Péninsule de Reykjanes (Islande) : soulèvement du sol et nouvelles fissures // Reykjanes Peninsula (Iceland) : ground uplift and new fissures

Comme je l’ai écrit précédemment, personne ne sait comment la situation dans la péninsule de Reykjanes évoluera dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois. La sismicité est toujours présente, bien que faible pour le moment, mais le soulèvement du sol est important, à raison d’environ un demi-centimètre à un centimètre par jour à Svartsengi. Si cela continue, le sol atteindra d’ici le 2 ou le 3 janvier le même niveau qu’avant la forte activité sismique du 10 novembre et l’éruption du 18 décembre 2023.
Le Met Office précise que les résultats de la modélisation géodésique indiquent que plus de 10 millions de mètres cubes de magma ont alimenté l’intrusion qui s’est formée le 18 décembre dans le secteur de Svartsengi et a conduit à l’éruption. Sur la base de la vitesse de soulèvement actuel, il faudra une à deux semaines pour que la même quantité de magma s’accumule à nouveau sous le secteur de Svartsengi. Il existe toutefois une grande incertitude quant au moment où la pression magmatique sera suffisante pour déclencher la prochaine intrusion magmatique.
Il convient de noter que l’intrusion magmatique de départ, qui s’est formée le 10 novembre, s’étendait sur 15 km de Kálfafellsheiði au nord jusqu’au sud-ouest en mer, au large de Grindavík. Cela signifie que le magma s’est propagé en profondeur sous toute la zone, y compris sous la ville de Grindavík.

Parallèlement au soulèvement actuel du sol dans la région de Svartsengi, de nouvelles fissures se sont formées sur la Grindavíkurvegur depuis le 27 décembre. D’autres fissures sur la route se sont également élargies. L’Administration routière indique sur son site Internet que les effets du soulèvement du sol à Svartsengi sont visibles sur la route. Il est à noter que des fissures se sont formées plus près de Grindavík qu’auparavant. En outre, des fissures ont commencé à se former là où des réparations ont été effectuées, à proximité de l’endroit où le sol se soulève actuellement.
Pour le moment, il n’est pas nécessaire de fermer la route, mais l’évolution de la situation est étroitement surveillée en collaboration avec la police et la Protection civile.
Source  : Iceland Monitor, Met Office.

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As I put it before, nobody knows how the situation on the Reykjanes Peninsula will develop in the next days, weeks or months. Seismicity is still present, although low for the moment, but ground uplift is significant, at a rate of about half to one-centimetre per day at Svartsengi. If this continues, the land will reach the same height by January 2nd or 3rd it had reached before the strong seismic activity on November 10th and the volcanic eruption on December 18th, 2023.

The Met Office indicates that geodetic modelling results indicate that over 10 million m3 of magma were sourced from beneath Svartsengi to feed the intrusion that formed on December 18th,and led to the eruption. Based on the ongoing uplift rate, it will take one to two weeks for the same amount of magma to accumulate again underneath Svartsengi. There is still significant uncertainty on when the built-up in magma pressure will be sufficient to trigger the next magma intrusion.

It should be noted that the original magma intrusion, which formed on November 10th, extended 15 km from Kálfafellsheiði in the north to the southwest of Grindavík, just offshore. This means that magma propagated at depth beneath the entire area, including the town of Grindavík.

Parallel with the current ground uplist in the Svartsengi area, new fissures have formed on Grindavíkurvegur road since December 27th. Other fissures on the road have also widened somewhat. The Road and Coastal Administration reports on their website that the effects of the land rise at Svartsengi can be seen on the road. It is noted that cracks have formed closer to Grindavík than before. In addition, cracks have started to form in the site of the repairs, near the site where the land is rising now.

There is no need to close the road but the developments are closely monitored in collaboration with the police and Civil Defence.

Source : Iceland Monitor, Met Office.

Source: Met Office

Graphique montrant le mouvement du sol à Svartsengi entre le 25 octobre et le 25 décembre 2023 : stabilité entre lz 25 octobre et le 10 novembre. Soulèvement du sol entre le 10 novembre et le 18 décembre, jour de l’éruption. Rapide déflation au moment de l’éruption et reprise du soulèvement du sol dès la fin de l’événement.

