Le dégel du permafrost: un danger pour la planète!

Bien que ce ne soit pas lié au monde des volcans, j’aimerais m’attarder à nouveau sur le réchauffement climatique et ses effets sur notre environnement.

Il y a quelques jours, l’Anchorage Daily News, quotidien très populaire en Alaska, a publié un article consacré à la fonte du permafrost (ou pergélisol), phénomène auquel sont très sensibles les contrées nordiques. Lorsque l’on voyage en Alaska ou dans le Yukon, on s’aperçoit très vite des conséquences de sa fonte sur les infrastructures routières, avec de longues balafres qui rendent parfois la conduite délicate (voir ma note du 16 septembre 2011). Il y a deux ans, Nicolas Vanier (Le Dernier Trappeur) me confiait qu’il avait vu des forêts « s’effondrer » en Sibérie car le sol gelé n’était plus là pour les maintenir à la verticale.

L’article de l’Anchorage Daily News attire l’attention des lecteurs sur un autre aspect de la fonte du pergélisol : les émanations gazeuses. En effet, les chercheurs ont commencé récemment à mesurer les émissions de méthane (CH4) et de gaz carbonique (CO2) provoquées par la fonte du permafrost et ils se sont aperçus que les quantités – non encore prises en compte lors des réunions internationales sur le réchauffement climatique – étaient bien supérieures à ce qui avait été estimé jusqu’alors.

Le permafrost – sol qui reste gelé pendant au moins deux années d’affilée – recèle de vaste quantités de matière végétale en décomposition. Au moment du dégel, cette matière libère du CO2 et, encore plus inquiétant, du CH4. Le réchauffement global de la planète provoque un effet cyclique : au cours du réchauffement de la Terre, les températures plus élevées sont une menace pour le permafrost qui va fondre et libérer ces mêmes gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement de la Terre.

Il est donc urgent que la communauté internationale prenne en compte l’impact du permafrost et les émissions de CO2 et CH4 lors des réunions sur le changement climatique. Les chercheurs américains ont démontré que le permafrost présent à la surface de la Terre contient 1700 gigatonnes de carbone sous forme de matière organique gelée (une gigatonne est équivalent à un milliard – 109 tonnes). Cela représente deux fois la quantité de carbone actuellement présente dans l’atmosphère ! On réalise donc l’impact que les gaz libérés lors du dégel du  permafrost pourraient avoir dans les années à venir en cas d’accélération du phénomène.

Le rapport des chercheurs recommande par ailleurs aux nations où le permafrost est très répandu (Etats Unis, Canada, Chine et Russie) de créer des réseaux de surveillance et de mettre au point des plans afin d’atténuer les dégâts occasionnés par le dégel du pergélisol, en particulier dans les régions les plus exposées. En Alaska par exemple, des entreprises, des routes ainsi que des infrastructures gazières et pétrolières ont été construites sur des zones où le sol était gelé en permanence, donc très stable. Si ce sol vient à dégeler, ces structures peuvent s’effondrer. Actuellement, les responsables des routes du Yukon essayent de mettre au point des techniques qui permettraient de limiter les dégâts causés par le dégel du permafrost.

Drunken-forest

Exemple de « forêt ivre » (« drunken forest ») où les arbres ne sont plus maintenus en place par le permafrost

[Crédit photo:  NOAA)

Les coupes budgétaires affectent les observatoires américains // Budget cuts affect U.S. observatories

drapeau francais   La France n’est pas le seul pays où le gouvernement veut faire des économies. Des coupes budgétaires identiques affectent aujourd’hui les Etats-Unis et les observatoires scientifiques se plaignent de ce manque d’argent qui empêche leur bon fonctionnement.

Par exemple, les scientifiques en poste à l’Alaska Volcano Observatory* (AVO) indiquent que les coupes budgétaires fédérales ont empêché d’entretenir correctement un réseau sismique qui souffre déjà de vétusté. Plusieurs stations de mesure ont déjà dû être fermées. Sur près de 200 stations sismiques présentes en Alaska, seules 120 sont encore opérationnelles suite aux coupes budgétaires imposées au cours des dernières années.

L’AVO a annoncé la semaine dernière qu’il ne sera plus en mesure de contrôler en temps réel l’activité sismique sur les volcans Little Sitkin, Ukinrek Maars et Ugashik-Peulik. L’observatoire devra se rabattre sur les données fournies par les satellites, les systèmes infrasons et les rapports de pilotes d’avions.

Certes, la plupart des volcans des Aléoutiennes se trouvent dans des zones peu ou pas du tout peuplées mais il faut garder à l’esprit que les nuages de cendre émis pendant les éruptions peuvent affecter le trafic aérien particulièrement dense entre l’Amérique et l’Asie.

Source : Anchorage Daily News.

*L’Alaska Volcano Observatory a fêté le 1er avril son 25ème anniversaire. L’Observatoire a vu le jour en 1988, deux années après une importante éruption de l’Augustine qui a posé de sérieux problèmes à la région d’Anchorage et à l’aéroport.

 

drapeau anglais   France is not the only country where the government is trying to save money. Similar budget cuts are affecting the U.S. and scientific observatories are complaining about the lack of funding which deeply disturbs their activities.

