Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

Selon le PHIVOLCS, le volcan Kanlaon sur l’île de Negros (Philippines) montre des signes de reprise d’activité, avec de petits essaims sismiques détectés sur le flanc ouest du volcan qui émet des panaches de vapeur jusqu’à 300 mètres de hauteur. De plus, un léger gonflement du Kanlaon a été observé.
Les autorités philippines ont émis une première alerte en mars 2020 quand le Kanlaon a commencé à montrer des signes d’activité qui s’est intensifiée au cours des derniers jours.
Si les signes d’une éruption devaient apparaître, plus de 20 000 personnes dans huit villages dans un rayon de 6 à 12 kilomètres du Kanlaon devraient être évacuées. De telles évacuations seraient rendues très difficiles par la pandémie de coronavirus qui nécessite une distanciation sociale. Les Philippines ont signalé plus de 32 000 cas de covid-19, avec 1 204 décès.
Source: PHIVOLCS et presse philippine.

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 Dans un e-mail envoyé le 18 juin 2020, l’AVO m’a informé que «ces derniers jours, on a enregistré des épisodes de tremor et de sismicité sur le Veniaminof (Aléoutiennes / Alaska). Ces phénomènes révèlent une hausse d’activité par rapport à la normale. C’est pourquoi la couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique sont passés respectivement à la couleur Jaune et à Advisory (Surveillance conseillée).»
Ce type d’activité sismique précède généralement l’activité éruptive du Veniaminof mais ne signifie pas qu’une éruption se produira. L’activité éruptive de ce volcan consiste généralement en émissions de cendres mineures, fontaines et coulées de lave à partir du petit cône dans la caldeira sommitale. Les émissions de cendres se limitent le plus souvent au cratère sommital, mais des événements plus importants peuvent entraîner des retombées de cendres sur les localités à proximité.
Source: AVO.

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La sismicité a baissé sur le Shishaldin (Aléoutiennes / Alaska) et a retrouvé un niveau normal pour ce volcan. Les images satellites des dernières semaines montrent des températures de surface normales et une légère émission de vapeur au sommet. Il n’y a aucun signe de nouvelle activité volcanique dans le cratère. Au vu de cette baisse d’activité, l’AVO a fait passer la couleur de l’alerte aérienne au VERT et le niveau d’alerte volcanique à NORMAL

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Suite à une intensification de leur activité, les volcans Fuego et Pacaya (Guatemala) sont soumis à une surveillance renforcée.

L’activité du Fuego se poursuit, avec des explosions et des avalanches de matériaux dans plusieurs ravines. Comme précédemment, les explosions déclenchent des ondes de choc qui font vibrer les vitre des maisons.

Le Pacaya a émis ces derniers jours d’importantes coulées de lave accompagnées d’explosions.

Source : INSIVUMEH.

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Les données satellitaires montraient une petite anomalie thermique au niveau du cratère sud de l’Erta Ale (Éthiopie) le 12 juin 2020, et une anomalie plus importante le 17 juin sur le site du lac de lave qui avait disparu et pourrait être de retour dans le cratère. Espérons que des avions seront disponibles dans les prochaines semaines pour avoir une confirmation de cette information.
Source: Sentinel Hub.

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En Islande, la sismicité est toujours intense dans la zone de fracture de Tjörnes, bien qu’elle semble avoir légèrement diminué ces derniers jours. Rappelons que cette sismicité – qui s’est déplacée vers le nord – est d’origine purement tectonique et est à mettre en relation avec la situation de l’Islande sur la dorsale médio-atlantique, avec un phénomène d’accrétion d’environ 2 cm par an.
Plusieurs articles de presse annoncent une éruption du Grimsvötn à très court terme mais rien n’indique que l’activité ait augmenté ces derniers jours. La plupart des articles expliquent que le nuage de cendres produit par une éruption du Grimsvötn pourrait provoquer une perturbation du trafic aérien comme en 2010, mais l’histoire montre qu’une éruption de ce volcan provoque principalement des jökulhlaups, autrement dit des inondations suite à la fonte de la glace.

