Les secrets volcaniques du Lac Mead (Etats Unis) // Lake Mead’s volcanic secrets (United States)

En raison de la grave sécheresse qui a sévi dans l’ouest des États-Unis au cours des derniers mois, le niveau du lac Mead a fortement baissé et mis à l’air libre divers objets tels que des bateaux qui ont coulé dans le lac, et même des restes humains, vestiges de vieux règlements de comptes. Aujourd’hui, les scientifiques font état de la découverte de roches recouvertes de cendres volcaniques qui ont impacté le sud du Nevada lors d’éruptions explosives il y a environ 12 millions d’années.
Le niveau d’eau actuel n’a pas été observé depuis les années 1930, lorsque le barrage Hoover a été construit et lorsque le lac Mead s’est formé. Parmi les roches découvertes, des chercheurs de l’Université du Nevada à Las Vegas mentionnent des dépôts de cendres provenant de volcans de l’Idaho, du Wyoming et de Californie. Ils savaient que ces dépôts de cendres existaient, mais ils ont été surpris d’en trouver autant au fur et à mesure que le niveau du lac Mead baissait.
La sécheresse dans l’Ouest et la surexploitation de l’eau du fleuve Colorado ont entraîné une baisse sans précédent du niveau du lac. En septembre, il se trouvait à seulement 314 mètres au-dessus du niveau de la mer, soit environ 27 % de sa pleine capacité.
Les scientifiques profitent du bas niveau de l’eau pour étudier des sédiments qui n’étaient pas accessibles depuis près d’un siècle. Ils ont découvert des cendres volcaniques de couleur blanche ou grise insérées dans les roches auparavant submergées. Ils ont rapporté des échantillons à leur laboratoire pour identifier la source des cendres, et ils ont découvert qu’elles n’avaient pas été émises par une seule éruption. Ils ont trouvé des preuves de plusieurs événements volcaniques remontant à des millions d’années dans des endroits comme la région de Snake River Plain-Yellowstone, une zone de volcans aujourd’hui inactifs, vestige d’un point chaud qui s’étend à travers l’Idaho le long de la Snake River et dans ce qui est maintenant le Parc national de Yellowstone, et jusque dans l’est de la Californie. Ils ont également trouvé des cendres provenant d’éruptions il y a seulement 32 000 ans, ce qui est peu de temps à l’échelle géologique.
Les géologues expliquent que l’étude des éruptions volcaniques du passé peut aider à brosser un tableau des risques futurs. Les cendres volcaniques qui viennent d’être découvertes dans le lac Mead sont probablement l’un des meilleurs témoignages de cette période. Elles permettront de reconstruire l’histoire géologique de la région, comprendre la fréquence des grandes éruptions volcaniques et évaluer leur impact sur le sud-ouest des Etats Unis.
Les chercheurs expliquent que les cendres d’éruptions volcaniques, même lors d’éruptions explosives modérées, peuvent parcourir des centaines de kilomètres et recouvrir des zones entières de dizaines de centimètres de matériaux. Des éruptions récentes ont montré que quelques millimètres de cendres humides suffisaient pour perturber le réseau électrique. De plus, lorsqu’elles sont inhalées, les minuscules particules de cendre présentent un risque important pour la santé. Ces retombées de cendres peuvent perturber les réseaux de transport et d’approvisionnement, fermer les aéroports et présenter un danger pour la santé. Il est important que les gouvernements locaux élaborent des plans pour faire face à ce type d’événement, comme ils le font pour les séismes et les inondations.
Source : médias d’information américains, News Channel 3.

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Because of the severe drought that prevailed in western U.S. during the past months, the water level of Lake Mead has dropped sharply, exposing several features such as previously sunken boats and even human remains. Now scientists are reporting the discovery of rocks laced with volcanic ash that rained down on southern Nevada during explosive eruptions roughly 12 million years ago.

Today’s low water levels have not been seen since the 1930s when the Hoover Dam was built and Lake Mead filled. Among the rocks they have discovered, researchers with the University of Nevada in Las Vegas found ash deposits from volcanoes in Idaho, Wyoming and California. They knew that these ash units existed, but they were surprised to find so many as the Lake Mead water level lowered.

