Une caution de 15 000 euros avant de grimper sur le Mont Blanc ?

Dans une note publiée le 16 juillet 2022, j’indiquais que les compagnies des guides de Chamonix et Saint-Gervais ont suspendu temporairement l’ascension du Mont Blanc par la voie normale en raison d’importantes chutes de pierres dans le couloir du Goûter, à plus de 3000 mètres d’altitude. En effet, en dégelant, le permafrost de roche n’assure plus la stabilité de la montagne et de fréquentes chutes de blocs se produisent. Le 22 juin, un alpiniste a trouvé la mort dans ces circonstances sous le couloir du Goûter.

Ce n’est pas la première fois que les guides suspendent l’ascension du Mont Blanc. De telles mesures ont déjà été prises sur de courtes périodes en 2018 ou en 2020, pour les mêmes raisons. C’est la preuve que le réchauffement climatique est particulièrement sévère en haute montagne. Ce qui était exceptionnel est en train de devenir banal.

Aucune interdiction d’ascension du Mont Blanc n’a été décrétée. C’est bien connu, la montagne, c’est la liberté…. quitte à se faire tuer! Le PGHM s’en tient à un message « de vigilance et de prudence ». La préfecture de Haute-Savoie a elle aussi lancé un appel à la prudence par voie de communiqué, recommandant aux alpinistes « de différer leur ascension momentanément ».

Le maire de Saint-Gervais, la commune où se dresse le Mont Blanc veut aller plus loin. Il suggère de faire verser une caution de 15 000 euros à chaque alpiniste qui voudrait s’affranchir des recommandations de prudence avant d’entamer l’ascension du Mont Blanc. Il espère ainsi décourager ceux qui veulent monter vers le toit de l’Europe « avec la mort dans le sac à dos ».

Pour justifier sa proposition,le premier magistrat rappelle que « le 30 juillet dernier cinq Roumains voulaient tenter l’ascension en shorts, baskets et chapeaux de paille. Il a fallu que le haut-parleur du PGHM leur intime l’ordre de faire demi-tour avant la traversée du couloir du Goûter. S’ils ont bien fait demi-tour, ils ont déclaré qu' »ils reviendraient le lendemain. »

D’après le maire, plusieurs dizaines de « pseudo-alpinistes »seraient prêts à jouer à la roulette russe. 50 ont été recensés par les gendarmes de haute montagne fin juillet.

C’est au vu de ces différents exemples que le maire de St Gervais propose le versement,d’une caution de 15 000 euros pour tout alpiniste empruntant cet été la voie normale située sur sa commune. Dans le détail, 10 000 euros correspondent au coût moyen d’un secours. Il faut ajouter 5 000 euros pour les frais d’obsèques. « Car il est inadmissible que ce soit le contribuable français qui supporte ces charges », explique encore l’édile.

« Il faut bien sûr lire cette proposition au second degré », a ensuite précisé le maire de Saint-Gervais qui salue la décision courageuse des guides de ne plus emprunter la voie normale d’accès au sommet du Mont Blanc au moins jusqu’au 15 août. Il en profite pour passer un message aux sociétés de remontées mécaniques desservant le massif du Mont-Blanc. Selon lui,  » il faudrait, en période de canicule, que ces sociétés s’entendent avec les communes pour fermer l’accès aux remontées mécaniques à certaines courses. »

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Dernière minute : Le vendredi 5 août, le maire de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), annonce la fermeture des refuges du Goûter et de Tête-Rousse jusqu’à nouvel ordre. Il vient de prendre un arrêté en concertation avec la préfecture et le président de la compagnie des guides de Saint-Gervais. Les pierres continuent de dévaler l’aiguille du Goûter, à tout moment et bien sûr sans prévenir, rendant la traversée du couloir du Goûter quasi mortelle. Comme je l’ai indiqué précédemment, les chutes de pierres rendent trop dangereuse l’ascension du Mont-Blanc par ce secteur.

Le 4 août au soir, 79 alpinistes, très majoritairement en provenance des pays de l’Est, se sont rendus au refuge du Goûter, en dépit des mises en garde des autorités.Selon le maire de St Gervais, ces gens jouent à la roulette russe et il ne veut pas être responsable d’une catastrophe humaine.

Source: Presse régionale.

Alpinistes au sommet du Mont Blanc (Photo: C. Grandpey)

Réchauffement climatique : faut-il interdire l’accès aux glaciers et à la haute montagne ?

