Glaciers alpins en juillet 2017 : (3) Le Glacier d’Argentière

Le Glacier d’Argentière fait partie de ceux qui sont le plus facilement accessibles. Il suffit d’emprunter le téléphérique des Grands Montets, près du village d’Argentière et de descendre à la station du Lognan. De là, un bon chemin conduit à un premier point de vue sur le font du glacier. Les plus courageux pourront emprunter un second sentier plus raide qui conduit à un autre point de vue sur le glacier.

Comme les Bossons et la Mer de Glace, le Glacier d’Argentière est en sérieuse perte de vitesse.  Il suffit de voir les photos et gravures du début du 20ème siècle pour s’en rendre compte. Dans les années 1920, il arrivait jusqu’au temple d’Argentière, à 1 250 mètres d’altitude. Depuis quelques années, la langue terminale du glacier, qui s’étend encore jusque vers 1 600 mètres d’altitude, s’est séparée du reste du glacier vers l’altitude de 1 900 mètres. La aussi, les marques laissées sur la roche ne laissent pas le moindre doute sur le retrait rapide du glacier. Malgré tout, au vu des clichés que j’ai réalisés, le front du Glacier d’Argentière semble montrer une certaine stabilité entre 2015 et 2017. A noter que la cascade a disparu.

Voici quelques photos montrant le Glacier d’Argentière en septembre 2015, année où j’avais eu l’occasion de le survoler…

…et en juillet 2017:

Photos: C. Grandpey

Ol Doinyo Lengai (Tanzanie) : Une éruption dans le court terme ? // A short term eruption ?

Selon des observations récentes, il semble que l’Ol Doinyo Lengai montre des signes de réveil et une éruption pourrait se produire à court terme.
Une géophysicienne de Virginia Tech a travaillé avec des universitaires locaux pour essayer de prévoir la prochaine éruption majeure. En juin 2016, ils ont installé cinq capteurs GPS autour de l’Ol Doinyo Lengai afin de contrôler les déformations de la surface du volcan.
Avec la collaboration de l’Université Ardhi de Tanzanie et le KIGAM de Corée du Sud, les chercheurs ont mis en place un système de surveillance en temps réel.
Le 17 janvier 2017, des signaux ont révélé que certaines parties du volcan se soulevaient. Ces signaux ont incité l’équipe scientifique à installer trois nouvelles stations en temps réel. Outre l’inflation, les chercheurs ont observé une augmentation des émissions de cendre et de l’activité sismique, un soulèvement au niveau de petits cônes volcaniques et l’agrandissement d’une fracture au sommet du volcan, du côté ouest.
Sur la base de ces données, les chercheurs ont mis en garde sur la proximité d’une éruption qui pourrait se produire d’ici « quelques semaines, quelques mois, un an ou plus ». [NDLR : Peut-on appeler cela de la prévision volcanique ?]
Les chercheurs font remarquer qu’une éruption n’affecterait probablement pas les nombreux sites paléoanthropologiques à proximité. En effet, l’Ol Doinyo Lengai se trouve à une centaine de kilomètres de la célèbre gorge Olduvai, avec un ensemble d’empreintes de pieds de 3,6 millions d’années à Laetoli et d’anciennes empreintes d’homo sapiens à Engare Sero.
Cependant, si une éruption majeure coïncidait avec une saison de fortes pluies, les coulées de débris pourraient atteindre Engare Sero et les sites à proximité. Historiquement, le Lengai a déjà produit de grands écoulements et des avalanches de débris qui ont atteint le rivage du lac Natron. Une telle situation pourrait constituer une menace pour le site et pour tous les camps situés le long du lac.
Source: The National Geographic.

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According to recent observations, it looks as if Ol Doinyo Lengai is showing signs that an eruption is imminent.

A geophysicist at Virginia Tech, has been partnering with local academics to try and predict the next major eruption. In June 2016, they installed five positioning sensors around Ol Doinyo Lengai in the hopes of tracking how magma is deforming the volcano’s surface.

