Arctique : Cimetières en péril // Arctic : Endangered graveyards

Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, le réchauffement climatique fait fondre le permafrost dans les hautes latitudes, en particulier en Alaska et dans le Yukon. L’instabilité du sol provoquée par cette fonte endommage les routes, fissure les fondations des habitations et accélère l’érosion.
Dans certains villages de l’Arctique, les habitants ont cessé d’enterrer leurs morts car, avec la fonte du permafrost, la partie la plus ancienne de leurs cimetières s’enfonce dans le sol. Creuser des tombes dans le sol détrempé ne fait qu’empirer les choses.
Aujourd’hui, la vue offerte par les cimetières de la région est bien triste. Les croix sortent du sol en présentant des positions étranges et certaines d’entre elles sont presque complètement noyées dans l’eau saumâtre. Le marécage a commencé à apparaître il y a 10 ou 15 ans, puis s’est étendu et a carrément avalé les tombes aux alentours.
Cette situation dans les cimetières vient s’ajouter aux maisons qui s’effondrent sur les rivages de l’Océan Arctique en raison de l’élévation du niveau de la mer. En conséquence, de nombreux habitants ont déjà quitté leurs villages pour aller vivre dans des zones plus sûres. Le gouvernement fédéral a fait jusqu’à présent bien peu de choses pour leur venir en aide.

Source: Anchorage Daily News.

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As I put it several times before, global warming is thawing the permafrost in the upper latitudes, particularly in Alaska and the Yukon. Actually, it is doing more than damaging roads, cracking foundations and accelerating erosion.

In some villages of the Arctic, residents have stopped burying their dead because, as the permafrost melts, the oldest part of their cemetery is sinking. Digging graves in the soggy ground is just making it worse.

Today, the sight offered by the cemeteries of the region is quite sad. The crosses stick out of the sunken ground at odd angles, some of them almost completely submerged in the brackish water. The swamp appeared about 10 or 15 years ago and then expanded, swallowing the graves around it.

This adds to the houses that are collapsing on the shores of the Artic because of the rise in sea level. As a consequence, many residents have left their communities to live in safer areas. The federal government has done little up to now in order to help them.

Source: Anchorage Daily News.

En Alaska, certains cimetières, autochtones ou orthodoxes, présentent une grande originalité (Photos: C. Grandpey)

L’Iditarod de Nicolas Vanier

J’ai beaucoup aimé le documentaire diffusé ce soir sur France 2 et qui raconte « l’Iditarod, la dernière course de Nicolas Vanier ». Amoureux de l’Alaska, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs mushers ayant participé à cette course et à la Yukon Quest, autre compétition mythique de l’Arctique. Les paysages traversés sont somptueux. Je les ai admirés illuminés par les couleurs de l’automne et recouverts de neige quelques semaines plus tard. En regardant le film, je n’avais qu’une envie: retourner là-bas pour me replonger dans la nature sauvage et quitter pendant quelques semaines notre civilisation trépidante…

Il y a quelques mois, j’ai publié une note sur les courses de chiens de traineaux en Alaska:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/02/16/les-courses-de-chiens-de-traineaux-en-alaska-sled-dog-races-in-alaska/

Photos: C. Grandpey

De plus en plus de neige sur le Denali (Alaska) // More and more snow on Denali (Alaska)

Même si l’hiver actuel semble plus froid que les précédents, avec d’importantes chutes de neige sur les montagnes françaises, cela ne signifie pas que le réchauffement climatique soit en régression. Il ne faudrait pas oublier que pour avoir de la neige, il faut de l’humidité et un temps pas trop froid.

Plus de neige ne signifie pas forcément plus de glace pour les glaciers, surtout si le soleil estival la fait fondre, comme c’est le cas ces dernières années.
Une équipe de chercheurs américains a publié dans Nature Scientific Reports des données scientifiques qui montrent que même si l’Alaska a connu une hausse des températures extrêmement rapide ces dernières années, les chutes de neige dans le Parc National du Denali ont augmenté de façon spectaculaire. [Le Denali (anciennement Mont McKinley) est le plus haut sommet d’Amérique du Nord, avec une altitude de 6190 m.]