Suite à l’effondrement du glacier de la Marmolada (11 morts) et à la canicule qui s’est abattue sur la France, la montagne fond comme neige au soleil, les glaciers reculent de plus belle et les chutes de rochers menacent les alpinistes. Dans le sillage de ce cortège d’événements, certains se demandent si l’accès à la haute montagne devrait être interdit.

De toute évidence, nous n’en sommes pas encore là. Pour la population alpine, la montagne est symbole de liberté et doit le rester, mais pour combien de temps? Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, les courses en haute montagne ont perdu de leur charme à cause du danger potentiel et certaines d’entre elles, décrites par Gaston Rebuffat dans les années 1950, ne sont plus envisageables.

La course la plus populaire est sans aucun doute l’ascension du Mont Blanc. Il suffit de voir le nombre de personnes qui, telles des fourmis processionnaires, se lancent à l’assaut du sommet. Cette ascension est, elle aussi, menacée. Des éboulements se produisent de plus en plus fréquemment dans le Couloir du Goûter qui était déjà baptisé « couloir de la mort » quand je l’ai parcouru dans les années 1980. Aujourd’hui, cette appellation est tellement justifiée que le 13 juillet 2022, les compagnies de guides de Chamonix et St Gervais ont décidé de ne plus accompagner l’ascension du toit de l’Europe, temporairement et à titre préventif. Il est vrai qu’un record de température (10,4°C) a été enregistré fin juin juste sous le sommet. Sur cette vidéo, vous aurez un aperçu des chutes de blocs dans le Couloir du Goûter:

https://twitter.com/i/status/1547912931068628992

Malgré l’absence de guides et les mises en garde des autorités de Haute -Savoie, l’ascension du Mont Blanc n’est pas interdite et il y a toujours des volontaires pour jouer à la roulette russe. Cela incite le maire de Saint-Gervais à envisager la fermeture du refuge du Goûter situé à 3.850 m d’altitude, comme il l’ a déjà fait en juillet 2015, face à des risques de drame comparables sur cette voie. Il regrette de voir des alpinistes urbains désireux de « faire le Mont Blanc » à tout prix, quelles que soient les conditions de sécurité. Le premier magistrat a toujours à l’esprit le 22 juin 2022, quand un alpiniste de 73 ans a perdu la vie dans ce même Couloir du Goûter, victime d’un autre éboulement.

La cause de telles chutes de blocs est facile à comprendre. Sous l’effet de la chaleur, le permafrost qui assure la cohésion et la stabilité des parois dégèle et déclenche des effondrements. La situation est encore plus grave en 2022 car la précocité de la canicule qui n’a jamais été aussi flagrante. Les glaciologues font remarquer que glaciers alpins étaient moins endommagés à la fin du mois d’août 2021 qu’au début du mois de juillet 2022.

Dans ce contexte extrême, l’éventualité d’une interdiction d’accès aux glaciers et à la haute montagne a refait surface. Elle est redoutée, mais la plupart des acteurs pensent qu’une telle décision serait une aberration. Les statistiques montrent qu’il n’y a pas d’explosion d’accidents de montagne en France en 2022; il n’y adonc pas de véritable raison d’interdire la haute montagne. Si l’approche du Mont Blanc est fortement déconseillées par les guides, il y a encore de nombreux autres itinéraires à effectuer. Soit dit en passant, les guides n’apprécient pas particulièrement l’ascension du Mont-Blanc dans sa formule actuelle, avec des processions d’alpinistes. Les compagnies de guides cherchent à vendre une expérience de haute montagne davantage que l’ascension spécifique d’un sommet.

De toute façon, réchauffement climatique ou pas, il y a toujours un risque en montagne. On sait qu’il coûterait moins cher à l’Etat de fermer la haute montagne que de surveiller certaines portions. C’est pour cela que l’on craint à Chamonix une interdiction totale de l’alpinisme, au nom du sacro-saint principe de précaution. Les guides essayent de dialoguer au maximum avec les pouvoirs publics pour éviter d’en arriver à des arrêtés préfectoraux interdisant l’accès généralisé aux glaciers.

Le 9 février 1999, une avalanche a tué 12 personnes dans le hameau de Montroc à Chamonix. Suite à ce drame, le préfet de Haute-Savoie a pris un arrêté pour interdire la pratique du ski hors piste, de la randonnée à raquettes et de l’alpinisme hors des domaines aménagés. Vingt-trois ans plus tard, seules les 250 à 300 ascensions par jour du Mont-Blanc par la voie du Goûter sont pour l’instant menacées, avec une fin de haute saison estivale avancée d’un gros mois par rapport à 2021.