Graph showing ground movement in Svartsengi between October 25th and December 25th, 2023 : stability between October 25th and November 10th. Ground uplift between November 10th and December 18th, the day of the eruption. Rapid deflation at the time of the eruption and resumption of ground uplift at the end of the event.

Une éruption en Islande pour la nouvelle année ? // An eruption in Iceland for the new year ?

Que réserve l’intrusion magmatique sur la péninsule de Reykjanes pour la nouvelle année ? C’est la question que tous les Islandais se posent. Il est évident que le magma continue de s’accumuler sous le secteur de Svartsengi et qu’une nouvelle éruption pourrait se produire à court terme. Cette hypothèse est évoquée par Páll Einarsson, professeur émérite au département des Sciences de la Terre de l’Université d’Islande. Cependant, le scientifique ajoute : « Il n’est pas nécessairement certain qu’il y aura une éruption, mais il est clair que la chambre magmatique est en phase de remplissage. »
Comme je l’ai écrit précédemment, le sol a recommencé à se soulever à Svartsengi peu de temps après la fin de l’éruption du 18 décembre. Le jour de Noël, le soulèvement était au même niveau que les 11 et 12 décembre, une semaine avant la dernière éruption,
Páll Einarsson explique que l’on ne peut pas savoir si les événements sismiques indiqueront une prochaine éruption ou une nouvelle intrusion magmatique. Au début de l’éruption du 18 décembre, les fontaines de lave ressemblaient à celles observées sur le Krafla entre 1975 et 1984. Au cours de ces années, une vingtaine d’arrivées de magma se sont produites sur le Krafla, et neuf se sont soldées par une éruption. Selon le scientifique, « nous ne savons toujours pas si cette région de la péninsule de Reykjanes suivra la même trajectoire ».
En d’autres termes, nous savons que quelque chose pourrait se produire tôt ou tard sur la péninsule de Reypjanes, mais la prévision volcanique actuelle ne permet pas de dire s’il s’agira simplement d’une nouvelle intrusion magmatique ou du début d’une nouvelle activité éruptive.
En ce qui concerne Grindavik (3 800 habitants), la situation sera réévaluée entre Noël et le Nouvel An et, en fonction des événements, la police de Suðurnes expliquera à la population ce qu’il y a lieu de faire.
Source  : médias d’information islandais.

Fontaines de lave au début de la dernière éruption sur la péninsule de Reykjanes (capture d’écran webcam)

Fontaines de lave sur le Krafla dans les années 1980 (Source: Wikipedia)

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What has the magma intrusion on the Reykjanes Peninsule in store for the new year ? It is obvious that magma keeps accumulating under the Svartsengi area and another eruption might occur in the short term. This is confirmed by Páll Einarsson, professor emeritus at the University of Iceland’s Earth Sciences department. However, the scientist adds :“It’s not necessarily certain that there will be an eruption, but it’s quite clear that the magma chamber is collecting magma.”

As I put it before, land started rising again at Svartsengi soon after the December 18th eruption. On Christmas Day, crustal uplift by Svartsengi was at the same level as it was on December 11th and 12th, a week before the last eruption,

Páll Einarsson says that it is not possible to determine whether the earthquakes will result in an eruption rather than a magma-run. At the start of the last eruption, the lava fountains were similar to the behaviour of the Krafla-fires, which occurred between 1975 and 1984. In those years, about 20 magma-runs occurred in Krafla, nine of which ended in an eruption. According to the scientist, “we still don’t know how exactly this region on the Reykjanes peninsula follows this pattern.”

In other words, we know that something might happen sooner or later on the Reypjanes Peninsula, but the current volcanic prediction does not allow to say whether it will only be a new magma intrusion or the start of neweruptive activity.

As far as Grindavik (pop. 3,800) is concerned, the situation is expected to be reassessed between Christmas and New Year’s Eve and, depending on what happens, the Suðurnes Police Commissioner will decide what the population needs to do.

Source : Icelandic news media.

