L’intelligence artificielle et la sismicité à Santorin // AI and seismicity at Santorini

Les chercheurs, présents au 10ème Forum économique de Delphes, le 13 avril 2025, ont révélé que l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) et d’une technique avancée d’apprentissage automatique leur a permis de détecter plus de 50 000 séismes à Santorin, dont certains se sont produits avant l’intense essaim de février 2025. C’est dix fois mieux qu’avec les méthodes traditionnelles. Les chercheurs affirment que cette détection précoce a amélioré les prévisions et les procédures d’alerte pendant la crise. Cependant, il faut noter que personne n’a pu déterminer si cette sismicité pouvait être le signe avant-coureur d’une éruption du volcan sous-marin Kolumbo, au nord-est de l’île de Santorin.
Une équipe du British Geological Survey (BGS) a utilisé un algorithme d’apprentissage automatique baptisé QuakeFlow pour traiter les données sismiques en temps réel grâce au cloud computing (informatique dématérialisée). Cette technologie avancée a permis une surveillance continue et précise de l’activité sismique. Grâce à QuakeFlow, l’équipe scientifique a pu détecter environ 1 500 séismes de faible intensité à partir de décembre 2024, bien avant le pic d’activité sismique de janvier 2025.
En février, l’intensification de l’activité sismique s’est transformée en une crise sérieuse, avec des dégâts aux infrastructures, des évacuations massives et la déclaration de l’état d’urgence. On a pensé que la sismicité était liée à une intrusion magmatique à une profondeur de 3 à 5 km sous Anydros, ce qui générait des contraintes tectoniques et activait des failles.
L’IA a identifié quatre phases sismiques qui confirmaient la présence d’une veine magmatique s’étendant vers le nord-est en direction d’Anydros.

 

Les données géodésiques ont indiqué une élévation de 4 cm de la caldeira en janvier 2025, suivie d’un affaissement de 12 cm près d’Anydros en deux semaines. Cela correspondait à un mouvement de magma de la chambre de Kammeni vers Anydros, avec environ 8 millions de mètres cubes en jeu. En mars 2025, la déformation s’est poursuivie à un rythme plus lent dans la caldeira orientale.
Des scientifiques grecs ont signalé un déclin progressif des essaims sismiques fin février, avec une diminution de la fréquence et de l’intensité des secousses. Cependant, des systèmes d’IA, tels que QuakeFlow, ont continué de surveiller et d’analyser les événements sismiques de moindre ampleur afin d’affiner les analyses.
Au plus fort de la crise sismique, on estimait qu’une éruption volcanique, en particulier du volcan Kolumbo, pourrait entraîner des pertes de 40 milliards d’euros pour la Grèce et jusqu’à 1 400 milliards de dollars américains sur cinq ans.
Le tourisme à Santorin, qui a contribué à hauteur de 5,9 milliards d’euros au PIB grec en 2022, a été confronté à d’importantes perturbations en raison des évacuations massives début février 2025. Malgré ces difficultés, les hôteliers ont exprimé leur optimisme en mars,; ils prévoyaient une forte reprise de leurs activités au cours de la saison estivale 2025.
Source : The Watchers.

Au vu de cette carte qui montre l’activité sismique dans la région de Santorin en février 2025, on voit parfaitement où se concentraient les événements. On remarque que la caldeira de Santorin et ses deux petites îles volcaniques, Nea Kameni et Palea Kameni, n’a jamais montré de signes significatifs de réveil. (Source : TW/SAM, Google)

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Researchers at the 10th Delphi Economic Forum on April 13th, 2025, revealed that the use of artificial intelligence (AI) with advanced machine learning technology enabled them to detect over 50 000 earthquakes in Santorini, some of which occurred before the intense earthquake swarm in February 2025. This is ten times more than with traditional methods.The researchers say that this early detection enhanced earthquake forecasting and improved warning procedures during the crisis. However, nobody was able to say whether the seismicity could be a precusror to an eruption of the underwater Kolumbo volcano, located to the north-east of Santorini.

A team at the British Geological Survey (BGS) utilized a machine learning algorithm known as QuakeFlow to process seismic data in real-time using cloud computing. This advanced technology allowed for continuous and precise monitoring of seismic activity. By applying QuakeFlow, the team was able to detect around 1 500 smaller earthquakes beginning in December 2024, well before the significant spike in seismic activity that occurred in January 2025.

By February, intensifying seismic activity had evolved into a serious crisis, leading to infrastructural damage, mass evacuations, and the declaration of an emergency.

