Surtsey (Islande) a FAILLI devenir française !

Le numéro de décembre 2022 de la revue HISTORIA est consacré aux « terres oubliées de l’empire français ». Mention est faites de l’île Julia au large de la Sicile. Baptisée tour à tour Julia par les Français, Ferdinandea par les Italiens, Graham par les Anglais, son sommet a rejoint les profondeurs car il n’a pas résisté aux assauts des vagues. Vous découvrirez ces turbulences dans le livre Histoires de Volcans, Chroniques d’éruptions (Editions Omniscience) dont je suis le co-auteur avec Dominique Decobecq.

Surtsey a mieux résisté et on peut l’apercevoir aujourd’hui au sud de l’Islande. En lisant l’article qui est consacré à cette île dans HISTORIA, on apprend qu’elle a failli devenir française, mais seulement failli !

Le 10 novembre 1963, les marins à bord d’un chalutier islandais aperçoivent une épaisse colonne de fumée qui, selon eux, provient d’un navire en perdition. Il s’agit en fait du début d’une éruption sous-marine qui dura quatre jours.

La naissance d’une nouvelle île enthousiasme le grand reporter Gérard Géry qui vend le sujet à Paris Match. Très vite il constitue une petite équipe avec le photographe Philippe Laffon et l’alpiniste Pierre Mazeaud. Les trois hommes arrivent le 6 décembre à portée de la nouvelle île qu’ils atteignent en zodiac. Ils y débarquent et plantent deux drapeaux : le drapeau français et celui de Paris Match. Cette initiative déplaît, semble-t-il, à Surt, le dieu scandinave qui a donné son nom à l’île. Une violente explosion oblige les trois Français à décamper à toute vitesse une quinzaine de minutes après leur débarquement

Pour les Islandais, cette initiative française n’est pas sérieuse. Surtsey se trouvant à quelques encablures des Iles Vestmann, dans les eaux territoriales islandaises, elle appartient forcément à ce pays. Le gouvernement français n’a pas essayé de faire valoir le droit du premier occupant et Surtsey n’est donc pas devenu le territoire français le plus septentrional !

Rappelons que l’accès à Surtsey est aujourd’hui interdit au public. Il est réservé aux scientifiques étudiant la propagation de la vie sur une terre nouvelle. Cette étude de l’île pourra se faire tant que l’île émergera de l’océan. Faute de nouvelle activité éruptive, elle est vouée, elle aussi, à disparaître sous les assauts des vagues…

Naissance de Surtsey en 1963

Surtsey aujourd’hui (Source: Wikipedia)

Stromboli (Sicile) : une restriction de plus // One more restriction

Suite à la récente activité du Stromboli avec coulées pyroclastiques jusque sur la surface de la mer, l’interdiction de navigation dans la zone devant la Sciara del Fuoco, entre Punta delle Chiappe et Punta Labronzo, a été étendue d’un à deux milles marins (1 mille marin = 1852 m). L’ordonnance a été émise par l’Autorité Portuaire de Milazzo suite à une note reçue du Département National de Protection Civile demandant cette extension de la zone. L »interdiction est émis pour des raisons de sécurité, liées au risque de nouveaux paroxysmes et de possibles glissements de terrain.

Source : Giornale di Sicilia.

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Following Stromboli’s recent activity, with pyroclastic flows travelling down onto the surface of the sea, the navigation ban in the area in front of the Sciara del Fuoco, between Punta delle Chiappe and Punta Labronzo, has been extended from one to two nautical miles (1 nautical mile = 1852 m). The ordinance was issued by the Port Authority of Milazzo following a note received from the National Department of Civil Protection requesting this extension of the area. The ban is issued for security reasons, related to the risk of new paroxysms and possible landslides.
Source: Giornale di Sicilia.

