Kilauea (Hawaii): S’agit-il d’une nouvelle éruption ? // Is it a new eruption ?

Depuis le début de l’éruption actuelle dans la Lower East Riift Zone le 3 mai 2018, je me demande s’il s’agit de la continuation de l’éruption du Pu’uO’o qui a commencé le 3 janvier 1983, ou s’il s’agit d’une nouvelle éruption. Les scientifiques de l’USGS se posent eux aussi la question et débattent sérieusement pour savoir si l’éruption dans les Leilani Estates est distincte de celle du Pu’u O’o. Cela signifierait que la très longue éruption du Pu’uO’o s’est terminée le 3 mai 2018!
Selon l’USGS, l’éruption de 1983 du Pu’u O’o représente la plus longue et la plus volumineuse effusion de lave dans l’East Rift Zone du Kilauea en plus de 500 ans. La lave a recouvert les secteurs de Kapaahu, Royal Gardens et Kalapana .
Les scientifiques de l’USGS sont à peu près certains qu’il s’agit d’une nouvelle éruption car le Pu’u O’o ne montre aucun nouveau signe d’activité. On enregistre encore un peu de déflation au niveau du cône, signe que celui-ci continue à se vider, mais il ne semble pas qu’un nouveau magma soit revenu dans cette zone.
On se souvient que l’éruption du Pu’u O’o a commencé le 3 janvier 1983, jour où des fractures se sont ouvertes dans l’East Rift Zone du Kilauea. Dans les mois qui ont suivi, l’éruption s’est concentrée sur une bouche unique qui, par accumulation de matériaux produite pas d’impressionnantes fontaines de lave, a donné naissance au cône baptisée Pu’u O’o. La lave de cette éruption a atteint l’océan le 28 novembre 1986, après avoir recouvert une partie de la Highway 130. Cette route, qui devient Chain of Craters Road, est maintenant en train d’être rouverte pour servir de voie d’évacuation en cas d’intensification de l’éruption dans les Leilani Estates.
Un autre fait confirme que l’éruption actuelle est nouvelle. En plus d’être alimentée par la lave du Pu’uO’o, elle reçoit la lave du sommet du Kilauea, comme le montre la vidange rapide du de l’Overlook Crater dans l’Halema’uma’u. Toute la zone sommitale du Kilauea avait connu une longue phase d’inflation au cours des derniers mois. Sous l’effet de la pression et de la gravité, le Pu’uO’o a été le premier à laisser échapper sa lave, immédiatement suivi par l’Overlook Crater car ces deux sites sont reliés dans le réseau d’alimentation du Kilauea.
Que l’éruption actuelle soit nouvelle ou non, elle est alimentée par la lave en provenance de la chambre magmatique superficielle du Kilauea dont le volume est inconnu. Les éruptions précédentes montrent que cette chambre stocke d’énormes volumes de magma. L’éruption actuelle peut donc durer encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

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Since the beginning of the current eruption in the Lower East Riift Zone on May 3rd, I have been asking myself : Is it a continuation of the Pu’uO’o eruption thet began on January 3rd, 1983, or is it a new eruption ? USGS scientists are seriously debating whether the Leilani Estates eruption should be declared a “new” eruption that is distinct from the Pu’u O’o eruption. This would mean that the very long Pu’uO’o eruption ended on May 3rd, 2018!

According to USGS, the Pu’u O’o eruption ranks as the longest and most voluminous known outpouring of lava from Kilauea Volcano’s East Rift Zone in more than 500 years, and over the decades it covered the communities of Kapaahu, Royal Gardens and Kalapana.

USGS scientists are pretty much ready to call this a new eruption as Pu’u O’o doesn’t show any sign of activity at all. There is still a bit of deflation happening at the cone, a sign that lava may be draining out of the area, but it does not seem like magma will return to that area.

One can remember that the Pu’u O’o eruption began on January 3rd, 1983, when fissures opened on Kilauea’s East Rift Zone, and in the months that followed the eruption became focused at a single vent. During the next three years, a series of lava fountains built a cone of cinder and lava spatter that was dubbed Pu’u O’o. Lava from this eruption first reached the ocean on November 28th, 1986, after covering a portion of Highway 130. That highway, which becomes Chain of Craters Road, is now being reopened as an evacuation route to help cope with the Leilani Estates eruption.