Le maire de Saint-Gervais tient à relativiser la perte économique et touristique entraînée par la situation actuelle et en particulier la décision des guides d’abandonner l’accompagnement sur le Mont Blanc. Il estime qu’il y a entre 50.000 et 100.000 visiteurs quotidiens l’été dans la vallée de Chamonix. Pour faire face aux nouvelles conditions imposées par le réchauffement climatique, il propose de repenser le calendrier estival de l’alpinisme, au sortir de la saison 2022. Selon lui, il va falloir s’adapter à la nature et l’idéal serait de démarrer la saison vers mi-mai, avant d’effectuer une pause en juillet-août et de reprendre en septembre. Le problème, c’est qu’il existe un vrai divorce entre le business du Mont-Blanc et les besoins réels de la montagne d’ouvrir plus tôt. En effet, la compagnie du Mont-Blanc – qui gère les remontées mécaniques – ne souhaite pas décaler sa saison de la sorte… Les négociations promettent d’être rudes!

 Les glaciers alpins seront-ils un jour interdits ? (Photo: C. Grandpey)

Pas de guides pour accéder au sommet du Mont Blanc !

Les compagnies des guides de Chamonix et Saint-Gervais ont suspendu temporairement l’ascension du mont Blanc par la voie normale en raison d’importantes chutes de pierres dans le couloir du Goûter, à plus de 3000 mètres d’altitude. Suite à un hiver où il a peu neigé et un printemps où il a fait chaud, des blocs se détachent fréquemment de la montagne, de jour comme de nuit. En effet, le permafrost qui assure la stabilité de la montagne dégèle et les parois rocheuses sont particulièrement fragiles. Le 22 juin, un alpiniste a trouvé la mort dans ces circonstances sous le couloir du Goûter. On se souvient qu’un record de chaleur a été enregistré juste en dessous du sommet du mont Blanc à 4800 mètres d’altitude le 18 juin 2022 avec 10,4°C. Le précédent record, établi en juin 2019, était de 6,8 °C.

En conséquence, les alpinistes amateurs sont appelés à « différer leur ascension ». Ce n’est pas la première fois que les guides suspendent l’ascension du mont Blanc. De telles mesures ont déjà été prises sur de courtes périodes en 2018 ou en 2020, pour les mêmes raisons. C’est la preuve que le réchauffement climatique est particulièrement sévère en haute montagne. Ce qui était exceptionnel est en train de devenir banal.

Comme pour les randonnées glaciaires avec les risques d’effondrement – comme au glacier italien de la Marmolada, – aucune interdiction d’ascension du Mont Blanc ne sera décrétée. Le PGHM s’en tient à un message « de vigilance et de prudence ». La préfecture de Haute-Savoie a elle aussi lancé un appel à la prudence par voie de communiqué, recommandant aux alpinistes « de différer leur ascension momentanément ».

Mais c’est bien connu, la montagne, c’est la liberté….quitte à se faire tuer!

Source: Presse régionale.

Photo: C. Grandpey

Glaciers actifs, volcans actifs : deux poids, deux mesures

Pourquoi « glacier actif »? Parce qu’un glacier digne de ce nom est une rivière de glace en mouvement, bien alimentée par la zone d’accumulation où elle prend sa source. Malheureusement, avec le réchauffement climatique, cette zone est moins bien alimentée en neige. Le glacier recule et s’amincit. L’eau de fonte s’infiltre à travers la glace et sa pression peut provoquer des ruptures de la partie frontale, comme cela vient de se produire sur le glacier de la Marmolada.

L’accident sur le glacier italien de la Marmolada dans les Dolomites a montré à quel point l’univers de haute montagne peut être dangereux, et encore plus à l’heure actuelle avec le réchauffement climatique. Les glaciers peuvent s’effondrer et déclencher de redoutables chutes de séracs. Les parois rocheuses peuvent lâcher prise avec le dégel du permafrost de roche. En juillet 2019, deux alpinistes ont été rués par des blocs qui se sont soudainement détachés d’une paroi du Cervin en Suisse. Dans une note publiée le 26 août 2019, j’écrivais : « Dans le massif du Mont-Blanc, près de 70 éboulements ont été recensés jusqu’à présent sur l’année 2019. Ils font suite à ceux observée en 2018, comme l’effondrement d’une section de l’Arête des Cosmiques le 22 août 2018, pas très loin de l’Aiguille du Midi. Que ce soit au Mont Maudit, sous l’Aiguille des Deux Aigles, ou à la Tour Ronde, les éboulements s’enchaînent à un rythme effréné. » J’ajoutais que les alpinistes doivent redoubler de prudence et être très vigilants pendant leurs courses

Malgré ces effondrements et ces accidents, aucune interdiction n’est décrétée en été sur le massif alpin pour empêcher randonneurs et alpinistes de se faire tuer lorsqu’ils pratiquent des activités en haute montagne. De la même façon, aucune interdiction n’est formulée en hiver concernant le ski hors-piste quand le risque d’avalanche est très élevé. On met en garde, mais on n’interdit pas.

