L’Arctique toujours plus chaud ! // An ever warmer Arctic !

drapeau-francaisLa nuit polaire a commencé dans l’Arctique. Le soleil ne monte plus guère au-dessus de l’horizon. C’est l’époque où la région est censée connaître le grand froid, avec la glace de mer qui s’étend et s’épaissit à la surface de l’Océan Arctique. Toutefois, l’automne 2016, année avec ses records mensuels pour la faible étendue de glace de mer, est complètement fou: L’Arctique connaît une période de chaleur, alors qu’au même moment une vaste poche d’air polaire froid s’est installée sur la Sibérie. Dans le même temps, l’un des indicateurs clés de l’état de l’Arctique – l’étendue de la glace de mer – est à un niveau extrêmement bas en ce moment. La glace gèle de nouveau, comme elle le fait toujours en cette période de l’année après avoir atteint son point le plus bas en septembre, mais elle ne se forme pas aussi rapidement que d’habitude. En fait, la superficie couverte par la glace est encore plus faible qu’au cours de la période record de 2012.
Les températures arctiques sont supérieures d’environ 20 degrés Celsius à la normale au-dessus du 80ème degré de latitude nord! C’est la deuxième année consécutive où les températures proches du pôle Nord atteignent des niveaux aussi élevés. Comme je l’ai écrit il y a quelques semaines, pendant les derniers jours de 2015, la température près du pôle avait atteint le point de fonte de la glace à cause d’une violente tempête qui avait fait remonter de l’air chaud vers le pôle.
Les scientifiques expliquent que la chaleur de l’Arctique est le résultat d’un double phénomène: d’une part, la très faible étendue de glace de mer pour cette période de l’année, et d’autre part une masse d’air chaud et humide en provenance des latitudes inférieures qui a été entraînée vers le nord par un jet stream très ondulé. Le jet stream, qui se déplace d’ouest en est à travers l’hémisphère nord dans les latitudes moyennes, ondule et s’allonge alors que l’Arctique se réchauffe plus vite que l’équateur.
Un air anormalement chaud a envahi l’Arctique depuis le mois d’octobre. À cette époque, la température moyenne était d’environ 2 degrés Celsius au-dessus du record établi en 1998. Depuis le mois de novembre, les températures ne cessent d’augmenter. Non seulement la température de l’air est exceptionnellement chaude, mais celle de l’eau est chaude elle aussi. Certaines zones de l’Océan Arctique connaissent des températures de 25 degrés Fahrenheit supérieures à la moyenne.
La météo dans l’Arctique peut changer rapidement. Il n’est pas impossible que la température baisse et que la glace se reforme. Malgré tout, la faiblesse record de glace de mer et la chaleur sans précédent enregistrée dans la région ne font que confirmer les tendances récentes et annoncent probablement des changements encore plus profonds dans les années à venir.

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drapeau-anglaisIt’s polar night now in the Arctic. The sun isn’t rising in much above the horizon. That is when the region is supposed to get super-cold, when the sea ice that covers the ocean is supposed to grow and thicken. But in autumn 2016, which has been a year with multiple records set for low levels of monthly sea ice, something is totally crazy: The Arctic is superhot, even as a vast area of cold polar air has been displaced over Siberia. At the same time, one of the key indicators of the state of the Arctic – the extent of sea ice – is at a record low right now. The ice is freezing up again, as it always does this time of year after reaching its September low, but it isn’t doing so as rapidly as usual. In fact, the ice’s area is even lower than it was during the record-low 2012.
Arctic temperatures are about 20 degrees Celsius higher than normal above 80 degrees North Latitude! This is the second year in a row that temperatures near the North Pole have risen to such warm levels. As I put it before, during 2015’s final days, the temperature near the Pole spiked to the melting point thanks to a massive storm that pumped warm air into the region.
Scientists explain that the Arctic warmth is the result of a combination of record-low sea-ice extent for this time of year, probably very thin ice, and plenty of warm and moist air from lower latitudes being driven northward by a very wavy jet stream. The jet stream, which travels from west to east across the Northern Hemisphere in the mid-latitudes, is becoming more wavy and elongated as the Arctic warms faster than the equator does.
Abnormally warm air has flooded the Arctic since October. By that time, the average temperature was about 2 degrees Celsius above the record set in 1998. Since November, temperatures have risen even higher. Not only are air temperatures unusually warm, but water temperatures are warm as well. There’s some areas in the Arctic ocean that are as much as 25 degrees Fahrenheit above average.
The weather in the Arctic can change swiftly. Temperatures could cool and the ice could rebound. But the record-low sea ice extent and unprecedented warmth in the region fit in well with recent trends and portend even more profound changes in the coming years.

