Vidéo d’une coulée pyroclastique sur l’Etna // Video of a pyroclastic flow on Mt Etna

drapeau-francaisAprès les épisodes éruptifs qui se sont produits sur l’Etna à l’intérieur de la Voragine au début du mois de décembre, l’activité du cratère central a diminué progressivement. Peu de temps après, on a pu observer l’apparition d’une activité strombolienne intense au niveau de la bouche située sur le flanc est du Nouveau Cratère SE. Les effondrements à répétition de matériaux instables sur le flanc du cône ont déclenché deux coulées pyroclastiques qui ont parcouru plusieurs centaines de mètres en direction de la Valle del Bove.
Voici une bonne vidéo diffusée sur YouTube le 7 Décembre 2015, qui montre une de ces coulées:
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=nml7P37N7tc

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drapeau-anglaisAfter the eruptive episodes that occurred within Mount Etrna’s Voragine in early December, activity at the central crater progressively diminished. Soon after, one could observe the onset of vigorous Strombolian activity from the vent on the east flank of the NSEC cone. Repeated collapse of unstable material from the cone’s flank triggered two pyroclastic flows which travelled a few hundred metres towards the Valle del Bove.
Here is a good video released on YouTube on December 7th 2015 that shows one of these hot avalanches:
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=nml7P37N7tc

Cuisine volcanique

En ce jour de réveillon, voici quelques recettes volcaniques, à condition – bien sûr – de se trouver dans le lieu qui convient!

Au Japon, il est de tradition à Owakudani – un site qui possède des sources chaudes à proximité du Mont Hakone – de tremper des œufs dans l’eau chargée en soufre. Ce dernier réagit avec le calcaire des coquilles qui deviennent noires. Le blanc et le jaune prennent également une légère saveur soufrée. L’endroit attire des foules de touristes comme on peut le voir sur cette vidéo :
http://atimes.com/2015/12/volcano-boiled-black-egg-a-japanese-delicacy/

Le Japon n’est pas le seul endroit au monde où l’on utilise la chaleur des volcans pour faire la cuisine. L’Islande est connue pour son pain de seigle volcanique :
https://youtu.be/jXQjz8m8FtM

A Lanzarote, dans le Parc de Timanfaya, on fait cuire les cuisses de poulets et les pommes de terre au dessus d’un four naturel dont la température atteint 250°C :
https://www.youtube.com/watch?v=O37hIwcAMVs

Dans mon ouvrage Volcanecdotes, aujourd’hui épuisé, j’explique comment on peut faire réchauffer la pizza sur les pentes de l’Etna :
« Choisir un endroit où le rougeoiement est encore visible entre deux plaques de basalte. Poser délicatement la pizza au-dessus de l’interstice, encore enveloppée dans son papier. Très vite, la chaleur de la lave pénètre la pâte et la dégustation se fait quelques dizaines de secondes plus tard, lorsque l’emballage commence à se consumer. Veiller, bien sûr, à retirer l’ensemble avant que le papier prenne carrément feu !
Si la lave très chaude fait défaut, on pourra utiliser un évent fumerollien. Il suffit alors de déposer la pizza dans l’ouverture et d’attendre quelques minutes pour obtenir la température désirée. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le soufre ne vient pas altérer la saveur de la tomate, du jambon, des champignons et des olives ».

… et comment on peut déguster de succulentes grillades sur les coulées de lave du Kilauea à Hawaii :
« Les plus audacieux n’hésitent pas à faire provision de viande avant d’entamer l’approche du volcan. Cette coutume est relativement répandue à Hawaii où la chaleur intense des coulées permet d’obtenir de succulentes grillades. Evidemment, il est fortement déconseillé de déposer le steak ou l’entrecôte directement sur la lave. On aura acheté au préalable une feuille d’aluminium qui ne pèse que quelques dizaines de grammes. On y dépose les tranches de viande, non sans les avoir saupoudrées d’herbes, de poivre ou autres ingrédients, suivant les goûts. L’idéal est de déverser quelques gouttes d’huile sur la feuille d’aluminium pour permettre une cuisson moins ‘sèche’, mais cette précaution n’est pas vraiment indispensable. Une fois accomplis ces préliminaires, on installe la feuille d’aluminium sur une langue de lave très chaude, la plus horizontale possible, de préférence une coulée qui vient de s’immobiliser. On aura auparavant enfilé des gants thermiques afin de ne pas se brûler, car la chaleur de la lave est encore très forte. L’important est de décider du moment où l’on mettra un terme à la cuisson. Cette dernière est extrêmement rapide car la température approche les mille degrés. Il suffit en général de retourner chaque tranche une ou deux fois pour obtenir le résultat désiré. Si, en dépit du poids supplémentaire, on a pris soin d’acheter une bouteille de vin pour arroser le festin, le moment devient tout simplement somptueux ! »

Coulee-Hawaii-blog

Les coulées de lave du Kilauea: idéales pour les steaks grillés!

