Eruption du Cumbre Vieja (La Palma)

Après une nuit calme d’un point de vue sismique à La Palma, les autorités ont ordonné le confinement de trois localités à cause de la très mauvaise qualité de l’air et de fortes concentrations de SO2 atteignant 750 ug/m3. Les communes concernées étaient Los Llanos de Aridane, El Paso et Tazacorte. Il a été demandé à la population, comme c’est la coutume dans ce genre de situation, de réduire toutes les activités de plein air et d’utiliser une protection adéquate pour les travaux qui doivent être effectués à l’extérieur. Le confinement à pris fin à 13 heures (heure locale).

Après un bref sursaut d’activité plus intense le 12 décembre, l’éruption a repris son cours normal. Des coulées de lave continuent à avancer. Un débordement dans la zone de Las Norias a envahi des terres épargnées jusque là et détruit plusieurs bâtiments. Le principal delta de lave continue de grandir à son extrémité sud,

Source: Pevolca, DSN.

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After a seismically quiet night in La Palma, authorities ordered the containment of three municipalities due to very poor air quality and high SO2 concentrations reaching 750 ug / m3. The municipalities concerned were Los Llanos de Aridane, El Paso and Tazacorte. The population was asked, as usual in this kind of situation, to reduce all outdoor activities and to use adequate protection for outdoor work. The containment ended at 1 p.m. (local time).
After a brief burst of more intense activity on December 12th, the eruption resumed its normal course. Lava flows keep moving forward. An overflow in the Las Norias area has invaded land that had been spared so far, and destroyed several buildings. The main lava delta continues to grow at its southern end,
Source: Pevolca, DSN.

La situation à Vulcano (Iles Eoliennes) entre 1983 et 2003 (1ère partie)

En mai 2005, suite à plusieurs visites à caractère scientifique sur l’île de Vulcano, en particulier entre 1983 et 2003, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Il est intéressant de comparer ce que l’écrivais à l’époque avec la situation actuelle.

Pour rappel, en décembre 2021, les touristes n’ont pas le droit de débarquer sur l’île de Vulcano dont le niveau d’alerte a été relevé suite à des signes d’agitation du volcan. Les habitants autour du port ne sont pas autorisés à rester chez eux entre 11 heures du soir et 6 heures du matin à cause des émissions de CO2 qui pourraient menacer leur santé pendant leur sommeil. De plus, on enregistre une hausse de la température et des modifications de la composition chimique des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa.

Dans les années 1990, on pouvait accéder facilement et librement à la lèvre du cratère. Je mettais toutefois en garde les personnes asthmatiques qui pourraient être incommodées par les fumerolles. Si la lèvre du cratère était accessible à tous, la descente au fond était formellement déconseillée, Je précisais que l’absence de vent pouvait favoriser certains jours l’accumulation de gaz, en particulier de CO2. Au début des années 90, il m’est arrivé de trouver des cadavres de petits rongeurs qui n’avaient pas survécu à son inhalation. J’ajoutais qu’il serait très imprudent de vouloir bivouaquer au fond du cratère, tout comme il est déconseillé (et interdit par décret) de camper dans l’île car certains secteurs – le terrain de football en particulier – étaient déjà concernés par des émanations de CO2 à cette époque.

Au cours des années 1990-2000, le champ fumerollien a eu tendance à se déplacer vers le fond du cratère et à délaisser la lèvre ouest où il se trouvait initialement. La comparaison des photos ne laissait aucun doute sur cette évolution.

S’agissant des fumerolles, j’expliquais qu’il fallait être très prudent pour interpréter leur densité, que ce soit à Vulcano ou sur un autre volcan. Avant de tirer des conclusions, il faut contrôler le degré d’hygrométrie de l’air ambiant, tout en sachant qu’à certaines périodes de l’année (printemps et automne en particulier), on peut avoir de brusques variation d’humidité sur un laps de temps très bref. Ainsi, dans les années 90, on aurait pu être tenté d’associer le panache vu à distance (depuis Vulcanello par exemple) à un regain de chaleur du cratère, tant le panache était dense. Une mesure concomitante de la température des fumerolles ne montrait pas la moindre hausse. C’est à partir de cette époque que j’ai toujours noté le degré d’hygrométrie et l’heure de prise de vue au dos des photos de la Fossa.

