Retour sur l’éruption de Kamoamoa (Hawaii) en 2011 // The Kamoamoa eruption (Hawaii) in 2011

Au cours des 35 années qu’elle a duré, l’éruption du Pu’uO’o dans la Middle East Rift Zone (MERZ) du Kilauea a été l’occasion pour les scientifiques d’améliorer leur travail de recherche et de surveillance des volcans hawaiiens. Même les éruptions de courte durée, comme celle de Kamoamoa qui a duré quatre jours en 2011, ont offert des informations importantes.
Dans les mois qui ont précédé l’éruption de Kamoamoa, la lave a rempli le cratère du Pu’uO’o. Une inflation continue a été enregistrée au sommet du Kilauea et le long de la MERZ. Au fur et à mesure que le système se pressurisait, la sismicité augmentait dans la partie supérieure de la Zone de Rift Est (East Rift Zone) et le lac de lave sommital atteignait ses niveaux les plus élevés..
Le 5 mars 2011, une secousse et une augmentation de l’activité sismique, accompagnées d’une déflation rapide du Pu’uO’o, ont été observées en début d’après-midi. Un intrusion dans la partie supérieure de la zone de rift a fait s’évacuer le magma qui se trouvait sous le Pu’uO’o. Peu de temps après, le plancher du Pu’uO’o a commencé à s’affaisser et le niveau du lac de lave sommital a chuté.
Alertés par des alarmes sismiques en temps quasi réel et des données de déformation, les scientifiques du HVO ont rapidement effectué un survol de la zone et ont pu assister au début de l’éruption de Kamoamoa entre le Pu’uO’o et le cratère Napau.
Au cours des premiers jours, l’activité éruptive a oscillé entre deux systèmes de fractures, avec des bouches dont l’activité alternait. En début de journée le 8 mars 2011, l’éruption s’est concentrée sur les deux extrémités opposées des fractures. L’activité a diminué dans l’après-midi du 9 mars, et l’épisode éruptif de Kamoamoa a pris fin vers 22h30..
Le dyke et l’éruption qui a suivi ont joué un rôle de soupape et permis l’évacuation de la pression qui s’était accumulée depuis des mois dans le système d’alimentation du Kilauea.
Pendant l’éruption, afin de compléter les données en temps quasi réel fournies par les stations de surveillance du HVO, les scientifiques ont également récolté des échantillons de lave, effectué des mesures de gaz, cartographié les coulées de lave et les fractures, pris des photos et des notes sur le terrain. Toutes ces données importantes permettent de mieux comprendre les éruptions volcaniques et leurs processus.
Les analyses de plusieurs échantillons de lave prélevés tout au long de l’éruption ont montré que la lave était initialement plus évoluée que celle collectée sur le champs de lave du Pu’uO’o avant l’éruption de Kamoamoa. Cela signifie que le dyke qui a alimenté l’éruption a d’abord émis – ou s’est mélangé à – un magma plus ancien qui était stocké dans la zone de rift. Au fur et à mesure que l’éruption s’est poursuivie et que du magma juvénile est arrivé dans le système, la composition de lave a évolué pour ressembler à celle qui avait été émise précédemment au niveau du Pu’uO’o. Il est intéressant de noter qu’une évolution semblable de la composition de la lave a été observée au début de l’éruption de 2018.
Source : USGS, HVO.

J’étais à Hawaii quelques jours avant le début de l’éruption de Kamoamoa. Vous pourrez voir ci-dessous quelques photos du puits de lave sommital, du cratère du Pu’uO’o et de l’East Rift Zone où la lave commençait déjà à s’écouler.

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The 35-year-long Pu’uO’o eruption on Kilauea’s Middle East Rift Zone (MERZ) was a remarkable opportunity for scientists to improve volcano research and monitoring. Even short-lived episodes in this eruption, like the four-day-long Kamoamoa eruption, offered important insights.

In the months leading up to the 2011 Kamoamoa eruption, lava filled Pu’uO’o crater. Steady inflation was recorded at the summit and the MERZ. As the system pressurized, seismicity increased in the upper East Rift Zone and the summit lava lake rose to the highest levels recorded before that time.

On March 5th, 2011, seismic tremor and increased earthquake activity, accompanied by rapid deflation at Pu’uO’o, began abruptly in the early afrternoon. An intrusion uprift drew magma away from beneath Pu’uO’o. Shortly after, the Pu’uO’o crater floor began to subside and the summit lava lake level dropped.

HVO alerted by near real-time seismic alarms and deformation data, quickly conducted an overflight of the area and witnessed the start of the Kamoamoa eruption between Pu’uO’o and Napau craters.