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Des essaims sismiques volcano-tectoniques de faible amplitude, généralement provoqués par la fracturation de roches, ont été détectés les 11, 13 et 16 juin 2020 au sud-ouest de la Laguna del Maule (Chili), dans le secteur de Las Nieblas. De plus, des émissions de CO2 ont été détectées dans la même zone. Ces paramètres indiquent qu’une éruption pourrait avoir lieu dans les prochaines semaines ou les prochains mois.
En conséquence, les autorités locales ont relevé le niveau d’alerte à la couleur Jaune pour le San Clemente. Des restrictions d’accès ont été mises en place autour de la zone de dégazage de CO2, avec un rayon de sécurité de 2 km.
Aucune éruption n’a été enregistrée dans la caldeira de la Laguna del Maule au cours des 2000 dernières années, mais les données fournies par les instruments de surveillance (parmi lesquelles une déformation constante de l’édifice volcanique au cours des 10 dernières années) confirment qu’il s’agit d’un système actif. La caldeira se situe principalement du côté chilien de la frontière, mais empiète aussi sur l’Argentine.
Source: SERNAGEOMIN.

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Le Merapi (Indonésie) a connu un triple épisode éruptif le 21 juin à 9h13, 9h25 et 9h27 (heure locale). La colonne de cendres a atteint 6 000 mètres d’altitude. L’éruption, enregistrée sur un sismogramme, présentait une amplitude maximale de 75 mm et une durée de ± 5 minutes 28 secondes.
Le niveau d’alerte volcanique est maintenu à 2 et n’a pas changé depuis le 21 mai 2018.
Ces explosions se produisent de temps en temps sur le Merapi. Elles sont causées par la destruction partielle du dôme de lave sous la pression des gaz. Le danger réside dans les coulées pyroclastiques qui peuvent être générés par ces éruptions explosives. Par précaution, le public doit rester en dehors d’un rayon de 3 kilomètres du volcan.
Source: Journaux indonésiens.

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Le 16 juin 2020, une de mes antennes à La Réunion m’informait qu’une reprise de l’inflation était observée sur le Piton de la Fournaise, accompagnée d’une certaine sismicité. Cette personne ajoutait qu’il n’était pas nécessaire de se précipiter sur l’île car la prochaine éruption n’était pas pour les prochains jours.
Cette nouvelle vient d’être confirmée par la dernière mise à jour de l’Observatoire qui indique une reprise de la sismicité sur le volcan, avec passage du niveau d’alerte volcanique à « Vigilance » (Watch) le 22 juin.
Entre le 16 et le 22 juin 2020, 18 séismes volcano-tectoniques ont été enregistrés à 2 km sous la zone sommitale. Comme je l’ai écrit plus haut, cette sismicité s’accompagne d’une reprise de l’inflation à la base et au sommet du volcan.
Les émissions de CO2 dans la zone éloignée, qui avaient atteint des valeurs maximales à la fin de l’éruption du début avril, continuent de diminuer, ce qui correspond à la remontée profonde du magma vers la partie supérieure du système d’alimentation du volcan.
L’OVPF ajoute que ce processus de recharge du réservoir de surface peut prendre plusieurs jours ou semaines, de sorte que personne ne sait quand aura lieu la prochaine éruption.
Source: OVPF

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Here is some news of volcanic activity around the world.

According to PHIVOLCS, Kanlaon volcano on Negros island (Philippines) is showing signs of renewed activity, with seismic swarms detected on the western flank of the volcano which is emitting plumes of steam up to 300 metres high. Moreover, a slight bulging of Kanlaon’s slope has been observed.

Philippine authorities issued an initial alert in March after Kanlaon began showing signs of activity which intensified during the past days.

Should signs of an eruption appear, more than 20,000 people in eight villages within 6 to 12 kilometres of Kanlaon would have to be evacuated. Such evacuations would be made very difficult by the current coronavirus pandemic which requires social distancing. The Philippines has reported more than 32,000 confirmed covid-19 infections, including 1,204 deaths.

Source : PHIVOLCS and Philippine newspapers.

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In an e-mail sent on June 18th, 2020, AVO informed me that “over the past several days there have been periods of seismic tremor and occasional earthquakes at Veniaminof (Aleutians / Alaska). This represents a departure from background activity. Thus, the Aviation Color Code and the Volcano Alert Level are being increased to YELLOW/ADVISORY.”
This type of seismic activity typically precedes eruptive activity at Veniaminof but does not mean that an eruption will occur. Eruptive activity usually consists of minor ash emissions, lava fountains and lava flows from the small cone in the summit caldera. Ash emissions are typically confined to the summit crater, but larger events can result in ashfall in nearby communities.