S’agissant des gaz qui s’échappent des évents fumerolliens, leur composition est restée relativement stable au cours des années 1980-1990. Les analyses citées par Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe résume assez bien la situation :

CO2 : 92% ; SO2 : 4% ; N2 : 3% ; O2 : 0,3% ; H: 0,2% ; CO : 0,5%

Les prélèvements de gaz que j’ai réalisés dans les années 1990, et qui ont été analysés par le laboratoire du CNRS d’Orléans, ont confirmé les résultats obtenus quelques semaines auparavant par l’Institut des Fluides de Palerme et ne révélaient rien de vraiment inquiétant. Sans oublier la vapeur d’eau qui constitue environ 95% du volume total de la fumerolle.

Les températures ont beaucoup varié au travers des décennies, avec cependant des pics remarquables qui n’ont pas manqué d’inquiéter les scientifiques. Ainsi, le 27 Avril 1993, il a été relevé une température de 687°C dans le cratère de La Fossa et la rumeur disait même qu’une incandescence était visible dans les fractures qui déchirent l’intérieur du cratère. Comme souvent dans de telle situations où l’être humain s’inquiète devant un phénomène naturel, il s’agissait d’une fausse nouvelle et mes deux visites nocturnes n’ont rien révélé d’anormal. Il n’empêche qu’un tel phénomène demande la plus grande vigilance et une erreur de diagnostic pourrait s’avérer catastrophique à la veille de la saison touristique.

D’autre part, aucun événement sismique digne d’intérêt n’avait émaillé les tambours de l’Observatoire Géophysique de Lipari.

Aucun gonflement de l’édifice volcanique n’avait été détecté non plus.

La conclusion logique était donc qu’il ne fallait pas affoler la population. Ce fut une bonne décision puisque la seule hausse de température fut sans conséquence et le thermomètre perdit rapidement des degrés dans les semaines et les mois qui suivirent.

Photos : C. Grandpey

COP 26 : Américains et Chinois tiendront-ils leurs promesses? // Will Americans and Chinese keep their promises?

Dans le cadre de la COP 26 qui se tient en ce moment à Glasgow (Ecosse), les États-Unis et la Chine ont signé le 10 novembre 2021 un accord que John Kerry a appelé « une feuille de route pour notre future collaboration » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
John Kerry, envoyé spécial du président Biden pour le climat, et son homologue chinois, Xie Zhenhua, ont fait cette annonce lors d’une conférence de presse, alors que les premiers contacts entre les deux délégations avaient été très froids au début de la COP.

Kerry indique que la déclaration « comprend des déclarations fortes sur l’urgence de la situation climatique, les émissions de gaz à effet de serre, et le besoin urgent d’accélérer les actions pour y remédier ». L’accord engage les deux pays à faire des efforts pour limiter les émissions de méthane et à faire de leur mieux pour réduire progressivement, et aussi vite que possible,le charbon au cours de cette décennie. Cependant, il convient de noter que ni les États-Unis ni la Chine ne se sont engagés, comme l’ont fait 40 autres pays la semaine dernière, à éliminer progressivement le charbon dans les années 2030.
Bien que le président chinois n’ait pas physiquement participé à la COP 26, Kerry a déclaré qu’il avait rencontré régulièrement des représentants de la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. Sans la coopération de la Chine, l’objectif d’empêcher les températures de dépasser 1,5 °C de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels est considéré comme presque impossible. Alors que les États-Unis se sont engagés à atteindre un niveau d’émissions zéro net d’ici 2050, la Chine a déclaré qu’elle le ferait d’ici 2060.
John Kerry a déclaré : « L’effort visant à réduire les émissions de 45% au cours de cette décennie est un défi de taille, et il faudra que toutes les nations s’unissent pour y parvenir. Cette déclaration montre qu’il est impératif de coopérer. Elle identifie la nécessité d’accélérer la transition vers une économie mondiale à émissions zéro. »
Plus tôt lors de la conférence, les États-Unis se sont engagés à réduire les émissions de méthane de 30 % d’ici 2030. Plus de 100 pays ont signé cet engagement, mais la Chine, l’un des principaux émetteurs de méthane au monde, n’en fait pas partie. Toutefois, John Kerry a déclaré que la Chine s’était engagée à mettre sur pied un « plan d’action national complet et ambitieux sur le méthane » d’ici la fin de 2022.
Reste à savoir ce qui va se passer maintenant. Des promesses similaires ont été faites dans le passé, sans aucune action concrète dans leur sillage. Il faut garder à l’esprit que les engagements pris lors des Conférences des Parties ne sont pas contraignants. Il appartient à chaque gouvernement de tenir ses promesses…ou pas!
Source : Yahoo News.

