Le Groenland hier, la Terre demain // Yesterday’s Greenland, tomorrow’s Earth

On sait depuis longtemps qu’il y a environ 400 000 ans, une grande partie du Groenland était dépourvue de glace. La toundra baignait dans la lumière du soleil sur les hautes terres du nord-ouest de l’île. On sait aussi qu’une forêt d’épicéas, bourdonnant d’insectes, couvrait la partie sud du Groenland. Le niveau de la mer dans le monde était alors beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui, entre 6 et 12 mètres au-dessus du niveau actuel. Des terres qui abritent aujourd’hui des centaines de millions de personnes étaient sous l’eau.
Les scientifiques savaient depuis un certain temps que la calotte glaciaire du Groenland avait pratiquement disparu à un moment donné au cours du dernier million d’années, mais ils ne savaient pas précisément quand. Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Science, des scientifiques des universités du Vermont et de l’Utah ont déterminé cette date en analysant des carottes de sol gelé extraites d’une section d’un kilomètre d’épaisseur de la calotte glaciaire du Groenland.
L’histoire commence en juillet 1966 quand des scientifiques américains et des ingénieurs de l’armée américaine ont réussi, au bout de 6 années d’efforts, à forer la calotte glaciaire du Groenland. Le forage a eu lieu à Camp Century, une base militaire dans le nord-ouest du pays, dotée d’une série de tunnels creusés dans la calotte glaciaire. Le site de forage se trouvait à 220 km de la côte et reposait sur 1370 mètres de glace. Une fois atteint le soubassement rocheux, l’équipe a continué à forer 3,60 mètres supplémentaires.
En 1969, le travail d’un géophysicien sur la carotte de glace de Camp Century a montré pour la première fois que le climat de la Terre avait radicalement changé au cours des 125 000 dernières années. Des périodes glaciaires froides prolongées avaient alterné avec des périodes interglaciaires chaudes, avec fonte de la glace et hausse du niveau de la mer, et inondations de zones côtières dans le monde entier.
Pendant près de 30 ans, les scientifiques ont prêté peu d’attention aux 3,60 mètres de sol gelé de Camp Century. Une étude avait analysé les galets dans la carotte pour comprendre le substrat rocheux sous la calotte glaciaire. Une autre avait montré que le sol gelé conservait la preuve d’une époque plus chaude qu’aujourd’hui. Toutefois, sans aucun moyen de dater ces matériaux, peu de gens ont prêté attention à ces études.

Dans les années 1990, la carotte de sol gelé prélevée à Camp Century a disparu.
Il y a quelques années, des scientifiques danois l’ont retrouvée au fond d’un congélateur de Copenhague. Ils ont alors formé une équipe internationale pour analyser cette archive climatique unique.

Dans la partie supérieure de l’échantillon, les chercheurs ont trouvé des plantes fossilisées parfaitement préservées, preuve irréfutable que la terre en dessous de Camp Century, avait été libre de glace à une certaine époque, mais on ne savait pas quand.
Avec des échantillons prélevés au centre de la carotte de sédiments et analysés dans l’obscurité afin que le matériau conserve une mémoire précise de sa dernière exposition au soleil, les observations ont révélé que la calotte glaciaire couvrant le nord-ouest du Groenland – elle fait près de 1,6 km d’épaisseur aujourd’hui – avait disparu pendant la période chaude connue des climatologues sous le nom de Marine Isotope Stage 11, ou MIS 11, il y a entre 424 000 et 374 000 ans.
Pour déterminer plus précisément quand la calotte glaciaire avait fondu, l’un des chercheurs a utilisé la datation par luminescence. Au fil du temps, les minéraux accumulent de l’énergie lorsque des éléments radioactifs comme l’uranium, le thorium et le potassium se désintègrent et libèrent des radiations. Plus le sédiment est enfoui longtemps, plus le rayonnement s’accumule sous forme d’électrons piégés. Dans le laboratoire, les instruments mesurent de minuscules particules d’énergie, libérés sous forme de lumière par ces minéraux. Ce signal peut être utilisé pour calculer combien de temps les grains ont été enterrés puisque la dernière exposition au soleil aurait libéré l’énergie piégée.
Les modèles de calotte glaciaire obtenus grâce à ces expériences montrent que la calotte glaciaire du Groenland a probablement rétréci considérablement à cette époque. Au minimum, les scientifiques pensent que la bordure de glace s’est retirée de dizaines à centaines de kilomètres autour d’une grande partie de l’île au cours de cette période. L’eau de fonte a fait s’élever le niveau de la mer dans le monde d’au moins 1,50 mètre et peut-être même 6 mètres par rapport à aujourd’hui.

