Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Eruption !

13h20 (heure métropole): Une de mes sources réunionnaises vient de m’informer que l’éruption a commencé. Plus de détails dès que possible. On ne voit rien sur les webcams. L’événement se situe probablement du côté Est.

13h45: Selon le Journal de l’Ile, l’éruption se déroule au même endroit qu’en août, soit à 1 200 mètres d’altitude, assez bas dans les Grandes Pentes côté Saint-Philippe. Les coulées ne sont, pour l’instant, pas visibles depuis la RN 2.

15 heures: Les coulées sont déjà à 700 mètres d’altitude, au-dessus du Piton Tremblet.

16h30. Selon un de mes contacts qui se trouve sur le terrain, la lave descend vite. Elle a passé le Piton Tremblet et se trouve à environ 2,5 km de la RN 2.

17h30: La situation évolue rapidement. En effet, le débit de lave est particulièrement élevé et les coulées avancent vite. Vers 18 heures (heure locale), le front de lave se trouvait à 400 mètres d’altitude. Selon l’OVPF, une ou plusieurs fissures se sont ouvertes à 1400 mètres d’altitude en début d’après-midi. Les coulées ont parcouru environ 2,8 km. La coulée se trouve actuellement entre 1,8 et 1,5 km de la route nationale. A noter que des largages de retardant ont été effectués pour empêcher que la lave mette le feu à la végétation à proximité.

Selon le Journal de l’Ile, la direction des routes va installer des barrières côté Saint-Philippe, pour empêcher le public d’accéder au site car la lave pourrait couper la RN 2 dans la nuit. Les forces de l’ordre et les services de gestion des routes ont procédé à l’évacuation et la fermeture de la RN2 entre Saint-Philippe et Sainte-Rose peu après 19 heures.

18 h30 : Voici quelques informations supplémentaires fournies par l’OVPF. Alors que l’éruption se poursuit, l’intensité du tremor éruptif est stable depuis le début de l’éruption. Les premières observations de terrain font état de 2 fissures actives qui se sont ouvertes dans la partie sud de l’Enclos Fouqué environ 1km au nord du rempart sud et vers 1400 m d’altitude. En début d’éruption, plusieurs bras de coulées ont pu être observés. Le front de la coulée la plus active se situait à 17h00 à 2 km en amont de la RN2, sur la coulée de 2007, une centaine de mètres en aval du Piton Tremblet. La progression du front de coulée reste conditionnée par le débit de lave au niveau de l’évent. Il est évident que si le tremor reste stable, la lave ne tardera pas à atteindre la RN2. Il faut toutefois rester prudent, car on a vu des éruptions cesser brutalement alors que l’on s’attendait à des événements plus longs.

—————————–

13:20 (Paris time): One of my sources on Reunion Island has just informed me that the eruption has started. More details as soon as possible. There is nothing to be seen on the webcams. The event is probably located on the eastern flank of the volcano.

13:45: According to the Journal de l’Ile, the eruption is at  the same place as in August, at 1,200 metres above sea level, quite low in the Grandes Pentes, on the Saint-Philippe side. The lava flows are, for the moment, not visible from the RN 2.

15:00: The lava flows are already at 700 metres a.s.l., above Piton Tremblet.

16:30: According to one of my contacts who is on the field, lava is flowing down rapidly. It has travelled past the Piton Tremblet and is about 2.5 km from the road.

17:30: The situation is changing rapidly. Indeed, the lava output is particularly high and the flows advance quickly. Around 6 pm (local time), the lava front was 400 metres above sea level. According to OVPF, one or more fissure opened at 1400 metres a.s.l. at the beginning of the afternoon. The lava flows travelled about 2.8 km. Their front is currently between 1.8 and 1.5 km from the national road. Planes have poured a retardant to prevent fires on the nearby vegetation.

According to the Journal de l’Ile, barriers will be installed on the road (Saint-Philippe side), to prevent the public from getting to  the site because lava could cross RN 2 during the night. Law enforcement and road management services have evacuated thand closed RN2 between saint-Philippe and Sainte-Rose shortly after 19:00.