(Photo: C. Grandpey)

Emissions de cendre sur l’Etna // Ash emissions on Mount Etna

drapeau-francaisOn a pu voir aujourd’hui en milieu de journée des nuages de cendre s’échapper du Nouveau Cratère SE de l’Etna. J’attends des informations plus précises, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un nouvel épisode éruptif. Des effondrements se sont probablement produits à l’intérieur de ce cratère, ce que semblent révéler les tracés sismiques. Le tremor éruptif, quant à lui, reste à un niveau relativement bas.

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drapeau-anglaisToday, we could see at midday or so ash clouds coming out of Mt Etna’s New SE Crater. I expect more precise information, but I do not think this was a new eruptive episode. It is likely that collapses occurred inside the crater, as can be seen on the seismograms. The eruptive tremor, meanwhile, remains at a relatively low level.

Etna 28 dec

L’Etna vu par l’une des webcams de l’INGV.

La magie des volcans // The magic of volcanoes

drapeau-francaisEn ces temps perturbés, voici une histoire personnelle qui restera à jamais gravée dans ma mémoire. Elle prend aujourd’hui des allures de conte de Noël.

Nous sommes le 20 avril 1992. Ce jour-là, Antonio Nicoloso, le très regretté chef des guides de l’Etna, m’a invité à le suivre jusqu’au pied du Cratère Sud-Est de l’Etna, à la source de l’éruption. Un apprenti guide, un scientifique français et le responsable de la Protection Civile italienne nous accompagnent.
Depuis la mi-décembre de l’année précédente, le volcan ne cesse de vomir ses entrailles. Les coulées ont parcouru plusieurs kilomètres dans la Valle del Bove ; elles ont allègrement franchi le Salto della Giumenta pour se précipiter dans le Val Calanna, et elles sont maintenant aux portes de Zafferana Etnea où la population implore la Madonne pour que la lave n’engloutisse pas cette charmante bourgade.
Quand je suis arrivé la veille à Nicolosi, Antonio m’a dit qu’il me réservait une surprise, mais sa discrétion toute sicilienne lui interdisait de m’en dire davantage. Une fois sur le site de l’éruption, après avoir observé la lave qui continuait à s’écouler dans un chenal aux parois joliment teintées par les gaz, notre petit groupe se dirigea vers un endroit où Antonio déplaça une plaque de basalte qui recouvrait une ouverture dans le sol et il nous invita à pénétrer à l’intérieur.
Au prix de quelques contorsions, mon corps se glissa dans l’orifice et je sentis bientôt mes pieds reposer sur le sol. L’appel d’air était constant. Après avoir extirpé une torche de son sac, Antonio parcourut avec le jet de lumière ce lieu insolite où s’écoulait probablement la lave au tout début de l ‘éruption. Le plafond de la grotte était constellé de stalactites de re-fusion, témoins évidents de la forte chaleur qui régnait dans ce lieu. Maintenant accoutumés à l’obscurité, nous avançâmes prudemment dans le tunnel. Au bout de quelques pas, la galerie amorçait un virage en angle droit et là, ô surprise, tout s’illumina brusquement ! Une rivière d’or s’écoulait rapidement devant nous, à quelques mètres seulement. La sinuosité du tunnel la rendait invisible de l’extérieur et seule la persévérance d’Antonio avait pu lui accorder cette récompense.
Bien qu’habitué aux caprices des volcans, à la beauté des fontaines de lave, je restai subjugué par la beauté du spectacle que l’Etna était en train de nous offrir. Personne n’osa prononcer le moindre mot. Nous restâmes un long moment à regarder passer devant nous le sang de la Terre. Je comprenais maintenant pourquoi l’appel d’air était si puissant à l’entrée de la grotte. La rivière de lave créait un effet Venturi et la pénétration de l’air extérieur rendait la température très supportable, même à proximité de la rivière de lave. Seul son rayonnement fixait le point au-delà duquel la chaleur devient intolérable.
Ce moment de fascination terminé, Antonio décida qu’il fallait remonter à la surface. Nous étions encore seuls. Les militaires italiens chargés d’obstruer les tunnels de lave à l’aide de blocs de béton enchaînés les uns aux autres n’étaient pas encore arrivés. La vue de leur matériel fit sourire Antonio qui, dans son for intérieur, avait toujours pensé qu’une telle opération s’avérerait inefficace. Avant de repartir, il glissa soigneusement une plaque de basalte sur l’ouverture de la grotte et la recouvrit d’une couche de cendres qui la rendrait définitivement invisible.
Seuls quelques privilégiés furent invités par Antonio à venir visiter ce lieu à la fois unique et éphémère. J’avais eu l’occasion d’observer des rivières de lave à Hawaii, au travers de lucarnes qui percent les tunnels sur les pentes du Kilauea, mais il était impensable de pénétrer dans l’un d’entre eux. Pour moi, cela restait le privilège des personnages du Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne. Cette expérience restera l’un des grands moments de mes pérégrinations volcaniques. Pouvoir pénétrer l’intimité d’un volcan actif est une occasion extrêmement rare. L’émotion que l’on ressent à quelques mètres de cette rivière couleur d’or est particulièrement forte. La gorge se serre. La fascination est à son comble. Les nombreuses photos que j’ai prises ne pourront jamais rendre compte de l’ambiance qui régnait dans la grotte : l’odeur de la lave et des gaz ; le bruit feutré, à peine audible, du magma glissant contre les parois de son chenal ; la douceur de la température…. On a du mal à se convaincre qu’il faut ressortir à la surface. C’est tout simplement magique.