L’ancien sol gelé sous la calotte glaciaire du Groenland donne de bonnes indications sur les problèmes qui nous attendent. Pendant l’interglaciaire MIS 11, la Terre était chaude et les calottes glaciaires se limitaient aux hautes latitudes, un peu comme aujourd’hui. Le niveau de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est resté entre 265 et 280 parties par million (ppm) pendant environ 30 000 ans. Le MIS 11 a duré plus longtemps que la plupart des interglaciaires en raison de l’impact de la forme de l’orbite terrestre autour du soleil et son effet sur le rayonnement solaire atteignant l’Arctique. Au cours de ces 30 millénaires, le niveau de dioxyde de carbone a provoqué un réchauffement suffisant pour faire fondre une grande partie de la glace du Groenland.
Aujourd’hui, notre atmosphère contient 1,5 fois plus de dioxyde de carbone qu’au MIS 11, soit environ 420 parties par million, une concentration qui augmente chaque année. Le dioxyde de carbone emprisonne la chaleur et réchauffe la planète. Une trop grande quantité dans l’atmosphère augmente la température globale, comme on peut le constater actuellement.
Au cours de la dernière décennie, alors que les émissions de gaz à effet de serre continuaient d’augmenter, nous avons connu les huit années les plus chaudes jamais enregistrées. Juillet 2023 a vu la semaine la plus chaude jamais enregistrée. Une telle chaleur fait fondre les calottes glaciaires et réduit l’albédo, la faculté de la glace à réfléchir la lumière du soleil.
Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, même si nous arrêtions soudainement de brûler des combustibles fossiles, le niveau de dioxyde de carbone dans l’atmosphère resterait élevé pendant des siècles, voire des millénaires. En effet, il faut beaucoup de temps au dioxyde de carbone pour être absorbé par les sols, les plantes, l’océan et les roches. Nous créons des conditions propices à une très longue période de chaleur, tout comme lors du MIS 11.
Nos efforts pour réduire les émissions de carbone et séquestrer le carbone qui est déjà dans l’atmosphère augmenteront les chances de survie d’une plus grande partie de la glace du Groenland. Si nous ne faisons pas ces efforts, nous serons confrontés à un monde qui pourrait ressembler beaucoup au MIS 11, ou même être plus extrême : une Terre chaude, des calottes glaciaires qui disparaissent, le niveau de la mer qui monte et des vagues qui viennent déferler sur Miami, Mumbai et Venise.
Source : The Conversation, Yahoo Actualités,

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It has been known for quite a long time that about 400,000 years ago, large parts of Greenland were ice-free. The tundra basked in the Sun’s rays on the island’s northwest highlands. Evidence suggests that a forest of spruce trees, buzzing with insects, covered the southern part of Greenland. Global sea level was much higher then, between 6 and 12 meters above today’s levels. Around the world, land that today is home to hundreds of millions of people was under water.

Scientists have known for some time that the Greenland ice sheet had mostly disappeared at some point in the past million years, but not precisely when. In a new study in the journal Science, scientists from the Vermont and Utah universities determined the date, using frozen soil extracted from beneath a one kilometer-thick section of the Greenland ice sheet.

In July 1966, American scientists and U.S. Army engineers completed a six-year effort to drill through the Greenland ice sheet. The drilling took place at Camp Century, a military base in the northwestern part of the country, made up of a series of tunnels dug into the Greenland ice sheet. The drill site was 220 km from the coast and underlain by 1370 meters of ice. Once they reached the bottom of the ice, the team kept drilling 3.6 more meters into the frozen, rocky soil below.