Another fact confirms that the current eruption is a new one. Beside being fed by the lava from Pu’uO’o, it is also fed by lava from Kilauea’s summit, as shown by the rapid drainage of the Overlook Crater within Halema’uma’u. The whole summit area of Kilauea had been inflating during the past months. Due to the magma pressure and gravity, Pu’uO’o let go its lava first and was immediately followed by the Overlook Crater as the two vents are connected through the Kilauea feeding network.

Whether or not the current eruption is a new one, it is fed by lava from Kilauea’s shallow magma chamber whose volume is unknown. Previous eruptions show it stores huge volumes of magma. The current eruption may last several weeks or even months.

Réseau d’alimentation du Kilauea (Source: USGS)

Le Pu’uO’o en 1983 (Crédit photo: USGS)

Le Pu’uO’o vidé de sa lave le 5 mai 2018 (Crédit photo: USGS)

Cratère du Pu’uO’o en 2011 (Photo: C. Grandpey)

Lac de lave dans le cratère du Pu’uO’o en 2007 (Photo: C. Grandpey)

Le lac de lave du Nyiragongo (République Démocratique du Congo // The lava lake at Nyiragongo Volcano (DRC)

Le Nyiragongo fait partie des volcans les plus actifs au monde et il possède un lac de lave permanent. Lors d’une conférence à la réunion annuelle de la Seismological Society of America en mai 2018, des scientifiques ont présenté les différentes méthodes de surveillance du niveau du lac de lave.
Les chercheurs analysent les signaux sismiques et infrasonores générés par le volcan ainsi que les données recueillies par les satellites pour mesurer les fluctuations du niveau du lac de lave du Nyiragongo. Lors de l’éruption de 2002, qui a provoqué une crise humanitaire majeure, le lac s’est vidangé et la profondeur du gouffre laissé par l’évacuation de la lave a été estimée entre 600 et 800 mètres. Environ quatre mois après l’éruption, le cratère a recommencé à se remplir de nouveau. De nos jours, le plancher du cratère se trouve à environ 400 mètres en dessous de la lèvre et le lac de lave reste à un niveau élevé.
Le niveau du lac de lave est, entre autres, lié aux variations de pression à l’intérieur du système magmatique sous le volcan. En ce sens, le lac de lave représente une fenêtre sur ce système magmatique et les fluctuations de son niveau fournissent des informations sur les variations de l’alimentation.
Différentes techniques sont utilisées pour observer le lac de lave. Les données sismiques et infrasonores, collectées en continu, permettent aux chercheurs de mesurer les variations de pression dans l’activité magmatique. Au cours des dernières années, les nouvelles technologies ont permis à l’Observatoire Volcanologique de Goma de mettre en place l’un des systèmes de surveillance télémétrique en temps réel les plus performants d’Afrique. Grâce aux techniques de traitement modernes, ces nouvelles bases de données offrent des possibilités sans précédent pour étudier le comportement de ce système magmatique unique. En plus des données sismiques et infrasonores, les scientifiques utilisent les images radar à synthèse d’ouverture (RSO) à haute résolution capturées par des satellites lors de leur passage au-dessus du volcan pour mesurer directement les variations de niveau du lac de lave. Ces images mesurent la longueur de l’ombre projetée par le bord du cratère sur la surface du lac, ce qui permet de calculer la profondeur de la lave.
Source: Science Daily.

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Nyiragongo is among the world’s most active volcanoes, with a persistent lava lake. In a talk at the 2018 Seismological Society of America annual meeting, there was a discussion about the multiple methods to monitor lava lake levels at the volcano.

The researchers analyze seismic and infrasound signals generated by the volcano as well as data collected during satellite flyovers to measure Nyiragongo’s lake level fluctuations. During the eruption in 2002, which caused a major humanitarian crisis, the lava lake was drained and the depth of the remaining crater was estimated between 600 and 800 metres. About four months after the eruption, the crater started filling up again. Nowadays, the inner crater floor is about 400 metres below the rim and the lava lake remains at high level.

The lava lake level is, among other things, related to the variations of the pressure inside the magmatic system underneath the volcano. In that sense, the lava lake represents a window into the magmatic system, and its level fluctuations provide information on the recharge and drainage of the magmatic system.