18:30: Here is some additional information provided by OVPF. As the eruption continues, the intensity of eruptive tremor has been stable since the onset of the eruption. The first field observations report 2 active fissures that opened in the southern part of the Enclos Fouqué about 1 km north of the southern rampart and around 1400 metres a.s.l.. At the beginning of the eruption, several flows could be observed. The front of the most active one was located at 17:00 to 2 km upslope of  RN2, on the 2007 lava flow, about a hundred metres downslopeof Piton Tremblet. The progress of the lava remains conditioned by the lava output at the vent. It is obvious that if the tremor remains stable, lava will soon reach RN2. However, caution must be exercised as several eruptions stopped abruptly when longer events were expected.

Tremor éruptif (Source: OVPF). Je ne le dirai jamais assez: il est extrêmement regrettable que l’IPGP s’obstine à ne pas mettre en ligne le tremor éruptif et les sismogrammes du Piton de la Fournaise. Cela permettrait de mieux se rendre compte de l’évolution de la situation, comme cela se fait sur l’Etna, par exemple.

Photos: C. Grandpey

Des photos et des vidéos de l’éruption à cette adresse, avec ma très sincère amitié à François Martel-Asselin:

https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2019/10/25/PHOTOS-VIDEOS-5eme-eruption-de-lannee-nos-images-au-pied-des-laves

 

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Ça se précise ! // An eruption in the very short term ?

 8 heures (heure métropole): Depuis  04h15 (heure  locale),  une  crise  sismique  est  enregistrée  sur  les  instruments  de l’OVPF. Cette  crise  sismique  s’accompagne de déformations rapides de l’édifice volcanique. Ceci indique que le magma est en train de quitter le réservoir et se propage vers la surface, comme il le faisait déjà il y a quelques jours. Une éruption est donc probable à brève échéance dans les prochaines minutes ou heures. Espérons que cette alerte est la bonne ! L’Enclos ne sera pas resté ouvert très longtemps! lol

Les « fous furieux du volcan » sont dans les starting blocks !

°°°°°°°°°°

Il est 10 heures en métropole et toujours pas d’éruption! C’est donc plus une affaire d’heures que de minutes ! Je suis en contact permanent avec la Réunion. Pas impossible que l’éruption se produise à l’heure du déjeuner…

——————————————

8:00 a.m. (Paris time): Since 4:15 (local time), a seismic crisis has been recorded on the OVPF instruments. This seismic crisis is accompanied by rapid deformations of the volcanic edifice. This indicates that magma is leaving the reservoir and is ascending to the surface, as it did a few days ago. An eruption is likely in the near futuren in the next minutes or hours. Let’s hope this alert is the right one this time! The Enclos is closed…again!

The “volcano’s madmen” are ready to go!

°°°°°°°°°°

It is 10 o’clock on the continent and no eruption has been observed yet. So, it was a matter of hours, not minutes! I have a permanent contact with my friends on the island. The eruption might occur at lunch time…

Photo: C. Grandpey

Exploration sous-marine de la côte sud d’Hawaii // Submarine exploration of the southern coast of Hawaii

Alors que les scientifiques français se plaignaient du manque de moyens pour explorer le volcan sous-marin au large des côtes de Mayotte, des chercheurs américains se trouvaient à bord du navire de recherche Rainier de la NOAA pour explorer la côte sud de la Grand Ile d’Hawaii. Ils ont pu observer et analyser les conséquences de l’arrivée de la lave dans l’océan lors de l’éruption du Kilauea en 2018. Le Rainier fait partie d’une flotte dont la mission est d’étudie la bathymétrie des eaux côtières autour des États-Unis. Les relevés permettent de mettre à jour les cartes marines et divers documents numériques destinés au commerce et au transport maritime, ainsi qu’à la sécurité de la navigation. Le navire mesure également diverses propriétés de l’eau de mer. Les missions du Rainier s’effectuent principalement en Alaska, mais les conséquences de l’éruption de 2018 l’ont conduit à Hawaii. Cette mission a été l’occasion d’observer les deltas de lave formés pendant l’éruption dans la Lower East Rift Zone.