In 1969, a geophysicist’s analysis of the ice core from Camp Century revealed for the first time the details of how Earth’s climate had changed dramatically over the last 125,000 years. Extended cold glacial periods when the ice expanded quickly gave way to warm interglacial periods when the ice melted and sea level rose, flooding coastal areas around the world.

For nearly 30 years, scientists paid little attention to the 3.6 meters of frozen soil from Camp Century. One study analyzed the pebbles to understand the bedrock beneath the ice sheet. Another suggested that the frozen soil preserved evidence of a time warmer than today. But with no way to date the material, few people paid attention to these studies. By the 1990s, the frozen soil core had vanished.

Several years ago, Danish scientists found the lost soil buried deep in a Copenhagen freezer, and they formed an international team to analyze this unique frozen climate archive. In the uppermost sample, they found perfectly preserved fossil plants, proof positive that the land far below Camp Century had been ice-free some time in the past, but when?

Using samples cut from the center of the sediment core and analyzed in the dark so that the material retained an accurate memory of its last exposure to sunlight, observations revealed that the ice sheet covering northwest Greenland – nearly 1.6 km thick today – vanished during the extended natural warm period known to climate scientists as Marine Isotope Stage 11, or MIS 11, between 424,000 and 374,000 years ago.

To determine more precisely when the ice sheet melted away, one of the researchers used a technique known as luminescence dating. Over time, minerals accumulate energy as radioactive elements like uranium, thorium, and potassium decay and release radiation. The longer the sediment is buried, the more radiation accumulates as trapped electrons. In the lab, specialized instruments measure tiny bits of energy, released as light from those minerals. That signal can be used to calculate how long the grains were buried, since the last exposure to sunlight would have released the trapped energy.

The ice sheet models obtained through the experiments show that Greenland’s ice sheet must have shrunk significantly then. At minimum, the edge of the ice retreated tens to hundreds of kilometers around much of the island during that period. Water from that melting ice raised global sea level at least 1.50 meters and perhaps as much as 6 meters compared to today.

The ancient frozen soil from beneath Greenland’s ice sheet warns of trouble ahead. During the MIS 11 interglacial, Earth was warm and ice sheets were restricted to the high latitudes, a lot like today. Carbon dioxide levels in the atmosphere remained between 265 and 280 parts per million for about 30,000 years. MIS 11 lasted longer than most interglacials because of the impact of the shape of Earth’s orbit around the sun on solar radiation reaching the Arctic. Over these 30 millennia, that level of carbon dioxide triggered enough warming to melt much of the Greenland’s ice.

Today, our atmosphere contains 1.5 times more carbon dioxide than it did at MIS 11, around 420 parts per million, a concentration that has risen each year. Carbon dioxide traps heat, warming the planet. Too much of it in the atmosphere raises the global temperature, as the world is seeing now.

Over the past decade, as greenhouse gas emissions continued to rise, humans experienced the eight warmest years on record. July 2023 saw the hottest week on record, based on preliminary data. Such heat melts ice sheets, and the loss of ice further warms the planet as dark rock soaks up sunlight that bright white ice and snow once reflected.

As I put it in previous posts, even if everyone stopped burning fossil fuels tomorrow, carbon dioxide levels in the atmosphere would remain elevated for hundreds and even thousands of years. Indeed, it takes a long time for carbon dioxide to move into soils, plants, the ocean and rocks. We are creating conditions conducive to a very long period of warmth, just like MIS 11.

Everything we can do to reduce carbon emissions and sequester carbon that is already in the atmosphere will increase the chances that more of Greenland’s ice survives. The alternative is a world that could look a lot like MIS 11, or even more extreme: a warm Earth, shrinking ice sheets, rising sea level, and waves rolling over Miami, Mumbai and Venice.

Source : The Conversation, Yahoo News,

 

Evolution des concentrations de CO2, avec leur accélération au cours des dernières décennies.

