Le flanc sud du Kilauea // Kilauea Volcano’s south flank

La partie visible du Kilauea, du sommet à la Lower East Rift Zone (LERZ), ne représente qu’une petite partie de l’édifice volcanique dans son ensemble. Une grande partie du Kilauea se trouve sous la mer, y compris la dorsale de Puna à l’est et le flanc sud qui s’étire au large de la côte.
Au fur et à mesure que le volcan se développe au rythme de son activité, cette région sous-marine du flanc sud glisse lentement vers le sud. Ce déplacement est ponctué de séismes qui durent quelques secondes – comme celui de magnitude M 6,9 enregistré le 4 mai 2018 – et de glissements de terrain qui s’étalent sur plusieurs jours ou semaines.

De nombreuses questions se posent à propos de la stabilité du flanc sud car d’autres parties des côtes de l’île de Hawaii montrent des traces de glissements de terrain survenus dans le passé.
Bien que la partie sous-marine du flanc sud du Kilauea soit une partie importante du volcan, son mouvement est beaucoup plus difficile à contrôler que la partie qui se trouve au-dessus du niveau de la mer. Bien que l’on soit en mesure d’enregistrer des séismes se produisant sous le flanc sud, seuls les plus significatifs et les plus proches du littoral sont bien captés par le réseau sismique. En général, seuls quelques séismes au large sont enregistrés. Cependant, à la suite du séisme de M6.9 et de l’éruption du Kilauea dans la LERZ, un nombre important de séismes se sont produits sous le flanc sud, certains dans des régions habituellement peu actives sur le plan sismique.
Pour mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur du flanc sud du Kilauea et déterminer son impact sur l’éruption, un groupe de scientifiques de différentes universités a déployé au mois de juillet 12 sismomètres sur le plancher océanique du flanc sud du Kilauea. Les instruments ont été installés à partir d’un navire de recherche exploité par l’Université d’Hawaï, au cours d’une mission d’une semaine financée par la National Science Foundation.
Les sismomètres ont été positionnés sur tout le flanc sud afin que les séismes en bordure de ce versant puissent être enregistrés eux aussi, afin de voir si le champ de contrainte au large s’est modifié. Ils ont également été positionnés sur la zone de répliques du séisme de M6.9 pour mieux comprendre cet événement, et près de l’entrée en mer de l’éruption dans la LERZ pour étudier la progression de la lave et sa pénétration dans l’eau.
Ces données devraient permettre à l’équipe scientifique de déterminer plus précisément les secteurs où les séismes se sont produits au large et sur quelle (s) faille (s) le séisme de M 6.9 s’est déclenché. Les enregistrements au niveau de l’entrée dans l’océan permettront de mieux comprendre pourquoi certaines interactions entre la lave et l’eau sont explosives alors que d’autres sont relativement calmes. En collectant des données au large des côtes, les scientifiques espèrent pouvoir mieux comprendre certaines zones du Kilauea qui ne peuvent pas être facilement observées.
Les sismomètres au fond de l’océan enregistrent les données en interne, de sorte qu’on ne saura pas ce qu’ils ont enregistré avant leur récupération courant septembre.
Source: USGS.

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The visible part of Kilauea from the summit to the Lower East Rift Zone makes up only a small portion of the total volcano. Much of Kilauea lies beneath the sea, including the Puna ridge to the east and the south flank extending offshore beyond the southern coastline.

As the volcano grows, this underwater region of the south flank creeps slowly to the south, moving in fits and starts with earthquakes that last seconds (such as the May 4th M 6.9 event) and in slow slip events, which last for days or weeks.

Many questions have been raised about the stability of the south flank, since other portions of Hawaii Island’s coasts show evidence of past landslides.

Although Kilauea’s submarine south flank is a major part of the volcano, its motion is much harder to monitor than the part above sea level. While we can record earthquakes occurring beneath the flank, only the largest, and those closest to shore, are well-captured by the seismic network. In general, only a few offshore earthquakes are recorded. However, following the M6.9 earthquake and Kilauea’s LERZ eruption, a significant number of earthquakes took place beneath the south flank, some of which were in regions that have not typically been very seismically active.

To better understand what is going on within Kilauea’s south flank and help determine how it has been affected by the eruption, a group of scientists from different universities deployed 12 ocean bottom seismometers in July on the submarine Kilauea south flank. The instruments were deployed from a research vessel operated by the University of Hawaii, during a weeklong cruise funded by the National Science Foundation.

