Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : dernières nouvelles de l’éruption // Latest news of the eruption

Le 4 mai 2021, les scientifiques de l’OVPF ont pu effectuer un survol du Piton de la Fournaise en ULM. Les deux cônes éruptifs sont toujours actifs, mais les fontaines de lave sont nettement moins importantes que précédemment. Un lac de lave était toujours présent au niveau du cône le plus imposant, situé en amont, tandis que le petit cône en aval ne montre que des projections.

Les coulées de l’éruption qui, rappelons le, a commencé le 9 avril, continuent leur lente progression dans les Grandes Pentes. Le 4 mai à la mi-journée, la lave avait atteint une altitude d’environ 1450 mètres et certains bras se dirigeaient vers le Cratère du Passage.

L’OVPF explique que ces coulées en gratons, poussées par le débit de l’éruption, progressent très lentement, par bonds, dès qu’une pente suffisante permet leur avancée qui a été évaluée à moins de 200 m en 24 heures.

Des incendies dans la végétation située au pied du rempart et au front de coulée ont été observés ces derniers jours.

On aperçoit le rougeoiement de la lave depuis la RN 2, mais le spectacle reste très lointain, près de 5 kilomètres en amont de la route.

Le spectacle n’est guère meilleur depuis le Piton de Bert car très peu de projections sont visibles et la lave circule en tunnels jusqu’à la limite des Grandes Pentes.

D’un point de vue scientifique, le tremor conserve des valeurs relativement stables. Son amplitude atteint encore 50% du maximum observé le 13 avril. Les flux de CO2 sont toujours en hausse en champ lointain, dans la région des Plaines.

Le léger gonflement de la zone sommitale et de la base du cône terminal semble se confirmer,. Cela montre que du magma continue à entrer dans le réservoir superficiel. L’éruption a peut-être encore de beaux jours devant elle.

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On May 4th, 2021, OVPF scientists were able to fly over Piton de la Fournaise in a microlight. The two eruptive cones are still active, but the lava fountains are significantly less powerful than before. A lava lake can still be seenwithin the largest cone, located upslope, while the smaller cone downslope only shows projections.

The lava flows of the eruption, which began on April 9th, continue their slow progression in the Grandes Pentes. By midday on May 4th, lava had reached an altitude of about 1,450 metres and some branches were heading towards the Cratère du Passage. OVPF explains that these lava flows progress very slowly, in leaps, a little faster when the slope gets steeper. Their advance has been evaluated at less than 200 m in 24 hours.

Fires in the vegetation at the foot of the rampart and at the flow front have been observed in recent days.

The glow from the lava ca be seen from RN 2, but it is still very distant, nearly 5 kilometres from the road.

There is hardly anyhing to see from the Piton de Bert because very few projections are visible and lava flows in tunnels down to the Grandes Pentes.

From a scientific point of view, the eruptive tremor maintains relatively stable values. Its amplitude reaches 50% of the maximum observed on April 13th. The CO2 flux is still increasing in the far field, in the Plains region. The slight inflation of the summit area and the base of the terminal cone seems to be confirmed. This shows that magma continues to enter the shallow reservoir. The eruption might still last some time.

Crédit photo : OVPF

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : vers la fin de l’éruption ? // Toward the end of the eruption ?

Cela fait 3 semaines que le Piton de la Fournaise est en éruption, mais l’événement est quasiment invisible ces jours-ci à cause de la météo exécrable qui règne à la Réunion. Les fortes pluies ont causé des éboulements et des coupures de routes, en particulier dans le secteur de Salazie.

Les instruments montrent que l’éruption se poursuit, mais l’intensité du tremor décroît régulièrement depuis trois jours. Il ne serait pas surprenant que l’éruption touche à sa fin. Si c’est le cas, on sera dans la moyenne de durée des dernières éruptions, mais très loin du record établi en 1998 quand une éruption avait duré 6 mois, ou même des 47 jours de l’éruption de septembre 2018. .

Les deux cônes éruptifs sont toujours en activité, mais l’activité se déroule essentiellement en tunnels, de sorte que les coulées ne sont guère visibles en surface.

