Super éruptions et refroidissement de l’atmosphère // Super eruptions and atmosphere cooling

Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Climate explique qu’en entravant la lumière du soleil, les particules émises lors d’ une super éruption ne refroidissent probablement pas la température à la surface de la Terre aussi fortement qu’on l’avait estimé précédemment. La super éruption du volcan Toba (Indonésie) il y a environ 74 000 ans a déployé une énergie 1 000 fois plus puissante que l’éruption du mont St. Helens en 1980.

Image satellite du Lac Toba (Source: NASA)

S’agissant des éruptions les plus puissantes, les chercheurs se demandent depuis longtemps quel niveau de refroidissement causé par ces éruptions, et souvent appelé hiver volcanique, pourrait potentiellement constituer une menace pour l’humanité. Les études déjà effectuées s’accordent pour dire que notre planète subirait un refroidissement, mais elles divergent sur son ampleur. Les estimations varient entre 2 et 8 degrés Celsius.
La nouvelle étude, réalisée par une équipe du Goddard Institute for Space Studies de la NASA et de l’Université Columbia à New York, a utilisé une modélisation informatique de haute technologie pour simuler des super-éruptions comme celle du Toba. Les chercheurs ont alors constaté que le refroidissement post-éruption ne dépasse probablement pas 1,5 degré Celsius, même pour les événements les plus puissants.
Pour mériter le titre de « super éruption », un tel événement doit libérer plus de 1 000 kilomètres cubes de magma, avec un VEI 8, le maximum sur cette échelle. Ces éruptions sont extrêmement puissantes ; heureusement, elles sont rares. La super-éruption la plus récente s’est produite il y a plus de 22 000 ans au niveau du Lac Taupo en Nouvelle-Zélande.

Le Lac Taupo vu depuis l’espace (Source: NASA)

L’événement le plus connu est la super éruption qui a eu pour cadre le cratère de Yellowstone il y a environ 2 millions d’années.

Photo: C. Grandpey

Les auteurs de l’étude ont tenté de comprendre quelle était la cause de la divergence dans les estimations de température fournies par les modélisations. Il faut savoir que « les modélisations sont le principal outil permettant de comprendre les changements climatiques survenus il y a trop longtemps pour laisser des traces de leur impact ». Les scientifiques ont étudié plus particulièrement une variable qui peut être difficile à cerner : la taille des particules microscopiques de soufre injectées à des kilomètres de hauteur dans l’atmosphère.
Dans la stratosphère (entre 10 et 50 kilomètres d’altitude environ), le dioxyde de soufre gazeux émis par des volcans subit des réactions chimiques pour se condenser en particules de sulfate liquide. Ces particules peuvent influencer la température de surface sur Terre de deux manières : en réfléchissant la lumière solaire entrante (ce qui provoque un refroidissement), ou en piégeant l’énergie thermique sortante (ce qui génère une sorte d’effet de serre).
Au fil des années, ce phénomène de refroidissement a également suscité des questions sur la manière dont les humains pourraient inverser le réchauffement climatique, un concept baptisé géo-ingénierie. Il consiste à injecter volontairement des particules d’aérosol dans la stratosphère pour favoriser un effet de refroidissement.
Les chercheurs ont montré dans quelle mesure le diamètre des particules d’aérosol volcanique influençait les températures post-éruption. Plus les particules sont petites et denses, plus leur capacité à bloquer la lumière du soleil est grande. Mais estimer la taille des particules est extrêmement difficile car les super éruptions du passé n’ont pas laissé de traces physiques fiables. Dans l’atmosphère, la taille des particules change à mesure qu’elles coagulent et se condensent. Lorsque les particules retombent sur Terre et sont conservées dans des carottes de glace, elles ne laissent pas de traces physiques claires en raison du mélange et du compactage.
En simulant des super-éruptions sur une gamme de tailles de particules, les chercheurs ont découvert que les super-éruptions sont probablement incapables de modifier la température globale davantage que les plus grandes éruptions des temps modernes. Par exemple, l’éruption du mont Pinatubo aux Philippines en 1991 n’a provoqué qu’une baisse d’environ un demi-degré Celsius de la température sur Terre pendant deux ans.