Seismometers were positioned over the whole south flank so earthquakes associated with the edges of the flank could be recorded to see if the offshore stress field has changed. They also were positioned on the M6.9 aftershock zone to try to better understand that earthquake, and near the LERZ eruption ocean entry to study how lava enters the water and progresses downslope.

These data should allow the scientific team to determine more precisely where the offshore earthquakes occurred and on what fault(s) the M6.9 earthquake took place. Recordings of the ocean entry activity might help us learn more about why some lava-water interactions are explosive while others are relatively calm. In general, scientists hope that by collecting data offshore they will be able to better understand parts of Kilauea that cannot be easily observed.

The ocean bottom seismometers record data internally, so they won’t know what they recorded until they are recovered in September.

Source: USGS.

Le glissement du flanc sud du Kilauea (Source: USGS / HVO)

Kilauea (Hawaii): Simple feu de paille ou reprise de l’éruption? // A simple flash in the pan, or a new start of the eruption?

Selon le dernier bulletin du HVO publié le dimanche 2 septembre 2018, de l’incandescence a de nouveau été observée le 1er septembre dans l’après-midi au fond de la Fracture n°8 et cette activité s’est poursuivie jusqu’en début de soirée. Cependant, dans la matinée du 2 septembre, il a été signalé que le cône ne présentait plus d’activité, sans émission visible de gaz.
La sismicité reste faible et la déformation du sol est négligeable au sommet du Kilauea. Les émissions de SO2 au sommet, dans la zone du Pu’uO’o et dans la Lower East Rift Zone sont infimes et souvent trop faibles pour être mesurés.
Comme je l’ai écrit précédemment, la lave que l’on voit occasionnellement dans Fracture n°8 est probablement de la lave résiduelle de l’ancienne éruption, plutôt que de la lave annonçant une reprise de l’éruption, comme le suggèrent les géologues du HVO. Tant que la sismicité et la déformation du sol seront négligeables, un tel événement semble fortement improbable.
Source: HVO.

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According to HVO’s latest updaate released on Sunday, September 2nd, 2018, some incandescence was again observed in the fissure 8 cone on Sunday afternoon, an this activity extended into early evening. However, in the morningnof September 3rd, there were reports thatt the fissure 8 cone was quiet, with no visible fume.
Seismicity remains low and ground deformation is negligible at the summit of Kilauea. SO2 emission rates at the summit, Pu’uO’o, and Lower East Rift Zone are drastically reduced and often too low to measure.
As I put it before, the lava that is occasionally seen in Fissure is probably some residual lava from the eruption, rather than lava heralding a reprieve of the eruption, as suggested by HVO geologists. As long as seismicity and ground deformation are negligible, such an event seems highly unlikely.
Source: HVO.

Le fond de la Fracture n° 8 le 1er septembre 2018 (Crédit photo: USGS / HVO)

Kilauea (Hawaii): Fin de l’éruption ? // End of the eruption ?

À en juger par le ton des derniers bulletins du HVO, il semble que les scientifiques américains soient à la fois perplexes et déçus par la situation sur le Kilauea. Ils s’attendaient à une éruption longue, qui pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et ils se trouvent confrontés à un événement qui s’achève relativement rapidement. Il est clair qu’ils ont mal apprécié la situation. Même les Américains peuvent se tromper!
Les dernières observations montrent que l’activité éruptive a cessé sur le volcan. On n’observe plus d’incandescence à l’intérieur du cône de la Fracture n° 8, et plus aucune lave ne pénètre dans l’océan. Des quantités négligeables de gaz, principalement de la vapeur, sortent de la paroi nord du cône de la Fracture n° 8 et de certains secteurs de la Lower East Rift Zone (LERZ). Les parois intérieures du cône et du chenal de lave ont tendance à s’affaisser. Le cône mesure une cinquantaine de mètres de hauteur. .
Le sommet de Kilauea est calme, sans effondrement, depuis le 2 août 2018. La sismicité reste faible et la déformation du sol est négligeable. Les émissions de SO2 au sommet et le long de la LERZ ont considérablement diminué et sont souvent trop faibles pour pouvoir être mesurées. .
A mes yeux, la fin de l’éruption n’est pas une surprise. Comme je l’ai fait remarquer à plusieurs reprises, son déclin a été très progressif : 1) réduction puis fin des fontaines de lave dans la Fracture n° 8 ; 2) diminution du débit de lave dans le chenal vers la mer ; 3) ralentissement de l’affaissement de la caldeira sommitale;  4) réduction de l’entrée de lave dans l’océan, puis 5) fin complète de l’éruption.