Sismicité et inflation sur la péninsule de Reykjanes (Islande) // Seismicity and ground uplift on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

L’éruption a cessé sur la péninsule de Reykjanes, mais des essaims sismiques de faible intensité (<M 2.0) sont toujours enregistrés. Leurs sources sont principalement situées dans les régions de Grindavik et Fagradalsfjall, à des profondeurs de 2 à 5 km.

Selon les mesures GPS et satellitaires, un soulèvement du sol dans la région de Svartsengi a été observé immédiatement après le début de l’éruption du 18 décembre. Cela signifie que l’accumulation de magma se poursuit sans relâche sous le secteur de Svartsengi. On assistera probablement à une nouvelle intrusion magmatique avec formation d’un dyke et, à terme, à une nouvelle éruption volcanique. En cas d’éruption, la région entre Stóra-Skógfell et Hagafell sera probablement la plus exposée.
Comme je l’ai signalé précédemment, suite à la confirmation de la fin de l’éruption du 18 décembre, le Met Office islandais (IMO) a publié une nouvelle carte d’évaluation des risques. Les principaux changements concernent les zones 2 et 3, où le niveau de danger a été réduit de très élevé à élevé. L’évaluation des risques pour toutes les autres zones reste inchangée. En particulier, l’évaluation concernant Grindavík reste inchangée par rapport à la carte précédente et le niveau de risque reste élevé. Il est rappelé à la population que les conditions peuvent changer rapidement et que les conditions météorologiques peuvent affecter de manière significative les réseaux de surveillance du Met Office. Dans de telles conditions, le délai d’avertissement de la population pourrait être considérablement réduit.
Source  : IMO.

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The eruption has ceased on the Reykjanes Peninsula, but low-intensity (< M 2.0) seismic swarms are still observed. Their sources are mainly located in the Grindavik and Fagradalsfjall areas at depths 2-5 km.

According to GPS and satellite-based measurements, ground uplift in the Svartsengi region was apparent immediately after the eruption began on the evening of 18 December. This signifies that magma accumulation continues unabated beneath Svartsengi. This development will likely lead to another dike intrusion and, ultimately, a volcanic eruption. In the event of an eruption, the most likely source region is between Stóra-Skógfell and Hagafell.

Following confirmation of the end of the 18 December eruption, the Icelandic Met Office (IMO) has issued a new hazard assessment. The main changes affect zones 2 and 3, where hazard levels have been reduced from very high to high. The hazard assessment for all other zones is unchanged. Notably, the assessment for Grindavík is unchanged from the previous map, and the hazard level remains considerable. The population is reminded that conditions can change rapidly, and that weather conditions can significantly affect the sensitivity of the Met Office’s monitoring networks. Under such conditions, the warning time could shorten considerably.

Source : IMO.

Leçons de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes (Islande) // Lessons from the eruption on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

Des enseignements peuvent – et doivent – être tirés de la dernière éruption sur la péninsule de Reykjanes (18-21 décembre 2023). Cet événement a montré les limites de la prévision volcanique et a rappelé à l’humilité devant les phénomènes naturels. Il faut le dire franchement : nous nous sommes tous plantés, volcanologues et volcanophiles compris !

S’agissant des points positifs, les instruments (sismomètres, inclinomètres ) ont bien détecté l’arrivée d’une intrusion magmatique sur la péninsule. Sa progression a pu être suivie avec précision, ainsi que les événements qui l’ont accompagnée : soulèvement du sol dans le secteur de Svartsengi et ouverture de fissures vers Grindavik.

Le point négatif se situe au niveau de la prévision éruptive. Dès l’apparition de l’intrusion magmatique et de la déformation du sol entre le 20 et le 23 octobre 2023, les volcanologues islandais ont annoncé une éruption ‘imminente’. Ne la voyant pas venir au bout de plusieurs jours, l’imminence s’est transformée en probabilité. Ensuite, vers le 15 décembre, au vu de la très faible sismicité, l’état d’urgence a été levé. Le Blue Lagoon a rouvert  le 17 décembre et on a envisagé le retour des habitants évacués de Grindavik à leur domicile pour Noël.

