Pyrénées : glaciers en grand péril

Dans une note rédigée le 24 juillet 2019, je faisais part du décès du glacier Okjökull dans l’ouest de l’Islande, tué par le réchauffement climatique. Une plaque commémorative en lettres d’or, titrée en islandais et en anglais, a été inaugurée le 18 août 2019 sur le site du glacier. On peut y lire un texte à l’attention des générations futures : « Une lettre pour l’avenir » – OK (l’Okjökull) est le premier glacier islandais à perdre son statut de glacier. Au cours des 200 prochaines années tous nos glaciers devraient connaître le même sort. Ce monument atteste que nous savons ce qui se passe et ce qui doit être fait. Vous seuls saurez si nous l’avons fait.»

Quelques semaines plus tard, les élus écologistes pyrénéens ont déposé le 23 octobre 2019 une plaque « à la mémoire du glacier Arriel » qui a définitivement fondu dans les Pyrénées béarnaises, victime du réchauffement climatique. Le glacier d’Arriel, à proximité du lac d’Arrémoulit, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, connaissait donc le même sort que celui de 50% des glaciers pyrénéens. Le 4 novembre 2019, j’écrivais qu’ « ils disparaîtront probablement tous d’ici 2040. Comme pour le glacier islandais, on peut lire sur la plaque : « Cette plaque atteste que nous savons ce qu’il se passe et que nous savons ce qu’il faut faire. Vous seul-e-s saurez si nous l’avons fait »

La disparition d’un glacier, même de petite taille dans les Pyrénées ou sur les autres massif, n’est pas anodine. Il est utile de rappeler que les glaciers forment des réserves d’eau douce capitales, tant pour les activités humaines que pour les écosystèmes de l’ensemble du Sud-Ouest : agriculture, tourisme, production hydroélectrique…

On peut lire en novembre 2022 dans la presse pyrénéenne que l’été caniculaire 2022 a eu raison des glaciers de Boum et du Portillon dans les Pyrénées luchonnises. Ces glaciers, qui mesuraient 3 hectares en 2020, ne font plus partie de l’inventaire des glaciers des Pyrénées.

En cette fin d’année 2022, il ne reste donc plus qu’une vingtaine de glaciers pour une superficie de 200 hectares, dans l’ensemble du massif pyrénéen, alors que l’on en recensait 44 sur toutes les Pyrénées en 2000. Il est malheureusement probable que tous ces glaciers auront disparu en 2050.

L’association Moraine qui effectue des relevés réguliers sur les glaciers pyrénéens a constaté en 2022 une fonte record du glacier d’Ossoue situé à 3 100 mètres dans le massif du Vignemale (Hautes-Pyrénées). Il a perdu cette année 4,54 mètres d’épaisseur, soit deux fois plus que les précédentes moyennes annuelles qui se situaient entre 1,80 m et 1,90 m.

Source: Wikipedia

Les scientifiques s’attendaient à une perte de glace importante après un hiver déficitaire en neige et les canicules estivales, sans oublier les épisodes de pluie saharienne qui ont réduit l’albédo. Ils ne s’attendaient toutefois pas à une fonte du glacier dans d’aussi importantes proportions.

Le glacier d’Ossoue possède encore une épaisseur d’environ 35 mètres. Toutefois, depuis de début de son suivi il y a plus de vingt ans, il a perdu près de 40 mètres de glace. Même si le réchauffement climatique était stoppé d’un coup, il est donc voué à la disparition. Le glacier continuera de fondre car il n’est plus en équilibre avec les conditions climatiques actuelles.

Source : presse régionale.

Et toujours, pour s’informer sur la fonte des glaciers :

2022, une année noire pour les glaciers alpins

Il va falloir être très attentif au niveau de précipitations dans les Alpes au cours de l’hiver 2022-2023. Si on assiste à la répétition de l’hiver 2021-2022, avec des chutes de neige très insuffisantes, la situation glaciaire risque de devenir catastrophique à un point que personne n’aura imaginé. Les stations de ski devront, elles aussi, s’inquiéter car la tendance sur le long terme n’est pas réjouissante.

Les Suisses ont tiré la sonnette d’alarme à l’issue de l’été 2022 car la fonte des glaciers dans le pays s’est considérablement accélérée. Selon un rapport de la Commission d’experts réseau de mesures cryosphère de l’Académie suisse des sciences naturelles, les glaciers suisses ont perdu en 2022 trois kilomètres cubes de glace, soit 6% de leur volume total.

Tous les scientifiques s’accordent pour dire que l’année 2022 a été catastrophique pour les glaciers suisses. À titre de comparaison, une perte de 2% du volume en une année était jusque-là considérée comme « extrême ». En fait, c’est tout le massif alpin qui a été impacté par les dernières vagues de chaleur.