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Carte montrant les différences de température le 17 novembre 2016. L’Arctique est anormalement chaud, tandis que le déplacement de l’air polaire apporte des températures plus froides que d’habitude en Sibérie.
(Source: Climate Change Institute at the University of Maine)

Une prise de conscience du changement climatique ? // An awareness of climate change ?

drapeau-francaisLa presse française serait-elle en train de prendre conscience de la catastrophe qui guette notre planète ? Ces derniers temps, plusieurs articles sont parus, indiquant que l’année 2015 était « la pire année de l’histoire en terme de climat ». Ils s’appuient sur le rapport annuel sur l’état du climat – State of the Climate – un document de 300 pages auquel ont participé 450 scientifiques du monde entier. Ce rapport révèle à quel point 2015 a été catastrophique. Certains indicateurs clés comme la sécheresse, le recul des glaces, la montée des eaux, les inondations ou encore la hausse des températures ont tous progressé et battu des records. Le rapport confirme en tous points la note que j’ai publiée, graphiques à l’appui, le 8 mars 2016.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/03/08/rechauffement-climatique-co2-temperatures-oceans-et-glace-global-warming-co2-temperatures-oceans-and-ice/

Selon les scientifiques, la tendance au réchauffement de la planète devrait se confirmer en 2016, puisque les six premiers mois de cette année ont été de loin les plus chauds sur le globe, au vu des dernières données fournies par la NASA. Certes, le phénomène El Niño, particulièrement vigoureux en 2015, a accentué la tendance au réchauffement, mais cela n’explique pas tout. Les concentrations de trois des principaux gaz à effet de serre, dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et protoxyde d’azote (N2O), ont « atteint de nouveaux sommets en 2015 », indique le rapport, qui s’appuie sur des dizaines de milliers de relevés tirés de nombreuses bases de données indépendantes.

Comme je l’ai indiqué dans ma note du 8 mars, la concentration de CO2 mesurée sur le Mauna Loa à Hawaii a enregistré en 2015, la plus forte augmentation depuis le début des relevés, avec le franchissement,  pour la première fois, de la barre symbolique des 400 parties par million (ppm), à 400,8 ppm. Sur l’ensemble de la planète, le CO2 a frôlé cette limite en 2015, atteignant 399,4 ppm, soit une hausse de 2,2 ppm par rapport à 2014.

Le niveau des océans a atteint son plus haut point, avec quelque 70 millimètres de plus que la moyenne enregistrée en 1993. L’eau monte graduellement autour de la Terre, avec une poussée d’environ 3,3 millimètres par an, mais la hausse est plus rapide en certains points du Pacifique et de l’Océan Indien. Elle risque d’accélérer dans les prochaines décennies, à mesure que les glaciers et les calottes glaciaires fondront, menaçant la vie de millions d’habitants sur les côtes.

Selon le rapport, l’année 2015 a aussi été marquée par une saison des pluies avec des précipitations plus abondantes que la moyenne, ce qui a provoqué des graves inondations. A côté de cela, des sécheresses sévères ont également frappé, affectant des superficies presque deux fois plus importantes en 2015 qu’en 2014 (14% en 2015, contre 8% en 2014).

Zone particulièrement sensible au changement climatique, l’Arctique a continué à se réchauffer, avec des records depuis le début des relevés au début du 20ème siècle, et une augmentation de 2,8°C depuis cette époque.

Partout dans le monde, le recul des glaciers s’est poursuivi pour la 36ème année consécutive. J’ai décrit ce recul à plusieurs reprises suite à des observations que j’ai effectuées en Alaska, en Nouvelle Zélande ou, plus près de nous, dans les Alpes.

Certains scientifiques pensent que l’évanouissement d’El Niño et l’arrivée d’El Niña plus froid pourrait inverser quelque peu la tendance au réchauffement dans les prochaines années, mais nous ne possédons par suffisamment de recul pour être certain qu’une évolution climatique inverse se produira.