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Judging from the tone of the latest HVO bulletins, it seems US scientists are both puzzled and disappointed with the situation on Kilauea Volcano. They had expected an eruption that might last more weeks or months and that is rapidly coming to an end. It is clear they were mistaken in their diagnosis. Even the Americans can be wrong!

The latest observations show that activity has stopped on the volcano. No more incandescence is visible in the Fissure 8 cone, and no more lava is entering the ocean. Minor amounts of gases, primarily steam, are rising from the north wall of the Fissure 8 cinder cone and from areas along the Lower East Rift Zone. The interior walls of the cone and lava channel are slumping downward and inward. The cinder cone is about 50 metres high.  .

The summit of Kilauea has remained quiet, with no collapse events since August 2nd, 2018. Seismicity remains low and ground deformation is negligible. SO2 emissions at both the summit and LERZ are drastically reduced and often too low to be measured. .

The end of the eruption is no surprise to me. As I have written it several times, the decline of the eruption was very progressive with 1) the reduction and the end of lava fountains in Fissure 8, then 2) the decrease in lava output in the lava channel to the ocean, together with 3) the slowing of the slumping of the summit caldera;  then 4) the reduction of the lava entry; then 5) the complete end of the eruption.

Plus aucun signe d’activité au fond de la Fracture n°8 (Crédit photo: USGS / HVO)

Kick’em Jenny (Mer des Caraïbes)

Au cours des discussions à bâtons rompus qui ont fait suite à mes conférences à la Martinique à la mi-août, plusieurs personnes se sont inquiétées de l’activité à Kick’em Jenny, volcan sous-marin particulièrement actif dans les Caraïbes. Il est situé à 8 km au nord de la Grenade avec un sommet estimé à environ 200 mètres sous la surface de la mer.

J’ai indiqué à ces personnes qu’à ma connaissance, aucun événement significatif ne s’était produit à Kick’em Jenny depuis le mois de mars 2018. A cette époque, on avait enregistré une augmentation de l’activité sismique, en particulier pendant la nuit du 11 au 12 mars, et le niveau d’alerte était passé du Jaune à l’Orange. La navigation a été interdite dans un rayon de 5 kilomètres autour du volcan. Les scientifiques indiquaient qu’il n’y avait aucun risque de tsunami.

Depuis le 22 mars 2018, toutefois, une baisse de l’activité volcanique a été constatée et le niveau a donc été ramené à la couleur Jaune.

Kick’em Jenny est entré en éruption à 13 reprises entre 1939 et 2001. La dernière éruption remonte à 2015.

Selon les scientifiques, Kick’em Jenny est un volcan dont l’un des flancs pourrait potentiellement s’effondrer et générer un tsunami. C’est aussi un volcan qui pourrait entrer en éruption, soulever une colonne d’eau relativement importante et générer une onde qui se propagerait à travers les Petites Antilles. Le 24 juillet 1939, une éruption avait provoqué un tsunami en Martinique et vraisemblablement en Guadeloupe. D’après les chercheurs, en cas d’éruption majeure, un tsunami de forte amplitude pourrait atteindre non seulement les îles les plus proches (Grenadines, Saint-Vincent, Sainte-Lucie et la Martinique) mais aussi les territoires un peu plus éloignés. Lors de celle de 1939, des matériaux volcaniques ont été projetés à plus de 270 mètres au-dessus du niveau de la mer.

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During the informal talks that followed my lectures in Martinique in mid-August, several persons said they worried about the activity at Kick’em Jenny, an active submarine volcano in the Caribbean. It is located 8 km north of Grenada with its summit about 200 metres below the sea surface.
I told these people that to my knowledge, no significant event had occurred at Kick’em Jenny since March 2018. At that time, there had been an increase in seismic activity, particularly during the night of March 11th to 12th, and the alert level had been raised from Yellow to Orange. Ships were noet allowed within 5 kilometres of the volcano. Scientists said there was no risk of a tsunami.
Since March 22nd, 2018, however, a decline in volcanic activity has been observed and the alert level has been lowered to Yellow.
Kick’em Jenny erupted 13 times between 1939 and 2001. The last eruption was in 2015.
According to scientists, Kick’em Jenny is a volcano whose flanks could potentially collapse and generate a tsunami. It is also a volcano that could erupt, lift a relatively large water column and generate a wave that would spread through the Lesser Antilles. On July 24th, 1939, an eruption caused a tsunami in Martinique and presumably in Guadeloupe. According to the researchers, in the event of a major eruption, a large tsunami could reach not only the nearest islands (Grenadines, St. Vincent, St. Lucia and Martinique) but also the territories a little further away. During the 1939, volcanic materials were ejected more than 270 metres above sea level.