Source: AVO.

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Seismicity at Shishaldin Volcano (Aleutians / Alaska) has decreased to background levels. Satellite views over the past few weeks suggest normal surface temperatures and light steaming at the summit. There is no sign of new volcanic activity within the crater. Due to this decrease in activity, the Alaska Volcano Observatory has decreased the Aviation Colour Code to GREEN and the Volcanic Alert Level to NORMAL.

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Following an intensification of their activity, Fuego and Pacaya volcanoes (Guatemala) are subject to reinforced surveillance.
Fuego’s activity continues, with explosions and avalanches of material in several drainages. As before, the explosions trigger shock waves that vibrate the windows of houses.
Pacaya has emitted major lava flows in recent days accompanied by explosions.
Source: INSIVUMEH.

Satellite data showed a minor thermal anomaly in Erta Ale’s south pit crater (Ethiopia) on June 12th, 2020, and a larger anomaly on June 17th at the site of the previous lava lake which may be back in the crater. Let’s hope planes will be available in the next weeks to have a confirmation of this piece of news.

Source: Sentinel Hub.

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In Iceland, seismicity is still intense on the Tjörnes Fracture Zone, although it seems to have slightly declined in the last days. This seismicity – which is moving northward has a purely tectonicorigin ansd is due to the country’s location on the Mid-Atlantic Ridge, on which the rifting totals nearly 2 cm a year.

Several press articles announce an eruption of Grimsvötn volcano in the very short term but there are no indications that activity has increased in the very past days. Most articles explain that the ash cloud produced by an eruption of Grimsvötn might cause a disruption of air traffic like in 2010, but history shows that an eruption of this volcano mainly causes jökulhlaups, well-known subglacial outburst floods

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Swarms of small-magnitude volcano-tectonic earthquakes, commonly associated with fracturing of rocky material, were detected on June 11th, 13th, and 16th 2020 southwest of the Laguna del Maule (Chile), in the Las Nieblas sector. In addition, CO2 emissions have been detected in the same area. These parameters suggest that an eruption could develop in the next weeks or months.

As a consequence, local officials have raised the alert level to Yellow for the San Clemente. Preventive restrictions have been applied on access around the CO2 degassing center, with a security radius of 2 km.

No eruptions has been recorded at the Laguna del Maule caldera over the past 2 000 years, but the data obtained with instrumental monitoring (among which constant deformation in the past 10 years) confirm it is an active volcanic system. The caldera lies mostly on the Chilean side of the border, but partially extends into Argentina.

Source : SERNAGEOMIN.

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Mount Merapi (Indonesia) erupted three times on June 21st at 9:13am, 9:25am and 09:27am (local time). The ash column reached 6,000 metres above sea level. The eruption was recorded on a seismogram with a maximum amplitude of 75 mm and a duration of ± 5 minutes 28 seconds.

The volcanic alert level is kept at 2 and has remained unchanged since May 21st 2018.

These explosions occur from time to time on Mt Merapi. They are caused by the partial destruction of the lava dome under the pressure of the gases. The danger lies with the pyroclastic flows that may be generated by these explosive eruptions. As a precaution, the public should stay outside a 3-kilometre radius from the volcano.

Source: Indonesian newspapers.

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On June 16th, 2020, one of my sources on Reunion Island told me that inflation has resumed on Piton de la Fournaise, accompanied by some seismicity. He added there was no need to rush to the island, however, as the next eruption was not for the next few days.

This piece of news was confirmed last week by the Observatory’s latest update that indicates a resumption of seismicity at the volcano and the increase of the volcanic alert level to “Vigilance” (Watch) on June 22nd.

18 shallow volcano-tectonic earthquakes were recorded, 2 km beneath the summit area between June 16th and 22nd. As I put it above, this seismicity is accompanied by a resumption of inflation at the base and at the top of the volcano.

CO2 emissions in the far-field soil, which had reached maximum values at the end of the eruption at the beginning of April, continue to decrease, corresponding to the deep ascent of magma to the surface areas of the feeding system.