In concert with Tanzania’s Ardhi University and South Korea’s KIGAM, the researchers set up a monitoring system that collects data on the volcano’s activity in real time.

On January 17th, 2017, there were signs that parts of the volcano were lifting upward. These signals incited the scientific team to install three new real-time stations. Beside the inflation, there were increased ash emissions, seismic activity, uplift at small volcanic cones, and an ever widening crack at the top of the volcano on the west side.

Based on the data they are seeing, the researchers warn that an eruption seems to be on the horizon, namely “a matter of a few weeks, a couple of months, or a year or more.”

The researchers note that an eruption alone likely would not affect many of the nearby paleoanthropological sites. Ol Doinyo Lengai is about 100 kilometres from the famed Olduvai Gorge, a collection of 3.6-million-year-old footprints at Laetoli, and more ancient Homo sapiens footprints at Engare Sero.

However, if a large eruption and a heavy rainy season were to coincide, the resulting debris flows could potentially harm Engare Sero and nearby sites. Historically, Lengai is capable of large debris flows and debris avalanches that reach the shore of Lake Natron, and these could potentially pose a significant threat to the site and to all of the camps that are along the lake edge.

Source : The National Geographic.

Vues du Lengai et du Rift en 2003 (Photos: C. Grandpey)

Nouvelle éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) // New eruption at Piton de la Fournaise (Reunion Island)

7 heures (heure métropole): Dans un bulletin émis le 13 juillet, l’OVPF indiquait que depuis le 10 juillet 2017, l’activité sismique à l’aplomb de la zone sommitale du Piton de la Fournaise, avait repris de manière significative. La majorité de ces séismes était localisée sous la bordure Sud du cratère Dolomieu  entre 500 et 1000 m au-dessus du niveau de la mer.

Parallèlement à la reprise de la sismicité, les déformations enregistrées sur les stations GPS montraient une reprise de l’inflation de l’édifice.

Dans un nouveau bulletin paru le 14 juillet 2017, on apprend qu’ « à la suite d’une activité sismique soutenue depuis plusieurs jours et une crise sismique débutée le 13 Juillet aux alentours de 22h20 heure locale, le trésor (il faut probablement lire « le tremor » !!) éruptif est apparu aux alentours de 00h50 le 14 Juillet. L’analyse des données et l’observation de nos caméras montrent que la ou les fissure(s) éruptives se sont ouvertes sur le flanc sud du volcan.

Eruption en cours à l’intérieur de l’Enclos. »

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Dernière minute: Le Journal de l’Ile confirme le début d’une éruption sur le flanc sud du volcan avec l’apparition de deux coulées de lave. En conséquence, le préfet de la Réunion a déclenché ce jour à 00h50, l’alerte 2-2 du plan « ORSEC* Volcan » : éruption en cours. Il s’agit de la troisième éruption de l’année. L’accès du public à l’Enclos Fouqué, que ce soit depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier ainsi que le poser d’aéronefs dans la zone du volcan sont interdits jusqu’à nouvel avis.

Ceux qui ont choisi l’Etna ou l’Aveyron pour passer leurs vacances ont fait le mauvais choix….

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18 heures (heure métropole) : L’éruption débutée le 14 juillet à 00h50 (heure locale) se poursuit. Le tremor se maintient à un niveau moyen (environ la moitié de celui observé en début d’éruption).

Suite au survol de reconnaissance réalisé ce matin, le site éruptif a pu être localisé plus précisément à 750 m à l’Est du Piton Kala-Pélé et à 850 m à l’Ouest de Château Fort. Il se situe à environ 2.2 km à l’Est Nord-Est du Piton de Bert.

Lors des relevés effectués ce matin, la fissure s’étendait sur une longueur totale approximative de 450 m. Sept fontaines de lave d’une hauteur maximale de 30 m étaient actives. La fontaine la plus en aval commençait à édifier un cône d’où s’échappaient deux bras de coulées.

Les premières estimations font état de débits de l’ordre de 22-30 m3/s au début de l’ouverture de la fissure.