La calotte glaciaire du Groenland réussira-t-elle à survivre aux assauts du réchauffement climatique ? (Photo : C. Grandpey)

Antarctique : disparition annoncée des manchots empereurs // Antarctica : emperor penguins likely to disappear

Le 15 août 2021, j’ai publié sur ce blog une note intitulée « Les manchots empereurs sous la menace du changement climatique. » J’ai écrit d’autres articles sur « l’hécatombe parmi les petits manchots bleus (28 juin 2022) et sur « les manchots royaux au bord de l’extinction » (38 mars 2018).
Une nouvelle étude publiée le 24 août 2023 dans la revue Nature Communications Earth & Environment s’attarde sur les manchots empereurs et explique les problèmes auxquels ces oiseaux ont été confrontés en 2022 avec la hausse rapide des températures et la réduction sans précédent de la glace de mer antarctique.
Quatre des cinq colonies de manchots empereurs étudiées dans la mer de Bellingshausen, à l’ouest de la péninsule Antarctique, n’ont vu aucun poussin survivre en 2022, suite à la disparition de la banquise.
C’est la première fois que l’on observe un tel événement. Il conforte les triste prévisions selon lesquelles plus de 90 % des colonies de manchots empereurs auront « quasiment disparu » d’ici 2100, avec le réchauffement de la planète.
Les chercheurs ont contrôlé cinq colonies de manchots empereurs dans la mer de Bellinghausen, avec des populations allant d’environ 630 à 3 500 couples. À l’aide d’images satellite entre 2018 et 2022, ils ont compté le nombre d’oiseaux présents dans ces colonies pendant la saison de reproduction. Ils ont constaté qu’en 2022, quatre des colonies ont connu un « échec total de reproduction », ce qui signifie qu’aucun poussin n’a probablement survécu.
Les manchots empereurs dépendent de la banquise solidement attachée à la terre pour nicher et élever leurs poussins. Les œufs sont pondus de mai à juin ; après leur éclosion, les poussins développent leurs plumes imperméables et ils deviennent indépendants vers décembre et janvier.
En 2022, la banquise s’est disloquée beaucoup plus tôt que d’habitude, et certains secteurs ont connu une perte totale de glace en novembre. Lorsque la débâcle intervient trop tôt, les poussins peuvent tomber à l’eau et se noyer. Ils peuvent aussi dériver sur des plaques de glace ; les adultes les perdent et ils meurent de faim.
Depuis quelques années, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur la réduction brutale de la glace de mer antarctique. Elle s’est réduite à un niveau sans précédent en février, au plus fort de l’été antarctique. Même au cœur de l’hiver,au moment où la glace se reconstitue habituellement, elle n’est pas revenue aux niveaux espérés. À la mi-juillet, la glace de mer antarctique a atteint son niveau le plus bas pour cette période de l’année depuis le début des relevés en 1945. Elle était inférieure de 2,6 millions de kilomètres carrés à la moyenne de 1981 à 2010 ; cela représente une zone aussi vaste que l’Argentine.
Pour les manchots empereurs, cette réduction de la banquise antarctique est une catastrophe, car sans elle, ils n’ont nulle part où aller. On sait qu’ils sont capable des s’adapter aux échecs de reproduction en se déplaçant vers d’autres sites à proximité, mais cette stratégie ne fonctionnera pas si l’ensemble de l’habitat de reproduction est affecté. L’étude indique qu’entre 2018 et 2022, 30 % des 62 colonies connues de manchots empereurs en Antarctique ont été affectées par une perte partielle ou totale de la glace de mer.