Comme en France, l’accélération de la fonte des glaciers a été provoquée par un hiver sec, si bien que l’épaisseur de neige dans les Alpes au printemps n’avait jamais été aussi faible. Avec peu de neige, la zone d’accumulation, là où les glaciers prennent leur source, n’a pas été alimentée. Se sont ensuite ajoutées les poussières de sable du Sahara, qui ont absorbé davantage de chaleur en réduisant l’albédo et en accélérant la fonte. Cela a privé les glaciers de leur couche de neige protectrice dès le début de l’été. La glace a ensuite été soumise à des vague de chaleur. Au mois de juin, la Mer de Glace perdait 10 centimètres d’épaisseur par jour.

Les scientifiques expliquent que le phénomène devrait s’accélérer. On peut lire dans le rapport de la Commission suisse : « Les observations montrent, que de nombreuses langues de glace s’effritent et que des îlots de rochers apparaissent au milieu du glacier quand la glace n’est pas très épaisse. Autant de processus qui accélèrent encore la dégradation. »

La situation glaciaire en Suisse est d’autant plus inquiétante que l’hydroélectricité assure plus de 60% de la production totale d’énergie du pays. Pour le moment, l’eau des glaciers a permis de maintenir un certain niveau. Au train où vont les choses, il y a le risque que dans cinquante ans les glaciers aient pratiquement disparu et ils ne pourront donc pas fournir d’eau.

Certains font remarquer que la fonte a aussi des effets positifs. Les eaux de fonte ont permis de compenser les faibles précipitations et de remplir une partie des lacs artificiels utilisés pour la production d’électricité. Là encore, la hausse des eaux de fonte est un phénomène très ponctuel. Le jour où les glaciers auront disparu, il n’y aura plus d’eau de fonte!

Vue du glacier du Rhône

Comme sur la Mer de Glace, une bâche blanche recouvre l’entrée de la grotte creusée dans le Glacier du Rhône

La source du Rhône, alimentée par la fonte du glacier

Le glacier du Gorner est lui aussi, victime du réchauffement climatique

(Photos: C. Grandpey)

Le Polarstern et l’expédition MOSAiC en 2020

A plusieurs reprises sur ce blog (12 mai, 4 juin 22 août 2020) , j’ai expliqué la finalité de la mission MOSAiC – Multidisciplinary drifting Observatory for the Study of Arctic Climate – dans l’Arctique. 300 scientifiques en provenance de 20 pays et 70 instituts de recherche se sont relayés en 2020 à bord du Polarstern, un brise-glace de recherche allemand qui a pris la direction du Pôle Nord. Le navire a ensuite coupé les moteurs au coeur de la banquise et s’est laissé dériver au gré des courants arctiques. Le but de l’expédition était de comprendre l’impact de l’homme sur la planète. En effet, la banquise arctique a perdu 30% de sa superficie depuis les années 1980, un indicateur évident du réchauffement climatique.

Je vous conseille vivement de regarder en replay sur la chaîne de télévision France 5 , dans le cadre de Science grand format, l’excellent documentaire qui retrace le déroulement de l’expédition. Intitulé « Expédition Arctique : au coeur du réchauffement climatique », d’une durée de 89 minutes, il montre les scientifiques sur le terrain, leurs travaux et leur ressenti. Le vous recommande de porter une attention particulière à la conclusion du document.

https://www.france.tv/france-5/science-grand-format/2874157-expedition-arctique-au-coeur-du-rechauffement-climatique.html

Vue du Polarstern (Source: Alfred Wegener Institute)

Glace de mer dans l’Arctique (Photo: C. Grandpey)

Le manchot empereur sur la liste des espèces menacées // The emperor penguin listed as a « threatened species »

