Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Dernières nouvelles // Latest news

17 heures (heure métropole) : L’éruption se poursuit, avec le tremor qui se maintient à un niveau relativement stable.

Ce matin, le front de coulée se trouvait à environ 1000 m d’altitude dans le haut des Grandes Pentes, à 3,8 km de la RN 2, au vu des relevés effectués à partir de la webcam du Piton Cascades.

L’OVPF indique que depuis le début de l’éruption aucune déformation significative n’a été enregistrée, et 5 séismes volcano-tectoniques superficiels ont été détectés sous la zone sommitale. A noter que l’intrusion latérale de magma vers le site éruptif le 02 avril a causé des déformations et une sismicité extrêmement faibles. Cela peut s’expliquer par le fait que la propagation latérale s’est faite dans un milieu déjà ouvert et extrêmement fragilisé par les éruptions de 2019 et février 2020 dans ce même secteur.

Pendant cette période de confinement, l’OVPF  reste mobilisé pour le suivi de cette crise à distance en télétravail et s’appuie sur l’ensemble capteurs permanents installés sur le volcan. Leurs données arrivent en temps réel sur les serveurs de l’Observatoire.

Le personnel de l’Observatoire restant confiné, il serait malhonnête de ma part de publier des photos de personnes qui ne respectent pas les mesures de confinement. La vidéo que j’ai signalée ce matin est vraiment limite !

Source : OVPF.

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17:00 (Paris time) : The eruption continues, with the tremor remaining at a relatively stable level.
This morning, the flow front was located about1000 m a.s.l., above the Grandes Pentes, 3.8 km from the RN 2, according to measurements taken from the webcam of Piton Cascades.
OVPF indicates that no significant deformation has been recorded since the beginning of the eruption. 5 shallow volcano-tectonic earthquakes have been detected beneath the summit area. It should be noted that the lateral magma intrusion toward the eruptive site on April 2nd, caused extremely low deformation and seismicity. This can be explained by the fact that the lateral intrusion took place in an already open environment that was extremely weakened by the eruptions of 2019 and February 2020 in this same area.

During the lockdown, OVPF remains operational to monitor this crisis from a distance by telework and relies on the set of permanent sensors installed on the volcano. Their data arrives in real time onto the Observatory’s servers.
As the Observatory’s staff remain confined, it would be dishonest on my part to publish photos of people who do not comply with the lockdown measures. The video I posted this morning is really borderline!
Source: OVPF.

Image du tremor le 3 avril 2020 (Source: OVPF)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Dernières nouvelles de l’éruption // Latest news of the eruption

 8 heures (heure métropole) : La météo est toujours mauvaise sur le Piton de la Fournaise et il sera encore difficile aujourd’hui d’observer le déroulement de l’éruption qui se poursuit. L’intensité du tremor est relativement stable. Selon l’OVPF, la hausse observée aux alentours de 3 heures du matin serait due à l’arrivée d’un front pluvieux et orageux sur le volcan qui bruite les signaux. Un ami réunionnais se demande si cela n’annonce pas la fin prochaine de l’éruption, comme cela s’est déjà produit dans le passé.

Une cartographie précise réalisée le 10 février en soirée montre une extension des coulées plus importante que celle estimée précédemment, avec un champ de lave sur la partie haute du cône terminal et un bras de coulée qui s’est écoulé vers le sud.  Actuellement seul le bras nord qui s’écoule vers l’est reste actif.
Cette nouvelle cartographie montre un front de coulée à environ 1400 m d’altitude. Il est remarquable de noter que les fissures les plus hautes en altitude se sont ouvertes dans le même secteur que les fissures des éruptions du 18 février et 11 juin 2019 (voir carte ci-dessous). Cela montre que le dyke qui a alimenté cette éruption a repris en partie en profondeur un chemin déjà ouvert lors des précédentes éruptions. Cela explique aussi la rapidité du magma pour atteindre la surface (23 minutes entre le début de la crise sismique et l’ouverture des premières fissures éruptives)…et pourquoi l’éruption a surpris tout le monde !

Source : OVPF.