OVPF adds that this process of recharging the surface reservoir can take several days or weeks, so that nobody knows when the next eruption will occur.

Source: OVPF

Illustration de la déformation du Piton de la Fournaise sur les derniers deux mois (Source : OVPF)

 

Le bus d’« Into the Wild » arraché à sa solitude // The bus of « Into the Wild » removed from its loneliness

Dans une note écrite le 23 mars 2020, je conseillais comme lecture de confinement le livre Into the WildVoyage au bout de la solitude dans sa version française – publié en 1996. L’auteur – Jon Krakauer – y retrace l’histoire véridique de Christopher McCandless, un jeune homme qui a troqué la civilisation pour un retour à la vie sauvage en Alaska où il trouve la mort.

Christopher McCandless survécut environ 112 jours dans l’Alaska sauvage où il se nourrissait de racines et de gibier. Bien qu’ayant prévu de camper sur la côte, il décida de s’installer dans un ancien bus aménagé où il mourut de faim, voire d’empoisonnement par ingestion de racines ou de graines toxiques en août 1992

Ce bus au milieu de nulle part, à environ 16 km au nord de l’entrée du Parc National du Denali, est devenu une destination touristique mais pose des problèmes. Certains touristes se sont parfois perdus dans la nature sauvage de l’Alaska et ont dû être secourus. D’autres ont même trouvé la mort, comme des voyageurs venus de Suisse et de Biélorussie, en 2010 et 2019, noyés lors d’expéditions pour tenter de trouver le fameux bus.

Les familles de certaines victimes ont suggéré de construire une passerelle au-dessus de la Teklanika, mais cette passerelle pourrait donner aux gens une fausse impression de sécurité. Elle pourrait inciter encore davantage de personnes à vouloir atteindre le bus, et cela pourrait conduire à plus d’opérations de secours. Une meilleure solution serait peut-être de faire disparaître le bus.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/03/23/into-the-wild/

Finalement, le « Magic bus », comme il avait été surnommé, a été jugé trop dangereux pour les randonneurs qui venaient le contempler et il a été soulevé et déplacé le 18 juin 2020 par un hélicoptère de l’armée américaine. Il sera conservé pour le moment dans un site sécurisé, jusqu’à ce qu’il soit décidé de son sort. L’une des solutions serait de l’exposer. Je pense plutôt qu’il finira à la ferraille.

Source : Presse alaskienne.

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In a post written on March 23rd, 2020, I recommended reading Into the WildVoyage au bout de la solitude in its French version – published in 1996. The author – Jon Krakauer – retraces the true story of Christopher McCandless, a young man who traded civilization for a return to the wild life in Alaska where he died.
Christopher McCandless survived about 112 days in the wild Alaska where he fed on roots and game. Although he had planned to camp on the coast, he decided to settle in an old furnished bus where he died of hunger, even of poisoning by ingestion of roots or toxic seeds in August 1992
This bus in the middle of nowhere, about 16 km north of the entrance to Denali National Park, has become a tourist destination but poses problems. Some tourists got lost in the Alaskan wilderness and had to be rescued. Others even died, such as travellers from Switzerland and Belarus, in 2010 and 2019, drowned in expeditions to try to find the famous bus.
Families of some of the victims have suggested building a bridge over the Teklanika River, but the bridge could give people a false sense of security. It could make even more people want to reach the bus, and this could lead to more rescue operations. Perhaps a better solution would be to make the bus disappear.
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/03/23/into-the-wild/

In the end, the « Magic bus », as it was nicknamed, was deemed too dangerous for hikers who came to contemplate it and it was lifted and moved on June 18th, 2020 by an American army helicopter. It will be kept for the moment in a secure site, until its fate is decided. One of the solutions would be to exhibit it. I rather think it will end up on a scrap heap.
Source: Alaskan press.

Le « Magic bus » de Into the Wild (Crédit photo : Wikipedia)

Le pergélisol

Avec le réchauffement climatique, je fais souvent référence à la fonte du pergélisol – en anglais permafrost – et à ses conséquences pour la planète. Voici quelques informations sur ce sol gelé qui risque de donner naissance à bien des problèmes dans les prochaines années.

Qu’est-ce que le pergélisol ?