Eruption du Pinatubo en 1991 et nuage d’aérosols (Source: Wikipedia)

La compréhension du refroidissement causé par les super-éruptions nécessite davantage de recherches. Selon les chercheurs de la NASA, la voie à suivre consiste à comparer des modèles de manière exhaustive, ainsi qu’à effectuer davantage d’études en laboratoire, en insistant sur les facteurs déterminant la taille des particules d’aérosols volcaniques. Compte tenu des incertitudes dans ce domaine, le recours à la géo-ingénierie via l’injection d’aérosols dans la stratosphère ne semble pas la meilleure solution.
Source : NASA.

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A new study published in the Journal of Climate. suggests that sunlight-blocking particles from a super eruption would not cool surface temperatures on Earth as severely as previously estimated.

Some 74,000 years ago, the Toba volcano in Indonesia exploded with a force 1,000 times more powerful than the 1980 eruption of Mount St. Helens.

When it comes to the most powerful volcanoes, researchers have long speculated how post-eruption global cooling – sometimes called volcanic winter – could potentially pose a threat to humanity. Previous studies agreed that some planet-wide cooling would occur but diverged on how much. Estimates have ranged from 2 to 8 degrees Celsius.

The new study, by a team from NASA’s Goddard Institute for Space Studies and Columbia University in New York used advanced computer modeling to simulate super-eruptions like the Toba event. They found that post-eruption cooling would probably not exceed 1.5 degrees Celsius for even the most powerful blasts.

To qualify as a super eruption, a volcano must release more than 1,000 cubic kilometers of magma, with a VEI 8, the maximum on the scale. These eruptions are extremely powerful and rare, fortunately. The most recent super-eruption occurred more than 22,000 years ago in New Zealand’s Lake Taupo. The best-known example may be the eruption that blasted Yellowstone Crater about 2 million years ago.

The authors of the study tried to understand what was driving the divergence in model temperature estimates because “models are the main tool for understanding climate shifts that happened too long ago to leave clear records of their severity.” They settled on a variable that can be difficult to pin down: the size of microscopic sulfur particles injected kilometers high into the atmosphere.

In the stratosphere (about 10 to 50 kilometers in altitude), sulfur dioxide gas from volcanoes undergoes chemical reactions to condense into liquid sulfate particles. These particles can influence surface temperature on Earth in two ways: by reflecting incoming sunlight (causing cooling) or by trapping outgoing heat energy (a kind of greenhouse warming effect).

Over the years, this cooling phenomenon has also spurred questions about how humans might turn back global warming – a concept called geoengineering – by intentionally injecting aerosol particles into the stratosphere to promote a cooling effect.

The researchers showed to what extent the diameter of the volcanic aerosol particles influenced post-eruption temperatures. The smaller and denser the particles, the greater their ability to block sunlight. But estimating the size of particles is challenging because previous super eruptions have not left reliable physical evidence. In the atmosphere, the size of the particles changes as they coagulate and condense. Even when particles fall back to Earth and are preserved in ice cores, they don’t leave a clear-cut physical record because of mixing and compaction.

By simulating super-eruptions over a range of particle sizes, the researchers found that super-eruptions may be incapable of altering global temperatures dramatically more than the largest eruptions of modern times. For instance, the 1991 eruption of Mount Pinatubo in the Philippines caused about a half-degree drop in global temperatures for two years.

The mysteries of super-eruption cooling invite more research. The NASA researchers say that he way forward is to conduct a comprehensive comparison of models, as well as more laboratory and model studies on the factors determining volcanic aerosol particle sizes. Given the ongoing uncertainties, geoengineering via stratospheric aerosol injection is a long way from being a viable option.

Source : NASA.

Pauvres coraux ! // Poor corals !