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The United States and China signed an agreement Wednesday at COP 26 in Glasgow that John Kerry called “a road map for our future collaboration” to lower greenhouse gas emissions.

Kerry, President Biden’s special envoy on climate, and his Chinese counterpart, Xie Zhenhua, made the announcement at a press conference following a chilly diplomatic start between the two countries at the conference. Kerry explains that the declaration “includes strong statements about the alarming science, the emissions gap and the urgent need to accelerate the actions to close that gap.” The agreement commits both nations to work to limit methane emissions and use their “best efforts to phase down unabated coal in this decade as fast as is achievable.” However, it should be noted that neither the U.S. nor China signed onto a pledge joined by more than 40 nations last week to phase out coal in the 2030s.

Although the Chinese president did not physically participate in COP 26, Kerry said that he had been meeting regularly at the conference with representatives from China, the world’s leading emitter of greenhouse gases. Without its cooperation, the goal of keeping temperatures from surpassing 1.5°C of warming over preindustrial levels has been seen as almost impossible. While the U.S. has pledged to become net zero on emissions by 2050, China has said it would do so by 2060.

John Kerry said: « The effort to reduce emissions by 45 percent in this decade is a tall order, and it will require all of our nations coming together in order to achieve it. This declaration makes a statement about … the imperative to cooperate. It declares specifically and identifies the need to accelerate the transition to a global net-zero economy. »

Earlier at the conference, the U.S. signed a pledge to cut methane emissions by 30 percent by 2030. More than 100 nations signed that pledge, though China, one of the world’s leading emitters of methane, was not one of them. But Kerry said China had committed to releasing a “comprehensive and ambitious national action plan on methane” by the end of 2022.

Let’s see now what happens next. Similar promises were made in the past, with no concrete action in their wake. One should keep in mind that the pledges made during the Conferences Of Parties are not binding. It is up to each government to keep its promises.

Source: Yahoo News.

Faute de mesures radicales prises lors des COP, la banquise et les glaciers continueront à fondre et les événements extrêmes se multiplieront sur notre belle planète. (Photo: C. Grandpey)

Cumbre Vieja (La Palma) : gaz et cendre // Gas and ash

L’éruption du Cumbre Vieja continue avec une augmentation des émissions de gaz et de cendres au cours des derniers jours.
La cendre s’accumule dans les rues des localités les plus proches du cône volcanique. Elle pose aussi des problèmes à l’observatoire astronomique de Roque de los Muchachos, situé dans la municipalité de La Garafía à une altitude de 2 396 mètres. A l’intérieur se trouve le plus grand télescope du monde, qui a été affecté par les cendres volcaniques. Il est indispensable de protéger les parties les plus fragiles, en particulier les miroirs qui pourraient être définitivement endommagés.