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drapeau-anglaisIs the French press becoming aware of the disaster that awaits our planet? Recently, several articles appeared, indicating that 2015 was « the worst year in the climate history. » They relied on the State of the Climate annual report, a 300-page document involving 450 scientists worldwide. This report reveals how disastous 2015 was. Some key indicators such as drought, ice retreat, rising sea levels, floods or rising temperatures all rose and broke records. The report confirms in every way the note I published, illustrated with graphics, on March 8th 2016.
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/03/08/rechauffement-climatique-co2-temperatures-oceans-et-glace-global-warming-co2-temperatures-oceans-and-ice/

According to scientists, the warming trend of the planet is expected to continue in 2016, since the first six months of this year were by far the warmest on the globe, given the latest data provided by NASA. There is little doubt that the El Niño phenomenon, particularly strong in 2015, intensified the warming trend, but that does not explain everything. The concentrations of three of the main greenhouse gases, carbon dioxide (CO2), methane (CH4) and nitrous oxide (N2O), have « reached new heights in 2015, » the report states, based on tens of thousands of records from several independent databases.
As I put it in my note of March 8th, the concentration of CO2 measured on Mauna Loa in Hawaii in 2015 showed the largest increase since records began, with the crossing, for the first time, of the symbolic 400 parts per million (ppm), to 400.8 ppm. On the whole planet, CO2 was close to this limit in 2015, reaching 399.4 ppm, an increase of 2.2 ppm from 2014.
The sea level reached its highest point, with some 70 millimeters more than the average recorded in 1993. The water rises slowly around the Earth, with an increase of about 3.3 millimetres per year, but the rise is faster in some parts of the Pacific and the Indian Ocean. It might accelerate in the coming decades as glaciers and ice caps will melt, threatening the lives of millions of people on the coasts.
According to the report, 2015 was also marked by a season of more abundant rainfall than average, which caused severe flooding. Beside this, severe droughts have also hit, affecting  areas twice as large in 2015 as in 2014 (14% in 2015, against 8% in 2014).
An area particularly sensitive to climate change, the Arctic continued to warm, with new records since measurements began in the early 20th century, and an increase of 2.8°C since that time.
Around the world, the glacier retreat has continued for the 36th consecutive year. I described this retreat several times after several visits I made to Alaska, New Zealand and, more recently, in the Alps.
Some scientists believe that the fading El Niño and the arrival of colder El Niña could somewhat reverse the warming trend in the coming years, but we do not have historic date to be certain that an opposite climate change will occur.

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Courbe de Keeling

Mer de Glace 2015 01

La Mer de Glace, symbole du recul des glaciers. (Photo: C. Grandpey)

Toujours plus chaud (suite) // Warmer and warmer (continued)

drapeau-francaisVoici un événement qui montre bien que le réchauffement climatique se répand sur la Terre: Les températures maximales quotidiennes à travers une grande partie du Moyen-Orient ont atteint des niveaux records au cours de la semaine écoulée. Le 21 juillet, une station météorologique située dans le Mitribah, une région reculée du nord-ouest du Koweït, a enregistrée la plus haute température de tous les temps pour l’hémisphère oriental avec 54°C, ce qui s’approche du record du monde officiel établi à Furnace Station Creek Ranch, dans la Vallée de la Mort (Californie), avec 56,7°C le 10 juillet 1913. La température enregistrée au Koweït n’est pas encore officiellement validée par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), mais elle le sera probablement.
Pendant de nombreuses années, la plus haute température enregistrée dans le monde a été officiellement 58°C à El Azizia en Libye en 1922, mais elle a été disqualifiée par l’OMM en 2012 au profit des 56,7° de la Vallée de la Mort en 1913.
Bien que ces températures soient extrêmement élevées, elles sont fréquentes au Moyen-Orient qui est une région très chaude à la fin juillet. La température moyenne la plus haute pour les régions de Mitribah et Basrah pour cette période de l’année est de 46,1°C. La chaleur actuelle est due à un front de hautes pressions centré sur l’Irak, l’Iran et le Koweït. Avec les hautes pressions, l’air descend et se réchauffe, et il retient l’air déjà chaud présent à la surface.
En ce qui concerne la Vallée de la Mort, la température était de 48°C l’après-midi quand je me suis arrêté à Furnace Creek en juillet 2008. Il fallait que je maintienne mon appareil photo à l’ombre de mon corps pour le protéger du soleil! L’eau est chaude en permanence dans les sanitaires du Visitors Center!
Source: The Watchers.

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drapeau-anglaisHere is another sign that global warming is spreading over the Earth : Maximum daily temperatures across much of the Middle East have reached record levels during the past week. On July 21st, a weather station located in Mitribah, a remote area of north-west Kuwait, has set the eastern hemisphere’s all-time maximum temperature record at 54°C, which challenged the official world record for highest recorded temperature, set in Furnace Creek Ranch station in the Death Valley (California) with 56.7°C on July 10th, 1913. The measurement in Kuwait is still not officially verified by the World Meteorological Organisation (WMO), although it most likely will.