Photo: C. Grandpey

L’éruption de White Island (2019) au cinéma // A movie after the 2019 White Island eruption

Le 9 décembre 2019, une explosion soudaine s’est produite à White Island (Nouvelle-Zélande). Elle a tué 21 personnes et blessé 26 autres. Parmi les 47 victimes, il y avait 24 Australiens, 9 Américains, 5 Néo-Zélandais, 4 Allemands, 2 Chinois, 2 Britanniques et un Malaisien. La plupart de ces touristes ne portaient que des T-shirts et des shorts. 38 étaient des passagers d’un navire de croisière – l’Ovation of the Seas – qui effectuait un voyage de 12 jours autour de la Nouvelle-Zélande. Ils avaient acheté l’excursion sur White Island auprès d’une agence de voyage néo-zélandaise. J’ai décrit l’événement et ses conséquences dans plusieurs notes de ce blog. Dans les jours et semaines qui ont suivi la catastrophe, il s’est agi de trouver qui était responsable de la sécurité des touristes et de savoir si des manquements étaient constatés, bref, qui pouvait être tenu pour responsable du drame.
Un film intitulé « The Volcano : Rescue From Whakaari » vient de sortir. Il a été réalisé par Rory Kennedy. Pour autant que je sache, il ne peut être vu que sur Netflix. On peut lire qu’il s’agit d’« un récit précis de l’éruption volcanique de Whakaari / White Island. […] Le film raconte viscéralement une journée où des gens ordinaires ont été appelés à faire des choses extraordinaires, tout en plaçant cet événement tragique dans le contexte plus large de la nature, de la résilience et du pouvoir de notre humanité commune. »
À en juger par la bande-annonce, il s’agit d’un film catastrophe américain typique qui s’appuie sur des événements réels. J’ai décrit avec détail ce qui s’est passé sur l’île que j’ai moi-même visitée en janvier 2009.

Au final, la tragédie a montré qu’on ne sait pas prévoir les éruptions volcaniques, encore moins sur ce type de volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique. Je pense que tenir les volcanologues néo-zélandais responsables de la mort de ces personnes serait un non-sens. De la même manière, le navire de croisière et l’agence de voyage doivent-ils être tenus responsables? Je ne le pense pas. Le niveau d’alerte volcanique n’était pas particulièrement élevé et aucune éruption n’était envisagée par les agences volcanologiques néo-zélandaises. La suite se résume à une bataille d’avocats et une question d’argent. Il était clair que les participants blessés et ceux – ou leurs familles – qui avaient perdu un être cher voulaient des compensations financières.
Voici la bande-annonce du film:
https://youtu.be/hnxGV9RQutE

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On Dcember 9th, 2019, a sudden explosion occurred at White Island (New Zealand). It killed 21 people and injuring 26 others. The 47 people were identified as twenty-four Australians, nine Americans, five New Zealanders, four Germans, two Chinese, two Britons and one Malaysian. Many of them were just wearing T-shirts and shorts for the day. Of these people, 38 were passengers on a shore excursion from the cruise ship Ovation of the Seas which was on a 12-day voyage around New Zealand. I described the event and its consequences in several posts on this blog. Questions were asked about who was responsible for the safety of tourists and, if failings are found, who would be held accountable

A film entitled “The Volcano: Rescue From Whakaari” has just been released. It was directed by Rory Kennedy. As far as I know it can only be seen on Netflix. It is supposed to be « a close examination of the Whakaari / White Island volcanic eruption. […] The film viscerally recounts a day when ordinary people were called upon to do extraordinary things, placing this tragic event within the larger context of nature, resilience, and the power of our shared humanity. »

Judging from the trailer, it is a typical American disaster movie based on real events. I carefully described what happened on this island I personally visited in January 2009. In the end, the tragedy showed that we cannot predict eruptions, even less on this type of explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire. I think that holding NZ volcanologists responsible for these people’s deaths would be a nonsense. In the same way, should the cruise ship and the travel agency be held resposible ? I don’t think so. The alert level for the volcano was not very high and no eruption was predicted by the NZ volcanological agencies. The rest was just battle of lawyers and a matter of money. It was clear to me that the participants who were injured and those – or their families – who lost a dear person wanted financial compensations.

Here is the trailer :

https://youtu.be/hnxGV9RQutE

White Island avant et après l’éruption (Photos: C. Grandpey, GeoNet)

Eruption du Mauna Loa : Les cheveux de Pele // Pele’s hair

Suite à l’éruption du Mauna Loa, les services sanitaires hawaiiens ont averti la population à proximité du volcan que des cheveux de Pelé « peuvent être transportés par le vent. »
Les cheveux de Pele sont de fines fibres de verre volcanique qui doivent leur nom à Pele, la déesse des volcans à Hawaii. D’un point de vue historique, il semblerait que l’appellation «cheveux de Pele» remonte au 19ème siècle, époque où le phénomène a été observé pour la première fois dans l’archipel.