La cendre est un poison pour les zones habitées qui n’ont pas été évacuées. Les cours sont suspendus dans les établissements scolaires de cinq municipalités: El Paso, Los Llanos, Tazacorte, Tijarafe et Puntagorda. De nombreux vols sont annulés à destination et au départ de La Palma. eaucoup de touristes qui se sont rendus sur l’île à l’occasion du pont de la Toussaint ne peuvent pas rentrer chez eux à cause des cendres du volcan.
La cendre est aussi un danger pour les habitations. Des toitures se sont effondrées sous son poids. A Tacande il y a des images de maisons recouvertes de plusieurs mètres de cendres.

Une vidéo réalisée à l’aide des drones de Instituto Geológico y Minero de España permet d’observer la source des panaches de cendres.

 

Les gaz sont le moteur des éruptions. Ce sont eux qui sont aussi responsables des explosions à répétition que l’on perçoit quotidiennement avec les images des webcams. Comme l’a dit un scientifique espagnol, peut-être avec une pensée pour Haroun Tazieff : Pas de gaz, pas d’éruption. Ce sont les gaz qui propulsent la colonne de cendre à plus de 4000 mètres d’altitude. Elle est ensuite emportée par les vents, ce qui lui a permis d’atteindre la Norvège. Comme je l’ai indiqué précédemment, les émissions de SO2 ont décliné (elles atteignent environ 5000 tonnes par jour), mais pas encore suffisamment pour indiquer que la fin de l’éruption est proche.
A cause des gaz et de la cendre, la qualité de l’air est médiocre dans les zones affectées par l’éruption. Ainsi, à Los Llanos de Aridane, la qualité de l’air a atteint un niveau « extrêmement défavorable ». La concentration de particules inférieures à 10 microns (PM10) atteint 275 microgrammes par mètre cube d’air. L’échelle de mesure va de «bon» (moins de 20 microgrammes PM10) à «extrêmement défavorable» (de 151 à 1 200 microgrammes).

A noter que l’île de La Palma a été secouée ce matin par un nouveau séisme de magnitude 5. L’épicentre de l’événement a été localisé au niveau de Villa de Mazo.

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The eruption of Cumbre Vieja continues with an increase in gas and ash emissions in recent days.
Ash accumulates in the streets of the municipalities closest to the volcanic cone. It also poses problems for the Roque de los Muchachos astronomical observatory, located in the municipality of La Garafía at an altitude of 2396 meters. Inside is the world’s largest telescope, which has been affected by volcanic ash. It is essential to protect the most fragile parts, in particular the mirrors which could be permanently damaged.
Ash is poison for inhabited areas that have not been evacuated. Classes are suspended in schools in five municipalities: El Paso, Los Llanos, Tazacorte, Tijarafe and Puntagorda. Many flights are cancelled to and from La Palma. Many tourists who have visited the island on the occasion of the All Saints’ Day holiday cannot return home because of the ash from the volcano.
Ash is also a danger to the houses. Roofs collapsed under its weight. In Tacande there are images of houses covered with several meters of ash.

A video shot by drones of the Instituto Geológico y Minero de España allows to get a good view of the source of the ash plumes (see above).

The gases are the engine of eruptions. They are also responsible for the repeated explosions that we can hear daily with the images of webcams. As a Spanish scientist put it, perhaps with a thought for Haroun Tazieff: No gas, no eruption. The gases propel the ash column to more than 4000 meters above sea level. It was then blown away by the winds as far as Norway. As I reported earlier, SO2 emissions have declined (reaching around 5,000 tonnes per day), but not yet enough to indicate that the end of the eruption is near.
Due to gases and ash, the air quality is poor in the areas affected by the eruption. Thus, in Los Llanos de Aridane, the air quality has reached an « extremely unfavorable » level. The concentration of particles smaller than 10 microns (PM10) reaches 275 micrograms per cubic meter of air. The measurement scale ranges from « good » (less than 20 micrograms PM10) to « extremely unfavorable » (151 to 1,200 micrograms).

The island of La Palma was shaken this morning by another M 5.0 earthquake whose epicenter was located at Villa de Mazo.