex ways with global warming, more pronounced in the Arctic.
An identical phenomenon is observed in Alaska where the caribou population in Central Arctic has dropped by 69%; It has dropped from 70,000 head in 2010 to 50,000 in 2013 and 22,000 in 2016.
Western Arctic is affected as well. The caribou herd dropped from 490,000 animals in 2003 to 201,000 today.
Scientists point out that there have always been fluctuations in the size of caribou herds and the loss of animals may be temporary. Despite this, the global warming observed for several years in Alaska is a major obstacle to the reproduction of the caribou. Biologists have recommended a change in hunting rules with fewer bags and hunters are being asked to avoid harvesting females.
Source: Canadian and Alaskan Press.

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Caribous dans la toundra de l’Alaska (Photo: C. Grandpey)

Réchauffement climatique : Quelques chiffres intéressants // Climate change : A few interesting figures

drapeau-francaisAlors que la température globale de la planète continue d’augmenter et de battre des records, la glace de mer dans l’Arctique et l’Antarctique a atteint des niveaux record pour cette période de l’année. Comme je l’ai indiqué précédemment, certains jours de novembre, la température de l’Arctique se situait à 20 degrés Celsius au-dessus de la moyenne pour cette période de l’année.
A côté de cela, les mesures fournies par le satellite du National Snow and Ice Data Center (NSIDC) montrent que le 4 décembre, la surface couverte par la glace de mer aux pôles était de 3 834 millions de kilomètres carrés inférieure à la moyenne de 1981-2010. Cela représente environ la taille de l’Inde, ou bien deux fois la superficie de l’Alaska.
Les dernières mesures vont donc à l’encontre de l’opinion exprimée par certains climato-sceptiques qui affirmaient que l’expansion de la glace de mer antarctique contredisait les preuves du changement climatique.
Au cours de la COP 21 de Paris en 2015, près de 200 gouvernements ont décidé de réduire leurs émissions de carbone afin de maintenir l’augmentation de la température mondiale au maximum à 2 degrés Celsius au-dessus de la température moyenne avant la révolution industrielle. Il n’est pas certain que les États-Unis se conforment à cet accord car le président Donald Trump a déclaré qu’il ne le respecterait pas. M. Trump a toutefois fait quelque peu machine arrière en novembre lorsqu’il a indiqué au New York Times qu’il ferait preuve «d’ouverture d’esprit» en matière de changement climatique.
M. Trump et Ivanka Trump se sont réunis avec Al Gore le 5 décembre à la Trump Tower pour aborder la question du changement climatique. Gore a qualifié son entretien de «très productif» et de «recherche sincère de terrains d’entente». [NDLR : On appréciera le langage diplomatique qui, une fois traduit, signifie que les discussions n’ont abouti à aucun accord]
Ces réunions se sont déroulées alors que la glace de mer en Antarctique couvre 11,2 millions de kilomètres carrés, sa plus faible surface pour un début décembre, et qui bat le record de 1982. De même, la glace de mer dans l’Arctique, bien qu’en expansion pour l’hiver, a atteint 10,25 millions de kilomètres carrés cette saison, battant ainsi le record de 2006.
Les scientifiques craignent que ces développements aient un effet domino. Avec la fonte de la glace de mer, les glaciers risquent d’accélérer leur vêlage dans les eaux environnantes, ce qui ne manquera pas d’avoir un effet sur l’élévation du niveau de la mer.
Source: CBS News.

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drapeau-anglaisAs global temperatures continue to rise and break records, sea ice in the Arctic and Antarctica are being measured at record lows for this time of year. As I put it before, temperatures in the Arctic, for instance, were 20 degrees Celsius above average on some days of November.

Beyond that, the National Snow and Ice Data Center (NSIDC) satellite measurements show that on December 4th, the extent of polar sea ice was 3 834 million square kilometres below the 1981-2010 average. That amounts to about the size of India, or for another point of reference, two Alaskas.

The latest measurements appear to reverse a trend of expanding Antarctic sea ice, which some skeptics cited to contradict evidence of climate change.