Source : OVPF.

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7:00 (Paris time): In a bulletin released on July 13th , 2017, OVPF indicated that since July 10, 2017, seismic activity beneath the summit area of ​​Piton de la Fournaise had increased significantly. The majority of these earthquakes were located below the southern rim of the Dolomieu Crater between 500 and 1000 metres above sea level.
Parallel to the resumption of the seismicity, the deformations recorded by the GPS stations showed a resumption of the inflation of the edifice.

In a new bulletin issued on July 14th, 2017, we can read that « as a result of seismic activity observed for several days and a seismic crisis that started on July 13th at 10:20 pm (local time), the eruptive tremor appeared around 12:50 on July 14th. Analysis of the data and observation of our cameras show that the eruptive fissure(s) opened on the southern flank of the volcano.

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Last minute: The Journal de l’Ile confirms the beginning of an eruption on the southern flank of the volcano with the appearance of two lava flows. As a result, the prefect of Reunion triggered this day at 00:50, the alert 2-2 of the plan « ORSEC * Volcano »: Eruption in progress. This is the third eruption of the year. Public access to the Enclos Fouqué, whether from the footpath of the Pas de Bellecombe or from any other trail and the landing of any aircraft in the area of ​​the volcano are prohibited until further notice.

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18:00 (Paris time): The eruption begun on July 14th at 00:50 (local time) continues. The tremor remains at a moderate level (about half that observed at the beginning of the eruption).
During the overflight carried out this morning, the eruptive site could be located more precisely: 750 m east of Piton Kala-Pélé and 850 m west of Château Fort. It is located about 2.2 km to the ENE of  Piton de Bert.
During this morning’s overflight, the eruptive fissure extended over a total length of approximately 450 m. Seven lava fountains with a maximum height of 30 m were active. The most downslope fountain was beginning to build a cone which released two lava flows.
Initial estimates showed a lava output of about 22-30 m3 / s when the fissure opened.
Source: OVPF.

L’éruption vue par la caméra du Piton de Bert.

 

Glaciers alpins en juillet 2017 : (2) La Mer de Glace

Comme le Glacier des Bossons, j’ai découvert la Mer de Glace en août 1956 en compagnie de mes parents. Le petit garçon que j’étais à cette époque était impressionné par la masse imposante du glacier que l’on atteignait pratiquement en sortant du train à crémaillère du Montenvers. Il suffisait d’emprunter un sentier de quelques centaines de mètres pour atteindre l’ouverture de la grotte qui était déjà taillée dans la glace à cette époque. Je me souviens parfaitement de la passerelle en planches qui enjambait une profonde crevasse à la belle couleur bleue.

Aujourd’hui, la Mer de Glace est à marée basse, très basse. Le glacier n’avance plus et sa surface s’abaisse année après année. Il a fallu construire un téléphérique puis un escalier de plusieurs niveaux pour atteindre la grotte que l’on s’efforce de préserver car sa seule présence représente  une manne financière non négligeable. Des bâches blanches ont été étalées pour freiner la fonte de la glace autour de l’entrée.

Tout au long de l’escalier en fer, des repères rappellent le niveau de la glace au cours des décennies et des années passées. Un ouvrier qui s’évertuait à évacuer la glace de fonte près de la glace m’a confié qu’il faudrait probablement ajouter un niveau de marches pour atteindre la Mer de Glace en 2018. Il suffit de jeter un coup d’oeil à l’encaissant du glacier pour se rendre compte de la chute rapide de son niveau. Les marques sur la roche ne trompent pas. L’absence de crevasses confirme que le glacier n’avance plus. Je ne suis guère optimiste. Arrivera un moment où l’accès à la grotte deviendra quasiment impossible. Il faudra se contenter de la vue depuis la superbe terrasse panoramique où le blanc de la glace est de plus en plus remplacé par la couleur marron des matériaux descendus des flancs de la montagne…

Voici quelques photos montrant la Mer de Glace en 1956 :

En 1982 :

En 2017:

Photos: G. & C. Grandpey