L’eau de mer de plus en plus chaude, avec des températures record, a tué plus des trois quarts des coraux cultivés par les scientifiques dans les Keys de Floride ces dernières années. Le but de cette culture artificielle des coraux est de venir en aide à une espèce menacée et très vulnérable au réchauffement climatique.
Les chercheurs de la NOAA sont allés observer cinq récifs où ils avaient planté des coraux staghorn (cornes de cerf) et elkhorn (cornes d’élan), deux espèces sur la liste des espèces en voie de disparition, pour voir si leur repeuplement avait survécu à un séjour prolongé dans de l’eau dont la température avait atteint 30°C pendant l’été et l’automne 2023. La plupart de ces coraux étaient morts. Les scientifiques ont constaté une mortalité généralisée chez les coraux repeuplés et leurs homologues sauvages sur cinq récifs des Keys de Floride.
Les scientifiques accusent le réchauffement climatique d’origine humaine, aggravé par El Niño, de rendre l’eau trop chaude pour la survie des coraux, qui sont des êtres vivants. Après avoir tenté de sauver des coraux pendant la chaleur de l’été 2023, c’était la première observation hivernale des scientifiques pour voir ceux qui avaient survécu.
Seuls 22 % des 1 500 coraux staghorn repeuplés étaient encore en vie. Les scientifiques affirment qu’il reste encore beaucoup de données à collecter pour vraiment comprendre cette mortalité, mais ils affirment qu’ils n’ont jamais rien vu de tel dans l’histoire de l’humanité.
Normalement, ces espèces sont des coraux aux couleurs robustes rouge, orange, beige et marron. Les chercheurs ont vu des coraux morts avec des algues à l’aspect vert brunâtre déposées sur les squelettes sans vie. La NOAA a enregistré des jours où la température de l’eau sur les sites de plantation atteignait 34°C et parfois plus, ce qui est beaucoup trop chaud pour autoriser la survie des coraux.
Il faut toutefois remarquer que si les récifs coralliens des Caraïbes ont été dévastés à cause des températures record de l’eau en 2023, l’année n’a pas été aussi mauvaise qu’on le craignait dans le reste du monde. En février 2024, la NOAA a toutefois révisé son système de niveaux d’alerte des récifs coralliens ; l’administration a ajouté de nouvelles catégories supérieures de stress thermique en raison de l’aggravation du réchauffement climatique. C’est comme si on ajoutait une catégorie 6 aux ouragans.
De nombreux biologistes marins se demandent s’il est vraiment utiles de repeupler les récifs coralliens dans une eau qui devient tout simplement trop chaude. Ils affirment que la restauration des coraux est presque inévitablement vouée à l’échec en raison du réchauffement climatique actuel. « Tenter de restaurer les coraux dans les océans chauds d’aujourd’hui, c’est comme essayer de remettre en état une maison alors qu’elle est encore en feu. »
Source : Associated Press via Yahoo Actualités.

A lire également cette note publiée le 17 juillet 2023 :

Catastrophe corallienne en cours au large de la Floride // Coral disaster underway off the Florida coast

Photo: C. Grandpey

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Record hot seawater killed more than three-quarters of human-cultivated coral that scientists had placed in the Florida Keys in recent years in an effort to prop up a threatened species that’s highly vulnerable to global warming.

NOAA researchers went to observe five reefs where they planted staghorn and elkhorn coral, both classified as threatened in the endangered species list, to see how the repopulated critters had survived prolonged water temperatures in the 30s Celsius last summer and autumn. Most of them were dead. They saw widespread death in both repopulated and wild coral on five Florida Keys reefs.

Scientists blame human-caused global warming, with a boost from El Niño, for making the water too hot for the delicate coral, which are animals, to survive. After trying to rescue coral during heat during the summer 2023, this was scientists’ first winter look to see what survived.

Only 22% of the 1,500 repopulated staghorn coral that they surveyed was still alive. The scientists say there is still a lot of data to be collected to really understand the full impact, but they say they have not seen something like this in recorded human history.

Normally these are corals with robust red, orange, tan and brown colors. But what the researchers saw were dead coral with brownish green algae settled on the lifeless skeletons. NOAA measured days of water temperature at the planting sites hitting 34 degrees Celsius and sometimes more, which is much too hot.

However, while the Caribbean coral reefs were devastated during the record high water temperatures in 2023, the year was not as bad as was feared in the rest of the world. In February 2024, NOAA revised its coral reef watch alert system to add new higher level of heat stress categories because of worsening global warming. It’s the equivalent of adding a Category 6 to hurricanes.

Many marine biologists are now raising concerns about trying to repopulate coral reefs by putting the coral back in water that is just getting too warm. They say coral restoration is almost certainly doomed to fail under the current global warming. “Attempting coral restoration in today’s hot oceans is like trying to refurnish a house while it’s still on fire.”

Source : Associated Press via Yahoo News.