With last year’s Paris climate agreement, nearly 200 governments agreed to curb carbon emissions with the goal of keeping the world’s temperature increase to no more than 2 degrees Celsius above the global average temperature before the Industrial Revolution. It remains unclear whether the U.S. commitment to that deal will be honored by President-elect Donald Trump, who has previously stated he might want to pull out of the Paris agreement. Mr. Trump backtracked somewhat in November, telling the New York Times that he has an “open mind” when it comes to climate change.

Mr. Trump and Ivanka Trump held meetings with Al Gore Monday at Trump Tower to discuss the issue of climate change. Gore characterized his talk with the president-elect as “very productive” and “a sincere search for areas of common ground.”

Those meetings came as Antarctica’s sea ice measured 11.2 million square kilometres — its smallest for early December, effectively beating 1982’s record. Similarly, sea ice in the Arctic, though expanding for the winter, hit a record low of 10.25 million square kilometres this season, below 2006’s record.

Scientists worry that these developments could have a domino effect. As sea ice melts, glaciers could collapse more quickly into their surrounding waters, potentially increasing the rate of sea level rise rapidly.

Source: CBS News.

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Photo: C. Grandpey

Les émissions de CO2 de la toundra // The tundra’s carbon dioxide emissions

drapeau-francaisAu cours de ces dernières années, j’ai consacré plusieurs notes à la fonte du permafrost et ses conséquences sur l’environnement. Un nouvel article paru dans la presse alaskienne confirme les craintes des scientifiques.

Avec la hausse des températures dans l’Arctique, les sols plus chauds vont envoyer dans l’atmosphère de plus en plus de gaz carbonique. Selon une étude conduite par des chercheurs de l’Université de Yale, suite au réchauffement climatique, les sols enverront dans l’atmosphère 55 milliards de tonnes de gaz carbonique au milieu du 21ème siècle. Cela équivaut à environ 17% des émissions provoquées par la combustion des combustibles fossiles et d’autres activités humaines à l’échelle de la planète. L’étude, publiée dans la revue Nature, indique que c’est dans les plus hautes latitudes et les plus hautes altitudes que les sols libèrent la plus grande quantité de dioxyde de carbone.

D’une manière générale, les sols plus chauds stimulent davantage l’activité microbienne souterraine qui produit le gaz carbonique, mais le phénomène est encore plus évident dans les régions arctiques où règne le pergélisol et où le réchauffement se produit au moins deux fois plus vite qu’ailleurs dans le monde. Dans les hautes latitudes et à des altitudes élevées, le dégel du pergélisol libère le CO2 qui était jusqu’alors emprisonné dans le sol et le rend accessible aux processus microbiens qui produisent des gaz qui s’échappent à la surface.
Selon une autre étude effectuée par des scientifiques de l’Université de Fairbanks, il semble peu probable que les plantes arctiques aient la capacité d’absorber l’excès de gaz carbonique émis par le permafrost de la toundra. Des mesures récentes effectuées dans la région de North Slope au nord de l’Alaska ont révélé que les émissions de CO2 en provenance du sol de la toundra dépassent la capacité d’absorption de ce gaz par les plantes. Les chercheurs ont utilisé des capteurs montés sur des trépieds pour mesurer le dioxyde de carbone – le gaz à effet de serre dominant – et le méthane libéré dans l’atmosphère et absorbé par différents types de toundra. Le volume de carbone net rejeté dans l’air était tellement plus élevé que prévu que le directeur de la recherche a même demandé aux techniciens de faire un examen supplémentaire des résultats pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’erreurs.
La plupart des études précédentes sur les émissions de CO2 de la toundra se sont limitées à l’été, saison où les plantes arctiques absorbent du carbone atmosphérique et font de la toundra un puits de carbone (ou puits CO2). Les scientifiques ont eu la confirmation, sur les sites de mesures, que les courts étés arctiques sont des saisons favorables à l’absorption de CO2. Toutefois, sur une année, les émissions sont largement supérieures à la capacité d’absorption des plantes. En effet, la fin de l’automne et le début de l’hiver, périodes où les plantes ont cessé leur photosynthèse mais où les sols ont toujours des températures positives et sont suffisamment chauds pour permettre l’activité microbienne, jouent un rôle important dans les émissions annuelles de dioxyde de carbone de la toundra.
Une étude de l’USGS publiée au début de cette année a conclu que l’Alaska dans son ensemble, en dépit du dégel du pergélisol et de la chaleur émise par les feux de forêt, conservera son statut de puits de carbone jusqu’à la fin du siècle. Toutefois, cela ne semble pas être le cas pour les régions de toundra situées au nord de la forêt boréale. Sur la toundra arctique, la végétation ne dispose que d’une courte période de photosynthèse, avec des plantes essentiellement à petites feuilles ; il n’existe pas le type de grandes feuilles susceptibles d’absorber une grande quantité de dioxyde de carbone.
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisIn recent years, I have devoted several notes to the melting of the permafrost and its consequences on the environment. A new article in the Alaskan press confirms the fears of scientists.