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 8 am (Paris time): The weather conditions are still poor over Piton de la Fournaise and it will be difficult today to observe the progress of the eruption. The intensity of the tremor is relatively stable. According to OVPF, the increase observed around 3 am was due to the arrival of a rainy and stormy front on the volcano and causing noise on the signals. A friend from Reunion wonders if this does not herald the imminent end of the eruption, as has already happened in the past.
A precise mapping carried out on February 10 in the evening shows a larger extension of the flows than previously thought, with a lava field on the upper part of the summit cone and a branch of the flow travelling south. Currently only the north branch flowing east remains active.
This new mapping shows the lava front is located at about 1,400 m a.s.l. It is remarkable to note that the highest fissures opened in the same area as those of the eruptions of February 18 and June 11, 2019 (see map below). This shows that the dyke which fed this eruption partially used in depth a path already opened during previous eruptions. This also explains the speed of magma to reach the surface (23 minutes between the start of the seismic crisis and the opening of the first eruptive fissures) … and why the eruption surprised everyone!
Source: OVPF.

Source: OVPF

Des volcans jeunes sur Vénus? // Young volcanoes on Venus ?

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous sommes si impatients de trouver des volcans potentiellement actifs sur d’autres planètes alors que nous en savons si peu sur ceux qui existent sur Terre. Nous savons à peine prévoir les éruptions et pas du tout les séismes et nous nous acharnons à étudier le comportement des volcans sur des planètes sur lesquelles nous ne mettrons probablement jamais les pieds!
En lisant le site web space.com, nous apprenons qu’il se pourrait bien que Vénus héberge des volcans potentiellement actifs car des éruptions ont peut-être eu lieu il y a quelques années. C’est la conclusion d’une étude récente publiée dans la revue Science Advances.
Certains signes montrent que Vénus pourrait posséder des volcans actifs. Les scientifiques ont en effet détecté des traces de gaz sulfureux dans son atmosphère. De plus, en analysant en 2010 les données fournies par la sonde Venus Express de l’ESA, ils ont découvert que certaines coulées de lave sur Vénus sont âgées de moins de 2,5 millions d’années, et peut-être même moins de 250 000 ans. Ils ont trouvé des émissions inhabituellement élevées de lumière visible dans le proche infrarouge sur un certain nombre de sites sur Vénus. En théorie, on devrait détecter des émissions plus faibles de cette lumière sur les surfaces les plus anciennes suite à leur longue exposition à l’atmosphère chaude et caustique de Vénus. Les chercheurs ont donc conclu que ces zones d’émissions plus élevées de lumière visible dans le proche infrarouge étaient liées à des coulées de lave récentes. Cependant, leur âge exact reste incertain. En effet, nous ne savons pas à quelle vitesse les roches volcaniques s’altèrent au contact de l’atmosphère très agressive de Vénus et comment ces modifications interagissent avec les émissions de lumière visible dans le proche infrarouge.
Pour voir si les coulées de lave sur Vénus sont récentes, les scientifiques ont fait des expériences avec des cristaux d’olivine. Ils ont chauffé l’olivine dans les conditions d’atmosphère terrestre à l’intérieur d’un four à 900°C maximum pendant un mois. Ils ont découvert que l’olivine se recouvre en quelques jours d’une couche composée essentiellement d’hématite d’un noir rougeâtre rendant certaines caractéristiques de l’olivine plus difficiles à détecter.
Étant donné que le Venus Express de l’ESA – qui a tourné autour de Vénus de 2006 à 2014 – a été capable de détecter des signes réels d’olivine, les dernières expériences laissent supposer que cette olivine provenait d’éruptions volcaniques récentes, sinon, les réactions chimiques avec l’atmosphère de Vénus l’auraient obscurcie.
Les scientifiques poursuivront leurs recherches avec d’autres minéraux volcaniques , mais cette fois dans des conditions semblables à l’atmosphère de Vénus qui est riche en soufre et dioxyde de carbone.
Source: Space.com.

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 I fail to understand why we are so eager to find possibly active volcanoes on other planets while we know so little about volcanoes on Earth. We are not able to predict eruptions or earthquakes and we insist on studying the behaviour of volcanoes on planets we will probably never set foot on!

Reading the website space.com, we learn that Venus may still harbour active volcanoes, with eruptions taking place as recently as a few years ago. This is the conclusion of a new study published in the journal Science Advances.

