Kilauea (Hawaii / Etats Unis)

drapeau francaisCela fait plusieurs années que la quantité de lave émise par le Kilauea le long de l’East Rift Zone est bien inférieure à ce qu’elle était au début de l’éruption du Pu’uO’o. En fait, les calculs montrent que, depuis 2010, le volume de lave émis correspond à peine à la moitié de ce qu’il était auparavant.
La raison de cette situation reste un mystère. Il se peut que ce soit une conséquence de l’ouverture de la bouche éruptive au sommet du Kilauea en 2008, dans le cratère de l’Halema’uma’u. Il se peut aussi que ce soit dû à une variabilité naturelle de l’arrivée de magma sous le volcan.
Au bout du compte, on a une activité de surface bien moindre, comme on peut s’en rendre compte en observant la coulée de lave Kahauale’a 2, active depuis mai 2013. De plus, aucune lave n’est entrée dans l’océan depuis un bon bout de temps.
Les cycles fréquents de déflation et d’inflation (« D/I events ») au sommet du Kilauea perturbent l’alimentation du Pu’uO’o et entraînent des fluctuations spectaculaires dans l’alimentation de la coulée Kahauale’a 2.
La combinaison de ces deux facteurs – faible débit effusif et perturbations répétées – a rendu très irrégulière l’avancée de la coulée Kahauale’a 2 au cours de l’année écoulée. C’est ce qui explique pourquoi le front n’a progressé que de 1,8 kilomètres depuis le début du mois de novembre 2013. La lave a de nouveau légèrement avancé fin avril et début mai 2014. Toutefois, cette période a correspondu à une forte augmentation de la pression dans la chambre magmatique sous le Kilauea, phénomène révélé par l’inflation et l’extension sommitale, qui a entraîné une forte montée de la lave dans le cratère de Halema’uma’u, jusqu’à une trentaine de mètres sous la lèvre.
Sur l’East Rift Zone, l’augmentation de pression a entraîné l’apparition de nouvelles coulées de lave à partir de plusieurs spatter cones sur le plancher du Pu’uO’o. Cette montée de lave dans le cratère constituait une menace pour les webcams du HVO sur le bord nord du cratère et elles ont dû être déplacées.
Cette période d’activité intense a brusquement cessé le 10 mai 2014. Une déflation brutale et l’augmentation de la sismicité au sommet du Kilauea ont alors marqué une chute de la pression sous le sommet, probablement à la suite d’une intrusion magmatique sous la surface, au sud du sommet. Les coulées de lave à l’intérieur et autour du Pu’uO’o ont rapidement cessé d’avancer, et l’avancée de la coulée Kahauale’a 2 a elle aussi été stoppée après avoir atteint 8,8 kilomètres.
Depuis la fin mai, le sommet du Kilauea connaît une nouvelle phase de gonflement, avec une pression semblable à celle qui a précédé l’intrusion magmatique de mai 2014. Le lac de lave de l’Halema’uma’u a retrouvé son niveau de début mai. Malgré cela, le débit effusif de la coulée Kahauale’a 2 est encore plus faible qu’avant, ce qui laisse supposer une importante modification dans le système d’alimentation magmatique.
Au vu de la forte pression sous le Kilauea et de la faible pression sous le Pu’uO’o, on peut se demander si une nouvelle intrusion va se produire sous le sommet du Kilauea ou si on se dirige vers quelque chose de plus important, comme l’ouverture de la fracture éruptive de Kamoamoa en mars 2011. Il peut aussi qu’il ne se produise rien de tout cela !
Source: HVO.

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drapeau anglaisFor the past several years, the amount of lava erupting from Kilauea’s East Rift Zone has been well below the long-term output rate established earlier in the Pu’uO’o eruption.

In fact, calculations show that, since 2010, only about half as much lava is being erupted as before.

The reason for this is unknown; it may be a consequence of the opening of Kilauea’s summit eruptive vent in 2008 within Halema’uma’u Crater, or perhaps it is a natural variability in the amount of magma arriving beneath the volcano.

The result has been less surface activity than usual, which is evident with the Kahauale‘a 2 lava flow, which has been active since May 2013. Moreover, no lava has entered the ocean for quite a long time.