Le pergélisol désigne la partie du sol gelée en permanence au moins pendant deux ans, et de ce fait, imperméable. Il existe dans les hautes latitudes mais aussi dans les hautes altitudes où je le désigne sous l’appellation ‘permafrost de roche’. Le gel assure la stabilité des parois rocheuses et empêche leur effondrement.

Le pergélisol couvre officiellement 23,9% de la surface terrestre soit 22 790 000 km2 ou un quart des terres émergées de l’hémisphère Nord. Il occupe 90 % du Groenland, 80 % de l’Alaska, 50 % du Canada et de la Russie, plus particulièrement la Sibérie. Il est généralement permanent au-delà du 60ème degré de latitude, tandis que le pergélisol alpin est plus sporadique.

 Source : NASA

Structure du pergélisol :

Le pergélisol est constitué thermiquement de trois couches : la première dite « active » dégèle en été et peut atteindre jusqu’à deux ou trois mètres d’épaisseur ; la seconde, soumise à des fluctuations saisonnières mais constamment sous le point de congélation, constitue la partie du pergélisol stricto sensu et s’étend jusqu’à une profondeur de 10 à 15 mètres ; la troisième peut atteindre plusieurs centaines de mètres, voire dépasser le millier de mètres ; elle ne connaît pas de variation saisonnière de température et est constamment congelée. La température s’y élève en allant vers le bas sous l’influence des flux géothermique et atteint 0 °C à la limite basse du pergélisol.

 (Source : Geological Socoety London)

 Hausse des températures et effets sur le pergélisol :

Dans sa partie la plus méridionale, le pergélisol atteint une température proche de zéro en été et il pourrait rapidement dégeler. Les climatologues canadiens pensent que sa limite sud pourrait remonter de 500 km vers le nord en un siècle. Un peu plus vers le nord, seule la «couche active» gagnera de l’épaisseur en été, induisant une pousse de la végétation mais aussi des mouvements de terrain déterminant des phénomènes de « forêts ivres » où les racines des arbres ne sont plus maintenues par le gel. On observera des modifications hydrologiques et hydrographiques. Les tourbières boréales seront transformées en zones humides gorgées d’eau qui feront le bonheur des moustiques.

 Tourbière humide suite au dégel du permafrost en Alaska

(Photo : C. Grandpey)

C’est bien sûr la zone active, la plus superficielle qui est la plus sous la menace du réchauffement climatique. Elle varie selon l’altitude et la latitude, mais aussi dans l’espace et dans le temps au rythme des glaciations et réchauffements, parfois brutalement dès que l’enneigement recule et laisse apparaître un sol foncé qui capte la chaleur que l’albédo des glaces et neige renvoyaient vers le ciel. Cette zone est aujourd’hui généralement profonde de quelques centimètres à quelques décimètres. Dans les zones nordiques les constructions reposent aujourd’hui sur des pieux enfoncés à plusieurs mètres de profondeur, et il est recommandé de conserver un vide sous les maisons.

Exemple d’immeuble construit sur pilotis à cause du permafrost en Yakoutie

(Crédit photo: Wikipedia)

Effets du dégel du pergélisol sur les sols :

Dans les Alpes, le pergélisol se retrouve au-dessus de 2 500 mètres sur les ubacs, autrement dit sur les versants à l’ombre, par opposition aux adrets qui désignent les versants au soleil. Un dégel de ces zones de haute montagne peut provoquer des éboulements importants.

L’Office fédéral suisse de l’environnement a publié une carte et une liste actualisée des zones habitées particulièrement menacées. Les dangers d’éboulements existent surtout pour les localités – comme Zermatt – qui se situent au fond des vallées. Les effondrements peuvent être d’autant plus meurtriers que les dépôts de matériaux laissés par les effondrements peuvent être remobilisés par les fortes pluies et provoquer de très dangereuses laves torrentielles. Les villages suisses de Bondo et Chamoson ont été victimes de ce phénomène.

La fonte de la glace du pergélisol est également susceptible de créer des mouvements importants des sols. Cela risque de poser des problèmes à certaines infrastructures comme les oléoducs posés sans fondations sur ces sols. Des travaux de consolidation sont ainsi régulièrement effectués sur les installations gazières de la péninsule de Yamal en Sibérie.