For many years, the world’s highest recorded temperature was officially 58°C in El Azizia, Libya, in 1922, but it was disqualified by the WMO in 2012 in favor of Death Valley’s 56.7 °C from 1913.

Although these are extremely high temperatures, Middle East is usually a very hot place during late July. The average maximum temperature at both Mitribah and Basrah for this time of year is 46.1°C. This current heat is a result of the massive ridge of high pressure centered over Iraq, Iran, and Kuwait. With high pressure, the air sinks and warms, and it’s keeping the already hot air at the surface in place.

As far as the Death Valley is concerned, the temperature was 48°C in the afternoon when I first visited Furnace Creek in July 2008. Il remember putting my camera in the shade of my body to prevent it from hit by the sun! The water is permanently hot in the toilets of the Visitors Center!

Source: The Watchers.

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La Vallée de la Mort (Photos: C. Grandpey)

Toujours plus chaud! // Warmer and warmer!

drapeau-francaisLes dernières informations diffusées par la NASA montrent que les températures à la surface de la Terre et la surface occupée par la glace de mer dans l’Arctique au cours du premier semestre 2016 ont établi de nouveaux records qui confirment la tendance des dernières décennies. La NASA indique que la période comprise entre janvier et juin 2016 a été le semestre le plus chaud jamais enregistré, avec 1,3°C de plus que le précédent record établi en 1880.
En outre, cinq mois de l’année sur six ont établi un nouveau record concernant l’étendue minimale de glace de mer depuis 1979. Seul le mois de mars échappe à la tendance. Les scientifiques soulignent qu’il est important de constater que la tendance actuelle observée au niveau des températures et de l’étendue de la glace de mer font confirme une évolution qui existe depuis plusieurs décennies et qui est due à des concentrations de plus en plus élevées de gaz à effet de serre.
La couverture de glace de mer au maximum de la saison de fonte pendant l’été est actuellement de 40% inférieure à ce qu’elle était à la fin des années 1970 et au début des années 1980, alors qu’en septembre, le minimum saisonnier connaît une baisse de 13,4% par décennie.
En 2016, même avec El Niño qui touchait à son terme, les températures mondiales ont atteint leur plus haut niveau et la tendance mondiale est même dépassée par le réchauffement de l’Arctique où les températures au cours des six derniers mois ont été extrêmes en certains endroits. Cette chaleur, ainsi que des conditions météorologiques inhabituelles, expliquent la faible étendue occupée par la glace de mer jusqu’à présent cette année.
En 2016, les scientifiques de la NASA ont commencé une étude, prévue pour durer près de dix ans, des écosystèmes arctiques en Alaska et au Canada. Baptisée Arctic-Boreal Vulnerability Experiment (ABoVE), cette étude doit étudier comment les forêts, le pergélisol et d’autres écosystèmes réagissent à la hausse des températures dans l’Arctique où le changement climatique évolue plus rapidement que partout ailleurs sur la planète.
Source: NASA / Goddard Institute for Space Studies.

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drapeau-anglaisAccording to NASA’s latest estimates, the global surface temperatures and Arctic sea ice extent during the first half of 2016 set new records and are continuing trends of change observed over the last few decades. The administration has confirmed that the period between January and June 2016 was the warmest six months period recorded so far, 1.3°C higher than the previous record reported in 1880.

Moreover, five months of the year have set a new record for the lowest monthly Arctic sea ice extent since 1979 with the only exception of March. Scientists emphasize that it is important to see that the current trends observed in the global temperature and sea ice extent continue decades-long trends of change, driven by increasing concentrations of greenhouse gases.

The sea ice cover at the peak of the summer melt season is currently at 40% less than during the late 1970s and early 1980s while in September, the seasonal minimum is declining at a rate of 13.4% per decade.

In 2016, even with El Niño season ending, the global temperatures have risen to the highest levels, and the global trend is outpaced by the regional Arctic warming where temperatures over the past six months have been extreme. This warmth, as well as unusual weather patterns, has led to the record low sea ice extents so far this year.

This year, NASA’s scientists have begun an almost decade-long field study of Arctic ecosystems based in Alaska and Canada. The Arctic-Boreal Vulnerability Experiment (ABoVE) is planned to explore how forests, permafrost, and other ecosystems respond to increasing temperatures in the Arctic, where climate change is unfolding faster than anywhere else on the planet.

Source : NASA / Goddard Institute for Space Studies.

Temperatures

Courbe montrant l’évolution des températures moyennes à la surface de la Terre, pour la période janvier-juin, entre 1880 et 2016 (Source : NASA / Goddard Institute for Space Studies).