Frequent cycles of deflation and inflation (DI events), which occur at Kīlauea’s summit, repeatedly disrupt the supply of magma reaching Pu’uO’o, causing the amount of lava feeding the Kahauale‘a 2 flow to fluctuate dramatically.

The combination of these two factors — low effusion rate and repeated disruptions — has resulted in the erratic forward movement of the Kahauale‘a 2 flow over the past year. In this way, the flow front has not advanced more than 1.8 km since the first time it stalled in early November, 2013. It slightly advanced in late April and early May 2014. This period, however, was accompanied by more profound pressurization within the magma chamber beneath Kilauea, as indicated by summit inflation and extension, which led to a relatively high lava level within the lava lake in Halema’uma’u Crater.

In the East Rift Zone, the increased pressure manifested itself as new lava flows from several spatter cones on the floor of the Pu’uO’o crater. This renewed filling of the crater brought lava to within just a few metres of HVO webcams positioned on the north rim of the crater.

This period of heightened activity came to a sudden end on May 10th, 2014, when an abrupt deflation and increase in seismicity at Kilauea’s summit marked the release of summit pressurization, likely a result of the intrusion of magma beneath the surface just south of the volcano’s summit. The new lava flows within and around Pu’uO’o quickly stagnated, and the forward movement of the Kahauale‘a 2 flow was disrupted after it had reached 8.8 km.

Since late May, the summit of Kilauea has been inflating once again, reaching a pressurization state similar to that prior to the May 2014 intrusion. The summit lava lake has also risen to a level comparable to its level in early May. Despite this, the Kahauale‘a 2 flow has been even weaker than before, suggesting a fundamental change in the magmatic plumbing system.

With the current pressurized state of Kilauea, and especially with the lack of much pressurization at Pu’uO’o , we may wonder whether it will result in another small intrusion beneath Kilauea’s summit, or perhaps in something even more significant, such as the March 2011 Kamoamoa fissure eruption along the volcano’s East Rift Zone. Then again, it may lead to nothing !

Source: HVO.

Carte coulée hawaii

La coulée de lave Kahauale’a2 a très peu avancé au cours des dernières semaines  (Source: HVO)

Hawaii: Le cratère de l’Halema’uma’u (5)

Le deuxième plus grand lac de lave

Le cratère de l’Halema’uma’u a beaucoup grandi depuis sa naissance en mars 2008. Le 19 de ce mois, la bouche avait un diamètre de 35 mètres. Aujourd’hui, il présente une forme plutôt ovale de 210 mètres sur 160. C’est le deuxième plus grand lac de lave au monde après celui du Nyiragongo en République Démocratique du Congo.

S’agissant de la profondeur, des mesures ont été effectuées au moment de la vidange du lac en 2011. On s’est alors aperçu que la cavité qui le contenait avait une forme d’entonnoir et s’enfonçait jusqu’à plus de 200 mètres de profondeur.

Halemaumau-profondeur

Source:  USGS / HVO

 Une autre caractéristique du lac de lave est sa capacité à former des banquettes au gré des variations de son niveau. Ces banquettes ont en général une durée éphémère. On reconnaît facilement l’une d’elles en bleu plus clair sur cette image fournie par la caméra thermique

 Halemaumau-banquette

Source:  HVO

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Conclusion

Aujourd’hui, rien n’indique que l’éruption du Kilauea est en passe de s’arrêter. Personne ne peut dire non plus comment elle évoluera. Le lac de lave s’agrandira-t-il encore davantage ? De nouvelles fractures éruptives apparaîtront-elles le long de l’East Rift Zone ? La lave atteindra-t-elle de nouveau l’océan ? Une éruption du Mauna Loa est-elle susceptible d’affecter le  comportement du Kilauea ? Seule la déesse Pele – qui demeure dans le cratère de l’Halema’uma’u et qui, un jour, m’a tendu la main – est susceptible d’apporter une réponse à toutes ces questions!

 Main-Pelee

Photo:  C. Grandpey

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Je terminerai cette évasion vers le cratère de l’Halema’uma’u en condamnant fermement ceux qui passent outre les interdictions d’accès mises en place par le Parc des Volcans, que ce soit pour l’Halema’uma’u ou le Pu’uO’o. Comme je l’ai indiqué précédemment, ces interdictions (contrairement à certaines autres) sont parfaitement justifiées au vu de la dangerosité des sites. Les gaz émis par le lac de lave de l’Halema’uma’u sont extrêmement agressifs (les poumons vous remercient d’avance!) et l’approche du Pu’uO’o demande une bonne connaissance du terrain.