Conséquences d’une lave torrentielle à Chamoson (Photo : C. Grandpey)

Le pergélisol : une bombe à retardement :

Le pergélisol arctique, qui renferme 1500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, soit environ deux fois plus que dans l’atmosphère, est considéré comme une bombe à retardement. Selon les indices publiés en 2019 dans la revue Nature, le pergélisol canadien fond avec une intensité qui n’était attendue dans certaines régions que vers 2090 ; à l’échelle mondiale sa vitesse de fonte implique un risque « imminent » d’emballement.

Le dégel du pergélisol permet aux bactéries de se développer, et avec la fonte du pergélisol les déchets organiques deviennent accessibles aux microbes qui produisent du CO2 et du méthane. Ainsi, il pourrait émettre à l’avenir environ 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. On assiste à une boucle de rétroaction car les gaz à effet de serre accélèrent le réchauffement de la planète et le réchauffement de la planète augmente la fonte du pergélisol.

Dégel du pergélisol : la peur des virus :

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, le dégel du pergélisol est susceptible de libérer des virus, connus ou inconnus. En 2014, des scientifiques ont découvert dans le pergélisol deux virus géants, inoffensifs pour l’Homme, qu’ils ont réussi à réactiver. Cela prouve que si on est capable de ressusciter des virus âgés de 30 000 ans, il n’y a aucune raison pour que certains virus beaucoup plus embêtants pour les êtres vivants ne survivent pas également plus de 30 000 ans. En 2016, en Sibérie, un cadavre décongelé de renne a déclenché une épidémie d’anthrax qui a tué un enfant et décimé de nombreux troupeaux de rennes. Pour l’instant, la résurgence des virus se fait de manière locale, mais elle pourrait se répandre à l’ensemble de la planète. On vient de voir la catastrophe humaine, économique et sociale générée par le coronavirus.

Les rennes sont particulièrement exposés aux virus, mais aussi aux moustiques (Photo : C. Grandpey)

Le dégel du pergélisol et l’exploitation minière :

Des régions de Sibérie, auparavant désertiques et accessibles, recèlent d’importants gisements de gaz et de pétrole, ainsi que des métaux précieux comme l’or ou les diamants. Leur exploitation est en passe de devenir possible avec le réchauffement climatique. Des mines à ciel ouvert, d’une taille de 3 à 4 kilomètres de diamètre et jusqu’à un kilomètre de profondeur, ont été ouvertes pour exploiter ces gisements en retirant le pergélisol. Les bactériologistes mettent en garde sur ces exploitations à ciel ouvert où aucune précaution bactériologique n’est prise.

  Mine de diamant de Mirny en Sibérie (Crédit photo : Wikipedia)

 

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

Selon le Met Office islandais (IMO), le volcan Grímsvötn pourrait entrer en éruption à court terme, d’ici quelques semaines ou quelques mois.
Selon un volcanologue local, on enregistre une hausse des gaz magmatiques, en particulier dans la partie sud-ouest du volcan, près de l’endroit où se sont produites les éruptions de 2004 et 2011.
De plus, le volcan connaît une inflation révélatrice d’une ascension du magma. Une éruption est d’autant plus probable que le lac glaciaire du Grímsvötn se vidange en été, ce qui diminue la pression exercée sur le volcan.

La dernière éruption du Grimsvötn a eu lieu en 2011, avec un VEI 4. Le volcan a alors émis un panache de cendres et de vapeur qui s’est élevé à environ 20 kilomètres au-dessus du niveau de la mer. Les cendres ont réduit la visibilité à environ 50 mètres en certains endroits. L’éruption a également provoqué la fermeture de l’aéroport de Keflavik.
Source: OMI.

Plus de détails sur une note séparée à propos de ce risque éruptif du Grimsvötn et de l’activité sur la Péninsule de Reykjanes.