There are indeed indications that Venus might harbour active volcanoes. Scientists have detected traces of sulphurous gases in its atmosphere. In addition,  researchers analyzing data from ESA’s Venus Express probe in 2010 discovered that some of the lava flows on Venus are less than 2.5 million years old, and possibly even less than 250,000 years old. They found unusually high emissions of visible to near-infrared light from a number of sites on Venus. Surface regions that are old are expected to have lower emissions of such light after long exposure to weathering from Venus’ hot, caustic atmosphere, so these patches of higher emissions were linked to recent lava flows. However, their exact ages remain uncertain. This is because we do not know how quickly volcanic rocks alter in response to Venus’ harsh atmosphere and how such changes influence emissions of visible to near-infrared light.

To see if lava flows on Venus are recent, scientists experimented with crystals of olivine. They heated olivine along with regular Earth air in a furnace up to 900 degrees Celsius for up to a month. They found olivine became coated within days mostly with the reddish-black mineral hematite, which in turn made certain features of olivine more difficult to detect.

Since ESA’s Venus Express – which orbited Venus from 2006 to 2014 – apparently could detect signs of olivine even from orbit, these new findings suggested that such olivine came from volcanic eruptions recently; otherwise, chemical reactions with Venus’ atmosphere would have obscured it.

The scientists will continue their research with other volcanic minerals baked in air more similar to Venus’ atmosphere which is laden with carbon dioxide and sulphur.

Source: Space.com.

Eruption sur Io, la lune de Jupiter (Source: NASA)


Mesure de l’épaisseur des coulées de lave // How to measure the thickness of lava flows

Au cours des premières années de l’éruption du Kilauea au niveau du Pu’uO’o, les scientifiques de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) ont mesuré l’épaisseur des coulées de lave en effectuant des relevés manuels en bordure de chaque coulée. Le volume de la coulée était ensuite calculé en multipliant sa surface par son épaisseur moyenne. Le débit éruptif était égal à ce volume divisé par la durée de l’éruption en secondes. Pendant la première année d’activité du Pu’uO’o en 1983, le débit éruptif a été estimé entre 15 et 65 mètres cubes par seconde. Cependant, cette méthode ne tenait pas compte de toutes les variations d’épaisseur des coulées à travers le champs de lave. Par exemple, de nombreuses coulées a’a, comme la coulée de lave émise par la Fracture n° 8 en 2018, abritent un chenal ou une cavité vide. En conséquence, si l’on suppose que la coulée présente une épaisseur constante, on surestime le volume de la lave ainsi que le débit éruptif.
En 1993, les scientifiques ont utilisé un radar aéroporté et survolé Kilauea à un peu moins de 8 km d’altitude. Le radar pouvait élaborer une image des coulées de lave avec une précision de 1 à 2 mètres. Il était également en mesure de fournir des milliers de points de hauteur de la surface de chaque coulée de lave, et pas seulement l’épaisseur en bordure de coulée, comme cela se faisait auparavant. Le volume d’une coulée calculé de cette manière (hauteur de la surface du sol avant la éruption soustraite de la hauteur de la lave de 1993) était légèrement supérieur à celui calculé avec la méthode classique de mesure manuelle en bordure des coulées.

Un progrès dans la mesure de l’épaisseur des coulées est intervenu avec l’arrivée du LIDAR [Light (ou Laser Imaging) Detection And Ranging], appareil qui émet un faisceau laser et en reçoit l’écho (comme le radar), ce qui permet de déterminer la distance d’un objet. Le LIDAR a été embarqué à bord d’avions ou d’hélicoptères et a envoyé des milliards d’impulsions laser en direction du sol. On a ainsi obtenu une foule de données précises (à quelques centimètres près) sur l’épaisseur des coulées de lave.
Au cours des dernières années, les géologues ont obtenu des résultats semblables en hélicoptère, en prenant des photos numériques superposées du sol, avec pour chaque cliché les coordonnées GPS de l’appareil photo. Les logiciels informatiques utilisant la “Surface-from-Motion” (SfM) technique – Surface à partir du Mouvement – peuvent identifier automatiquement les emplacements communs sur des photos adjacentes et réaliser une image 3 D des hauteurs du sol à partir de centaines de photos. Un autre avantage est que les photos peuvent être assemblées pour produire une carte haute résolution, en mosaïque de photos, de la zone observée.
Lors de l’éruption dans l’East Rift Zone du Kilauea en 2018, des appareils photo ont été embarqués sur des drones. A partir de quelque 2 800 photographies aériennes, le logiciel SfM a calculé 1,5 milliard de points communs qui ont été connectés pour créer un modèle altimétrique numérique à l’échelle du centimètre de la coulée de lave dans le district de Puna. Un modèle pré-éruptif obtenu avec le LIDAR a été soustrait du modèle réalisé avec la technique SfM du drone pour produire une carte d’épaisseur des coulées de lave. Une première version de cette carte, publiée sur le site web du HVO le 19 février 2019, est visible ci-dessous. (https://volcanoes.usgs.gov/volcanoes/kilauea/multimedia_maps.html)