Le manchot empereur, l’une des espèces les plus emblématiques de l’Antarctique, vient de se voir attribuer le statut d' »espèce menacée » en vertu de l’Endangered Species Act (ESA) par le U.S. Fish and Wildlife Service. Le réchauffement climatique est la cause principale de cette décision.
Les manchots empereurs occupent une grande partie de l’Antarctique, avec 61 colonies répertoriées sur le continent. Même si leur population est restée relativement stable, avec 625 000 à 650 000 oiseaux aujourd’hui, les responsables de la faune affirment qu’une partie importante de la population « est en danger d’extinction dans un avenir prévisible ». Le manchot empereur est menacé parce que son habitat et son aire de répartition risquent d’être détruits, aussi bien par des facteurs naturels qu’artificiels.
Aux Etats-Unis, le Fish and Wildlife Service estime que d’ici 2050, la population de manchots empereurs pourrait diminuer de 26 à 47 %, en fonction des émissions de gaz à effet de serre et de l’accélération du réchauffement climatique. La Woods Hole Oceanographic Institution qui a étudié l’espèce estime que 99% de la population pourrait avoir disparu d’ici 2100.
La disparition de la glace de mer causée par le réchauffement climatique est le principal danger pour les populations de manchots. Chaque hiver, l’eau de mer gelée flotte à la surface de l’océan avant de se retirer en été. Pendant ces mois d’hiver, alors que la glace de mer est bien formée, les manchots empereurs se rassemblent en colonies de reproduction, partent à la recherche de la nourriture et utilisent la glace comme refuge pour éviter de devenir la proie des orques et des léopards de mer. Cependant, l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone entraîne une hausse des températures qui pourrait aboutir à une réduction de la glace de mer. La glace joue également un rôle crucial pour les poussins des manchots. Ils naissent généralement à la fin de l’été, mais avec une diminution de la glace de mer, ils risquent de mourir dans les eaux glacées de l’océan sans avoir eu le temps de développer un plumage adulte.
Selon le Fish and Wildlife Service, cette classification du manchot empereur comme « espèce menacée » reflète l’extinction croissante des espèces. Cela montre aussi l’importance de l’Endangered Species Act et des efforts pour conserver les espèces avant que le déclin de leur population ne devienne irréversible. Le réchauffement climatique a un impact profond sur les espèces dans le monde entier et y faire face est une priorité pour l’Administration. L’inscription du manchot empereur sur la liste des espèces menacées sert de sonnette d’alarme mais aussi d’appel à l’action.
La décision intervient alors que plusieurs organisations demandent depuis longtemps que l’espèce soit protégée. En 2011, le Centre pour la diversité biologique a demandé au Wildlife Service que les manchots soient placés sous l’ESA. L’agence a alors reconnu la menace potentielle pour la population en 2014, mais n’a rien fait pour proposer des protections. En 2019, le Center for Biological Diversity a poursuivi l’Administration Trump pour ne pas avoir agi en conséquence.
Les manchots empereurs étant protégés en vertu de l’ESA, les agences fédérales sont désormais tenues de réduire les menaces pesant sur la population, telles que la réduction de la pêche au krill et au calmar qui constituent la nourriture principale des manchots. En bref, l’inscription des manchots empereurs sur la liste des espèces menacées est une étape importante pour sensibiliser les populations à l’impact du réchauffement climatique. ,
La décision d’inscrire les manchots sur la liste a été publiée le 26 octobre 2022 et entrera en vigueur dans 30 jours.
Source : médias d’information américains, USA Today.

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The emperor penguin, one of the most famous Antarctic species, has just been given the « threatened species » status under the Endangered Species Act (ESA) by the U.S. Fish and Wildlife Service, with climate change listed as a primary cause.

The largest penguin species in the world inhabits much of Antarctica, with 61 known breeding colonies in the continent. Even though the emperor penguin population has remained relatively stable, with an estimated 625,000-650,000 birds today, wildlife officials say a significant portion of the population « is in danger of extinction in the foreseeable future. » They say the emperor penguin is threatened because its habitat and range are facing possible destruction, as well as natural and manmade factors affecting its existence.

U.S. Fish and Wildlife Service estimates that by 2050, the global population of emperor penguins could decrease by 26%-47%, depending on greenhouse gas emissions and global warming progress. The Woods Hole Oceanographic Institution that has studied the species estimates that 99% of the population could be gone by 2100.

The loss of sea ice caused by global warming is the main danger to the penguin populations. Each winter, frozen seawater floats on the ocean’s surface before retreating in the summer. During those winter months, with sea ice at a premium, emperor penguins form breeding colonies, search for food and use it to avoid becoming prey to killer whales and leopard seals. However, the rise of carbon dioxide emissions means Earth’s temperature is rising, meaning there could be reduction of sea ice. The ice also plays a crucial role for penguin chicks. Newborns are typically born in the late summer, but with less sea ice, they could be susceptible to death in the freezing waters without having the time to grow adult feathers.

According to the Fish ansd Wildlife Service, this listing of the emperor penguin as a « threatened species » reflects the growing extinction crisis and highlights the importance of the ESA and efforts to conserve species before population declines become irreversible. Climate change is having a profound impact on species around the world and addressing it is a priority for the Administration. The listing of the emperor penguin serves as an alarm bell but also a call to action.

The ruling comes as several organizations have long asked for the species to have protections. In 2011, the Center for Biological Diversity petitioned to the wildlife service for them to be put under the ESA. The agency agreed about the potential danger to the population in 2014, but did not make any efforts to propose protections. In 2019, the Center for Biological Diversity sued the Trump Administration for failing to act on it.

With emperor penguins protected under the ESA, federal agencies are now required to reduce threats to the population, such as reducing the fishing of primary penguin food like krill and squid. In short, listing emperor penguins as a threatened species is an important step for raising awareness about the impact of global warming. ,

The final ruling was published on October 26th, 2022 and will go into effect in 30 days.

Source: US news media, USA Today.

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Sans oublier le très beau film de Luc Jacquet…