La 18 décembre, patatras ! Rapide crise sismique et rapide sortie de la lave surprenant tout le monde ! Ouverture d’une fracture dans le secteur de Sundhnúkagígar avec un beau rideau de fontaines de lave au bout de quelques minutes. Un volcanologue français a indiqué sur France Info que « ce pourrait être la plus grosse éruption connue sur l’île depuis 2021 ». En effet, au cours des sept premières heures, l’éruption a émis plus de lave que l’éruption de trois semaines du Litli-Hrutur il y a quelques mois. On a craint que ce nouveau magma emprunte la fissure existante pour aller noyer Grindavik sous la lave. Par chance, ces craintes sont restées infondées. Le rideau de fontaines de lave initial a vite été remplacé par cinq bouches actives, puis trois, puis une seule le long de la fracture éruptive. Aucune activité n’était visible le 21 décembre au matin, hormis quelques points d’incandescence sur le champ de lave. Les prévisions les plus pessimistes tombaient à l’eau.

Comme je l’avais indiqué avant le début de l’éruption – une personne l’a sciemment oublié pour pouvoir me critiquer – il fallait rester vigilant malgré la faible sismicité. On n’était pas à l’abri d’un nouvel afflux de magma et il n’est pas exclu aujourd’hui que cette situation se reproduise dans les prochaines heures ou les prochains jours. A moins qu’il s’agisse juste de l’évacuation d’une poche résiduelle de magma ? L’expérience m’a montré que les volcans effusifs de point chaud – le Piton de la Fournaise, par exemple, sur l’île de la Réunion – pouvaient nous réserver de telles surprises, avec des réveils intempestifs.

Espérons que tout se passera bien et que les Islandais pourront passer un Noël tranquille.

En tout cas, ceux qui comptaient acheter un billet d’avion pour aller en Islande admirer l’éruption avaient sacrément intérêt à se dépêcher. J’étais très tenté, mais j’avais un empêchement à la maison. Heureusement!

Retour au calme le 21 décembre au matin… (Capture écran webcam)

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Lessons should be learned from the latest eruption on the Reykjanes Peninsula (December 18-21, 2023). This event showed the limits of volcanic prediction and reminded us to be humble in the face of natural phenomena. We have to admit all, volcanologists and volcanophiles, that we failed with our predictions !

Regarding the positive points, the instruments (seismometers, tiltmeters) detected the arrival of a magma intrusion on the peninsula. Its progression could be precisely followed, as well as the events which accompanied it: ground uplift in the Svartsengi sector and opening of fissures towards Grindavik.
The negative point lies in the eruptive prediction. As soon as the magma intrusion and ground deformation appeared between October 20th and 23rd, 2023, Icelandic volcanologists announced an ‘imminent’ eruption. Not seeing it coming after several days, the imminence turned into probability. Then, around December 15th, in view of the very low seismicity, the state of emergency was lifted. The Blue Lagoon reopened on December 17th and plans were underway to return residents evacuated from Grindavik to their homes for Christmas.
They were wrong decisions ! On December 18th, there was a quick seismic crisis and quick lava emission that surprised everybody. A fissure opened in Sundhnúkagígar, with an impressive curtain of lava fountains after a few minutes. A French volcanologist indicated on France Info that “this could be the biggest eruption on the island since 2021”. Indeed, during its first seven hours, the eruption emitted more lava than the three-week eruption of Litli-Hrutur a few months ago. It was feared that this new magma would use the existing fissure to drown Grindavik in lava. Fortunately, these fears remained unfounded. The initial curtain of lava fountains was quickly replaced by five active vents, then three, then a single one along the eruptive fissure. No more activity was visible on the morning of December 21st, apart from a few points of incandescence on the lava field. The most pessimistic predictions proved wrong.
As I had indicated before the start of the eruption – one person knowingly forgot it in order to criticize me – one needed to remain vigilant despite the low seismicity. We were not safe from a new influx of magma and it is not excluded today that this situation will happen again in the coming hours or days. Unless it is just the evacuation of a residual pocket of magma? Experience has shown me that effusive hotspot volcanoes – Piton de la Fournaise, for example, on Reunion Island – could have such surprises in store for us, with unexpected eruptions.
Let’s hope that everything goes well and that the Icelanders can have a peaceful Christmas.

Those who were planning to buy a plane ticket to go to Iceland and watch the eruption had better hurry up! I really felt like doing so, but I had an impediment at home. Fortunately!