La principale mission de la NOAA étant de maintenir à jour les cartes marines, la côte de Puna au SE de la Grande Ile méritait d’être analysée en raison des changements survenus en 2018. Cependant, l’intérêt de la mission dépasse l’hydrographie. L’observation des pentes sous-marines permet aux volcanologues du HVO à mieux comprendre les processus qui affectent la stabilité du delta de lave nouvellement formé dans la baie de Kapoho, ainsi que d’autres dangers le long du nouveau littoral.
Une étude réalisée en août 2018 par le navire de recherche Nautilus exploité par l’Ocean Exploration Trust, avait déjà fourni une base de référence permettant d’identifier les changements bathymétriques survenus au cours de l’année écoulée.
À l’instar du Nautilus, le Rainier a analysé la bathymétrie à l’aide d’un sondeur multi-faisceau (SONAR) monté sur sa coque. Ce système envoie les ondes acoustiques perpendiculairement à la longueur du navire. Le principe est simple : Les ondes sont envoyées vers le fond de l’océan et remontent vers le navire où un récepteur mesure le temps écoulé. La collecte de millions de mesures de distance permet de construire un DEM (Digital Elevation Model) modèle numérique du relief sous-marin. En comparant le nouveau DEM du Rainier à celui obtenu l’année dernière avec le Nautilus, les volcanologues sont en mesure de voir quelles parties du delta de lave sous-marin sont les plus fragiles, et donc susceptibles de s’affaisser ou de s’effondrer. Par ailleurs, la comparaison d’images satellite récentes avec les cartes des coulées de lave de 2018 révèle que certaines des nouvelles côtes ont déjà reculé de plusieurs dizaines de mètres. Des changements similaires pourraient donc se produire sous la surface de l’océan.
Le traitement et la publication du nouvel ensemble de données prendront un certain temps. Cependant, alors que le Rainier était ancré au large des côtes hawaiennes, les volcanologues du HVO ont pu monter à bord et  repérer des détails intéressants au niveau du littoral submergé le long des deltas de 2018, y compris un chenal de lave, aujourd’hui inactif. Des discussions avec l’équipage du navire ont permis d’identifier plusieurs zones intéressantes pour y effectuer des investigations bathymétriques.
Source: USGS.

——————————————-

While French scientists were complaining about the lack of means for the exploration of the submarine volcano off the coasts of Mayotte, Americans researchers were on board the NOAA research ship Rainier to explore the southern coast of Hawaii Big island. They could observe and analyse the consequences of the arrival of lava in the ocean during the 2018 Kilauea eruption. The Rainier is part of a fleet that surveys the bathymetry of coastal waters around the United States. The surveys are used to update nautical charts and various digital products in support of marine commerce and transportation, as well as navigation safety. The ship also measures various properties of the ocean water. The Rainier works primarily in Alaska, but the aftermath of the 2018 eruption brought it to Hawai‘i. The journey provided a special opportunity to re-survey the lava deltas formed during the Lower East Rift Zone eruption.

Because NOAA’s core mission is to maintain up-to-date nautical charts, the Puna coast became an important objective given the changes that occurred there in 2018. However, interest in the data goes beyond hydrography. Views of the submarine slopes help HVO volcanologists to better understand ongoing processes that affect the stability of the newly-formed lava delta in Kapoho Bay, along with other hazards along the new coastline.

An August 2018 survey by the Exploration Vessel Nautilus, operated by the Ocean Exploration Trust, provides a baseline to identify bathymetric changes over the past year.

The Rainier, like the Nautilus, surveys bathymetry using a multibeam echosounder (SONAR) mounted to its hull. This system transmits acoustic waves in a fan along the beam of the ship, perpendicular to the ship’s length. As these waves reflect off the ocean floor and back to the ship, a highly-sensitive receiver measures the time that has passed.

Collecting millions of distance measurements allows for the construction of a submarine Digital Elevation Model (DEM). By comparing the new DEM from the Rainier with last year’s DEM from the Nautilus, it will be possible for volcanologists to see which parts of the submarine lava delta are subsiding. Comparisons of recent satellite images with 2018 lava flow maps have suggested that some of the new coastline has already retreated by tens of metres, so similar changes might be expected below the waves.

Full processing and publication of the new dataset will take some time. However, while the Rainier was anchored offshore, HVO’s volcanologists came on board and could spot various submarine features along the 2018 deltas, including a possible lava channel, now inactive. Discussions with the ship’s crew identified several target areas for further bathymetric investigation.

Source : USGS.

L’arrivé de la lave fragilise le littoral hawaiien (Photo: C. Grandpey)

Le volcan de Mayotte : Des résultats, mais aussi un manque de moyens

On n’en parle plus trop maintenant, mais l’éruption au large de Mayotte continue. Le nouveau volcan, qui est sous surveillance depuis 9 mois, est loin d’avoir livré tous ses secrets. Le mardi 15 octobre 2019, les scientifiques se sont réunis à l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) pour faire le  point à l’issue de 9 mois de surveillance.