Les chercheurs ont foré la neige pour extraire des carottes de glace qui ont fourni un historique des chutes de neige remontant à plus de 1 000 ans et ils ont constaté une nette augmentation des chutes de neige au cours des 150 dernières années.
Les carottes de glace ont révélé une très forte augmentation de la couche de neige à partir de l’époque de la révolution industrielle au 19ème siècle, lorsque les hommes ont commencé à utiliser des combustibles fossiles pour produire de l’énergie en grande quantité. Au fil du temps, la quantité de neige tombée a plus que doublé.
La couche de neige fraîche avant la révolution industrielle atteignait en moyenne 2,40 mètres par an sur le site où les carottes ont été extraites. La montagne reçoit aujourd’hui plus de 5 mètres de neige fraîche. Avec le changement climatique, on assiste à une augmentation des précipitations car l’atmosphère plus chaude contient plus de vapeur d’eau. Malgré cela, les chercheurs ne s’attendaient pas à une telle augmentation de la couche de neige. Ils attribuent une partie de cette augmentation à la capacité de l’atmosphère à retenir plus de vapeur d’eau, mais aussi au fait que le réchauffement de l’Océan Pacifique tropical a modifié les tendances atmosphériques, avec plus de tempêtes en Alaska.
En dépit de toute cette neige, les glaciers de l’Alaska reculent rapidement à basse altitude, même s’ils sont alimentés par de gros volumes de neige dans les zones d’accumulation à haute altitude où il y a peu de fonte. [NDLR : Cette zone d’accumulation en France se situe désormais au-dessus de 3000 mètres d’altitude.]
Il y a deux ans, les scientifiques ont signalé que les glaciers de l’Alaska perdaient chaque année 75 milliards de tonnes de glace. Ce sont ceux qui fondent le plus vite dans le monde. Le phénomène est entièrement dû au réchauffement estival, malgré le fait que les chutes de neige aient doublé. [Note personnelle: Les glaciologues français ont récemment présenté la même explication de la fonte des glaciers dans les Alpes.]
Les changements intervenus dans la couche de neige et présentés dans la nouvelle étude font partie d’un ensemble de changements beaucoup plus important intervenu dans le système hydrologique de l’Arctique. En particulier, la fonte des glaciers et du manteau neigeux entraîne des déversements d’eau importants vers la mer. La nouvelle étude souligne que même si notre planète connaît un réchauffement moyen de 1 degré Celsius ou plus, certaines régions peuvent connaître des changements beaucoup plus importants.
Source: The Washington Post et The Anchorage Daily News.

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Even though the current winter looks colder with significant snowfall on the French mountains, this does not mean global warming is declining. To have snow, you need both humidity and not too cold temperatures.

More snow does not necessarily means more ice on the glaciers, above all if the summer sun melts it, as happened during the past years.

In Alaska, a team of U.S. scientists published in Nature Scientific Reports data suggesting that even as the state of Alaska has warmed up extremely rapidly in recent years, snowfall in the Denali National Park has increased dramatically during the era of human-driven global warming. Denali (formerly known as Mount McKinley) is the highest mountain peak in North America, with a summit elevation of 6,190 m.

The researchers drilled into the snow to extract cores of ice that provided a historical record of snowfall patterns going back more than 1,000 years, and found a marked snowfall increase over the past 150 years or so.

The ice cores showed an enormous increase in the rates of snowfall beginning around the Industrial Revolution in the 19th century, when humans began burning fossil fuels to produce energy in large quantities. The increase over time represented more than a doubling in the amount of snow.

Snowfall before the Industrial Revolution averaged about 2.40 metres of fresh snow a year at the site where the cores were extracted, and now the mountain gets over 5 metres of fresh snow. Climate change increases the volume of precipitation, because a warmer atmosphere holds more water vapour. However, it is not supposed to increase it so much. The researchers attribute part of the snowfall increase to the atmosphere retaining more water vapour, but also say that the warming up of the tropical Pacific Ocean changed atmospheric patterns, leading more storms to track across Alaska.

Despite all of this, Alaska’s glaciers are still widely retreating at lower altitudes, even though they are being fed with heavy volumes of snow at high altitudes, where there is little melt.

Two years ago, scientists reported that Alaska’s glaciers were losing 75 billion tons of ice annually. The Alaska glaciers are the fastest-melting in the world. The phenomenon is all driven by the summertime warming, despite the fact that snowfall has doubled. [Personal note: French glaciologists recently set forth the same explanation for glacier melting in the Alps.]

The snowfall changes documented in the new study are just part of a much larger set of changes to the Arctic’s hydrological system, which include earlier spring melting of mountain glaciers and snowpack, leading to large river discharges to the sea. The new study highlights that even as the globe overall experiences a slow, average warming of 1 or more degrees Celsius, certain areas can see drastically bigger changes.