En utilisant cette première ébauche de la carte, on peut obtenir une estimation approximative du volume total de lave émis au cours de l’éruption : environ 0,8 kilomètre cube. En tenant compte des cavités dans la lave et en divisant par la durée de l’éruption, on obtient un débit éruptif minimum d’environ 50 à 200 mètres cubes par seconde. Ce débit éruptif est nettement supérieur à la plupart de ceux enregistrés lors des précédentes éruptions du Kilauea.

Source: USGS / HVO.

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During the first few years of Kilauea Volcano’s eruption at Pu’uO’o, Hawaiian Volcano Observatory (HVO) scientists measured thicknesses using hand levels at multiple locations along the edges of each lava flow. The flow volume was then calculated as the product of the flow area multiplied by the average flow thickness. The eruption rate equalled this volume divided by the duration of the eruption in seconds. For the first year of Pu’uO’o activity in 1983, calculated eruption rates were 15-65 cubic metres per second. However, this method did not rale into account all the variations of lava flow thicknesses across flows. For example, many a’a flows, like Kilauea’s fissure 8 lava flow in 2018, host an empty lava channel. If they assumed that the flow was uniformly as thick as the height of its edges, scientists would overestimate the lava flow volume as well as the eruption rate.

In 1993, scientists used an airborne radar flown over Kilauea at an altitude of just under 8 km. The radar could image a lava flow with accuracies of 1-2 metres and determine thousands of surface elevations for each lava flow, not just a few thicknesses along its edge. Flow volumes calculated this way (pre-eruption elevations of the ground surface subtracted from the 1993 elevations of a lava flow) were slightly higher than those calculated with the simpler method of measuring thicknesses along flow edges.

The next improvement in measuring flow thickness was the development and use of Light Detection and Ranging (LIDAR). Specialized equipment was flown over an area by airplane or helicopter, from which billions of laser pulses showered down to the ground. This produced details on lava flow surface elevations accurate to a few centimetres.

Over the last few years, similar results have been obtained by geologists in helicopters snapping overlapping digital photos of the ground, each tagged with the camera’s GPS coordinates. Computer software, using the “Surface-from-Motion” (SfM) technique, can automatically identify common locations in adjacent photos and assemble a 3-dimensional image of ground elevations from hundreds of photos. A bonus is that the photos can be stitched together to produce a single, high-resolution, photo mosaic map of the area.

During Kilauea’s 2018 lower East Rift Zone eruption, cameras on drones did the photography. Using about 2,800 aerial photographs, the SfM software calculated 1.5 billion common points that were connected to create a centimetre-scale digital elevation model of the Puna lava flow. A pre-eruption LIDAR digital elevation model was subtracted from the drone SfM digital elevation model of the erupted flows to produce a lava flow thickness map. A preliminary version of this map was posted on the HVO website on February 19, 2019 and can be seen here below. (https://volcanoes.usgs.gov/volcanoes/kilauea/multimedia_maps.html)

Using the preliminary map, one can calculate a rough estimate of the total volume of lava erupted and added to the land surface: about 0.8 cubic kilometres. When corrected for voids in the lava and divided by the duration of the eruption, this yields a minimum eruption rate of about 50-200 cubic metres per second. This eruption rate is significantly larger than most known Kilauea eruption rates.

Source : USGS / HVO.

Source: USGS / HVO

La Fracture n°8 a émis d’énormes quantité de lave dans l’East Rift Zone  en 2018 (Crédit photo : USGS /HVO)