Different techniques are used to observe the lava lake. The seismic and infrasound data, collected continuously, help researchers gauge pressure changes in magmatic activity. Over the past few years, new technologies allowed the Goma Volcano Observatory to deploy one of the densest modern real-time telemetered monitoring systems in Africa. Combined with modern processing techniques, these newly acquired datasets provide unprecedented opportunities to investigate the behaviour of this unique magmatic system. In combination with seismic and infrasound data, the scientists are using high resolution synthetic-aperture radar (SAR) images captured by satellites passing over the volcano to directly measure the rise and fall of the lava lake level. These images measure the length of the shadow cast by the crater’s edge on the lava lake surface, which can be used to calculate the lava depth.

Source : Science Daily.

Lac de lave du Nyiragongo (Crédit photo: Wikipedia)

Les changements au sommet du Kilauea (Hawaii) vus depuis l’espace // The changes at the Kilauea summit (Hawaii) seen from space

Les images radar d’amplitude (SAR) ci-dessous ont été acquises par le système satellitaire Cosmo-SkyMed de l’Agence Spatiale Italienne et montrent les changements intervenus dans la caldeira du Kilauea entre le 5 mai à 6h12 (heure locale) – au-dessus – et le 17 mai à 6h12  – au-dessous.
Le satellite envoie un signal radar à la surface du sol et mesure la force de la réflexion. Les zones claires indiquent une forte réflexion et les zones sombres une faible réflexion. Les fortes réflexions proviennent de surfaces irrégulières ou de reliefs qui pointent en direction du radar, alors que les réflexions faibles proviennent de surfaces lisses ou de pentes inclinées à l’opposé du radar.

L’image du 17 mai a été acquise après deux petites explosions de la bouche éruptive (i.e. l’Overlook Crater) au sommet du volcan. Les principaux changements par rapport à l’image du 5 mai comprennent: (1) un assombrissement de la zone au sud de l’Halema’uma’u, qui peut correspondre à l’accumulation de cendre sur la période de 12 jours entre les images; (2) un agrandissement de la bouche éruptive sur le plancher de Halema’uma’u ; sa superficie est passée d’environ 48 500 mètres carrés le 5 mai à environ 137 000 mètres carrés le 17 mai; et (3) le creusement d’une petite dépression (d’environ 60 000 mètres carrés) au niveau de la lèvre est de l’Halema’uma’u qui traduit l’affaissement d’une partie de la lèvre vers le puits d’effondrement en train de s’agrandir sur le plancher du cratère.
Source: HVO.

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The radar amplitude images below were acquired by the Italian Space Agency’s Cosmo-SkyMed satellite system and show changes to the caldera area of Kilauea Volcano that occurred between May 5th at 6:12 a.m. (local time) – above – and May 17th at 6:12 a.m. – below.

The satellite transmits a radar signal at the surface and measures the strength of the reflection, with bright areas indicating a strong reflection and dark areas a weak reflection. Strong reflections indicate rough surfaces or slopes that point back at the radar, while weak reflections come from smooth surfaces or slopes angled away from the radar.

The May 17th image was acquired after two small explosions from the summit eruptive vent. Major changes with respect to the May 5th image include: (1) a darkening of the terrain south of Halema‘uma‘u, which may reflect accumulation of ash over the 12-day period between the images; (2) enlargement of the summit eruptive vent on the floor of Halema‘uma‘u, from about 48 500 square metres on May 5th to about 137 000 square metres on May 17th; and (3) the development of a small depression (area of about 60 000 square metres) on the east rim of Halema‘uma‘u that reflects slumping of a portion of the rim towards the growing collapse pit on the crater floor.

Source: HVO.

Source: Agence Spatiale Italienne

Sensibilisation aux risques volcaniques dans l’Etat de Washington (Etats Unis) // Awareness of volcanic risks in Washington State (United States)

Mai est le mois de la sensibilisation aux risques volcaniques dans l’État de Washington. Les volcans de la Chaîne des Cascades ne sont pas loin et les scientifiques de l’USGS organisent des réunions destinées à informer la population. Ce mois de sensibilisation coïncide avec l’anniversaire de l’éruption du Mt St Helens en 1980 ; il permet  aux habitants de l’Etat de Washington de se familiariser avec le risque volcanique là où ils habitent.