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L’AVO a enregistré une hausse de la sismicité sur le volcan Makushin (nord de l’île Unalaska, Est des Aléoutiennes) avec deux événements de magnitude supérieure à M 4. Il se peut que cette sismicité soit en relation avec de l’activité volcanique. En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique sont respectivement passés à la couleur Jaune et à « Advisory » (Surveillance conseillée). L’AVO explique que « cette activité pourrait déboucher sur une éruption, mais ce n’est pas une certitude. »
Le Makushin est un gros stratovolcan recouvert de glace qui culmine à 2010 m. d’altitude. La caldeira sommitale, de 3 km de diamètre, est le siège de fréquentes petites éruptions de vapeur et de cendres; cependant, aucune éruption majeure n’a été observée au cours de ce siècle. Le village d’Unalaska et le port de Dutch Harbor se trouvent à 25 km à l’est du volcan Makushin.

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L’année dernière, à la fin de ma conférence au CDST de St Pierre (Martinique), certaines personnes m’ont posé des questions sur l’activité à Kick’em Jenny, un volcan sous-marin actif à 8 km au nord de la Grenade. Aucune activité particulière n’était signalée à l’époque.
Il semble que les choses soient en train de changer et que Kick ’em Jenny s’agite de nouveau. La dernière activité a été observée du 5 au 12 juin 2020, avec plus de 1 300 événements sismiques d’une magnitude allant jusqu’à M 1,8.

Bien que les signes d’activité aient diminué et que le niveau d’alerte reste à la couleur Jaune (niveau 2 sur 4), il est demandé aux visiteurs et aux pêcheurs d’être vigilants lorsqu’ils traversent la zone. Le public doit observer une zone d’exclusion de 1,5 km par rapport au sommet du volcan.
Kick’em Jenny est entré en éruption au moins 14 fois depuis sa découverte en 1939. la plus récente a eu lieu le 29 avril 2017.
Source: Université des Antilles.

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L’activité du Sangay (Équateur) se concentre sur deux cratères sommitaux: le cratère central qui émet de la candre et des gaz, et le dôme Ñuñurcu qui émet de la lave. La lave, les écoulements pyroclastiques et les matériaux générés par les effondrements empruntent la ravine de la rivière Volcán sur le flanc SE. L’activité du Sangay s’est intensifiée les 8 et 9 juin 2020 avec des effondrements de fronts de coulées de lave, des coulées pyroclastiques sur le flanc SE et d’importantes émissions de cendres s’élevant jusqu’à 3 km au-dessus du cratère. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs provinces
Source: Instituto Geofísico.

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On enregistre actuellement une moyenne de 4 à 13 explosions par heure sur le Fuego (Guatemala), avec des panaches de cendres montant jusqu’à 1,1 km au-dessus du cratère. Des retombées de cendres sont signalées dans plusieurs zones sous le vent. Les ondes de choc provenant des explosions secouent parfois les maisons à proximité du volcan. Des matériaux incandescents sont projetés à 100-300 m de hauteur et provoquent des avalanches de blocs dans plusieurs ravines. Une nouvelle coulée de lave a parcouru 250 m le long de la ravine Seca sur le flanc NW le 12 juin 2020.
Source: INSIVUMEH.

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L’activité à White Island (Nouvelle-Zélande) montre actuellement une tendance à la baisse. La température au niveau des bouches qui émettent des gaz reste élevée (plus de 450°C). Bien que le magma demeure à faible profondeur, probablement à environ 1 km sous la surface, les émissions de gaz et la déformation du sol n’ont pas augmenté. De plus, la sismicité et le tremor volcanique restent à un niveau bas depuis février-mars. Le niveau d’alerte volcanique a été abaissé à 1 et la couleur de l’alerte aérienne reste au Jaune.
Source: GeoNet.

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Un survol du cratère du Popocatepetl (Mexique) a été effectué le 13 juin 2020 (http://www.cenapred.gob.mx/popo/2020/jun/v0614202.mp4). Il a permis d’observer l’intérieur du cratère qui présente un diamètre de 350-380 mètres et une profondeur de 100-150 mètres. Au fond du cratère subsistent des restes de matériaux d’un dôme de lave qui s’est probablement édifié au cours du mois de mai. Le dôme est régulièrement détruit par la pression des gaz.

Le niveau d’alerte volcanique reste à la couleur Jaune Phase 2. Un périmètre de sécurité de 12 km reste en place autour du Popocatepetl .

Source : CENAPRED.

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Here is some news of volcanic activity around the world.

According to the Icelandic Met Office (IMO), Grímsvötn volcano is showing signs that an eruption might occur in the short term, a matter of weeks or months..