Source: The Washington Post & The Anchorage Daily News.

Vues du Denali (Photos: C. Grandpey)

Effets désastreux du réchauffement climatique sur la pêche dans l’Arctique // Disastrous effects of global warming on fishing in the Arctic

Le réchauffement climatique a des effets désastreux sur la pêche dans l’Arctique. Les autorités de l’Ile Kodiak, au sud de l’Alaska, vont demander au Gouverneur de l’Etat que soit décrété un état de catastrophe naturelle en raison de l’effondrement des stocks de morues dans tout le Golfe d’Alaska. La pénurie affectera beaucoup de communautés côtières de l’Alaska.
Les captures de morues dans le Golfe en 2018 vont chuter de 80%, avec un peu moins de 13 000 tonnes dans les eaux fédérales, contre près de 65 000 tonnes en 2017. L’effondrement devrait se poursuivre en 2020 et 2021. Les captures de morues dans la Mer de Béring diminueront également de 15% pour atteindre seulement 188 000 tonnes. Il faut savoir que l’Alaska produit 12% de la morue dans le monde.
La mauvaise nouvelle a été annoncée par le Conseil de Gestion de la Pêche dans le Pacifique Nord qui fixe les quotas de pêche pour plus de 25 espèces dans les eaux situées entre 5 km et 320 km du littoral dans le Golfe d’Alaska et la Mer de Béring.
Le déclin de la morue est dû au fait que les jeunes poissons n’ont pas survécu à la hausse de la température de la mer, phénomène qui a commencé en 2014. L’eau trop chaude a également nui à la survie des œufs de morue et anéanti plusieurs catégories de jeunes poissons.
Les prises dans les eaux de l’État d’Alaska (à moins de 5 km des côtes) vont également chuter, ce qui va nuire fortement aux pêcheurs qui utilisent de petits bateaux. Les captures de morues l’année prochaine dans le Golfe d’Alaska atteidront moins de 4 600 tonnes, contre plus de 21 800 tonnes en 2017.
D’autres exemples montrent à quel point certaines communautés du Golfe seront affectées. À Cook Inlet l’an prochain, les captures de morues atteindront moins de 317 tonnes, contre plus de 3000 tonnes en 2017. Dans le Prince William Sound, les captures seront de moins de 500 tonnes, contre 1800 tonnes habituellement. À Kodiak, la capture de morues dans les eaux de l’État sera de 950 tonnes en 2018, contre plus de 5500 tonnes en 2017.
C’est la raison pour laquelle la ville de Kodiak va présenter une demande de catastrophe naturelle au Gouverneur de l’État d’Alaska d’ici la fin de l’année.
Source: Anchorage Daily News.

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Global warming is having disastrous effets on fishing in the Arctic. Kodiak officials have sent the Governor of the State a disaster declaration due to the crash of cod stocks throughout the Gulf of Alaska. The shortage will hurt many other coastal communities as well.

Gulf cod catches for 2018 will drop by 80 percent to just under 29 million pounds in federally managed waters, compared to a harvest this year of nearly 142 million pounds. The crash is expected to continue into 2020 or 2021. Cod catches in the Bering Sea also will decline by 15 percent to 414 million pounds. In all, Alaska produces 12 percent of global cod fish.

The bad news was announced by the North Pacific Fishery Management Council, which sets the catches for more than 25 species in waters from 5 km to 320 km from shore in the Gulf and the Bering Sea.

The cod decline is blamed on younger fish not surviving warm ocean temperatures that began in 2014. The warm water also hurt cod egg survival and wiped out several year classes of juvenile fish.

The harvest numbers for state waters (inside 5 km) also will plummet. That will really hurt small-boat fishermen. State water cod catches next year in the Gulf will total less than 10 million pounds compared to more than 48 million pounds in 2017.

Further examples show how badly some Gulf communities will be affected. At Cook Inlet the cod take next year will drop to under 700,000 pounds compared to more than 6.2 million pounds in 2017. At Prince William Sound, the cod catch will be less than 1 million pounds, down from 4.3 million pounds. At Kodiak, the state waters cod catch in 2018 will be 2.2 million pounds, down from more than 12 million pounds in 2017.

This is the reason why the City of Kodiak will send a disaster declaration request to the Governor of the State of Alaska by the end of this year.

Source: Anchorage Daily News.

Vue des mers autour de l’Alaska (Source: Google Maps)