Les observations de l’OVPF sont compliquées par le fait que certains instruments ont été foudroyés .Pour d’autres, le manque d’ensoleillement empêche l’alimentation des panneaux solaires  et donc leur fonctionnement.

Comme je l’indiquais précédemment, le front de coulée demeure figé dans les Grandes Pentes à une centaine de mètres en amont du cratère Bonnet. La coulée s’est épaissie et s’est élargie.

Source : OVPF, Réunion la 1ère.

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Piton de la Fournaise has been erupting for 3 weeks now, but the event is almost invisible these days due to the poor weather conditions on Réunion Island. Heavy rains caused landslides and road cuts, especially in the Salazie area.

The instruments show that the eruption is continuing, but the intensity of the tremor has been decreasing steadily for the past three days. It would not come as a surprise if the eruption came to an end. If this is the case, it will have the average duration of the last eruptions, but very far from the record set in 1998 when an eruption lasted 6 months, or even the 47 days of the eruption of September 2018..

The two eruptive cones are still active, but the activity mainly takes place in tunnels, so that the flows are hardly visible on the surface. OVPF’s observations are complicated by the fact that some instruments have been struck by lightning. For others, the lack of sunlight prevents the solar panels from being supplied and therefore from working properly. As I indicated previously, the flow front is no longer moving forward and has stopped in the Grandes Pentes about a hundred metres upslope from the Bonnet crater. The flow has thickened and widened. Source: OVPF, Réunion la 1ère.

Source : OVPF

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : C’était inévitable !

Suite au décès des deux étudiants réunionnais sur le site de l’éruption du Piton de la Fournaise, la surveillance du volcan et de ses abords va être renforcée. La gendarmerie avertit que les randonneurs et automobilistes seront particulièrement surveillés. Les pandores seront vigilants sur le stationnement sur site, en particulier sur le chemin qui mène au parking Foc-Foc, point de départ du sentier qui conduit au point d’observation du Piton de Bert.

L’accès à l’Enclos est strictement interdit par arrêté préfectoral. Le respect strict du couvre-feu sera également étroitement surveillé avec l’interdiction formelle des bivouacs nocturnes. Les gendarmes préviennent qu’ils assureront une présence sur site très tard le soir et très tôt le matin.

Stationnement sauvage, accès à l’Enclos alors qu’il est interdit et non respect du couvre-feu seront donc systématiquement verbalisés à compter du 24 avril 2021. Une convention a également été mise en place avec le sous-préfet de Saint-Pierre pour coordonner toutes les brigades du Sud jusqu’à Saint-Rose et assurer ainsi une présence sur le terrain des gendarmes et policiers municipaux.

Source : Le Journal de l’Ile.

Les explications particulièrement vagues données par le procureure le 23 avril 2021 – « exposition thermique et toxique » – demandent des compléments d’information. Il n’est, bien sûr, pas question d’avoir des détails techniques – qui seront remis aux familles – sur le déroulement des autopsies, mais on aimerait en savoir plus sur les résultats des analyses, de sang en particulier. Elles permettront de connaître les concentrations de gaz (SO2, CO2). En effet, ce n’est pas une simple approche du site éruptif qui a pu provoquer la mort simultanée des deux jeunes. Dans ce cas, il y aurait déjà eu des centaines de morts sur les sites volcaniques de la planète. Il s’est forcément produit quelque chose de particulier. Une simple exposition au SO2 et à la chaleur n’entraîne pas la mort.

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Dans le même temps l’éruption se poursuit. Le tremor reste à un niveau stable. Les très mauvaises conditions météo n’ont pas permis à l’OVPF de faire des observations sur le terrain.

Photo : C. GRandpey

Piton de la Fournaise : «L’exposition thermique et toxique» serait la cause de la mort des randonneurs

Les résultats de l’autopsie des deux randonneurs qui ont perdu la vie sur le Piton de la Fournaise ne vont pas dans le sens de l’hypothèse que j’ai formulée précédemment. Ce ne serait pas la foudre qui aurait provoqué la mort des deux jeunes. La procureure a annoncé que leur décès était dû « à l’exposition thermique et toxique liée à la proximité du volcan », donc à la chaleur et aux gaz. Elle a ajouté : « Ce n’est pas encore très précis », et d’autres analyses de prélèvements complémentaires doivent avoir lieu. Ces premiers éléments restent encore à être affinés. Néanmoins la famille tient à ce que peu d’informations précises soient diffusées. Quoi qu’il en soit, il n’y a eu aucune intervention extérieure d’un tiers dans le décès de ces deux étudiants. Il n’y aura donc pas d’enquête criminelle.

