Histoires de systèmes d’alerte en Alaska et au Chili // Stories of warning systems in Alaska and Chile

drapeau francaisDans une note écrite le 20 février 2015, j’indiquais que l’Augustine était probablement la plus grande menace de tsunami pour la ville d’Homer située à 100 km du volcan, et pour la partie sud de la Péninsule du Kenai. La dernière éruption de l’Augustine en 2006 a généré un panache de cendre et émis suffisamment de lave pour rehausser encore davantage le sommet du volcan. Ce sommet domine des pentes abruptes et c’est lui qui, en s’effondrant, pourrait déclencher un tsunami. En 1883 – avant que la ville d’Homer soit construite – une éruption a fait glisser le versant nord de l’Augustine dans Cook Inlet et généré une vague de 9 mètres de hauteur qui a fini sa course dans le village de Nanwalek. Les scientifiques ont par ailleurs trouvé des preuves d’effondrements similaires remontant à des milliers d’années.

C’est la raison pour laquelle des sirènes ont été installées à Homer et dans les quelques villages qui pourraient être exposés à un tsunami. Pendant plusieurs jours, les médias ont annoncé que le mercredi 25 mars aurait lieu un test du système d’alerte aux tsunamis sur les régions côtières de l’Alaska. Comme dans beaucoup d’endroits dans le monde, les gens sont habitués à entendre ici un test des sirènes une fois par mois, le mercredi à 13 heures. Cependant, le 25 mars, l’essai était censé être un peu différent. Les sirènes devaient hurler plus tôt et soi-disant « avec plus de réalisme » dans le cadre de la Semaine de Prévention des Tsunamis.
Les sirènes retentirent à 10h25 du matin, relayées par tous les haut-parleurs qui se trouvent dans les zones basses, le long du littoral d’Homer. On entendit une voix annoncer: « Une alerte au tsunami a été émise pour ce secteur. Ecoutez votre station de radio locale pour plus de détails ». Le message a été répété trois fois. Il n’a jamais été précisé qu’il s’agissait d’un test.
Sept minutes après les sirènes, un animateur a interrompu en direct les programmes de radio et indiqué aux auditeurs que les sirènes « signalaient des tests » et qu’il n’y avait « pas de danger pour le moment. »
Deux minutes s’écoulèrent avant qu’une voix à peine audible venue des haut-parleurs annonce à Homer que le test était « conforme ».
Beaucoup de gens à Homer ne sont pas certains que le test ait été effectué avec suffisamment de sérieux et ait eu un impact sur la population dans son ensemble. Beaucoup de personnes ont fait remarquer que les tsunamis ne sont pas des plaisanteries et que le test de prévention aurait dû être mieux géré par toutes les parties concernées. Ces personnes espèrent que des leçons ont été tirées et que les gens qui entendront les sirènes à l’avenir ne penseront pas qu’il s’agit toujours de tests. Il ne faudrait jamais oublier que le tsunami qui a accompagné le séisme de 1964 en Alaska a tué 115 habitants dans cet Etat et a fait disparaître le rivage de plusieurs localités.
Au niveau local, il y a eu au moins un raté, quand une alerte au tsunami destinée aux Aléoutiennes a retenti à Homer en 2011. Selon le journal local Homer News, « des centaines de personnes qui se trouvaient sur la jetée d’Homer (le Spit) et dans les zones basses de la ville ont quitté les lieux ». La police a sillonné la ville pour prévenir la population que l’alerte était une erreur.

Le danger occasionné par un tsunami augmente avec la proximité de sa source par rapport à la côte. S’il se déclenche à des centaines de kilomètres, on aura le temps de prendre rapidement des mesures d’évacuation, à condition que la population ait été bien préparée à une telle éventualité. En 1964, le tsunami a démarré près de la côte. L’épicentre du séisme qui l’a provoqué a été localisé à seulement 90 km à l’ouest de Valdez et 120 km à l’est d’Anchorage, à une profondeur de 25 km. Il y a eu 131 morts (115 en Alaska, 16 dans l’Oregon et la Californie). Le nombre de victimes a été extrêmement faible pour un séisme de cette ampleur (M 9,2) en raison de la faible densité de population, le moment de la journée, le fait que c’était un jour férié (le Vendredi Saint), et le type de matériau (principalement le bois) utilisé pour construire de nombreux bâtiments. Aujourd’hui serait bien différent.
D’après un article paru dans l’Alaska Dispatch News.