It was lelieved that the seismicity was related to the intrusion of magma at a depth of 3–5 km below Anydros, causing tectonic stresses and activating faults.

AI identified four seismic phases suggesting the presence of a magmatic vein extending northeast toward Anydros. Geodetic data indicated a 4 cm elevation of the caldera by January 2025, followed by a 12 cm subsidence near Anydros within two weeks. This indicated magma movement from Kammeni’s chamber toward Anydros, with approximately 8 million cubic meters of magma. By March 2025, deformation continued at a reduced rate in the eastern caldera.

Greek scientists reported a gradual decline in seismic swarm activityin late February, with both the frequency and strength of tremors decreasing. However, AI systems, such QuakeFlow, continued to monitor and analyze smaller seismic events to refine assessments.

At the height of the seismic crisis, it was estimated that a volcanic eruption, especially of the Kolumbo volcano, could result in losses of 40 billion euros for Greece and up to 1.4 trillion US dollars globally over five years.

Tourism in Santorini, which contributed 5.9 billion euros to Greece’s GDP in 2022, faced significant disruptions due to mass evacuations in early February 2025. Despite the challenges, hoteliers expressed optimism by March, looking ahead to a strong recovery during the 2025 summer season.

Source : The Watchers.

https://watchers.news/

Péninsule de Reykjanes (Islande) : Et maintenant ?

Quand j’écrivais le 3 avril 2025 que la prévision éruptive en Islande était devenue un jeu de devinettes, je n’avais pas forcément tort. Il ne se passe guère de semaine sans qu’une nouvelle hypothèse se fasse jour sur l’évolution de la situation dans les prochaines semaines, voire les prochains mois. Début avril, tous les volcanologues islandais s’accordaient à dire qu’il est impossible de prévoir ce qui se passera dans les prochains jours. Il faudra attendre au moins deux à trois semaines avant de pouvoir se rendre compte s’il y aura une reprise du soulèvement du sol. Malgré cela, les prévisions continuent à aller bon train.

Le dernier prévisionniste en date est Haraldur Sigurðsson, professeur émérite à l’Université d’Islande. Selon lui, une nouvelle phase d’activité volcanique a débuté le 1er avril 2025 sur le système volcanique de Sundhnúkur, avec un nouvel écoulement de magma sous la surface. Il se permet de critiquer l’approche de la situation par une de ses collègues, la jugeant trop superficielle car elle ne prend pas suffisamment en compte le comportement du magma dans les profondeurs de la Terre. Vous pourrez lire l’approche de Sigurðsson en cliquant sur ce lien :

https://icelandmonitor.mbl.is/news/news/2025/04/09/a_new_chapter_in_volcanic_activity_on_the_reykjanes/

Il y a quelques semaines, Þorvaldur Þórðarson, professeur de volcanologie et de pétrologie à l’Université d’Islande, affirmait, lui aussi, que la récente activité sismique sur la péninsule de Reykjanes, en particulier près de Reykjanestá et au nord-est de la chaîne de cratères de Sundhnúkur, est peut-être le signe d’un changement d’activité volcanique. Il pense que la sismicité actuelle est plus probablement causée par des tensions tectoniques que par des mouvements de magma

Páll Einarsson, professeur émérite de géophysique à l’Université d’Islande, rappelle que l’activité est restée soutenue sur la péninsule de Reykjanes au cours des dernières années, avec la réactivation de plusieurs systèmes volcaniques : Krýsuvík, Svartsengi et Fagradalsfjall. Selon lui, le système de Krýsuvík pourrait reprendre du service.

Au vu de ces approches souvent divergentes, le plus sage est de s’en tenir aux bulletins émis régulièrement par l’Icelandic Met Office qui s’appuie sur les observations et mesures effectuées sur le terrain. Le dernier bulletin est celui du 8 avril 2025 :

https://en.vedur.is/about-imo/news/new-magma-instrusion-on-sundhnukur-crater-row

Bien malin serait celui qui pourrait dire où et comment se déroulera la prochaine éruption en Islande (Image webcam d l’éruption du 1er avril).