Les intervenants s’accordent pour dire que le phénomène sismique et volcanique observé à Mayotte est d’une ampleur et d’une durée exceptionnelle. Mais tous affirment également qu’il est impossible, aujourd’hui encore, de faire des projections et d’imaginer le futur, essentiellement à cause du manque cruel d’outils et de données.

Les scientifiques expliquent que, ces derniers mois, l’île de Mayotte s’est déplacée d’une vingtaine de centimètres vers l’est et s’est affaissée d’une quinzaine de centimètres. Il est à noter que cette subsidence ralentit actuellement. Toutefois,  rien ne permet de dire pour le moment si le phénomène va s’arrêter. Toutes les hypothèses sont permises. Début 2019, un réseau de mesures a été installé à Mayotte et aux Glorieuses. Les données viennent désormais compléter celles fournies par des stations plus anciennes situées aux Comores et à Madagascar. 21 bénévoles se relaient pour surveiller quotidiennement les phénomènes sismiques, géochimiques et les déformations. D’ici quelques semaines, début 2020, sept scientifiques vont être recrutés pour mettre en place le Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte (REVOSIMA), une structure qui rassemble les données géologiques, géophysiques et géochimiques, afin de nourrir les recherches sur le fonctionnement du volcan.
À terre, les stations installées permettent un suivi en temps réel des événements sismiques. En mer, en revanche, les stations de mesures ne peuvent être relevées que tous les deux à trois mois. Ainsi, elles ont été installées lors de la première sortie du Marion Dufresne en mai (MAYOBS 1) et collectées deux mois plus tard lors de MAYOBS 6 fin juillet. De tels délais ralentissent inévitablement le travail des scientifiques et rendent le système peu efficace. Pour mieux comprendre le phénomène mahorais, les scientifiques ont besoin d’accéder en temps réel aux données enregistrées au fond de la mer, notamment concernant les déformations de la croûte terrestre. Une solution consisterait à installer un réseau de stations câblées en mer, capable de transmettre instantanément les données collectées. À l’heure actuelle, seuls les Américains et les Japonais disposent de tels systèmes. Les Français souhaitent s’en inspirer, mais ce dispositif ne verra pas le jour avant plusieurs années.
Une autre difficulté à laquelle sont confrontés les scientifiques est la modélisation de la chambre magmatique. Le centre de cette cavité se trouverait à une trentaine de kilomètres à l’est de Mayotte, mais il est impossible actuellement de déterminer sa taille. Selon les chercheurs, cette chambre pourrait s’étendre jusque sous l’île et se trouver à 40 km de profondeur. C’est en se vidant de son magma qu’elle provoque l’affaissement d’une quinzaine de centimètres de la croûte terrestre. C’est aussi à cette source magmatique que sont liés les essaims sismiques ressentis par les Mahorais. Les scientifiques en sont sûrs, mais ils ne comprennent pas comment se conjuguent l’activité sismique et la poche de magma qui se vide.

En conclusion de la réunion à l’IPGP, les scientifiques ont insisté sur l’importance des témoignages des Mahorais qui interviennent régulièrement sur le site CSEM (Centre sismologique euro-méditerranéen), mais qui collecte uniquement les séismes ressentis en Europe et, en particulier, dans la Méditerranée. Il faudrait que les habitants de Mayotte se dirigent davantage vers le site du Bureau Central Sismologique Français (www.franceseisme.fr) qui recueille les témoignages sur les séismes qui ont lieu sur le territoire français.
La collecte de données à terre se poursuit et la surveillance est maintenue à Mayotte. De nouvelles demandes de missions sont déposées en ce moment pour la prochaine campagne de recherches au large. Mais, comme me l’expliquait au mois de juin Philippe Kowalski à l’OVPF, ces missions en mer réalisées grâce au Marion Dufresne sont très coûteuses et longues à mettre en place. Cela expliquerait le temps mis par les scientifiques pour détecter la cause de la sismicité sur l’île. Une commission doit se réunir en fin d’année pour étudier les demandes. Les prochains départs pourraient n’avoir lieu qu’en 2021.

Source : IPGP, Outre-mer la 1ère.