The drought in the West and the overuse of the Colorado River’s water have pushed Lake Mead levels to unprecedented lows. As of September, the lake’s level was just 314 meters above sea level, or around 27% of full capacity.

Scientists are taking advantage of the low levels to study sediment that has not been exposed in nearly a century. They found white to gray colored volcanic ash weaving through the formerly submerged rocks. They took samples back to their lab to pinpoint the source of the ash, but found it was not emitted by a single eruption. They found evidence of several volcanic events millions of years ago from places like the Snake River Plain-Yellowstone area, a tract of inactive volcanoes that stretches across Idaho along the Snake River and into what is now Yellowstone National Park, and eastern California. They also found ash from eruptions only 32,000 years ago, which is a short time in the geological time scale.

Geologists explain that studying volcanic eruptions of the past can help paint a picture of future risk. The latest discovery in Lake Mead may be one of the best collections of volcanic ash from that period of time, and it will help to reconstruct the geologic history of the region, and to understand the frequency of large volcanic eruptions and their impact on the Southwest.

Researchers explain that ash from even moderately explosive volcanic eruptions can travel hundreds of kilometers, blanketing whole areas with tens of centimeters of material. Recent eruptions have shown a couple of millimeters of damp ash can disrupt electricity transmission. And when inhaled, the tiny but sharp grains in the ash pose a significant health risk. These ashfall events can disrupt transportation and supply networks, close airports, and potentially be a health hazard. It is important for local governments to develop plans to deal with this sort of event, like they have for earthquakes and flooding.

Source: US news media, News Channel 3.

Photos: C. Grandpey

Norvège : le retour des Vikings // Norway : The Vikings are back

En août 2022, l’équipe norvégienne du Programme archéologique des glaciers de Oppland (Secrets of the Ice) a découvert une flèche sur le sol laissé à découvert par le recul d’un glacier. La tige de la flèche est en pin et sa pointe est en fer, il ne manque que les plumes de l’empennage.
La flèche a été trouvée dans les montagnes du Jotunheimen, au sud-ouest de la Norvège, près d’un site de chasse au renne . D’autres artefacts ont également été exposés par la fonte de la glace, dont une autre flèche du 9ème siècle. Le site archéologique date du 6ème siècle après JC, avant l’ère des Vikings.
Avec l’accélération du réchauffement climatique, la glace fond de plus en plus vite, en particulier dans des régions du monde comme la Scandinavie. Cela dévoile des objets anciens qu’il était autrefois impossible d’atteindre. La flèche a été retrouvée au milieu d’une accumulation de débris rocheux au pied d’une falaise. Il est probable qu’elle se trouvait plus haut sur la pente, mais est tombé après avoir été libérée de sa gangue de glace.
Les archéologues disent qu’il est important d’aller vite. En effet, les artefacts ont été protégés par le froid et la glace, mais dès qu’ils sont exposés aux éléments, ils se dégradent rapidement. Plus l’exposition est longue, moins bonne est la conservation.
Les archéologues mènent trois types de recherches : exploration, recherche systématique et surveillance qui est effectuée à l’aide de drones et de méthodes géophysiques. Chaque fois que des artefacts sont découverts, ils sont documentés et introduits dans des coffrets. Ils sont ensuite stockés au Norwegian Mountain Center à Lom, jusqu’à la fin de la mission sur le terrain. Certains artefacts sont recongelés dans le Mountain Center. Une fois la saison sur le terrain terminée, les artefacts sont transportés au Musée d’histoire culturelle d’Oslo, où ils sont conservés.
La découverte la plus intéressante à ce jour est une paire de skis vieille de 1 300 ans. Le premier ski a été découvert en 2014 et les archéologues ont dû attendre sept ans pour obtenir le deuxième. Il s’agit de la paire de skis anciens la mieux conservée, avec les fixations toujours en place. En 2019, il y a eu une importante fonte de la glace et un certain nombre de découvertes très intéressantes ont été réalisées sur le site de Lendbreen, notamment une raquette pour cheval du 3ème siècle et un squelette de chien du 16ème siècle. Les scientifiques ont également trouvé plusieurs flèches extrêmement bien conservées sur le site de Lendbreen. D’autres sites incluent Langfonne, où 68 flèches sont restées dans la neige lors de la chasse aux rennes.