You can also read this post released on July 17th, 2023 :

Catastrophe corallienne en cours au large de la Floride // Coral disaster underway off the Florida coast

Oiseaux migrateurs et réchauffement climatique

Mon domicile en Limousin se trouve sous un couloir de migration, de sorte que chaque année nous voyons et entendons passer les grues au-dessus ou à proximité de la maison. Avec le réchauffement climatique d’origine anthropique, les oiseaux ont décalé leur période de migration. Ils ont tendance à descendre plus tard vers le sud et à remonter plus tôt pour se rendre en Scandinavie.

Photo: C. Grandpey

Il ne faudrait pas oublier que 2023 en France a été la 2ème année la plus chaude après 2022, avec des températures supérieures de +1.4°C par rapport aux normales de la période 1991-2020. La première quinzaine de février 2024 a été la plus chaude depuis 1930.

Des vols précoces d’oiseaux migrateurs se dirigeant vers le nord de l’Europe sont observés depuis le début du mois de février 2024. C’est assez logique : la douceur des températures modifie le rythme de ces oiseaux à l’approche de la fin de l’hiver.. Ainsi, les grues sont tentées de regagner le nord de plus en plus tôt à la fin de l’hiver pour la période de reproduction et de nidification. Plusieurs études ont montré que les oiseaux migrateurs arrivent en France cinq à six jours plus tôt que dans les années 1980.

Cette migration précoce peut devenir un problème pour les oiseaux. S’ils remontent vraiment trop tôt, quand l’hiver n’est pas terminé, ils sont inévitablement confrontés à des problèmes de nourriture. Jusqu’à ces dernières années, le cycle naturel faisait coïncider la période de ponte et la naissance des oisillons, au printemps, avec un pic d’abondance d’insectes et de végétaux dans la nature, ce qui permettait de les nourrir. Si un décalage trop grand apparaît, l’adaptation peut devenir compliquée.

A côté de la hausse des températures, les biologistes s’accordent pour dire que la plus grande menace pour la survie des oiseaux dans les années à venir réside dans les évolutions du milieu agricole. Une étude réalisée en 2023 a montré que l’agriculture intensive est la principale responsable du déclin des oiseaux en Europe. Les résultats des travaux ont montré que, plus que le réchauffement climatique, plus que la perte de surface forestière, c’est l’agriculture intensive qui pèse le plus sur la mortalité des oiseaux. Les engrais et pesticides ont modifié leur chaîne alimentaire et réduit les populations d’insectes. Les chercheurs ont calculé que 20 millions d’oiseaux disparaissent en Europe d’une année sur l’autre, depuis près de 40 ans.

La migration des oiseaux est un phénomène passionnant à observer. Lors de leurs voyages, les grues font des haltes dans des régions françaises comme les Landes ou la Brenne. Je trouve personnellement que le site le plus spectaculaire est le Lac du Der, dans le nord-est de la France, à la limite des départements de la Marne et de la Haute-Marne. Entre 200 000 à 350 000 grues cendrées y transitent chaque année, et 20 000 à 30 000 y restent l’hiver. Le 3 novembre 2019, les bénévoles ont comptabilisé 268 120 grues cendrées. C’était un record absolu. Le Lac du Der était le premier point ornithologique d’Europe et le 10ème au monde pour un tel phénomène.

Grues à proximité du Lac du Der en 2019 (Photo: C. Grandpey)

Le nombre de grues a chuté ces dernières années. Ainsi, le 19 novembre 2023, quelque 93 600 grues étaient présentes dans le Lac du Der. Les observateurs faisaient remarquer que « de nombreuses grues restent posées tardivement et la fréquentation humaine importante sur les digues en raison du festival photo de Montier, perturbe les grues qui ont du mal à sortir du lac… »

C’est vrai que le Festival International de la Photo Animalière et de Nature de Montier-en-Der attire des foules de visiteurs qui se rassemblent en fin de journée sur les digues pour assister au retour bruyant des oiseaux sur le lac où ils vont passer la nuit en toute sécurité.

Voici une petite vidéo tournée en 2019 dans les champs autour du Lac du Der où les grues viennent se nourrir pendant la journée :

https://www.youtube.com/watch?v=DpUH2PCqsw0

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Autre situation inquiétante : l’organisation de protection des océans Sea Shepherd a recensé plus d’une centaine de cadavres d’oiseaux marins sur les plages de Vendée ces cinq dernières semaines, parmi lesquels de nombreux guillemots de Troïl. Les oiseaux étaient « dénutris, épuisés et en hypothermie ». Le phénomène n’est pas limité à la Vendée et s’étend également à la Bretagne et à la Manche.