With temperatures rising in the Arctic, there have been worries about how much carbon dioxide might stream into the atmosphere from warmer soils. According to a comprehensive study led by researchers at Yale, warming will drive 55 billion metric tons of carbon gases from soils into the atmosphere by mid-century. That amount is equal to about 17 percent of projected emissions from global fossil-fuel burning and other human activities. The study, published in the journal Nature, cites the highest latitudes and highest altitudes as the biggest contributors of carbon from the ground.

While warmer soils all around the world stimulate more of the below-ground microbial activity that produces carbon gases, the changes are most striking in permafrost regions, namely the Arctic, where warming is happening at least twice as fast as the global rate, and the tops of the highest mountains. In those high latitudes and high altitudes, permafrost thaw is freeing once-locked carbon and making it available to the microbial processes that produces gases that are emitted above the ground.

Prospects for Arctic plants to absorb the extra carbon gases appear dim, according to another newly published study led by scientists at the University of Alaska Fairbanks. On at least part of Alaska’s North Slope region, new carbon streaming out of the soil is already outpacing any carbon uptake by plants on top of the ground. The study used tripod-mounted sensors to measure carbon dioxide, the dominant greenhouse gas, and methane being released and absorbed by different types of tundras. The volume of net carbon released into the air was so much higher than anticipated that the leader of the research asked technicians to do an extra review of the results.

Most previous studies of tundra carbon flux have been limited to summers, a season when the tiny Arctic plants on the ground’s surface take in atmospheric carbon and make the tundra a carbon sink. The study found the confirmation that the brief and bright Arctic summers were seasons for carbon absorption at the site. But the net, year-round emissions significantly outweighed summer plants’ absorption. Late fall and early winter, a time when plants have ceased their photosynthesis but soils are still above thaw temperatures and warm enough to allow microbial activity, has turned out to be a significant player in annual carbon emissions from the tundra.

A U.S. Geological Survey study released earlier this year concluded that Alaska as a whole, despite its thawing permafrost and increasing wildfire burns, will keep its status as an overall carbon sink through the end of the century. But that does not appear to be the case for tundra regions north of the boreal forest. On the Arctic tundra, vegetation has just a short season to photosynthesize, and it is small, lacking the type of big leaves that draw in a lot of carbon dioxide.

Source : Alaska Dispatch News.