Ces découvertes viennent s’ajouter à la longue liste des artefacts déjà retrouvés par l’équipe de Secrets of the Ice et qui s’étendent de l’âge du bronze jusqu’au 16ème siècle. Elles témoignent des nombreuses activités qui se sont déroulées pendant des siècles à travers ces glaciers norvégiens. Outre la chasse aux rennes, les archéologues pensent que les peuples d’autrefois s’aventuraient aussi dans les paysages élevés et accidentés des montagnes pour rencontrer d’autres individus et réaliser des échanges, peut-être du commerce de cuir, de peaux, de bois de rennes ou d’autres biens.
Source : médias d’information norvégiens.

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In August 2022, the Oppland Glacier Archaeological Program team (Secrets of the Ice) in Norway uncovered an arrow in a survey on newly exposed ground left behind by a retreating ice patch. The shaft is made of pine and the arrowhead is iron, the only thing missing is the typical fin-shaped arrangement of feathers.

The arrow was found near a reindeer hunting site and was well preserved, so that other artifacts were also found, including another 9th-century arrow. The archaeological site dates to the 6th century AD, before the age of the Vikings, and was exposed by the retreating ice.

As climate change continues to accelerate, it is melting more and more ice, especially in places like Scandinavia. This is unveiling ancient objects that were previously unavailable. The arrow was found in an accumulation of loose stones and rocky debris at the base of a cliff. It likely originated higher up on the slope but fell down after it was freed from the ice.

Archaeologists say it is important to move fast. Artifacts can be preserved by the cold and ice, but if they get exposed to the elements, they can be quickly damaged. The longer the exposure, the poorer the preservation.

Archaeologists conduct three types of surveys: exploration, systematic, and monitoring. They use drone monitoring and geophysical methods. Whenever artifacts are found, they are documented and packed into boxes. They are then stored at the Norwegian Mountain Centre in Lom, until the field season is over. Some artifacts are refrozen at the mountain center. After the field season is over, the artifacts are taken to the Museum of Cultural History in Oslo, where they are curated.

The most exciting find so far is a pair of skis that are 1,300 years old. The first ski was found in 2014 and archaeologists had to wait seven years for the second ski to melt out. This is the best preserved ancient ski pair ever found with the binding still preserved. In 2019, there was a big melt and a number of very interesting finds melted out of the Lendbreen site, including a horse snowshoe from the 3rd century AD and a 16th century AD dog skeleton. The scientists also found several extremely well-preserved arrows on the Lendbreen site. Other findings include Langfonne, a site with 68 arrows lost in the snow during reindeer hunting.

These discoveries add to the long list of artifacts already found by the Secrets of the Ice team, which span from the Bronze Age through to the 16th century. They bear witness to the many activities that have taken place for centuries across these Norwegian glaciers. In addition to reindeer hunting, archaeologists believe that ancient peoples also ventured into the high and rugged mountain landscapes to meet other individuals and conduct trade, possibly in leather, skins, reindeer antlers or other goods.

Source: Norwegian news media.

La flèche viking (Crédit photo: Secrets of the Ice)

La péninsule de Yamal (Sibérie), le dégel du permafrost, le gaz naturel…et Total!

Avec la guerre en Ukraine, on parle beaucoup de l’implantation de Total en Russie. Voici quelques explications sur la péninsule de Yamal, l’un des principaux pôles énergétiques en Russie, mais aussi l’une des régions les plus exposées au dégel du permafrost. .

Péninsule de Yamal (Sibérie) et dégel du permafrost.

J’ai expliqué à de nombreuses reprises que l’Arctique se réchauffe actuellement trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète. Ces dernières années, des records de chaleur ont été enregistrés dans la région, en particulier en Sibérie où la majeure partie du territoire repose sur le permafrost, ou pergélisol. Selon la définition la plus répandue, le permafrost est un sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs.

Avec la hausse des températures, le permafrost dégèle (il ne fond pas) avec des conséquences pour l’environnement. Dans le nord de la Sibérie, la Péninsule de Yamal s’étire sur environ 700 km ; elle est bordée à l’ouest pas la Mer de Kara et à l’est par le Golfe d’Ob. La péninsule de Yamal recèle la majeure partie des réserves de gaz naturel russes, estimées à 20 milliards de tonnes dans l’Arctique..

