Vers une modélisation de l’activité du Stromboli?

En volcanologie, je n’ai qu’une confiance très limitée envers des termes comme « simulation » ou « « modélisation » qui font appel à des sciences exactes, alors que les volcans sont par définition imprévisibles dans leur comportement. Il suffit de se référer aux dernières activités du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) pour s’en rendre compte. Pourtant, le volcan est truffé d’instruments susceptibles d’aider les scientifiques à mieux comprendre ses humeurs. Il en est de même du Stromboli (Sicile / Italie), lui aussi sous contrôle attentif des scientifiques de l’INGV. 

Il n’est donc pas surprenant qu’un récent article publié par l’Agenzia Stampa Quotidiana Nazionale italienne me laisse quelque peu dubitatif ! Il est écrit qu’un groupe de chercheurs de l’INGV et d’autres instituts scientifiques a effectué une « analyse minutieuse » des données communiquées par les instruments au cours des paroxysmes du volcan le 5 avril 2003 et le 15 mars 2007. Au vu des éléments récoltés, ils ont pu mettre en lumière les mécanismes qui précèdent l’événement explosif et « élaboré un modèle spécifique du comportement du Stromboli ».

Les scientifiques ont constaté que lors des deux événements, l’explosion paroxystique s’est produite après la remontée jusqu’aux cratères sommitaux – et le déversement sur la Sciara del Fuoco – d’une quantité de matériaux évaluée à 4 millions de mètres cubes. Une telle abondance a provoqué la vidange des conduits les plus superficiels du volcan et une décompression qui a eu comme conséquence une montée de magma frais et riche en anhydride carbonique et autres éléments volatiles depuis le réservoir situé à plus de 6 km de profondeur. Dans un e telle situation, le magma remonte rapidement dans les conduits et sort violemment en surface comme le ferait un liquide gazeux dans une bouteille dont on a retiré d’un seul coup le bouchon.

Le fait d’avoir remarqué qu’un volume spécifique de magma est rejeté par le volcan avant les deux paroxysmes de 2003 et 2007 offrirait la possibilité de prévoir de tels événements. Il faudrait pour cela mesurer quotidiennement le magma émis durant les phases effusives. De telles mesures sont faites quotidiennement pendant les crises effusives au moyen de caméras thermiques portables depuis l’hélicoptère mis à la disposition des scientifiques par la Protection Civile.

On a remarqué par ailleurs que les énormes quantités de matériaux qui dévalent la Sciara del Fuoco et finissent leur course dans la mer augmentent le risque de tsunami. Un système de contrôle multidisciplinaire du Stromboli intégrant la sismicité, les déformations du sol, les caractéristiques pétrographiques des matériaux et l’analyse géochimique des gaz permettrait d’avoir une idée des plus infimes changements de comportement du volcan.

A cette surveillance par les instruments s’ajoute un système d’alerte sonore indiquant aux habitants l’imminence d’un danger. Il existe sur l’île de Stromboli des panneaux indiquant les parcours à suivre pour se mettre à l’abri.

L’avenir dira si le travail de recherche des scientifiques portera ses fruits… Après l’oeil électronique signalé dans ma note précédente, les volcans éoliens sont particulièrement bien surveillés!

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(Photo: C. Grandpey)