Enfreindre une interdiction est déjà méprisable; s’en vanter dans des revues comme certains se plaisent à le faire relève à mes yeux d’un comportement de voyou. Il ne faut pas se faire d’illusions: un jour où l’autre un accident se produira. Connaissant l’attachement des Américains à leurs lois et à leur respect, ça ne rigolera pas! Le problème, c’est que ce genre de comportement irresponsable aura des répercussions sur les gens honnêtes qui se décarcassent pour obtenir des autorisations et autres permis de travail sur le Kilauea!

Il est tout à fait regrettable que L’Association Volcanologique Européenne fasse apparaître en couverture et à l’intérieur de sa revue du mois de mai 2014 des images interdites!

 

Hawaii: Le cratère de l’Halema’uma’u (4)

Le lac de lave et le Kilauea

Au cours de l’année 2013, le niveau du lac est resté relativement stable, oscillant entre 30 et 50 mètres sous la lèvre. Ces fluctuations correspondent aux épisodes de gonflement et de dégonflement qui animent le Kilauea, comme on peut s’en rendre compte avec ces courbes parallèles (niveau du lac en haut ; épisodes de gonflement et de dégonflement [« D/I events »]  du Kilauea en dessous) :

 Halemaumau-tilt

(Source: HVO)

 En observant ces courbes et en utilisant les différents instruments mis à sa disposition (satellites, GPS, etc.), le HVO peut également se rendre compte de la pression exercée par le magma dans la chambre et évaluer un éventuel risque éruptif le long de l’East Rift Zone puisque l’on sait qu’il existe une relation entre le sommet et ce secteur du volcan.

A noter toutefois que si l’on observe des débordements de lave en surface le long de l’East Rift Zone au moment des éruptions, ce phénomène ne s’est encore jamais produit au niveau de l’Halema’uma’u où la lave est toujours restée confinée à l’intérieur du pit crater. Comme indiqué précédemment, elle est animée par des mouvements de convection qui la font revenir dans les profondeurs.

Halemau-02

Photo:  C.  Grandpey

Hawaii: Le cratère de l’Halema’uma’u (3)

Le lac de lave

Depuis le mois de février 2010, un lac de lave occupe en permanence l’ »Overlook Crater ». A sa surface, on observe des mouvements de convection qui ne sont pas constants ; ils vont tantôt du sud au nord, tantôt du nord au sud. Voici une petite animation montrant le lac le 8 avril 2010 à travers la caméra thermique :

http://hvo.wr.usgs.gov/multimedia/archive/2009/Nov/HMMvent_08April2010.mov

Au fil des mois, de nouveaux effondrements déclenchant des explosions à la surface du lac ont contribué à agrandir le cratère. En mars 2011, le diamètre atteignait environ 150 mètres, tandis que la surface du lac de lave se trouvait à une soixantaine de mètres sous la lèvre.

Le 5 mars,  le niveau du lac descendit brusquement, jusqu’à disparaître au fond du cratère, un événement à nouveau impressionnant, comme le montre cette vidéo avec la caméra thermique:

http://hvo.wr.usgs.gov/multimedia/uploads/multimediaFile-48.mov

 Halemaumau-vidange

(Source:  HVO)

 La cause de la vidange fut facile à comprendre. Elle était provoquée par la sortie de lave provoquée par une éruption fissurale sur le site de Kamoamoa, le long de l’East Rift Zone, à une quinzaine de kilomètres de l’Halema’uma’u :

http://hvo.wr.usgs.gov/multimedia/uploads/multimediaFile-1.mov

L’éruption a provoqué une dépressurisation qui a entraîné la vidange du lac de lave.

Le lac resta invisible pendant environ une semaine puis, petit à petit, retrouva son niveau initial.

En 2012, le lac atteignit son plus haut niveau jamais observé depuis le début de l’éruption. Il se trouvait le 26 octobre à 22 mètres sous la lèvre du cratère.

 Halemaumau-niveau

(Photo: HVO)