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De la même manière, les habitants de la ville chilienne de Pucon ont déclaré avoir ressenti une grande confusion quand les sirènes de la ville ont retenti dimanche dernier. La ville est située à proximité du Villarrica et le maire a ordonné aux pompiers d’actionner les sirènes pour que les gens comprennent que le volcan représente « une menace persistante ». Dans le même temps, le niveau d’alerte volcanique n’avait pas changé.
On pouvait voir des nuages de cendre s’élever du cratère pendant le week-end. Quand les sirènes de la ville ont hurlé dimanche après-midi, de nombreux habitants ont pensé que c’était un signal d’évacuer la ville.
Des commentaires ont été affichés sur Facebook accusant le maire d’avoir « causé une peur inutile» parmi les 22 000 habitants de la ville. En effet, le protocole officiel dit que les sirènes doivent être actionnées pour évacuer les gens, et pas comme mesure préventive.
Source: BBC News.

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drapeau anglaisIn a note written on February 20th 2015, I indicated that the most serious tsunami threat for Homer and the southern flank of the Kenai Peninsula in Alaska might be Augustine Volcano, 110 km to the west. Augustine last erupted in 2006, sending up an ash cloud and emitting enough lava to build a new summit. It’s this summit enhancement on steep slopes that makes the volcano vulnerable to collapse. In 1883 – before Homer’s founding – an eruption caused its north side to slide into Cook Inlet, sending a 9-metre wave into the village of Nanwalek. Scientists have found evidence of similar collapses going back thousands of years.

This is the reason why sirens have been set up in Homer and the few villages that might be exposed to a tsunami. For several days various news media reported that on Wednesday, March 25th, there would be a test of the tsunami warning system in coastal Alaska. Like in many places of the world, people are accustomed to sirens once a month here, on Wednesdays at 1 p.m., always with the key word “test.” However, the March 25th test was supposed to be a little different. The sirens were to hoot at an earlier time and supposedly “with more realism” as part of Tsunami Preparedness Week.

The sirens sounded at 10:25 in the morning, echoing from the multiple speakers in Homer’s low-lying areas. A voice said: “A tsunami warning has been issued for this area. Tune to a local radio station for details.” The message was repeated three times. There was no mention of a test.

Seven minutes after the sirens, a live announcer interrupted the radio programmes to tell listeners that the sirens were “just testing warnings” and there was “no danger present at the moment.”

Two more minutes passed before a barely audible voice came over the tsunami speakers to say the test was “complete”.

Many people in Homer were not sure the test was serious enough and had any effect on the population at large. Many said tsunamis are no joke, and that a preparedness test could have been better managed by all involved. They hope that lessons were learned and that people hearing sirens in the future won’t assume they’re always tests. They should never forget that the tsunami accompanying Alaska’s 1964 earthquake killed 115 Alaskans and wiped out the entire waterfronts of several communities.

Locally, there was at least one false alarm from the system, when a tsunami warning meant for the Aleutians sounded in Homer in 2011. According to the Homer News, “hundreds of people on the Homer Spit and in low-lying areas evacuated.” Police fanned out around town to alert people that the warning was in error.

The danger of a tsunami increases with the proximity of its source to the coast. Should it start hundreds of kilometres away, there will be time to take rapid evacuation measures, provided the population has been well prepared to such an event.  In 1964, the tsunami was triggered close to the coast. The epicentre of the earthquake that caused it was only 90 km west of Valdez and 120 km east of Anchorage, at a depth of 25 km. The number of deaths totalled 131; 115 in Alaska and 16 in Oregon and California. The death toll was extremely low for a quake of this magnitude (M 9.2) due to low population density, the time of day and the fact that it was a holiday, and the type of material (mostly wood) used to construct many buildings. Today would be different.

After an article in the Alaska Dispatch News.

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In the same way, residents of the Chilean town of Pucon said they felt confused when the town’s sirens went off on Sunday. The town is located near the Villarrica volcano and the mayor of the town ordered firefighters to ring the sirens to alert people « to the continued threat ». Meantime, the volcanic alert level had not changed.

Ash could be seen rising from the crater during the weekend, so when the town’s sirens rang on Sunday afternoon, many residents said they thought it was a signal to evacuate the town.