Une journée portes ouvertes le 12 mai 2018 dans les locaux de l’USGS de Vancouver et l’ouverture du Johnston Ridge Observatory près du Mont St. Helens le 16 mai feront partie de ce mois de la sensibilisation.
Au cours de la journée portes ouvertes, les visiteurs auront l’occasion de discuter avec des scientifiques, de visiter les laboratoires et de tester leurs connaissances sur les zones de danger et la sécurité sur les volcans.
Des expositions et des exposés illustreront le travail quotidien des scientifiques, notamment l’identification des séismes et l’interprétation des données provenant des stations de surveillance installées sur les volcans de la Chaîne des Cascades.
Les scientifiques présenteront des équipements de surveillance, notamment l’imagerie thermique, l’échantillonnage de gaz volcaniques et un bras robotisé qui permet l’analyse des échantillons de sédiments.
Des simulations informatiques montreront la trajectoire des nuages de cendre lors d’une future éruption ainsi que la distance que les lahars sont susceptibles de parcourir dans les vallées. Ce dernier point est particulièrement important pour le Mt Rainier car la fonte des glaciers lors d’une éruption menacerait rapidement des localités comme Orting le long de la vallée de la Puyallup. Voir cette note que j’ai écrite il y a quelques mois: https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/03/07/chaine-des-cascades-etats-unis-le-mont-rainier-cascade-range-united-states-mount- rainier /

Le Johnston Ridge Observatory, au terminus de la Highway 504, ouvrira ses portes le 16 mai 2018. Le 19 mai, le Mount St. Helens Institute, un organisme à but non lucratif, présentera «It’s a Blast», un événement destiné aux familles. Il comprendra des activités pratiques, des discussions avec les rangers, des films et des expositions. L’argent des entrées permettra de financer les programmes du Mount St Helens Institute, y compris ceux destinés à l’éducation des jeunes.
Deux sessions en ligne sont également au programme:
Le 9 mai à 10 h 30, Seth Moran, le scientifique responsable de l’observatoire, fera un bilan de l’activité volcanique sur la Chaîne des Cascades. Ce sera le point de départ d’une séance en direct sur  Facebook. (Plus de détails sur la page USGS Volcanoes sur Facebook.)

À 13 heures le 15 mai, la Washington Emergency Management Division, organisme qui gère les situations d’urgence dans l’Etat de Washington, parrainera une réunion axée sur les volcans de la Chaîne des Cascades. Une équipe de volcanologues et de géologues sera sur place pour répondre aux questions.
Toutes les informations sont accessibles sur le site :

https://volcanoes.usgs.gov/observatories/cvo/

Source: USGS.

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May is Preparedness month in Washington State. The volcanoes of the Cascade Range are close by and USGS scientists organise meetings destined to inform the population. Volcano Preparedness Month uses the anniversary of the Mt St Helens1980 eruption as an opportunity to help Washington residents become more familiar with volcanic risk in their communities.

An open house on May 12th, 2018 at Vancouver’s USGS centre and the opening of the observatory near the crater of Mount St. Helens on May 16th will be part of this Volcano Preparedness Month.

During the open house, visitors will be given the opportunity to talk with scientists, visit the labs and test their knowledge of volcano hazard zones and volcano safety.

Displays and demonstrations will illustrate the work that happens daily at the observatory, including identification of earthquakes and interpretation of data arriving from monitoring stations on Cascade Range volcanoes.

Scientists will demonstrate monitoring instruments, including thermal imaging, volcanic gas collection and a robotic arm that processes sediment samples.

Computer simulations will show the ash path of a future eruption and forecast how far debris flows will travel downstream. This is particularly important for Mt rainier as the melting of glaciers during an eruption would rapidly threaten communities like Orting along the valley of the Puyallup River. See this note I wrote a few months ago:   https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/03/07/chaine-des-cascades-etats-unis-le-mont-rainier-cascade-range-united-states-mount-rainier/

The Johnston Ridge Observatory, at the end of state Highway 504, will open for the season on May 16th, 2018. On May 19th, the nonprofit Mount St. Helens Institute will present “It’s a Blast”, a family friendly event. It will feature hands-on activities, ranger talks, films and exhibits. All admissions collected on May 19th will support the Mount St. Helens Institute’s programs, including youth education.

Two online sessions also are on the schedule:

At 10:30 a.m. on May 9th, Seth Moran, the observatory scientist in charge, will deliver a “State of the Cascades” report to begin a live Facebook session. Visit USGS Volcanoes on Facebook for more information.

At 1 p.m. on May 15th, Washington Emergency Management Division will sponsor meeting with a focus on Cascade volcanoes. A team of experts in volcanology, geology and preparedness will be on hand to answer questions.

Information is available at volcanoes.usgs.gov/observatories/cvo

Source : USGS.

Vue de la ville d’Orting qui serait directement menacée par des lahars en cas d’éruption du Mont Rainier (Crédit photo: USGS)