Les effets du réchauffement climatique pourraient être catastrophiques pour la péninsule de Yamal. La hausse des températures accélère le dégel du permafrost, ce qui représente une menace pour les infrastructures locales. De plus, la hausse du niveau de la mer risque fort de faire disparaître la péninsule sous l’eau. Au cours des dernières années, plusieurs grosses compagnies pétrolières russes ont investi des sommes colossales dans l’exploitation du gaz naturel de Yamal. Aujourd’hui, ces compagnies font le forcing pour acquérir des licences afin d’exploiter le gaz le plus vite possible, pendant qu’il en est encore temps. De plus, suite aux déformations du sol causées par le dégel du permafrost, il faut contrôler et corriger en permanence la solidité des gazoducs.

Péninsule de Yamal et gaz naturel.

Les réserves de gaz naturel les plus importantes de Russie ont été découvertes dans la péninsule de Yamal. Elles sont actuellement exploitées par le géant gazier russe Gazprom. La péninsule est reliée à l’Europe par plusieurs gazoducs, dont le Yamal-Europe.

La fonte de la glace dans l’Arctique va chambouler l’économie de cette partie du monde. De nouvelles ressources minérales seront accessibles et l’Océan Arctique dépourvu de glace ouvrira de nouvelles perspectives de navigation.
En 2017, un méthanier brise-glace, le Christophe de Margerie, a jeté l’ancre pour la première fois dans le port de Sabetta en Russie arctique pour tester une nouvelle route maritime qui pourrait ouvrir l’Océan Arctique et ses glaces aux navires transportant du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de la péninsule de Yamal. Cette route est attendue avec grande impatience par les compagnies pétrolières qui souhaitent tirer profit des ressources de l’Arctique mais rencontrent des obstacles pour acheminer le pétrole et le gaz depuis les zones éloignées et gelées vers les marchés mondiaux.
Le navire Christophe de Margerie, construit en Corée du Sud, sera utilisé pour transporter le gaz de l’usine russe de Yamal, située près du port de Sabetta. L’usine est dirigée par la société russe Novatek et co-détenue par la compagnie pétrolière française Total, la compagnie chinoise CNPC et le Silk Road Fund. Le navire a été baptisé en mémoire de l’ancien patron de Total mort sur le tarmac de l’aéroport de Moscou en 2014 quand un chasse-neige a traversé la piste pendant que son jet privé décollait. [NDLR : Selon certaines sources, cette mort aurait été commanditée par la CIA].
Le consortium Yamal LNG (Liquefied Natural Gas) considère l’Asie comme le plus grand marché pour son gaz sur le long terme. Le transport vers la Chine au départ de Yamal devrait prendre environ 18 jours en utilisant la Route du Nord. C’est beaucoup plus court que l’itinéraire alternatif qui consiste à se diriger vers l’ouest dans l’Atlantique Nord, vers le sud dans la Méditerranée, puis par le canal de Suez jusqu’à l’océan Indien. Cela prend habituellement environ 32 jours.
Le Qatar est actuellement le premier producteur mondial de GNL, suivi de l’Australie, du Nigéria et de Trinité-et-Tobago. Une fois l’usine de Yamal à pleine capacité, la Russie produira près de 27 millions de tonnes de GNL annuellement, soit la quantité importée par la Chine chaque année.
Le Christophe de Margerie appartient à une classe de navires qui, selon ses concepteurs, peut fonctionner en toute sécurité dans les eaux prises par les glaces. Il est capable de se déplacer à travers des glaces d’une épaisseur de 2,10 mètres. Toutefois, le navire ne pourra emprunter la Route du Nord que de juillet à septembre chaque année, parce que la glace est trop épaisse le reste du temps.

Cette note est la synthèse de plusieurs articles que j’ai écrits sur ce blog à propos de l’Arctique et de la péninsule de Yamal en particulier.