Dans leur conclusion, les chercheurs affirment qu’« il existe de plus en plus de preuves selon lesquelles les manchots empereurs pourraient disparaître en raison de la perte de glace de mer due au réchauffement de notre planète ».
Une autre étude publiée en 2022 a révélé que 65 % des espèces indigènes en Antarctique, au premier rang desquelles figurent les manchots empereurs, disparaîtront probablement d’ici la fin du siècle si nous ne parvenons pas à maîtriser la pollution due aux combustibles fossiles, cause du réchauffement de la planète. Dans le pire des cas, les manchots empereurs pourraient avoir totalement disparu d’ici 2100.
La disparition de la glace de mer n’affectera pas seulement les manchots. Cela met en danger d’autres espèces, notamment les phoques, qui dépendent de cette glace pour se nourrir et se reposer, ainsi que les micro-organismes et les algues qui nourrissent le krill qui, à son tour, est vital pour l’alimentation de nombreuses baleines dans la région.
La banquise antarctique contribue également à réguler la température de la planète grâce à l’albédo et le réfléchissement de l’énergie solaire vers l’espace. Lorsque la glace fond, elle expose l’océan plus sombre. Dans une boucle de rétroaction, ce dernier absorbe l’énergie du soleil et contribue au réchauffement climatique.
Source  : CNN via Yahoo Actualités.

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On August 15th, 2021, I published on this blog a post entitled « Emperor penguins at risk from climate change. » I have written other posts about « mass die-offs aloung little blue penguins (June 28th, 2022) and about « King penguins on the brink of extinctions » (March 38rd, 2018).

A new study published on August 24th, 2023 in the journal Nature Communications Earth & Environment.explains the problems emperor penguins were confronted with in 2022 as rapidly warming global temperatures push Antarctica’s sea ice to unprecedented lows.

Four out of five emperor penguin colonies analyzed in the Bellingshausen Sea, west of the Antarctic Peninsula, saw no chicks survive last year as the area experienced an enormous loss of sea ice.

This is the first such recorded incident, and supports grim predictions that more than 90% of emperor penguin colonies will be “quasi-extinct” by 2100 as the world warms.

The researchers monitored five emperor penguin colonies in the Bellinghausen Sea, ranging in size from roughly 630 pairs to 3,500. Using satellite images from 2018 to 2022, they counted how many of the birds were present at these colonies during the breeding season. They found that in 2022, four of the colonies experienced “total reproductive failure,” meaning it is highly probable that no chicks survived.

Emperor penguins rely on stable sea ice attached to land for nesting and raising their chicks. Eggs are laid from May to June and after they hatch, the chicks develop their waterproof feathers and become independent around December and January.

In 2022, the sea ice broke up much earlier, with the some parts of the region seeing a total loss by November. When the sea ice breaks earlier, chicks can fall into the water and drown. Or they may drift away on floes ;the adults just lose them and then they starve to death.

For the past few years, scientists have been sounding the alarm about a steep decline in Antarctica’s sea ice. It fell to unprecedented lows in February, at the height of the continent’s summer. Even in the depths of winter, when the ice usually builds back, it still did not return to anywhere near expected levels. In mid-July, Antarctic sea ice reached the lowest level for this time of year since records began in 1945. It was 2.6 million square kilometers below the 1981 to 2010 average ; this is an area as large as Argentina.

For emperor penguins, this downward trend in Antartica’s sea ice is particularly devastating because there’s nowhere else for the birds to go. They are known to adapt to breeding failures by relocating to other nearby sites, but that won’t work if the entire breeding habitat is affected. The study indicates that between 2018 and 2022, 30% of the 62 known emperor penguin colonies in Antarctica were affected by partial or total sea ice loss.

In their conclusion, the researchers say that “there is mounting evidence that emperor penguins may actually go extinct directly due to loss of sea ice resulting from our planet’s warming.”

A separate study published in 2022 found that 65% of Antarctica’s native species, emperor penguins top among them, will likely disappear by the end of the century if the world fails to rein in planet-warming fossil fuel pollution. In the worst-case scenario, it found emperor penguins could be completely wiped out by 2100.

The disappearance of sea ice won’t just affect the penguins. It puts other species at risk, including seals, which rely on sea ice to feed and rest, as well as the microorganisms and algae that feed the krill which, in turn, are vital to the diets of many of the region’s whales.

Antarctic sea ice also helps regulate the planet’s temperature through the albedo, reflecting the sun’s incoming energy back to space. When the ice melts, it exposes the darker ocean beneath which, in a feedback loop, absorbs the sun’s energy and contributes to global warming.