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drapeau-anglaisOn Christmas Eve, here is a personal story that will forever remain etched in my memory. It now looks like a fairy tale to me.

The story took place on April 20th, 1992. On that day, Antonio Nicoloso, the head of the Etna guides, invited me to follow him to the base of Mt Etna’s Southeast Crater, at the source of the eruption. A guide apprentice, a French scientist and the head of the Italian Civil Protection were with us.
The volcano had been erupting since mid-December of the previous year. The lava flows had travelled several kilometers into the Valle del Bove, passed the Salto della Giumenta, rushed into Val Calanna, and were now on the outskirts of Zafferana Etnea where people implored the Madonna so that lava could not destroy this charming town.
The day before in Nicolosi, Antonio had told me he had a surprise for me, but his Sicilian discretion forbade him to tell me more. Once on the site of the eruption, after observing the lava that continued to flow in a channel whose walls were beautifully tinted by the gases, our small group walked toward a place where Antonio moved a basalt slab which covered an opening in the ground and he invited us to get inside.
With some contortions, my body slid into the hole and I soon felt my feet rest on the ground. The intake of air was constant. Having pulled a torchlight from his bag, Antonio lit this unusual place where lava was probably flowing at the beginning of the eruption. The ceiling of the cave was studded with stalactites, the witnesses of the heat that prevailed in this place. Now accustomed to the darkness, we advanced cautiously into the tunnel. After a few steps, the gallery was beginning a turn in right angle and there, lo and behold, everything suddenly lit up! A river of gold was flowing rapidly, just a few metres in front of us. The sinuous tunnel made it invisible from the outside and only the persistence of Antonio could give him this reward.
Although I was used to the whims of volcanoes, to the beauty of lava fountains, I remained overwhelmed by the beauty of the show that Etna was offering us. No one dared utter a word. We stayed a long time watching the blood of the Earth. I now understood why the draught was so powerful at the entrance of the cave. The river of lava was creating a Venturi effect and the influx of outside air made the temperature quite bearable, even near the lava river. Only its radiation determined the point beyond which the heat became intolerable.
After this moment of complete fascination, Antonio decided we had to go back to the surface. We were still alone. The Italian military in charge of clogging the lava tunnels with concrete blocks chained to each other had not yet arrived. The sight of their equipment made Antonio smile as he had always thought that such an operation would prove ineffective. Before leaving, he carefully slipped the basalt slab on the opening of the cave and covered it with a layer of ash that would make it definitively invisible.
Only a select few were invited by Antonio to visit this unique and fleeting place. I had had the opportunity to watch rivers of lava at Hawaii through skylights in the tunnels on the slopes of Kilauea, but it was unthinkable to enter one of them. To me, this remained the privilege of the characters of Jules Verne’s Journey to the Center of the Earth. This experience will remain one of the highlights of my volcanic peregrinations. Penetrating the intimacy of an active volcano is an extremely rare opportunity. The emotion that one feels a few meters from the gold colored river is particularly strong. The throat tightens. The fascination is at its height. The many photos I took will never convey the atmosphere in the cave: the smell of lava and gases; the muffled sound, barely audible, of magma sliding against the walls of the channel; the pleasant temperature …. It was just magical.

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La lave menaçait Zafferana Etnea

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Des tunnels et des blocs de béton pour freiner la lave

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Descente aux enfers?

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Le sang de la Terre…