Comments were posted on Facebook criticising the mayor for « spreading fear » among the town’s 22,000 residents. Indeed, the official protocol says that the sirens ring to evacuate people, not as a preventive measure.

Source: BBC News.

Augustine-flancs

Les flancs pentus de l’Augustine contribueraient au déclenchement d’un tsunami.

Evacuation-blog

En théorie, tout est prêt pour l’évacuation des populations menacées.

(Photos:  C.  Grandpey)

Alaska: Sortie précoce d’hibernation pour les ours // Bears are already out of hibernation

drapeau francaisL’hiver a été très doux dans la partie centrale et méridionale de l’Alaska qui connaît également un printemps précoce. Il n’est donc pas surprenant que des ours soient déjà sortis de l’hibernation avec environ un mois d’avance. D’autres feront de même très bientôt, ce qui a incité l’Alaska Department of Fish and Game à lancer une mise en garde invitant la population à être vigilante.

Les ours errent régulièrement autour de leurs tanières à la sortie de l’hibernation mais ils ne tardent généralement pas à s’en éloigner pour chercher de la nourriture. L’hibernation, ça creuse ! Les graines pour oiseaux, mais aussi les aliments pour les chiens et le bétail sont riches en éléments nutritifs et sont susceptibles d’attirer les ours sur de longues distances. Les ours noirs surtout n’hésitent pas à s’approcher des maisons et à venir se promener jusque sur les balcons. Ils sont attirés par les mangeoires d’oiseaux dans lesquelles les graines sont riches en protéines. Les ordures ménagères, la volaille, les chèvres et les petits animaux attirent aussi des ours affamés. La loi interdit de nourrir les ours, intentionnellement ou non.
En conséquence, il est grand temps que les Alaskiens rentrent les ordures à l’intérieur des garages ou dans un abri solide et qu’ils remettent en route les clôtures électriques autour de leur bétail. C’est aussi le bon moment pour nettoyer le barbecue afin de ne pas être réveillé un matin par un ours venu lécher la graisse qui s’y trouve. Les habitants doivent également s’assurer que les congélateurs sont inaccessibles de manière que les ours ne puissent pas les atteindre. Certains ours qui ont réussi à ouvrir des congélateurs savent à quoi ils ressemblent ; ils connaissent leur contenu et n’hésitent pas à s’aventurer dans les garages laissés ouverts pour venir casser la croûte. Les ours qui font preuve d’une telle audace sont généralement abattus. Vous trouverez une histoire illustrant cette situation dans le livre Dans les pas de l’Ours (Editions Séquoia).

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drapeau anglaisWinter has been very mild in Southcentral Alaska which is also facing an early spring and some bears are already out of hibernation about one month in advance. Others will be out soon, which has the Alaska Department of Fish and Game warning that it’s time to be bear aware.

Bears regularly roam around their dens after first emerging from hibernation but it usually isn’t long after leaving them that they start to range widely in search of food. Bird seed and dog and livestock feed are nutrient-rich foods that can attract bears from long distances and lure them into people’s yards and even onto their decks. Bears are known to show up close to the houses looking for protein-rich bird feeders. Trash, poultry, goats and small livestock also attract hungry bears. Feeding bears, even unintentionally, is illegal and can result in fines

As a consequence, it is high time for Alaskans to move garbage inside the garage or into a sturdy, bear-proof shed and energize electric fences around livestock. Now is also a good time to clean the barbecue to avoid waking some morning to a bear trying to lick the grease off it. Residents should also make sure freezers are secured so bears can’t get at them. Some bears, having once gotten into freezers, know what they look like, understand what they contain and will even venture into open garages to try to grab a snack. Bears that bold usually end up getting shot and killed. You’ll find such a story in the book Dans les pas de l’ours (Sequoia Editions).

Ourse-blog

Les ours noirs sont les plus audacieux et n’hésitent pas à s’approcher très près des maisons…

(Photo:  C.  Grandpey)

Semisopochnoi (Iles Aléoutiennes / Alaska)

drapeau francaisL’Alaska Volcano Observatory m’a indiqué hier que l’activité sismique sur le Semisopochnoi continuait (elle a débuté en janvier dernier) et a connu une certaine hausse au cours des derniers jours. De plus, l’Observatoire a détecté de brefs épisodes de tremor susceptibles de correspondre à des mouvements de magma ou de gaz magmatiques. En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne est passée au jaune et l’alerte volcanique au niveau de simple vigilance.