Source : CNN through Yahoo News.

La marche de l’empereur tire probablement à sa fin. La planète saura-t-elle réagir?

La fonte du Groenland (suite) // The melting of Greenland (continued)

Alors que plus de la moitié de la saison de fonte 2023 s’est écoulée, le Groenland a connu une transformation substantielle de sa couverture neigeuse. Selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC ), la fonte a été supérieure à la moyenne pendant une grande partie de la saison, avec en particulier plusieurs jours en juin et juillet, lorsque la fonte a été observée sur 800 000 kilomètres carrés, soit 50 % de la surface de la calotte glaciaire du Groenland.

La fonte estivale était en train de s’accélérer le 14 juin 2023, lorsque l’Operational Land Imager (OLI) du satellite Landsat 8 a acquis la première image du glacier Frederikshåb. Ce glacier, situé dans le sud-ouest du Groenland, descend de la calotte glaciaire, serpente le long d’une série de vallées, puis atteint un terrain plus régulierle long de la côte.

Glacier Frederikshåb le 14 juin 2023

La deuxième image du glacier Frederikshåb , acquise par l’OLI-2 sur le satellite Landsat 9, montre la même zone le 24 juillet 2023, après plus d’un mois de fonte supplémentaire. On remarquera la réduction spectaculaire de l’étendue de la neige en surface, avec réduction parallèle de l’albédo.

Glacier Frederikshåb le 24 juillet 2023

Depuis septembre 2021, lorsque le satellite Landsat 9 a rejoint son homologue Landsat 8 en orbite au-dessus de la Terre, les scientifiques obtiennent des vues détaillées plus fréquentes de notre planète. Les satellites Landsat 8 et Landsat 9 acquièrent ensemble quelque 1 500 vues chaque jour. Ces images sont très utiles pour observer les régions glaciaires, là où les changements saisonniers peuvent être rapides et spectaculaires.

Un autre changement saisonnier visible dans les deux images ci-dessus est le passage de la neige «propre» à la glace «sale». Ce phénomène est dû à la présence de particules de carbone ou de poussière qui se sont accumulées sur la glace. Au fur et à mesure que la neige et la glace fondent, ces impuretés se déposent et donnent cette couleur. Comme indiqué plus haut, l’assombrissement de la surface de la glace réduit son albédo, ce qui va accélérer sa fonte avec l’absorption d’énergie solaire supplémentaire pendant les mois d’été.

Un autre changement observable sur les images satellitaires est la présence d’ « étangs ou lacs – de fonte« , à la surface de la calotte glaciaire. De couleur bleu foncé, ils se forment là où la neige a fondu et où l’eau s’est accumulée dans les points bas de la surface ondulée de la calotte glaciaire. Ils sont un indicateur important de l’intensité de la saison de fonte au Groenland, qui s’étend généralement de mai à début septembre.
Seuls quelques étangs de fonte sont visibles sur l’image du 24 juillet, peut-être parce que l’eau de fonte a déjà quitté la calotte glaciaire et s’est infiltrée à travers la glace. En revanche, un grand nombre d’étangs de fonte était visible à une centaine de kilomètres au nord de Frederikshåb le 8 juillet, lorsque l’OLI-2 sur Landsat 9 a acquis l’image ci-dessous.
Ces changements sont dus à l’été de plus en plus chaud qui s’est installé dans la région à la fin juin. Au même moment, les vents chauds du sud-ouest et le ciel clair ont considérablement augmenté la fonte sur la calotte glaciaire, en particulier vers le sud de l’île.

Lacs de fonte le 8 juillet 2023

(Source images : NASA)

Jusqu’à présent, au cours de la saison de fonte du Groenland en 2023, les pics de fonte quotidienne sont restés inférieurs à ceux de 2012 qui fut une année de fonte exceptionnelle par son ampleur. Pourtant, à la mi-juillet, l’étendue de la fonte quotidienne était a été constamment supérieure à la moyenne de 1981-2010, et 2023 est à égalité avec plusieurs autres années de forte fonte au cours des dernières décennies.

Source : Friends of NASA.