Ce rapport d’autopsie semble (ce n’est qu’une hypothèse) vouloir dire que les deux garçons se sont aventurés au cœur des coulées et des nuages de gaz sans la moindre protection. S’ils portaient des masques à gaz, cela signifie qu’ils étaient inadaptés ou insuffisants. Il faut toutefois se montrer très prudent et ne rien affirmer tant que les résultats complets des analyses ne seront pas communiqués. Le lieu exact de la découverte des corps n’a pas été précisé non plus.

Cette tragédie est l’occasion – avec le risque de me faire traiter de rabat-joie – de rappeler quelques consignes de prudence avant de s’aventurer sur un volcan.

La première est de respecter les consignes officielles, à savoir l’autorisation ou l’interdiction d’accès au site éruptif. L’interdiction va sembler « liberticide » (le mot à la mode) aux yeux de certains, mais elle peut être cruciale quand il va s’agir des assurances. La plupart des compagnies refuseront de mette la main au portefeuille pour des individus qui n’ont pas respecté la loi ! Dans le cas présent, la porte d’accès à l’Enclos Fouqué était fermée. Une conséquence inévitable du drame va être le renforcement des contrôles par la gendarmerie, avec des verbalisations à la clé.

Une autre consigne de prudence élémentaire est de consulter les bulletins météo (météo montagne de préférence) avant d’entamer une randonner sur un site volcanique. Même si la foudre ne semble pas être la cause du drame à la Réunion, il ne faut jamais partir en montagne – et encore moins sur un volcan – si des orages sont annoncés. (La Réunion était en vigilance pluies et orages ces derniers jours). Certaines laves sont riches en fer et se trouver dans de telles zones au moment d’un orage est suicidaire. Mon expérience de l’Etna me l’a vite fait comprendre. Un jour que je me trouvais sur la Montagnola en compagnie d’un scientifique français, il m’a montré les impacts de foudre sur la roche. Comme je l’indiquais précédemment, j’ai assisté au rapatriement de deux jeunes randonneurs tués par un orage que j’avais évité de justesse sur le volcan. Les services météorologiques réunionnais ont recensé 500 impacts de foudre pendant la nuit du 22 au 23 avril.

A côté des orages, le brouillard et les fortes intempéries peuvent mettre en détresse un randonneur. La technologie ayant évolué, il est recommandé d’avoir avec soi un bon GPS de randonnée. La fonction retour et l’utilisation des waypoints permettent de retrouver facilement son chemin. Cela suppose, évidemment, que l’on a prévu des vêtements chauds en cas de besoin, ainsi que de l’eau et quelque nourriture, comme des barres énergétiques, le temps que le temps se découvre, ou que des secours arrivent.

Les gaz volcaniques peuvent représenter un autre danger. J’ai toujours dans mon sac à dos un masque à gaz avec les cartouches appropriées, en complément du casque traditionnel qui permet de se protéger d’éventuelles projections de petites bombes et autres lapilli. Le gaz le plus dangereux est le CO2, même si les concentrations ne semblent pas mortelles sur le Piton de la Fournaise. Ce sont surtout les nuages de SO2 qui peuvent poser le plus de problèmes, mais le port d’un bon masque permet en général de s’en protéger.

S’agissant de la lave émise par un volcan effusif comme le Piton de la Fournaise à la Réunion ou le Kilauea à Hawaii, le principal risque est de se faire encercler par des coulées. L’autre risque est de faire trempette dans la lave si la voûte trop fragile d’un tunnel cède sous votre poids. Pour le reste, la chaleur insupportable de la lave indique les zones dans lesquelles il est déconseillé de pénétrer. Il faut bien sûr regarder où l’on met les pieds et veiller à ne par chuter dans une fracture éruptive comme cela est arrivé sur le Piton de la Fournaise en 2003 et a coûté la vie à un étudiant de 22 ans.

Photo: C. Grandpey