In the first few days, eruptive activity shifted around two fissure systems with vents repeatedly starting and stopping. Early on March 8th, the eruption focused on the two opposite ends of the fissures. The activity waned in the afternoon of March 9th, and around 10:30 p.m. the Kamoamoa eruptive episode was over.

The dike and subsequent eruption acted as a pressure release valve of Kilauea’s magma plumbing system that had been pressurizing for months.

During the eruption, to supplement the near real-time data from HVO monitoring stations, scientists also collected lava samples and gas measurements, mapped lava flows and ground cracks, took photos and detailed field notes. These important data sets help to better understand volcanic eruptions and their processes.

Analyses of multiple lava samples taken throughout the eruption showed that the erupted lava was initially more evolved than the lava collected on the Pu’uO’o flow fields prior to the Kamoamoa eruption. This means that the dike which fed the eruption either pushed out, or mixed with, a body of cooler magma that had been stored in the rift. As the eruption continued, the lava compositions began to resemble those previously erupted at Pu’uO’o, as juvenile lava flushed through the system. This is what happened in the beginning of the 2018 eruption.

Source : USGS, HVO.

I was in Hawaii a few days before the start of the Kamoamoa eruption. Here are some photos of the summit lava pit crater, the Pu’uO’o crater and the East Rift Zone where lava was already beginning to flow.

Photos : C. Grandpey

Nouvelle carte géologique d’Hawaii // New geological map of Hawaii

L’USGS a publié une nouvelle carte géologique de la Grande Ile d’Hawaii, en prenant en compte les changements subis lors des dernières éruptions.
La première cartographie complète de la géologie hawaïenne a commencé avec pour cadre le district de Kaʻū, dans les années 1920. Plus tard, les géologues ont cartographié Maui, Molokaʻi et l’île d’Hawaiʻi. Les cartes géologiques de toutes les îles de l’archipel, à l’exception de Kauaʻi, ont été achevées dans les années 1940. La publication de la carte géologique de Kauaʻi a eu lieu en 1960.
La datation des coulées de lave par analyse des éléments radioactifs n’était pas disponible pour la conception des premières cartes géologiques, de sorte que la progression des coulées de lave a été déduite en cartographiant les superpositions successives des coulées les plus récentes avec les plus anciennes. De cette façon, l’image globale de l’activité volcanique s’est traduite par des coulées plus anciennes occupant de plus grandes surfaces, au détriment des coulées plus récentes
Plus tard, l’analyse chimique des roches de chacune de ces coulées de lave a révélé comment les magmas ont évolué avec le temps au sein de chaque volcan.
L’observation du cycle de vie des volcans hawaiiens et le fait que ces volcans sont plus jeunes en allant vers le sud-est, ainsi que d’autres données géologiques, ont conduit à la notion d’un point chaud (hotspot) mantellique au-dessus duquel se déplacent les îles et la croûte océanique sur lesquelles elles se trouvent. Les volcans hawaiiens naissent au-dessus du point chaud et meurent lentement au fur et à mesure que la croûte océanique les emporte vers le nord-ouest.
La révision majeure suivante de la cartographie géologique d’Hawaii a été lancée dans les années 1980. Grâce à une meilleure compréhension de la tectonique des plaques, de la notion de point chaud et de la datation radiométrique, les géologues de l’USGS ont mis à jour la géologie de l’île d’Hawaii en incluant plus de détails. Les techniques de cartographie s’étaient améliorées avec l’utilisation de la photographie aérienne. La carte, publiée en 1996, comprenait les coulées de lave émises pendant les 12 premières années de l’éruption du Pu’u’ō’ō et toutes les autres éruptions du Kilauea et du Mauna Loa depuis 1942. En utilisant les données de cette carte, l’USGS a publié la première carte des risques liés aux coulées de lave sur l’île d’Hawaï.
La dernière carte géologique de l’État d’Hawaii, publiée en 2021, mise à jour à partir d’une version préliminaire de 2007, comprend la première cartographie des années 1940, la carte géologique de 1996 de l’île d’Hawaii, une nouvelle cartographie des volcans Maui Est, Oʻahu Ouest et Molokaʻi Ouest, ainsi que les débordements de lave de l’Halemaʻumaʻu et les coulées de lave dans le District de Puna en 2018.
La brochure qui accompagne les cartes explique comment chaque île s’est formée dans le cadre géologique de l’ensemble de l’archipel. Sur Kauaʻi, le bassin de Līhuʻe s’est probablement formé par affaissement mais on ne sait toujours pas si un ou deux volcans ont formé l’île. Oʻahu a été édifiée par trois volcans, et non deux comme on le pensait à l’origine. Sur l’île de Maui, l’Haleakalā entre en éruption tous les 200 à 500 ans et son éruption la plus récente remonte probablement à plus de 400 ans, et non à la fin des années 1700 comme on le pensait auparavant.
La carte de 2021 est disponible en fichiers pdf. Une version papier de la carte est également en préparation, mais la date de publication n’a pas été précisée..

https://pubs.usgs.gov/sim/3143/sim3143_pamphlet.pdf

Source : USGS.