Pour l’heure, aucune association n’est capable d’établir avec certitude les raisons de ces échouages sur les plages françaises. La LPO explique que la grippe aviaire ne semble pas impliquée. Plusieurs pistes sont évoquées : la plus probable est la raréfaction de la nourriture due à la « surpêche, au changement climatique ou à la conjonction des deux.

Alors que Sea Shepherd évoque un phénomène « sans précédent » dans son communiqué, l’Office français de la biodiversité (OFB) apparaît moins alarmiste. L’organisme rappelle qu’un échouage bien plus conséquent avait eu lieu au cours de l’hiver 2014 sur la façade atlantique, en raison d’une succession de tempêtes. Plus de 40 000 oiseaux marins avaient alors été retrouvés sur les littoraux entre les Pyrénées-Atlantiques et le Finistère.  Par ailleurs, de nombreux cadavres d’oiseaux marins ont déjà été retrouvés fin 2023 sur les plages de la façade atlantique. Cette fois, ce sont surtout les alcidés, et en particulier les guillemots de Troïl qui sont concernés.

Source : presse nationale.

Guillemots de Troïl à Duncansby Head (Ecosse) [photo: C. Grandpey]

 

Etude inquiétante sur le glacier Thwaites (Antarctique de l’Ouest) // Disturbing study on the Thwaites Glacier (West Antarctica)

J’ai écrit plusieurs notes sur ce blog à propos du glacier Thwaites en Antarctique occidental. C’est le glacier le plus large au monde avec un front de 120 km, et il a à peu près la même taille que la Floride.

Toutes les études s’accordent pour dire que la perte de glace s’accélère de façon spectaculaire depuis les années 1970. Toutefois, comme les données satellitaires ne remontent qu’à quelques décennies, personne ne savait exactement quand une fonte significative avait commencé. Il existe aujourd’hui une réponse à cette question ; elle est apportée par une étude publiée fin février 2024 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.
En analysant des carottes de sédiments extraites du fond de l’océan, les chercheurs ont découvert que le glacier Thwaites avait commencé à reculer considérablement dans les années 1940. Ce phénomène a probablement été déclenché par un très fort épisode de réchauffement El Niño, semblable à celui qui a affecté la Terre au cours des derniers mois. Depuis cette époque, le glacier n’a pas pu se rétablir et continue à fondre, ce qui prouve l’impact croissant du réchauffement climatique d’origine anthropique.

Crédit photo: NASA

Ce qui se passe sur le Thwaites aura des conséquences à l’échelle mondiale. Le glacier contribue déjà à 4 % à l’élévation du niveau de la mer en déversant des milliards de tonnes de glace chaque année dans l’océan. Sa disparition pourrait faire monter le niveau de la mer de plus de 60 centimètres. Le Thwaites joue également un rôle essentiel dans la stabilité de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental en retenant la vaste étendue de glace située en amont. La disparition du glacier mettrait en péril la stabilité de la calotte glaciaire qui contient suffisamment d’eau pour élever le niveau de la mer d’au moins 3 mètres, avec à la clé des inondations catastrophiques sur la Terre entière. La fonte du Thwaites s’est également accélérée à cause du réchauffement de l’Océan Austral qui mine le glacier par en dessous.

Source: British Antarctic Survey

Les résultats de la dernière étude vont dans le sens de recherches antérieures sur le glacier de Pine Island qui se trouve à proximité. C’est, l’une des plus grandes rivières de glace de l’Antarctique. Les scientifiques ont découvert que ce glacier a également commencé à reculer rapidement dans les années 1940. Cela signifie que ce qui arrive sur le Thwaites n’est pas spécifique à un seul glacier, mais s’inscrit dans le contexte plus large du réchauffement climatique.