La toundra fond…

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Elle est superbe à l’automne…

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J’adore randonner au sein d’une multitude de couleurs…

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On est rarement seul dans la toundra…

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Photos: C. Grandpey

HMS Erebus, HMS Terror et le changement climatique // HMS Terror, HMS Erebus and climate change

drapeau-francaisPour les volcanophiles, les noms Terror et Erebus sont étroitement liés à l’Antarctique. En effet, au 19ème siècle, une expédition à bord du HMS Terror et du HMS Erebus a donné leurs noms à deux volcans de ce continent*.
L’expédition suivante a conduit les équipages dans l’Arctique. Il y a près de deux siècles, 134 hommes se trouvaient à bord de ces deux navires britanniques avec l’espoir de découvrir le fabuleux Passage du Nord-Ouest, une route commerciale censée traverser l’Arctique et relier l’Europe aux richesses de l’Est. Ils ne sont jamais revenus. Les Inuits racontent des histoires de bateaux à trois mâts pris dans la glace et d’hommes affamés, victimes du scorbut, obligés de se livrer au cannibalisme.
Malgré toutes les recherches, aucun navire n’avait été trouvé jusqu’à ces dernières années. Ce n’est qu’en 2014 que sont apparues les premières traces de l’expédition, lorsque des plongeurs ont découvert une épave qu’ils ont identifiée comme étant celle du HMS Erebus, nom latin d’Erèbe, la divinité grecque des Ténèbres. Le mois dernier, le deuxième élément du mystère a été mis à jour lorsqu’un ranger inuit et une équipe d’explorateurs ont annoncé qu’ils avaient localisé le HMS Terror dans un état de parfaite conservation, non loin de l’Erebus, à l’entrée du passage du Nord-Ouest.

L’histoire de la disparition de ces navires et de la découverte de leurs épaves révèle à quel point l’Arctique a changé en quelques décennies. La glace n’est plus ce qu’elle était autrefois; Les scientifiques pensent que l’Arctique sera dépourvu de glace et navigable en été vers le milieu du siècle, voire plus tôt. Comme je l’ai déjà écrit, un navire de croisière transportant plus de 1 000 touristes a traversé l’Océan Arctique pour la première fois cette année.
Les conditions dans l’Arctique d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles que les expéditeurs ont dû affronter au milieu du 19ème siècle, à l’apogée de l’Empire britannique. L’Amirauté avait demandé à John Franklin, un explorateur polaire de 59 ans, de trouver dans les mers nordiques un chenal qui relierait les océans Atlantique et Pacifique. Personne ne savait avec certitude si un tel passage existait, mais sa découverte serait un autre joyau à apposer à la couronne britannique. Les Européens pensaient que le monde était parfaitement symétrique. Comme les explorateurs avaient découvert un passage au sud de l’Amérique du Sud entre l’Atlantique et le Pacifique, ils étaient persuadés qu’une route identique existait au nord.
Grâce à l’Antarctique, Franklin avait l’expérience de la navigation à travers la glace. Il a choisi deux vaisseaux militaires – l’Erebus et le Terror – pour ce voyage et a renforcé leurs coques avec du fer pour qu’elles résistent à la force écrasante de la glace. L’Erebus et le Terror étaient équipés de moteurs de locomotives à vapeur. Celui d’Erebus avait une puissance de 25 chevaux (19 kW) et pouvait propulser le navire à 4 noeuds (7.4 km / h). Franklin a rempli la cale de l’équivalent de trois ans de nourriture en boîte au cas où le voyage durerait plus longtemps que les deux années prévues.

Le 19 mai 1845, l’Erebus et le Terror descendaient la Tamise et entraient dans l’Océan Atlantique. Les Londoniens s’étaient massés sur les berges du fleuve et applaudissaient la puissance de leur Empire. Le succès semblait assuré, mais Franklin se dirigeait vers une frontière que la science n’avait pas encore maîtrisée. Les boussoles ne fonctionnaient pas correctement car leur lecture était perturbée par le magnétisme du pôle Nord. Il n’y avait pas, non plus, de bulletin météorologique. Il faisait beaucoup plus froid qu’aujourd’hui et il y avait des années où la glace ne fondait jamais pendant l’été. Les navires pouvaient rapidement se faire piéger dans une glace dure comme du ciment.
L’expédition britannique a pénétré dans l’Océan Arctique avant la fin du mois de mai et a progressé à travers le labyrinthe de l’archipel arctique canadien. Franklin et ses hommes atteignirent le nord jusqu’à 77 degrés de latitude, à environ 1360 kilomètres du pôle Nord, avant d’hiverner sur une minuscule île inhabitée.
La seule façon de survivre dans cet environnement où les tempêtes peuvent s’accompagner de puissants vents glacés en provenance du pôle Nord, c’est d’écouter les Inuits ; pourtant, la tradition orale laisse supposer que Franklin et ses hommes ne les ont pas consultés. En septembre 1846, les Britanniques ont pris la très mauvaise décision d’emprunter un chenal dangereux, le détroit de Victoria. Le détroit se trouve à seulement 320 km du continent canadien ; il connaît malgré tout régulièrement un englacement pire que les régions situées plus au nord.