 

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USGS has released a new geological map ohf Hawaii Big Island showing the changes undergone during the past eruptions.

The earliest comprehensive mapping of Hawaiian geology began in the Kaʻū District, in the 1920s. Later, geologists mapped Maui, Molokaʻi and the Island of Hawaiʻi. Geologic maps of all the islands except Kauaʻi were completed in the 1940s.The publication of the geologic map of Kauaʻi occurred in 1960.

Dating of lava flow by analysis of decaying radioactive elements was not yet available for designing the early geologic maps, so the progression of lava flows was deduced by mapping successive overlap of newer over older lava flows. In that way, a general sequence of volcanic activity was deduced, but resulted in older flows being grouped in larger units.

Chemical analysis of rocks from each of these lava flows revealed how magmas changed with time within each volcano.

The life cycle of Hawaiian volcanoes and the observation that Hawaiian volcanoes get younger to the southeast, along with other geologic data, led to the idea of mantle hotspots over which the islands and the oceanic crust on which they are built moves. Hawaiian volcanoes are born over the hotspot and slowly die as the oceanic crust carries them off in a northwest direction.

The next major revision of geologic mapping was launched in the 1980s. With a firm understanding of plate tectonics, hotspots, and radiometric dating, USGS geologists remapped the geology of the Island of Hawaiʻi in more detail. Mapping techniques had improved and included use of aerial photography. The map, published in 1996 included lava flows from the first 12 years of the Puʻuʻōʻō eruption and every other eruption of Kīlauea and Mauna Loa since 1942. Using the data from this map, the USGS published the first Lava Flow Hazard Map showing the relative hazard from lava flows on the Island of Hawaiʻi.

A new geologic map of the State of Hawaii in 2021, updated from a preliminary 2007 version, includes the early mapping of the 1940s, the 1996 geologic map of the Island of Hawaiʻi, new mapping of East Maui, West Oʻahu and West Molokaʻi volcanoes, and the Halemaʻumaʻu overflows and Puna lava flows of 2018.

The pamphlet that accompanies the maps compiles new ideas about the way each island formed with the upgraded geologic framework of the islands. On Kauaʻi, the Līhuʻe basin probably formed by subsidence but there is still a question about whether one or two volcanoes formed the island. Oʻahu was built by three volcanoes, not two as originally thought. Haleakalā erupts every 200 to 500 years and its most recent eruption was probably more than 400 years ago, and not in the late 1700s as previously thought.

The 2021 map is available as pdf files. A printed version of the map is also in the works, but the publication date has not been finalized yet.

Cliquer pour accéder à sim3143_pamphlet.pdf

Source : USGS.

 

Portion de la carte géologique mise à jour en 2021. On y voit une partie du District de Puna, où les dernières coulées de lave ont été ajoutées. (Source : USGS)

Cliquer sur ce lien pour une image plus grande :

https://cdn.bigislandnow.com/file/bigislandnow/2022/02/HawaiiStateGeologicMap-vw.jpg

Etna (Sicile) : nouvelle crise éruptive // Mt Etna (Sicily) : new eruptive crisis

L’Etna a connu une nouvelle crise éruptive ce 21 février 2022. Vers 9 heures ce matin (heure locale), l’INGV a détecté une anomalie thermique au niveau du Cratère Sud-Est (CSE).

Vers 10h, une activité strombolienne a débuté dans ce même cratère.

Vers midi, l’activité strombolienne a évolué en fontaines de lave, avec un panache éruptif qui atteignait une douzaine de km de hauteur. Le tremor montrait un niveau élevé.

Vers 13h, l’INGV signalait un débordement de lave du cratère, avec une coulée qui se dirigeait vers le SO.

Vers 14 heures, les fontaines de lave avait cessé, mais le panache éruptif entraînait des retombées de cendres dans les secteurs de Viagrande, Trecastagni et Zafferana. La population de San Giovanni la Punta, Acireale, Santa Venerina, Milo a, elle aussi, dû sortir les balais. La coulée de lave restait alimentée, mais le tremor entamait sa décroissance.

A 16 heures, la crise éruptive était terminée, mais la coulée de lave restait un peu alimentée en se dirigeant vers l’Est.

L’aéroport de Catane a été momentanément fermé au trafic aérien.

Source: INGV.