Suite au coup de chaud qui a frappé le Mont Blanc au mois de juin 2022, des crevasses de 16 mètres de profondeur sont apparues sur l’arête des Bosses, la dernière ligne droite avant l’ascension par la voie normale, la plus simple pour atteindre le sommet, et donc la plus fréquentée par les alpinistes. L’ascension sera donc plus difficile cette année. Afin de ne pas dénaturer la montage, il a été décidé qu’aucun équipement de sécurité ne serait installé à proximité de cette crevasse. Tout restera en l’état, mais les guides de haute montagne seront encore plus pointilleux lors de la vérification des aptitudes physiques et techniques des alpinistes. Là encore, des recommandations, mais pas d’interdictions.

Suite à l’effondrement du glacier de la Marmolada, l’alpiniste italien Reinhold Messner a déclaré qu’il faudrait interdire l’accès au glacier car les températures trop élevées peuvent provoquer de nouvelles chutes de séracs. Messner sera-t-il entendu? J’en doute, car le mot « interdiction » ne fait pas partie du vocabulaire de la haute montagne, monde de la liberté.

En revanche, le mot « interdiction » fleurit de plus en plus sur les volcans actifs. Pas question d’aller se promener sur la lèvre du cratère de La Fossa à Vulcano, pas plus que sur la zone sommitale de l’Etna, et encore moins sur le Pizzo du Stromboli.

Certaines de ces interdictions sont justifiées. S’agissant du Stromboli, le volcan a pris l’habitude d’exploser sans prévenir et mieux vaut ne pas se trouver à proximité des cratères quand cela se produit. Un randonneur qui se trouvait en zone autorisée le 3 juillet 2019 a été tué au cours d’un tel événement.

S’agissant de l’Etna, je pense que les autorités pourraient faire preuve de davantage de souplesse. Pourquoi ne pas autoriser l’approche des cratères à des groupes encadrés par les guides, les participants ayant auparavant signé une décharge qui met les autorités à l’abri de poursuites en cas d’accident? On va bien sûr me rétorquer que des explosions peuvent se produire sans prévenir, comme pour le Stromboli. Un tel drame a eu lieu le 12 septembre 1979 quand 9 touristes ont été tués et 23 autres blessés par une explosion soudaine de la Bocca Nuova. Je répondrai que des skieurs ont été tués par des avalanches, mais la montagne où ont eu lieu les accidents n’a jamais été interdite.

S’agissant du cratère de La Fossa à Vulcano, je pense que son accès pourrait être autorisé, quitte à indiquer que la zone fumerollienne sur la lèvre présente des risques. Il faut, bien sûr, interdire la descente au fond de ce même cratère car les gaz peuvent s’y accumuler. Le sentier qui fait le tour du sommet du volcan est bien ventilé – nous sommes dans les Iles Eoliennes – et le risque d’asphyxie est pratiquement nul. Il est bien évident que des personnes asthmatiques ou souffrant de problèmes respiratoires doivent s’abstenir de grimper sur ce volcan. Sur l’île proprement dite, le seul risque, à mes yeux, réside dans les émissions de CO2 détectées à l’intérieur de certaines habitations. Il suffit alors de ne pas faire coucher les gens au rez-de-chaussée des maisons. Pour le reste, le risque est minime.

Aujourd’hui en milieu volcanique, les autorités ont recours au sacro-saint principe de précaution. Les maires n’ont pas envie d’être poursuivis en justice et d’aller en prison en cas de problème. Mais interdire à tout va n’est pas, non plus, la bonne solution. Un touriste a autant de risque qu’un scientifique de se faire percuter par une bombe au sommet de l’Etna!

Au final, est-il moins dangereux de se trouver sous le front du glacier des Bossons ou du glacier d’Argentière que sur la lèvre de la Bocca Nuova ? Chute de sérac ou bombe volcanique? A vous de choisir!

Glacier d’Argentière

Bocca Nuova de l’Etna en 1999

(Photos: C. Grandpey)