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More than halfway through the 2023 melting season, Greenland has seen a substantial transformation of its snow cover. Melting has been above average for much of the season, including on several days in June and July when melt was detected across 800,000 square kilometers – up to 50 percent – of Greenland Ice Sheet’s surface, according to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC).

Summer melting was ramping up on June 14th, 2023, when the Operational Land Imager (OLI) on Landsat 8 acquired the first image of , Glacier (see above). This glacier, located in southwest Greenland, flows downward from the Greenland Ice Sheet, winds past a series of valleys, then flattens out on smoother terrain along the coast.

The second image (see above), acquired with the OLI-2 on Landsat 9, shows the same area on July 24th, 2023, after more than a month of additional melting. One can notice the dramatic reduction in the extent of brighter (high albedo) surface snow.

Since September 2021, when Landsat 9 joined Landsat 8 in orbit over Earth, scientists have been getting more frequent detailed views of Earth. The Landsat 8 and Landsat 9 satellites together acquire about 1,500 scenes from across the planet every day. This comes in handy for observing the planet’s icy regions, where seasonal changes can be quick and dramatic.

Another seasonal change visible in the image pair above is the transition from “clean” snow to “dirty” ice. One reason for the darker color is due to the presence of particles, such as black carbon or dust, that have accumulated on the ice. As the snow and ice melt, these impurities are left behind. Darkening of the ice surface lowers its albedo, which can hasten melting through the absorption of additional solar energy in the summer months.

Another change is in the presence of ponded water, or “melt ponds,” on the surface of the ice sheet (see image above). Deep blue in color, they form where snow has melted and pooled in low spots on the ice sheet’s undulating topography. They can be an important indicator of the strength of Greenland’s melting season, which generally runs from May to early September.

Only a few melt ponds are visible in the July 24th image, possibly because meltwater had already run off the ice sheet or been channeled down through the ice. However, abundant melt ponds were visible about 100 kilometers north of Frederikshåb on July 8th, when the OLI-2 on Landsat 9 acquired the image above.

The changes are the result of the increasing warmth of summer weather that took hold across the region in late June. This is when warm southwesterly winds and clear skies significantly enhanced the amount of melting on the ice sheet, especially toward the island’s south.

So far in Greenland’s 2023 melting season, spikes in daily melt area have stayed below those of 2012, a year with exceptionally widespread melting. Still, as of mid-July, daily melt extents have been consistently higher than the 1981-2010 average, and 2023 is on par with several other high melt years in recent decades.

Source : Friends of NASA.

Le recul du glacier Mendenhall (Alaska) et le tourisme de masse // The retreat of Mendenhall Glacier (Alaska) and mass tourism

Des milliers de touristes débarquent chaque jour des navires de croisière à Juneau, la capitale de l’Alaska, et ils rejoignent des rangées de bus dont beaucoup se dirigent vers le glacier Mendenhall, l’une des principales attractions touristiques de la région.
Le glacier est survolé en permanence par des hélicoptères de tourisme et attire les visiteurs en kayak, en canoë et à pied. Il y a tellement de gens qui viennent voir le glacier et les autres attractions de Juneau que la gestion de ces foules est l’une des principales préoccupations des autorités locales. Certains habitants fuient vers des endroits plus calmes pendant l’été, et un accord entre la ville et les croisiéristes limitera le nombre de navires en 2024.