According to a local atmospheric volcanologist, high levels of magmatic gasses are present in the southwest corner of the volcano, near the place where it erupted in 2004 and 2011.

In addition, the volcano is experiencing inflation, indicating magma ascent. An eruption is all the more likely as the Grímsvötn’s lake drains during summer, releasing pressure on the volcano.

Grimsvötn’s last eruption took place in 2011, with a VEI 4. The volcano emitted a plume of ash and steam that rose up to about 20 kilometres above sea level. Ash reduced visibility to about 50 metres in some places. It also caused the closure of Keflavik airport.

Source: IMO.

More details on a separate post about the eruptive hazard at Grimsvötn and activity on the Reykjanes Peninsula.

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AVO has recorded an increase in seismicity on Makushin volcano (northern Unalaska Island, eastern Aleutians) with two earthquakes with magnitudes above M 4. This seismicity may be associated with volcanic unrest. As a result the Aviation Colour Code and Volcano Alert Level havz been increased to YELLOW/ADVISORY, respectively. AVO explains that “this unrest could result a future eruption, however that is not a certainty.”

Makushin is a broad, ice-capped stratovolcano which rises to an elevation of 2010 m. The summit caldera, 3 km diameter, is the site of frequent steam and minor ash eruptions; however, no large eruptions have occurred in this century. The community of Unalaska and port of Dutch Harbor are located 25 km east of Makushin volcano.

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Last year, at the end of my conference at the CDST of St Pierre (Martinique), some people asked be about activity at Kick’em Jenny, an active submarine volcano 8 km off the north shore of Grenada,. The volcano was quiet by that time and no significant activity was observed. .

It looks as if things are changing and Kick ’em Jenny is showing new signs of unrest. The latest activity was observed from June 5th to 12th, 2020, with more than 1 300 earthquakes with magnitudes up to M 1.8.

Although the unrest has declined and the alert level remains at Yellow (level 2 out of 4), visitors and fishermen are asked to be vigilant when traversing the area. The public should observe an exclusion zone of 1.5 km from the summit of the volcano.

Kick’em Jenny erupted at least 14 times since it was discovered in 1939, most recently on April 29th, 2017.

Source: University of the West Indies.

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Activity at Sangay (Ecuador) is centered at two summit vents: the Central Crater which produces ash-and-gas emissions and the Ñuñurcu dome which effuses lava. Lava, pyroclastic flows, and collapsed material are channelled down the Volcán River drainage on the SE flank. Activity at Sangay intensified on June 8th and 9th, 2020 with lava-flow collapses, pyroclastic flows on the SE flank, and significant ash emissions rising up to 3 km above the crater. Ashfall has been reported in several provinces

Source: Instituto Geofísico.

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An average of 4-13 explosions per hour is currently recorded at Fuego (Guatemala), with ash plumes rusing as high as 1.1 km above the crater rim. Ashfall is reported in several downwind areas. Shock waves from explosions sometimes rattle houses in the vicinity of the volcano. Incandescent material is ejected 100-300 m high and causes avalanches of blocks in several drainages. A new lava flow travelled 250 m down the Seca drainage on the NW flank on June 12th, 2020.

Source : INSIVUMEH.

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Activity at White Island (New Zealand) recently showed a downward trend. Temperatures at the gas vents remained high (over 450°C). Although magma remains at a shallow depth, probably about 1 km below the surface, gas discharge and ground deformation have not increased. Additionally, seismicity and the volcanic tremor have been low since February-March. The Volcanic Alert Level has been lowered to 1 and the Aviation Colour Code remains at Yellow.

Source : GeoNet.

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An overflight of the crater of Popocatepetl (Mexico) was performed on June 13th, 2020 (http://www.cenapred.gob.mx/popo/2020/jun/v0614202.mp4). It allowed to observe the interior of the crater which has a diameter of 350-380 metres and a depth of 100-150 metres. At the bottom of the crater there are remains of materials from a lava dome which was probably built during the month of May. The dome is regularly destroyed by the pressure of the gases.
The volcanic alert level remains at Yellow Phase 2. Visitors are asled to keep outside a 12-km security perimeter around Popocatepetl.
Source: CENAPRED.

Cratère du Popocatepetl le 13 juin 2020 (Source: CENAPRED)