La complexité de la situation sismique en Islande // The complexity of the seismic situation in Iceland

Dans son dernier bulletin (4 avril 2025), le Met Office indique que le soulèvement du sol semble avoir repris à Svartsengi. La cause la plus probable est la poursuite de l’accumulation de magma, bien qu’une partie de ce soulèvement puisse être également attribuée aux effets de la formation du dyke le 1er avril. En effet, lorsque les dykes se forment, ils repoussent la croûte terrestre de chaque côté. À ce stade, il est difficile de déterminer le niveau d’accumulation du magma ; le Met Office ajoute qu’il faudra probablement jusqu’à une semaine pour évaluer son évolution sous Svartsengi.
Les données de déformation montrent également que le mouvement du sol se poursuit autour de la partie nord du dyke. Ces mêmes données révèlent des mouvements de failles de quelques millimètres dans la partie est de Grindavík.
L’activité sismique sur la partie nord du dyke continue de diminuer. La plupart des séismes se propagent de Stóra-Skógfell, au sud, jusqu’au nord de Keilir. Leur profondeur se situe généralement entre 4 et 6 km. L’évolution de la situation dans les jours à venir est très incertaine, et des mouvements de magma au sein du dyke ne sauraient être exclus.
Le 3 avril à 17h30, un essaim sismique significatif a débuté près de Trölladyngja, au nord-ouest du Kleifarvatn. Le séisme le plus important de la séquence a atteint une magnitude de M3,9. Les secousses ont été ressenties dans des zones habitées. Selon le Met Office, les séismes près de Trölladyngja sont probablement dus à des variations de tension dans la croûte, consécutives à l’intrusion magmatique du 1er avril. Des événements similaires pourraient se produire dans les régions voisines, comme Trölladyngja et Reykjanestá, dans les jours et les semaines à venir.
Les événements actuels en Islande illustrent la complexité de la situation, avec un mélange d’événements tectoniques et volcaniques. L’accent est généralement mis sur les mouvements de magma, mais il ne faudrait pas oublier la position de l’Islande sur la dorsale médio-atlantique. Deux séismes importants ont été enregistrés près de Reykjanestá peu avant 17h le 1er avril ; le plus puissant atteignait M5,3. Il semble que ces événements aient été causés par des modifications dans la croûte terrestre suite à l’intense activité sismique dans la région, liée aux mouvements de magma. Il est parfois très difficile de distinguer les deux contextes.

Même en baisse, la sismicité reste intense sur la péninsule de Reykjanes (Source: Met Office)

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In its latest update (April 4th, 2025) the Met Office indicates that ground uplift may have resumed in Svartsengi. The most likely cause is continued magma accumulation, though part of the uplift may be attributed to the effects of the dike formation on April 1st. Indeed, when dikes form, they push the crust away on either side. At this stage, it is difficult to determine the rate of magma accumulation, and the Met Office says it may take up to a week to assess how it evolves beneath Svartsengi.

Deformation data also shows that movement continues around the northern part of the dike. The same data also reveals fault displacements of a few millimetres in the eastern part of Grindavík.

Seismic activity over the northern part of the dike continues to decrease. Most earthquakes are spread from Stóra-Skógfell in the south to just north of Keilir. Their depths are mostly between 4 and 6 km. There is considerable uncertainty about developments in the coming days, and magma movements within the dike cannot be ruled out.

At 17:30 on April 3rd, a notable earthquake swarm began near Trölladyngja, northwest of Kleifarvatn. The largest eartquake in the sequence measured M3.9. Many reports were received that the events were felt in populated areas. According to the Met Office, the earthquakes near Trölladyngja are likely due to stress changes following the dike intrusion on April 1st. There remains a possibility of similar events in nearby areas like Trölladyngja and Reykjanestá in the coming days and weeks.

The current events in Iceland show the complexity of the situation with a mixture of tectonic and volcanic events. Most often, the focus is put on magma movements, but one should not forget the position of Iceland on the mid-Atlantic ridge. Two significant earthquakes were recorded near Reykjanestá shortly before 5 p.m. On April 1st, with the largest measuring M5.3. It seems these events were caused by changes in the Earth’s crust due to the intense seismic activity in the region, linked to magma movements. It is sometimes very difficult to make a difference between the two contexts.