Pour dresser un tableau de l’évolution du Thwaites au cours des 12 000 dernières années, les scientifiques ont embarqué à bord d’un brise-glace et se sont approchés du front du glacier pour collecter des carottes de sédiments océaniques à différentes profondeurs. Chaque couche à l’intérieur de la carotte fournit des informations sur l’océan et la glace jusqu’à il y a des milliers d’années. En scannant et en datant les sédiments, les scientifiques ont pu déterminer le moment où une importante fonte a commencé.
À partir de ces informations, ils ont conclu que le recul du Thwaites a été déclenché par un El Niño extrême qui s’est produit à un moment où le glacier était probablement déjà dans une phase de fonte, accentuant son déséquilibre. Le constat est inquiétant car il montre qu’une fois que de grands changements sont déclenchés, il est très difficile de les arrêter. Il montre qu’une fois amorcé le retrait de la calotte glaciaire, il peut se poursuivre pendant des décennies, même si le phénomène qui l’a déclenché a disparu.
Des reculs glaciaires semblables se sont déjà produits dans le passé, mais la calotte glaciaire s’est rétablie et a recommencé à croître. En revanche, l’étude montre que le Thwaites et le Pine Island ne montrent aucun signe de rétablissement, ce qui est probablement dû à l’influence croissante du réchauffement climatique d’origine humaine.
L’Antarctique est parfois appelé le « géant endormi », car les scientifiques tentent encore de comprendre à quel point ce continent glacé et isolé est affecté par le réchauffement de l’atmosphère et des océans causé par les activités humaines. Cette étude est importante et inquiétante car elle montre ce qui pourrait arriver à la glace dans cette partie de l’Antarctique. Même si le déclencheur d’une fonte glaciaire rapide n’existe plus, cela ne signifie pas pour autant que le phénomène va s’arrêter.
Source : CNN via Yahoo Actualités.

Fonte de l’Antarctique depuis 1992 (Source: Ice Sheet Mass Balance Inter-comparison Exercise)

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I have written several posts on this blog about the Thwaites Glacier in West Antarctica. It is the world’s widest glacier with a front of 120 kilometers, with roughly the size of Florida. Reserach shows it has been losing ice at an accelerating rate since the 1970s, but because satellite data only goes back a few decades, nobody knew exactly when significant melting began. Today, there is an answer to this question, according to a study published late February 2024 in the journal Proceedings of the National Academy of Sciences.

By analyzing marine sediment cores extracted from beneath the ocean floor, researchers found the glacier began to significantly retreat in the 1940s. This phenomenon was likely kicked off by a very strong El Niño event, the warming phenomenon that has affected Earth in the past months. Since then, the glacier has been unable to recover, which may reflect the increasing impact of human-caused global warming.

What happens to Thwaites will have global consequences. The glacier already contributes 4% of sea level rise as it sheds billions of tons of ice a year into the ocean. Its complete collapse could raise sea levels by more than 60 centimeters. Thwaites also plays a vital role in the stability of the West Antarctic Ice Sheet by holding back the vast stretch of ice behind it. The collapse of the glacier would undermine the stability of the ice sheet, which holds enough water to raise sea levels by at least 3 meters, causing catastrophic global flooding.

The study’s findings match previous research on the neighboring Pine Island Glacier, one of the largest ice streams in Antarctica. Scientists have found that this glacier started retreating rapidly in the 1940s too. This means that what is happening to Thwaites is not specific to one glacier, but part of the bigger context of a warming climate.

To build a picture of Thwaites’ life over the past nearly 12,000 years, the scientists took an icebreaker vessel up close to the edge of the glacier to collect ocean sediment cores from a range of depths. Each layer yields information about the ocean and ice going back thousands of years. By scanning and dating the sediments, the scientists were able to pinpoint when the substantial melting began.

From this information, they believe Thwaites’ retreat was set off by an extreme El Niño that happened at a time when the glacier was likely already in a phase of melting, knocking it off balance. The findings are alarming because they suggest that once big changes are triggered, it is very hard to stop them. They show that once an ice sheet retreat is set in motion it can continue for decades, even if what started it gets no worse.

While similar retreats have happened much further back in the past, the ice sheet recovered and regrew. The study concludes that these glaciers show no signs of recovery, which likely reflects the growing influence of human-caused global warming.

Antarctica is sometimes called the “sleeping giant,” because scientists are still trying to understand how vulnerable this icy, isolated continent may be as humans heat up the atmosphere and oceans.This study gives important and alarming context for what might happen to the ice in this vital stretch of Antarctica. It shows that even if a trigger for rapid melting has ended, that does not mean the response stops.

Source :CNN via Yahoo News.