Glacier de la Marmolada (Italie): pourquoi l’effondrement s’est produit // Marmolada glacier (Italy): why the collapse occurred

Selon les glaciologues, les températures diurnes particulièrement élevées durant les jours qui ont précédé l’effondrement ont largement contribué au drame. Elles se situaient autour de 10°C alors qu’elles ne dépassent normalement pas 0°C dans ce secteur de la montagne. La période prolongée de temps chaud à haute altitude a créé un ensemble de circonstances particulières.
Les photos de la glace dans le trou béant laissé par l’effondrement (voir ci-dessous) expliquent ce qui s’est probablement passé. Les deux tiers supérieurs de la cavité mise à nu semblent légèrement sales, ce qui indique que la glace a été exposée à l’air. Il est fort probable que cette portion de la paroi verticale était la partie interne d’une crevasse. La portion inférieure de la paroi est d’un bleu plus franc, ce qui prouve qu’elle adhérait au substrat rocheux.
Il se peut que de l’eau se soit accumulée dans la crevasse, ajoutant du poids et de la pression au glacier. Une telle situation a peut-être aussi amoindri l »accroche du glacier sur le substrat rocheux sur lequel il reposait.
La partie qui s’est détachée est estimée à 200 mètres de large, 80 mètres de haut et 60 mètres de profondeur. Elle a dévalé la montagne à près de 300 kilomètres à l’heure. Les randonneurs ont probablement été surpris et n’ont pas eu le temps de fuir. .
En plus de la chaleur, il y a eu des chutes de neige inférieures à la normale cet hiver. Le nord de l’Italie traverse sa pire sécheresse depuis 70 ans. Lorsqu’il y a moins de neige, la glace reste à l’air libre et les impuretés peuvent s’accumuler à la surface du glacier, lui donnant une couleur plus foncée qui emprisonne plus de chaleur. Cet excès de chaleur fait fondre la glace et la neige plus rapidement.
Source : médias d’information italiens.

——————————————

According to glaciologists, the high daytime temperatures during the days that preceded the collapse largely contributed to the tragedy. They were around 10°C when they normally don’t rise much above freezing. The prolonged period of hot weather at high altitudes created a special set of circumstances.

The pictures of the ice in the gaping hole left by the collapse (see below) tell a story about what likely happened. The top two thirds of the ice face appears slightly dirty, indicating it was exposed to air. It is highly likely that this part of the vertical ice cliff was the internal part of a crevasse..The bottom is bluer, indicating it was attached to the bedrock.

Water may have accumulated in the crevasse, adding weight and pressure on the glacier. It may also have loosened the glacier’s grip on the bedrock it was sitting on.

The portion that broke loose is estimated to be 200 meters wide, 80 meters high and 60 meters deep. It rushed down the mountain at nearly 300 kilometers per hour. The hikers were likely taken completely by surprise and had no time to flee. .

In addition to the heat, there was below normal snowfall this winter. Northern Italy is struggling through its worst drought in 70 years. When there is less snow, ice is exposed and impurities can collect on the surface of the glacier, turning the surface a darker colour that traps more heat. The extra heat melts the ice and snow faster.

Source: Italian news media.

Source: presse internationale

Glacier de la Marmolada (Italie) : les recherches continuent

La presse française a certes mentionné et commenté l’effondrement du glacier de la Marmolada dans les Dolomites dans les heures qui ont suivi la catastrophe, mais le sujet est maintenant passé au second rang, loin derrière la politique intérieure française. On a oublié les 7 morts et les 13 disparus (ils ne sont plus que 5 depuis hier soir). Pourtant, à mes yeux, cette tragédie est une illustration parfaite du réchauffement climatique et devrait faire réfléchir, mais c’est peut-être beaucoup demander…!

Comme je l’indiquais précédemment, il ne serait pas surprenant que de telles tragédies se produisent dans les Alpes françaises dans les prochaines semaines pendant lesquelles un nouvel épisode de canicule est annoncé. Les médias ont rassuré les touristes en expliquant que nos glaciers étaient sous surveillance étroite, mais les glaciologues savent qu’un décrochement de séracs peut se produire sans prévenir, même sur un glacier sous surveillance. C’est comme lorsque une puissante explosion secoue le Stromboli sans que les instruments aient averti les volcanologues.