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Mt Etna went through a new eruptive crisis on February 21st, 2022. Around 9 a.m. this morning (local time), INGV detected a thermal anomaly at the Southeast Crater (SEC).
Around 10 a.m., Strombolian activity began in this crater.
Around noon, Strombolian activity evolved into lava fountains, with an eruptive plume that reached a dozen km in height. The tremor showed a high level.
Around 1 p.m., INGV reported a lava overflow from the crater, with a flow heading SW.
Around 2 p.m., the lava fountains had ceased, but the eruptive plume was causing ashfall in the Viagrande, Trecastagni and Zafferana areas. The population of San Giovanni la Punta, Acireale, Santa Venerina, Milo also had to take out the brooms. The lava flow remained fed, but the tremor began to decrease.
At 4 p.m., the eruptive crisis was over, but the lava flow remained a little fed as it headed east.
Catania airport was temporarily closed to air traffic.
Source: INGV.

Le tremor avec la crise éruptive du 21 février 2022 (Source : INGV)

Bilan de l’éruption du Cumbre Vieja (La Palma) // Assessment of the Cumbre Vieja eruption (La Palma)

L’éruption du Cumbre Vieja à La Palma a été officiellement déclarée terminée le 25 décembre 2021 et il est maintenant temps de faire le bilan de l’événement qui s’est vu attribuer un VEI 3 (sur une échelle de 8 niveaux).
Pendant 85 jours d’éruption, la lave a recouvert une superficie de 1 219 ha de terres. L’épaisseur moyenne de la couche de lave a été estimée à 12 m avec un maximum de 70 m.
Au total, six cratères ont été créés par l’éruption. La dimension du plus grand est de 172 m sur 106 m.
Le volume de lave émis a été estimé à 34 millions de m3 et le volume total de matériaux (lave et cendres) expulsé par le volcan est supérieur à 200 millions de m3.
Environ 7 000 personnes sur les 83 000 habitants de l’île ont été évacuées. Aucun blessé ou mort n’a été directement lié à l’éruption.
La superficie subaérienne des deltas de lave est de 48 ha : 43,46 ha pour le delta sud et 5,05 ha pour le delta le plus au nord.
L’éruption a détruit 2 988 bâtiments, dont des maisons, des écoles, des églises et des centres de santé. (Estimation par satellite Copernicus).
Selon le cadastre, 1 676 bâtiments ont été affectés, dont 1 345 à usage d’habitation, 180 structures agricoles, 75 bâtiments industriels, 44 de loisirs et d’accueil, 16 à usage public et les 16 à d’autres usages.
Les données cadastrales montrent que 370 ha de cultures ont été affectés par l’éruption : 228,69 ha de bananeraies, 68,05 ha de vignes et 27,43 ha d’avocatiers. Par ailleurs, 412 ha de bananiers ont été recouverts de cendres, ainsi que 128 ha de vignes et 84 ha d’avocatiers. La culture de la banane représente près de 50 % de l’économie de l’île.
73,8 km de routes ont été détruites ou endommagées, ainsi que 10,8 km de rues.
Les dégâts devraient dépasser 1 milliard de dollars US, mais les autorités se sont engagées à aider La Palma à se reconstruire après la catastrophe.
Source : PEVOLCA.

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The eruption at Cumbre Vieja volcano in La Palma was declared officially over on December 25th, 2021 and it is now time to take stock of the event which was assigned a VEI 3 (on a scale of 8 levels).

During 85 days of eruptive process, lava covered an area of 1 219 ha of land. The average estimated thickness is 12 m with a maximum of 70 m.

In total, six craters have been created. The dimension of the largest crater is 172 m by 106 m.

The estimated volume of the amitted lava is 34 million m3 and the estimated volume of the total emitted material is greater than 200 million m3.

About 7 000 people, out of 83 000,residents on the island were forced to evacuate. No injuries or deaths have been directly linked to the eruption.

The subaerial area of the lava deltas is 48 ha : 43.46 ha for the southern delta and 5.05 ha for the northernmost delta.

The eruption destroyed 2 988 buildings, including homes, schools, churches, and health centers, according to the Copernicus satellite-based estimation.

According to the Cadastre, 1 676 buildings were affected, of which 1 345 residential, 180 agricultural, 75 industrial, 44 for leisure and hospitality, 16 for public use, and the remaining 16 for other uses.

Cadastre data shows 370 ha of affected crops : 228.69 ha of banana fields, 68.05 ha of vineyards, and 27.43 ha of avocados. In addition, 412 ha of banana trees have been covered by ashes, as well as 128 ha of vineyards, and 84 ha of avocados. Banana plantations account for nearly 50% of the island’s economy.

73.8 km of roads have been affected, as well as 10.8 km of streets.

Damage is ex pected to exceed 1 billion USD, but the authorities pledged to help La Palma build after the disaster.

Source: PEVOLCA.

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