Le problème est que le réchauffement climatique fait fondre le glacier Mendenhall. (voir la crue glaciaire générée par la fonte de ce glacier dans ma note du 7 août 2023). Il recule si rapidement que d’ici 2050, il pourrait ne plus être visible depuis le Visitor Center. Les autorités locales se demandent ce qu’elles feront si cela se produit.
Le glacier finit sa course dans un lac parsemé d’icebergs. Son front a reculé d’une distance équivalente à huit terrains de football entre 2007 et 2021. Des repères sur le terrain et des photos au Visitor Center montrent le recul du glacier et là où se trouvait autrefois la glace. Des bosquets de végétation l’ont remplacée.
Bien que de gros blocs se soient détachés du glacier, la plus grosse perte de glace est due à l’amincissement provoqué par le réchauffement des températures. Le Mendenhall s’est maintenant éloigné du lac qui porte son nom.
Il y a des incertitudes pour le tourisme des prochaines années. La plupart des gens apprécient la vue sur le glacier depuis les sentiers tracés à proximité du Visitor Center. Les grottes d’un bleu profond qui attiraient les foules il y a plusieurs années se sont effondrées et de grandes flaques d’eau s’étalent désormais là où l’on pouvait autrefois passer des rochers à la glace. Les responsables du Tongass National Forest qui gère le glacier Mendenhall s’attendent à voir encore plus de visiteurs au cours des 30 prochaines années, même s’il est fort possible que le glacier devienne invisible.
L’impressionnante cascade près du glacier est très populaire pour les selfies et continuera probablement à attirer les touristes lorsque le glacier ne sera plus visible depuis le Visitor Center, mais c’est bien le glacier qui attire aujourd’hui l’essentiel des visiteurs.
Quelque 700 000 personnes devraient visiter le glacier Mendenhall en 2023, et environ 1 million sont prévues d’ici 2050. Les jours d’affluence, 20 000 personnes débarquent à Juneau, soit les deux tiers de la population de la ville.
Les autorités locales et les principales compagnies de croisières ont décidé de se limiter à cinq navires chaque jour pour 2024. Certains pensent que la situation ne changera pas si les navires continuent d’embarquer davantage de passagers. Certains habitants aimeraient qu’il y ait un jour par semaine sans navires. En 2023, pas moins de sept navires ont jeté l’ancre chaque jour à Juneau….
Source : médias d’information d’Alaska.

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Thousands of tourists spill onto a boardwalk in Juneau, Alaska’s capital, every day from cruise ships. Rows of buses stand ready to whisk visitors away, with many headed for the Mendenhall Glacier, one of the main tourist attractions of the region.

The glacier gets swarmed by sightseeing helicopters and attracts visitors by kayak, canoe and foot. So many come to see the glacier and Juneau’s other attractions that the city’s immediate concern is how to manage them all. Some residents flee to quieter places during the summer, and a deal between the city and cruise industry will limit how many ships arrive in 2024.

The problem is that global warming is melting the Mendenhall Glacier (see the glacial outburst flood caused by this glacier on my post of August 7th, 2023). It is receding so quickly that by 2050, it might no longer be visible from the visitor center. Local authorities wonder what they will do if this happens.

The glacier pours into a lake dotted by stray icebergs. Its face retreated eight football fields between 2007 and 2021 Trail markers and photos at the visitor center memorialize the glacier’s backward march, showing where the ice once stood. Thickets of vegetation have grown in its wake.

While massive chunks have broken off, most ice loss has come from the thinning due to warming temperatures. The Mendenhall has now largely receded from the lake that bears its name.

There are uncertainties for tourism in the future. Most people enjoy the glacier from trails near the visitor center. Caves of dizzying blues that drew crowds several years ago have collapsed and pools of water now stand where one could once step from the rocks onto the ice. Officials with the Tongass National Forest, which manages the Mendenhall Glacier, are expecting more visitors over the next 30 years even as they contemplate a future when the glacier will become out of view view.

The impressive waterfall close to the glacier is a popular place for selfies and could continue attracting tourists when the glacier is not visible from the visitor center, but the glacier is currently the big draw.

Around 700,000 people are expected to visit Mendenhall Glacier in 2023, with about 1 million projected by 2050. On the busiest days, about 20,000 people, equal to two-thirds of the city’s population, pour from the boats.

City leaders and major cruise lines agreed to a daily five-ship limit for 2024 But critics worry that won’t ease congestion if the vessels keep getting bigger. Some residents would like one day a week without ships. As many as seven ships a day have arrived in 2023.

Source : Alaskan news media.

Le glacier Mendenhall en 2023… (Crédit photo: Tongass National Forest)

…en 2016 (Photo: C. Grandpey)…

…en 2006 (Crédit photo: Visitor Center)