Une tempête a probablement surpris l’expédition et recouvert de glace le détroit de Victoria en quelques heures, piégeant ainsi les navires. Les hommes sont restés blottis à bord pendant près de deux ans, en attendant que la glace se dégage. Mais même en été, la situation ne s’améliorait pas. Une vingtaine d’hommes, dont Franklin, ont péri suite à des maladies.
Ceux qui restaient ont abandonné les navires le 22 avril 1848 et ont marché désespérément vers le sud, en espérant pouvoir traverser l’île du Roi-Guillaume et atteindre le continent canadien. Luttant contre des vents mordants, il leur a fallu trois jours pour parcourir les 24 km jusqu’à l’île. Nous savons cela parce que cinq ans plus tard, une note écrite par le commandant de l’Erebus a été trouvée sous un repère de pierre sur l’île du Roi-Guillaume.
Les expéditions de recherche en provenance de Grande-Bretagne n’ont pas trouvé de navires ou de survivants, mais les Inuits ont dit avoir vu des hommes mourir de faim, le visage noirci par le scorbut. Selon eux, les survivants ont mangé leurs camarades après avoir fait bouillir des parties de leurs corps dans leurs bottes. Ces récits ont été confirmés en 2014 quand les scientifiques ont examiné des restes humains sur l’île du Roi-Guillaume et ont trouvé des entailles probablement laissées sur les restes de squelettes lors de la découpe des cadavres à la hache.
Les navires de Franklin ont été considérés comme perdus à jamais. Toutefois, dans les années 2000, avec la fonte de la glace de mer pendant l’été à cause du réchauffement climatique, de nombreux pays ont commencé à s’intéresser aux richesses de l’Arctique et en 2008, le Canada est parti à la recherche de l’Erebus et du Terror. Plusieurs organismes gouvernementaux canadiens ainsi que l’Arctic Research Foundation ont commencé à passer au peigne fin à l’aide d’un sonar les passages du Nord-Ouest pour essayer de retrouver  les navires de Franklin. En 2014, l’Erebus est apparu sur le sonar. Quand les plongeurs l’ont examiné, ils ont trouvé un navire presque intact. Sur un flanc, il y avait une grosse cloche, fondue en 1845 pour honorer l’expédition. Sur le pont inférieur se trouvaient des coffres intacts où les hommes avaient entreposé leurs effets personnels.
Une nouvelle avancée des recherches a eu lieu en septembre 2014, lorsqu’un ranger inuit, qui vit dans la seule partie habitée de l’île du Roi-Guillaume, est monté à bord d’un navire de l’Arctic Research Foundation. Il a indiqué que sept hivers auparavant, lui et un ami s’étaient rendus en motoneige au large de l’île du Roi-Guillaume, sur la Terror Bay qui était prise par les glaces, et ils avaient vu un poteau qui émergeait de la glace. Ils s’étaient approchés et avaient vu que c’était un mât en bois de six pieds de haut. Ils ont pris une photo mais ils ont ensuite perdu l’appareil photo pendant le voyage et n’ont jamais révélé leur découverte à qui que ce soit, même s’ils étaient certains que c’était une preuve de  la triste expédition de Franklin.
L’expédition de recherche a immédiatement mis le cap sur Terror Bay, qui était dépourvue de glace l’été dernier. On a utilisé un sonar pour scruter le plancher océanique. Au moment où les recherches allaient être abandonnées, le navire de recherche passa au-dessus d’un trois-mâts qui gisait au fond de l’océan, à 130 km au nord de l’Erebus. Les plongeurs ont examiné le navire une semaine plus tard et ont confirmé que c’était le Terror. Le navire est hermétiquement fermé et contient probablement des documents et autres artefacts en parfait état.
Les scientifiques pensent que l’Erebus et le Terror n’auraient pas pu être retrouvés s’ils étaient restés dissimulés sous une épaisse couche de glace, comme à l’époque de Franklin,ou même avec la glace encore présente dans les années 1970 et 1980. Jusqu’à récemment, le détroit de Victoria dégelait seulement une fois tous les 10 ans ; aujourd’hui, il est généralement libre de glace chaque été.
Au cours des prochaines années, les scientifiques canadiens étudieront les navires, les photographieront et examineront le site afin d’en apprendre le plus possible sur le sort de l’expédition. Ils vont rechercher des corps, et peut-être même le cercueil de Franklin. Ils récupéreront des artefacts, des documents, des cartes et d’autres documents pour répondre à différentes questions: Pourquoi le Terror est-il si loin au nord de l’Erebus? Pourquoi tant d’hommes sont-ils tombés malades? Pourquoi ont-ils décidé de se lancer dans une marche qui leur a coûté la vie?
Source: The Washington Post et Alaska Dispatch News.