Les services du Parc des Volcans expliquent que les fibres ressemblent à des « nattes de cheveux dorés. Lorsque des bulles de gaz éclatent près de la surface d’une coulée de lave, cela peut étirer la surface de la lave qui forme alors de longs fils. » Les mèches de cheveux de Pele peuvent avoir jusqu’à 60 centimètres de longueur, mais mesurent moins d’un micron ou 0,001 millimètre de diamètre, ce qui justifie l’appellation de cheveux. Comme ils sont légers, il peuvent être emportés par le vent.
Les cheveux de Pele peuvent former des tapis de plusieurs centimètres d’épaisseur comme on l’a vu il y a quelques années en bordure du cratère de l’Halema’uma’u avant l’éruption du Kilauea en 2018. Ces tapis fragiles se cassent facilement, mais comme ils sont en verre volcanique, ils peuvent former des échardes qui entrent dans la peau ou dans les yeux, et ils peuvent devenir dangereux, en particulier pour le bétail, si des tresses de cheveux de Pele atterrissent sur l’herbe des prairies. Ce fut un problème à La Réunion il y a quelques années après une éruption du Piton de la Fournaise dont la lave est fluide comme à Hawaii, ce qui favorise l’apparition des cheveux de Pele. Les oiseaux utilisent parfois les fibres dans la confection de leurs nids.

En fonction de la viscosité de la lave et de la force du vent, les cheveux de Pele peuvent ne pas s’étirer complètement en filaments. Ces derniers se terminent alors par une goutte plus ou moins grosse, baptisée « larme de Pele ».
Pour ceux qui ne le savent pas, Pele, abréviation de Pelehonuamea, est une divinité hawaiienne du feu et des volcans. Selon la légende, elle habite au sommet du Kilauea. On dit que la déesse parcourt les îles et apparaît aux gens sous la forme d’une belle jeune femme, ou comme une vieille femme parfois accompagnée d’un chien blanc…

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Health officials in Hawaii are warning residents near Mauna Loa of Pele’s Hair « that may be carried downwind from the volcano. »

Pele’s hair are thin glass fibers named after the volcanic deity Pele. From a historical point of view, it seems that the name «Pele’s hair» dates back to the 19th century when the phenomenon was first observed in Hawaii

The fibers resemble “golden mats of hair,” the park service says on a page about the phenomena. « When bubbles of gas near the surface of a lava flow burst, it can stretch the skin of the molten lava into long threads. » Strands of Pele’s Hair can stretch up to 60 centimeters in length but are less than a micron, or .001 millimeters, wide. They are light enough to be picked up and carried by the wind.

Pele’s Hair can form mats up to several centimeters deep. These could be seen some years ago along the rim of Halema’uma’u Craterbefore Kilauea’s 2018 eruptionThe fragile mats are easily broken, but because they are glass, they can form slivers in the skin or eyes, and as such can become dangerous, especially for the cattle if they happen to fall on the grass in the meadows. This was a problem on Reunion Island a few years ago after an eruption of Piton de la Fournaise whose lava is very fluid like in Hawaii, which favours the appearance of Pele’s hair. Birds sometimes use the fibers as part of their nests.

Depending on the viscosity of the lava and the strength of the wind, Pélé’s hair may not stretch completely into filaments. The latter then end in more or less large drops, called «Pele’s tears»

For those who don’t know, Pele, short for Pelehonuamea, is a Native Hawaiian deity of fire and volcanoes, According to legend, she dwells at the summit of Kīlauea Volcano. The goddess is said to travel the islands, appearing to people as a beautiful young woman, or as an old woman, sometimes accompanied by a white dog.

La déesse Pele dans la Volcano House du Kilauea (Hawaii) [Photo: C. Grandpey]

Cheveux de Pele en paillettes, brillants comme de l’or à la surface de coulées de lave sur le Kilauea (Photo: C. Grandpey)

On observe parfois des tignasses de cheveux de Pele en bordure des bouches éruptives (Photo: C. Grandpey)

Accumulation de cheveux de Pele en tapis aux abords du cratère de l’Halema’uma’u à Hawaii (Photo: USGS / HVO)