Infrastructures gazières de Yamal (Crédit photo : Groupe Total)

Réchauffement climatique et glacières dans l’Arctique // Global warming and ice caves in the Arctic

Dans le nord de l’Alaska, dans le district de North Slope, la population n’utilise pas de congélateurs électriques pour conserver la nourriture ; La nature fait le travail avec des glacières creusées dans le sol gelé en permanence. Le problème est qu’avec le réchauffement climatique le permafrost dégèle; le plafond des glacières s’affaisse et menace parfois de s’effondrer.
Lorsque les glacières sont inondées, les dégâts vont bien au-delà des aliments qui y sont stockés. Les pratiques traditionnelles de conservation et de cuisson se trouvent bouleversées, ce qui a un impact sur la sécurité alimentaire des habitants. Au final, c’est leur culture dans son ensemble qui est affectée.
Aujourd’hui, avec la hausse des températures, le gouvernement régional s’efforce de préserver les glacières en équipant certaines de thermosiphons – des tuyaux remplis d’un fluide de refroidissement – pour les maintenir à très basse températures.
L’Anchorage Daily News donne l’exemple d’une famille de chasseurs de baleines à Utqiaġvik qui a été confrontée au problème au printemps 2015. Une belle baleine avait été capturée; la viande a été découpée pour être stockée dans une glacière. Mais cette année-là, la viande n’a pas complètement gelé et le sang s’est échappé, ce qui l’a desséchée.
En plus d’affecter la qualité et le goût des aliments, la disparition des glacières a un effet négatif sur les pratiques locales. Traditionnellement, les chasseurs de baleines vident et nettoient leurs glacières et y introduisent de la neige fraîche avant de commencer la saison de chasse. Aujourd’hui, avec le réchauffement climatique, ils ouvrent leurs glacières, et ne peuvent que constater qu’elles sont pleines d’eau.
Un autre problème apparaît lorsqu’il pleut beaucoup; l’eau de pluie imbibe la toundra et le toit de la glacière peut s’affaisser ou même s’effondrer sous le poids du sol.
Plusieurs études montrent dans quelle mesure les glacières des communautés arctiques sont affectées par le réchauffement climatique, ainsi que par les conditions du sol et le développement urbain. En Alaska, les glacières sont surtout utilisées le long de la côte arctique où les communautés cherchent des alternatives aux glacières traditionnelles. Certains ménages utilisent des congélateurs achetés dans le commerce. Ils sont certes efficaces mais ils affectent le goût et la qualité des aliments. De plus, les coupures de courant, fréquentes dans les villages, rendent cette méthode de stockage peu fiable. On est donc à la recherche d’idées novatrices pour préserver les glacières traditionnelles.
Les thermosiphons sont des dispositifs de réfrigération peu coûteux et nécessitant peu d’entretien. Les tuyaux sont remplis d’un fluide qui déplace la chaleur du bas vers le haut. Les thermosiphons fonctionnent mieux en hiver lorsqu’il fait plus froid dehors que sous terre. La technologie a déjà été utilisée à North Slope, par exemple, pour refroidir les puits de pétrole. Une étude de 2011 a examiné la possibilité d’utiliser les thermosiphons pour les glacières, avec des résultats prometteurs. Ainsi, en 2017, les habitants de Kaktovik ont ​​construit une glacière communautaire, utilisable par l’ensemble de la population. Elle s’appuyait sur des conceptions traditionnelles et utilisant la technologie du thermosiphon.
Désormais, les autorités locales souhaitent sauver une partie des glacières existantes en installant des thermosiphons sous le périmètre des glacières susceptibles d’être rénovées. Il faudra toutefois s’assurer qu’elles sont accessibles aux équipements de forage en hiver.
Il est important d’être précautionneux pour installer des thermosiphons dans les glacières existantes. Si les sites tests prouvent que le concept est performant, des fonds seront alloués pour étendre la technologie à davantage de glacières. Les responsables du programme espèrent également créer une base de données pour voir comment les glacières se comportent dans la région.
Ce projet, ainsi que d’autres idées novatrices pour moderniser les glacières à l’aide de nouvelles technologies, montre la capacité des communautés autochtones à s’adapter à de nouvelles conditions de vie.
Source : Anchorage Daily News.