For instance, scientists at the Alaska Volcano Observatory* say ongoing federal budget cuts have severely hampered the maintenance of an aging seismic network, including the shutdown of even more equipment. Only 120 seismic stations out of almost 200 in the state are in working condition after several years of budget cuts.

The observatory announced last week that it will no longer seismically monitor Little Sitkin, Ukinrek Maars and Ugashik-Peulik volcanoes with real-time equipment. The observatory will have to resort to satellite data, infrasound and reports from pilots and others to detect eruptions.

It is true that most volcanoes of the Aleutians are locates in areas with little or no population but we must keep in mind that the ash clouds produced by the eruptions may disrupt air traffic between America and Asia.
Source : Anchorage Daily News.

*The Alaska Volcano Observatory celebrated its 25th anniversary on April 1st.  It was created in 1988, two years after a large eruption of Augustine volcano  created problems for the Anchorage area and the airport.

Les volcans à Rilhac-Rancon (Haute Vienne)

A l’occasion de la 25ème Bourse aux Minéraux organisée les 6 et 7 avril à Rilhac-Rancon (Haute Vienne) par la Société de Géologie du Limousin, j’aurai le plaisir de faire voyager vers plusieurs destinations volcaniques.

Les diaporamas, en fondu-enchaîné sonorisé, conduiront les spectateurs vers :

–         la Nouvelle Zélande et Hawaii le samedi 6 avril, respectivement à 14h30 et 16h30

–         l’Alaska et l’Indonésie le dimanche 7 avril, à 14h30 et 16h30 également

Cet événement sera pour moi l’occasion de présenter et dédicacer mon dernier ouvrage « Killer Volcanoes – Eruptions meurtrières des temps modernes » (voir la colonne de gauche de ce blog).

Vous pouvez aussi commander le livre (13 euros avec les frais d’envoi en France) en m’adressant un courrier électronique: grandpeyc@club-internet.fr

Affiche-Rilhac-2013

 

Un forage géothermique sur l’Augustine? (Alaska / Etats Unis) // Geothermal drilling on Augustine volcano?

   Voici une information pour le moins surprenante ! Selon l’agence Reuters, l’Alaska va offrir à des promoteurs potentiels l’occasion d’exploiter des ressources géothermiques sur l’Augustine, île-volcan qui culmine à 1260 mètres dans la partie méridionale de Cook Inlet en Alaska. La dernière éruption a eu lieu en 2006 et a perturbé le trafic aérien à Anchorage, à 280 km au nord. L’Alaska Volcano Observatory décrit l’Augustine en ces termes : « Le volcan se compose d’un dôme central et d’un complexe de coulées de lave entouré de dépôts de matériaux pyroclastiques. L’aspect irrégulier le la côte est dû à la répétition d’effondrements catastrophiques du dôme sommital avec des avalanches de débris sur les flancs du volcans, jusque dans les eaux de Cook Inlet. Au moins 11 avalanches de ce type se sont produites au cours des 2000 dernières années, à des intervalles moyens de 150-200 ans. »
La vente de la concession géothermique sur l’Augustine coïncidera avec d’autres ventes de concessions gazières et pétrolières dans Cook Inlet et sur l’Alaska Peninsula, région située au SO de l’Etat et dont l’exploration pétrolière a été limitée jusqu’à aujourd’hui.
Le rapport de pré-vente de la concession indique que l’Augustine présente des risques d’exploration et est exposée aux séismes, glissements de terrain, coulées de boue, gaz volcaniques, émissions de cendre, explosions et coulées de lave, mais son emplacement offre des avantages potentiels dans la mesure où l’énergie géothermique pourrait permettre de faire face à la demande croissante en électricité et autres source d’énergie dans la partie centrale et méridionale de l’Alaska.
La dernière vente de concessions géothermiques en Alaska remonte à 2008. A cette époque, la société Ormat Technologies, basée dans le Nevada, a dépensé 3,3 millions de dollars pour acheter des concessions dans le secteur du Mont Spurr, sans grand succès au niveau des forages.

 

   Here is a surprising piece of news! According to the Reuters press agency, Alaska will offer potential developers the chance to explore geothermal resources at Augustine (1260 m), an active volcano located in lower Cook Inlet in Alaska. The last eruption occurred in 2006, disrupting air traffic in Anchorage, 280 km away. The Alaska Volcano Observatory describes it as follows: “Augustine volcano consists of a central dome and lava flow complex, surrounded by pyroclastic debris. The irregular coastline of Augustine Island is due to the repeated catastrophic collapse of the summit dome, forming debris avalanches down the flanks and into Cook Inlet. At least 11 avalanches have occurred in the past 2000 years with an average recurrence interval of about 150-200 years”.
The geothermal lease sale on May 8th 2013 will coincide with oil and gas lease sales around Cook Inlet and the Alaska Peninsula, an area of south-western Alaska that has had only limited petroleum exploration.
The pre-sale report says that Augustine volcano poses risks to explorers including earthquakes, landslides and mudflows, volcanic gas and ash releases, explosions and lava flows, but its location offers potential advantages, since geothermal energy could help satisfy the increasing demand for electricity and energy sources in south-central Alaska.
Alaska’s last geothermal lease sale was in 2008. Nevada-based Ormat Technologies spent $3.3 million for leases at Mount Spurr but the drilling results were disappointing.

Augustine-bis

L’Augustine et la trajectoire des coulées pyroclastiques  (Photo: C. Grandpey)