* Je recommande la lecture de Erebus, volcan antarctique de Haroun Tazieff paru en 1994 aux Editions Actes Sud.

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drapeau-anglaisFor volcano lovers, the names Terror and Erebus are closely linked to the Antarctic. Indeed, in the 19th century, expeditions on board HMS Terror and  HMS Erebus gave these names to two volcanoes.

The next expedition was in the Arctic. Almost two centuries ago, 134 men set sail on the  two British ships to discover the fabled Northwest Passage, a trade route through the Arctic linking Europe to the riches of the East. They never returned. The Inuit tell tales of the three-masted ships caught in ice and of men afflicted by scurvy and going hungry, forced to resort to cannibalism.

Despite search efforts, neither ship was found. It was not until 2014 that the first traces of the expedition emerged, when divers located a shipwreck that they identified as HMS Erebus, named after the spiritual limbo between Earth and hell. Last month, the second big piece of the mystery fell into place when an Inuit ranger and a team of explorers announced that they had located HMS Terror – in near-pristine condition, not far from the Erebus – at the bottom of the Northwest Passage.

The story of the ships’ loss and eventual finding reveals how much the Arctic has changed in just a few decades. The ice is no longer what it once was; scientists think that the Arctic will be ice-free and navigable in the summer by the middle of the century, if not earlier. As I put it before, a cruise ship carrying more than 1,000 tourists traversed the northern ocean of North America for the first time this year.

The conditions in the Arctic today are balmy in comparison to what the expeditioners faced in the middle of the 19th century, at the height of the British Empire. The admiralty asked John Franklin, a 59-year-old polar explorer, to find a northern sea path linking the Atlantic and Pacific oceans. No one knew for certain that such a passage existed, but finding it would be yet another jewel in the British crown. Europeans thought of the world as perfect and symmetrical. Explorers had discovered a passage at the bottom of South America that linked the Atlantic and the Pacific. And so people reasoned that a similar one must exist in the north.

Franklin knew how to navigate through ice. He chose two military vessels – the Erebus and the Terror – for the journey and reinforced their hulls with iron to withstand the crushing force of ice. Both Erebus and Terror were outfitted with the steam engines of locomotives. That of Erebus was rated at 25 horsepower (19 kW) and could propel the ship at 4 knots (7.4 km/h). He filled his hold with three years’ worth of canned food in case the voyage took longer than the expected two years.