L’impact du réchauffement climatique sur les glacières en Alaska rappelle ce qui est arrivé à la Réserve Mondiale de Semences au Svalbard (Norvège) J’ai écrit une note sur ce sujet le 5 mars 2018 :
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/03/05/le-rechauffement-climatique-menace-la-reserve-mondiale-de-semences-du-svalbard-climate-change-threatens-the-svalbard-global-seed- sauter/

Avec la hausse globale des températures, la Réserve a eu chaud, trop chaud. Conçue pour résister à une chute d’avion ou à un missile nucléaire, elle a dû être rénovée après s’être retrouvée les pieds dans l’eau. En 2016, une poussée du mercure a bouleversé l’environnement autour de l’ancienne mine de charbon en faisant fondre le pergélisol. Or ce sol, normalement gelé en permanence, est censé contribuer à maintenir à la température idéale de -18°C à l’intérieur de la chambre forte. Des travaux coûteux ont été engagés pour y remédier, jusqu’à quand?

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In northern Alaska, in the North Slope district, they don’t use electric freezers to keep their food; Nature does the job with ice cellars dug in the permafrost. The problem is that with global warming the permafrost is thawing, the roofs of the ice cellars sometimes cave in and threaten to collapse.

When traditional ice cellars are flooded, the damage extends beyond the stored food. Traditional practices for preservation and cooking are disrupted. It affects people’s food security, In short, it affects their culture as a whole.

Today, with rising temperatures, the regional tribal government, is working to preserve ice cellars by outfitting some with thermosyphon technology – a passive pipe filled with a cooling fluid – to keep them frozen.

The Anchorage Daily News gives the example of a whaling family in Utqiaġvik who was confronted with the problem in spring 2015. They landed a nice whale and they cut up the meat to store it in an ice cellar. But that year, the meat did not completely freeze, and the blood ran out from it, making the meat dry.

Besides affecting the quality and taste of food, disappearing ice cellars hurt local practices. Traditionally, whaling captains empty and clean their ice cellars and put fresh snow in them before starting the whaling season. Today, with global warming, they open their ice cellar, and it is full of water.

Another problem is that when it rains a lot, the rainwater soaks the tundra and the roof of the ice cellar may cave in or even collapse.

Multiple studies have registered how ice cellars in Arctic communities are affected by a warming climate, as well as soil conditions and urban development. In Alaska, ice cellars have mostly been used along the Arctic coast. In that region, communities have been looking for alternatives to traditional ice cellars. Some households switched to using man-made freezers, which can be effective but they affect the taste and the quality of the food. Additionally, power outages, frequent in the villages, can make this storage method unreliable. So the search is on for creative ideas to preserve traditional ice cellars.

Thermosyphons are pipe-like refrigeration devices. Low-cost and low-maintenance, the pipes are filled with fluid that moves heat from down below up to the top. Thermosyphons work best in winter when it is colder outside than it is below ground. The technology has been used on the North Slope before, for example, to keep oil wells cold. A 2011 study examined ways to use the technology in ice cellars, and the results seemed promising. So in 2017, Kaktovik residents built an ice cellar for the whole community to share, based on traditional designs and using thermosyphon technology.

Now, local authorities want to save some of the existing ice cellars, installing thermosyphon pipes under the perimeter of the ice cellars that can be renovated. They will have to make sure the cellars accessible for the heavy equipment drill in winter.

It is important to implement the technology in an existing cellar carefully. If the test sites prove the concept is effective, additional funding will be provided to expand the technology to more ice cellars. The program managers also hope to start an ice cellar database to see how ice cellars are changing across the region.

This project, as well as other innovative ideas to modernize cellars using new technology, is another example of the ability of Indigenous communities to persevere and adapt to new living conditions.

Source: Anchorage Daily News.

The impact of global warming on ice cellars in Alaska can be compared with what happened to the Global Seed Vault in Svalbard. I wrote a post on this topic on March 5th, 2018 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/03/05/le-rechauffement-climatique-menace-la-reserve-mondiale-de-semences-du-svalbard-climate-change-threatens-the-svalbard-global-seed-vault/

With the global rise in temperatures, the place is hot, too hot. Designed to withstand a plane crash or a nuclear missile, it had to be renovated after being in the water. Indeed, in 2016, a sudden increase in temperatures disrupted the environment around the old coal mine by melting the permafrost. The ground, normally frozen permanently, is supposed to help maintain the ideal temperature of -18°C inside the Vault.

Au Svalbard, la Réserve Mondiale de Semernces est une glacière abritant plus d’un million d’espèces de graines. Elle est, elle aussi, victime du réchaufement climatique   (Crédit photo: Wikipedia)