Sur la Marmolada, les équipes de sauveteurs essayent, sans trop y croire, de localiser les 5 personnes encore disparues à l’aide de drones et hélicoptères. On sait qu’il n’y aura, malheureusement, pas de survivants au coeur des milliers de tonnes de glace et de roches. Les hélicoptères sont équipés de caméras thermiques et d’équipements capables d’intercepter les signaux des téléphones portables, mais sans aucun résultat jusqu’à présent. Aucun des disparus ou des victimes n’avait l’Arva, le marqueur de position utilisé en hiver lorsque le danger d’avalanches est constant. En juillet, un tel équipement est superflu et on ne saurait reprocher aux alpinistes de ne pas l’avoir emporté.
Dans les prochains jours, le glacier et la coulée de débris seront parcourus par des équipes cynophiles. La Protection Civile souhaite une intervention conjointe de toutes les forces présentes sur le terrain et un ratissage systématique du glacier: Un maximum de quinze personnes, réparties en deux groupes, interviendront sur la zone. Des vigies sont prévues pour avertir d’éventuels effondrements du glacier qui reste instable. .
Deux radars surveilleront les mouvements du glacier de la Marmolada qui continuera forcément à s’effondrer, compte tenu de la pente de la glace laissée en équilibre instable après l’effondrement.
Il est bon de rappeler le rôle très important de la température ambiante. Après les premiers jours de froid de mai, la température moyenne de l’air n’est descendue en dessous de zéro que 5 ou 6 fois. Ces dernières semaines, l’isotherme 0°C a oscillé entre 4500 et 4900 mètres, soumettant les montagnes et les masses glaciaires à de fortes contraintes thermiques, sans oublier les phénomènes classiques de ruissellement dû à la fonte de la glace. J’ai expliqué dans une note précédente le rôle de l’eau dans les effondrements glaciaires. Pression à l’intérieur du glacier et progression de ce dernier augmentent, jusqu’à ce qu’une rupture se produise.

Source : Wikipedia

Tragédie de la Marmolada (Italie) : bilan revu à la baisse

Enfin une bonne nouvelle! Au cours des dernières heures, huit personnes dont on craignait la disparition après l’effondrement du glacier de la Marmolada ont été retrouvées. Le 5 juillet 2022 à 15h30, le nombre de personnes portées était donc de cinq, toutes de nationalité italienne. Les propriétaires des voitures garées à l’entrée des sentiers conduisant au glacier ont été identifiés. Tous sont sur les listes tenues par la police.
Pour l’instant, les victimes confirmées sont au nombre de sept, dont quatre sont identifiées, également toutes italiennes. Les opérations d’identification des trois autres corps sont toujours en cours.
Des membres de la famille ont reconnu le dernier des huit blessés impliqués dans l’effondrement du glacier de la Marmolada qui n’avait pas encore été identifié. Deux restent dans un état grave.
Les recherches se poursuivent à l’aide de drones. L’accès à la montagne reste interdit. car le glacier est jugé encore trop instable.

Source: presse italienne.

Crédit photo: Wikipedia

Déclaration du WWF suite à la tragédie dans les Dolomites

Suite à l’effondrement du glacier de la Marmolada le 3 juillet 2022, le WWF a déclaré qu’il s’agissait d’une « tragédie annoncée » et que le gouvernement italien devait agir.
Selon le WWF, « personne ne pouvait savoir quand et où se produirait un tel événement, mais c’était une tragédie prévisible et pour cette raison encore plus grave et douloureuse ». Ce qui s’est passé correspond aux scénarios et alertes diffusés par les climatologues et glaciologues depuis des années, notamment à travers les rapports du GIEC, en particulier dans un dossier spécial publié en 2019 et intitulé « Mers et cryosphère dans un climat en mutation. »
Au cours des dernières décennies, les glaciers alpins ont fortement reculé : le dernier cadastre montre que la surface des glaciers italiens est passée de 519 km2 en 1962 (cadastre Cgi-Cnr), à 609 km2 en 1989 (World Glacier Inventory, avec des données collectées dans les années 70-80), à 368 km2 aujourd’hui, soit 40% de moins que le dernier cadastre. Au cours des 150 dernières années, certains glaciers ont perdu plus de deux kilomètres de longueur, et leur épaisseur s’est également réduite,avec une amincissement atteignant 6 mètres en un seul été. Avec les températures moyennes de ces dernières années, les glaciers en dessous de 3 500 mètres d’altitude sont voués à disparaître d’ici 20 à 30 ans.
Le WWF ajoute : « Les données et les analyses sont disponibles depuis un certain temps : c’est l’action qui manque », L’organisme demande donc au gouvernement italien d’agir à la fois en amont (réduction des émissions de gaz à effet de serre) et en aval (mesures pour faire face aux dégâts et impacts déjà en cours). dans le premier cas, il faut une loi climat, qui fasse de la crise climatique un élément d’évaluation essentiel de toutes les politiques. Il est également nécessaire de procéder à une mise à jour urgente du Plan national intégré énergie-climat (PNIEC). il faut sans plus attendre accélérer le développement des sources renouvelables ainsi que les économies et l’efficacité énergétique, avec un plan vraiment exceptionnel. Le Plan national d’adaptation au changement climatique doit également être enfin lancé.

°°°°°°°°°°

Au matin du 5 juillet 2022, on dénombre 7 morts, 8 blessés et 13 disparus. Les recherches se poursuivent, avec peu de chance de trouver de nouveaux corps dans la couche très épaisse de matériaux. De nouveaux effondrements ont été observés dans l’après-midi du 4 juillet. Les recherches ont été perturbées par le mauvais temps. Les sauveteurs font preuve de la plus grande prudence.

Le glacier de la Marmolada en 2005 (Crédit photo: Wikipedia)