On May 19th 1845, Erebus and Terror set off down the River Thames and into the Atlantic Ocean. Londoners thronged the banks and cheered the might of their empire. Success seemed assured. But Franklin was heading into a frontier that science had not mastered. Compasses did not work properly because their magnetic readings were impaired by proximity to the North Pole. There were no weather reports. It was much colder than today and there were years with no summer ice melt at all. Ships could quickly get trapped in cement-like ice.

The expedition entered the Arctic Ocean before the end of May and moved forward through the labyrinth of the Canadian Arctic archipelago. Franklin and his men reached as far north as 77 degrees, about 1360 kilometres from the North Pole, before wintering on a tiny uninhabited island.

The only way to survive in this environment, where storms can bring powerful icy winds from the North Pole, is by listening to the Inuit. Inuit oral history suggests that Franklin and his men, however, did not consult with them. In September 1846, the British made a fateful decision to sail through a dangerous channel, the Victoria Strait. The strait is only 320 km from the Canadian mainland, and yet it routinely experiences heavier ice conditions than areas farther north.

A storm probably crept up on the expedition, icing Victoria Strait within hours and trapping the ships. The men huddled onboard for nearly two years, waiting for the ice to clear. But even in summer, it remained unyielding. Two dozen men, including Franklin, died of illness.

The remaining men abandoned the ships on April 22nd 1848, in a mad effort to walk south, across King William Island, to the Canadian mainland. It was a dangerous plan; in biting winds, it took them three days just to trek across the 24 km of ice to the island. We know this because five years later, a note written by Erebus’s commander was found under a stone landmark on King William Island.

Search parties dispatched from Britain did not find the ships or any survivors, but the Inuit told them of having seen men starving, their faces blackened possibly by scurvy. The survivors ate their comrades after boiling body parts in their boots, the Inuit said. The oral history seemed to be confirmed in 2014 when scientists examined human remains from King William Island and found hack marks apparently left on skeletal remains by desperate butchers.

Franklin’s ships had been considered lost to history. But in the 2000s, as the summer sea ice began to clear because of global warming, nations jostled to access the Arctic’s riches and in 2008, Canada began searching for the Erebus and the Terror. A coalition of Canadian government agencies and the Arctic Research Foundation began sweeping the Northwest Passages for Franklin’s ships using sonar. In 2014, the Erebus showed up on the sonar. When divers examined it, they found a nearly intact ship. Off to one side was a massive bell, cast in 1845 to honor the expedition. On the lower decks were intact chests where the men had stored their personal effects.

A second breakthrough came in September 2014, when an Inuit ranger who lives in the only settlement on King William Island, boarded an Arctic Research Foundation vessel. He said that seven winters ago, he and a friend had been snowmobiling off King William Island, on the frozen Terror Bay, when they saw a pole sticking out of the ice. They went closer and saw that it was a six-foot-tall wooden mast. They took a photo but later lost the camera during the trip and never told anyone about the incident, although they had thought it was a testimony of Franklin’s doomed expedition.

The expedition immediately set course for Terror Bay, which was ice-free this past summer. They used a sonar to image the ocean floor. Just as they were about to give up, they passed right over an ancient three-masted ship at the bottom of the ocean, 130 km north of the Erebus. Divers examined the ship a week later and confirmed that it was the Terror. The ship is tightly sealed and probably contains documents and other artifacts in pristine condition.

Scientists say it is doubtful that the Erebus and the Terror would have been found if they had been hidden under the ice common during Franklin’s time or even the ice found in the 1970s and 1980s. Until recently, Victoria Strait thawed only once every 10 years, but now it usually clears every summer.

Over the next few years, Canadian scientists will study the ships, photograph them and excavate the site to learn as much as they can about the expedition’s fate. They will look for bodies, and perhaps even the coffin of Franklin. They will recover artifacts, documents, charts and other materials to answer old questions and new ones: Why is the Terror so far north of the Erebus? And why did so many men fall ill so rapidly? Why did they decide on a treacherous trek that claimed their lives?

Source : The Washington Post and Alaska Dispatch News.

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Le Terror pris par les glaces (Esquisse de George Back, Toronto Public Library)