Islande : un jeu de devinettes // Iceland : a guessing game

La situation actuelle en Islande intrigue les volcanologues locaux et se transforme en un jeu de devinettes où chacun participe avec ses propres prévisions. Se référant au soulèvement du sol observé depuis plusieurs semaines sous Svartsengi, signe évident d’une importante accumulation de magma, les scientifiques islandais s’attendaient à une puissante éruption avec émission d’énormes quantités de lave. L’éruption du 1er avril 2025 a été bien différente. Une fissure s’est ouverte en direction de Grindavik, mais n’a émis qu’un faible volume de lave estimé à environ 0,4 million de mètres cubes. Le champ de lave est le plus petit observé depuis le début de la séquence éruptive sur la chaîne de cratères de Sundhnúkur en décembre 2023. Au final, l’éruption n’a duré que six heures.
Malgré le faible volume de lave émis, les instruments ont montré que le magma était actif sous la surface et formait un dyke qui s’étendait du nord au sud sur une distance d’une vingtaine de kilomètres. Cela signifie que la lave émise en surface le 1er avril ne représentait qu’une infime partie du magma qui s’était accumulé au cours des semaines précédentes. La question est maintenant de savoir comment la situation va évoluer.

Le Met Office estime qu’une nouvelle éruption est peu probable. Þorvaldur Þórðarson, professeur de volcanologie et de pétrologie à l’Université d’Islande, affirme de son côté que la récente activité sismique sur la péninsule de Reykjanes, en particulier près de Reykjanestá et au nord-est de la chaîne de cratères de Sundhnúkur, signale peut-être un changement d’activité volcanique. Il pense que la sismicité actuelle est plus probablement causée par des tensions tectoniques que par des mouvements de magma. Il ne faudrait pas oublier les importants essaims sismiques enregistrés à Reykjanestá et Krysuvik ces derniers temps. Selon le scientifique, ces événements pourraient indiquer que l’activité volcanique est en train de ralentir à Sundhnúkahraun, le champ de lave formé lors des dernières éruptions, et pourrait se déplacer vers une nouvelle zone. Malgré la hausse de l’activité sismique au nord-est de la chaîne de cratères de Sundhnúkur, Þorvaldur Þórðarson estime peu probable qu’elle soit due au mouvement d’un dyke magmatique. Il attribue plutôt cette sismicité aux forces tectoniques. Il pense qu’il s’agit plus probablement du résultat d’un relâchement de tension le long des limites entre les plaques tectoniques.
Le jeu de devinettes continue…

 

Cet interférogramme illustre la déformation de surface survenue entre le 31 mars et le 2 avril. La ligne de faille blanche marque l’emplacement estimé de l’intrusion magmatique observée le 1er avril. D’autres lignes blanches indiquent les endroits où des mouvements de faille ont été détectés en surface. La déformation la plus importante s’est produite dans les zones où les franges colorées sont les plus rapprochées, comme la zone de Svartsengi, où le terrain s’est affaissé d’environ 25 cm, et de part et d’autre de la partie nord du dyke. La superposition grise montre l’étendue des coulées de lave depuis le début de l’épisode éruptif en décembre 2023, tandis que la superposition orange montre le champ de lave produit par l’éruption du 1er avril.(Source : Met Office)

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The current situation in Iceland puzzles the local volcanologists and the current situation has become a guessing game. In which local volcanologists are making their own predictions. Referring to the long-term ground uplift beneath Svartsengi, the sign of a voluminous magma accumulation, they were expecting a powerful eruption with the emission of huge quantities of lava. The eruption that occurred on April 1st, 2025 was largely different. A fissure opened toward Grindavik but it only emitted a volume of lava estimated at about 0.4 million cubic meters. The lava field was the smallest one observed since the eruption sequence at Sundhnúkur crater row began in December 2023. The eruption only lasted six hours. Even though le volume of emitted lava was low, magma was active beneath the surface and formed a dike that extended both north and south over a distance of about 20 km. This means that the lava emitted on April 1st was a very small portion of the magma that had been accumulating. The question is to know how the situation will evolve.

The Met Office thinks that a new eruption is unlikely. Þorvaldur Þórðarson, professor of volcanology and petrology at the University of Iceland, says that the recent seismic activity on the Reykjanes Peninsula, particularly near Reykjanestá and northeast of the Sundhnúkur crater row, may signal a shift in volcanic activity. He believes the current earthquakes are more likely caused by tectonic tension than by magma movement. One should not forget the significant seismic swarns that were recorded at Reykjanestá and Krysuvik. According to the scientist, these events may signal that volcanic activity is winding down at Sundhnúkahraun, the lava field formed during the recent eruption, and may be shifting to a new area. Despite the increase in seismic activity northeast of the Sundhnúkur crater row, Þorvaldur Þórðarson considers it unlikely that this is due to the movement of a magma dyke. Instead, he attributes the earthquakes to tectonic forces. He believes it is more likely the result of tension released along tectonic plate boundaries.

The guessing game continues…