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drapeau anglaisThe Alaska Volcano Observatory informed me yesterday that earthquake activity at Semisopochnoi that began in January continues, and has increased in intensity over the past few days. In addition, AVO has detected brief periods of seismic tremor, which can indicate movement of magma or magmatic gases. Thus, the aviation colour code has been increased to YELLOW and the volcano alert level to ADVISORY.

Le Mont McKinley est-il un volcan ? Non ! // Could Mt McKinley be a volcano ? No !

drapeau francaisLe Mont McKinley, aussi appelé Denali en langue locale athabascane, dresse ses 6194 mètres au dessus du niveau de la mer. C’est la plus haute montagne d’Amérique du Nord. Il se trouve à environ 100 km au-dessus de la région où la plaque Pacifique s’enfonce sous la plaque nord-américaine, au même titre que les volcans Iliamna, Redoubt et Augustine. Si on trace une ligne à partir des îles Aléoutiennes vers les édifices volcaniques de l’Intérieur de l’Alaska, cette courbe passe au-dessus du sommet du McKinley.
Comme les autres sommets de la Chaîne de l’Alaska (Alaska Range), le Denali ne montre aucun signe d’éruptions passées, mais les sismologues ont récemment enregistré une sismicité profonde qui  leur a semblé digne d’intérêt.

Il y a environ un an, une station sismique installée à l’intérieur du Parc National du Denali a enregistré une séquence sismique avec un maximum de M 1,7, à une trentaine de kilomètres de profondeur. Elle a duré plus longtemps que les secousses habituellement enregistrées dans la région. L’événement ressemblait à ceux observés au niveau des volcans situés juste au-dessus de la zone de subduction.
Le Mont Spurr, de l’autre côté de Cook Inlet par rapport à Anchorage, est entré en éruption en 1992. Il est actif avec des séismes semblables à ceux enregistrés sous le Denali. Le volcan se trouve à l’extrémité sud de ce que les scientifiques appellent le Denali Gap, une partie de la Chaîne de l’Alaska longue de 430 km, qui – en théorie –  pourrait être parsemée  de volcans, mais ne semble pas en héberger.
À l’extrémité nord du Denali Gap, près de la bourgade de Healy (NDLR : avec un excellent Bed & Breakfast !), on peut voir deux étendues d’eau sombre. Les volcanologues expliquent que ce sont des maars qui ont été formés par des explosions il y a environ 3000 ans. Ces maars ont la même signature chimique que les volcans des Aléoutiennes.
La question se pose : Le Denali va-t-il entrer en éruption? La réponse est : Non! Si le Denali était un volcan, on observerait des roches volcaniques ainsi que des sources chaudes à sa surface, ce qui n’est pas le cas. Dans les zones volcaniques, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir une montée de magma pour enregistrer des séismes. Ceux observés sur le Denali il y a un an ont probablement été déclenchés par le mouvement de fluides actifs lors de leur passage à travers des masses de roche. Ils ont vraisemblablement été causés par l’eau en provenance de la plaque Pacifique lors de son enfoncement sous la plaque nord-américaine sur laquelle se trouvent le Denali et la plus grande partie de l’Alaska. Au cours du processus, des fluides en provenance de cette plaque tectonique ont pu migrer à travers l’écorce terrestre.

Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisMount McKinley, also called Denali in local Athabascan dialect, rises 6,194 metres above sea level. It is North America’s highest mountain. It sits about 100 kilometres above where the Pacific Plate slips beneath the North American Plate, as do the Iliamna, Redoubt and Augustine volcanoes. If you draw a line from the Aleutians to volcanic features in Interior Alaska, the curve goes over Denali’s summit.

Like its neighbours in the Alaska Range, the big mountain shows no signs of having erupted, but seismologists recently noticed deep seismicity that was intriguing enough to explore.

About one year ago, a seismic station in Denali National Park recorded an M 1.7 earthquake about 30 km deep that shook longer than most other events. It looked like the ones recorded under volcanoes right above the subduction area.

Mount Spurr, across Cook Inlet from Anchorage, erupted explosively in 1992. It is active with earthquakes like the ones recorded beneath Denali. Mount Spurr is on the southern end of what scientists call the Denali Gap, a 430-km part of the Alaska Range that could be pimpled with volcanoes but does not seem to be.

On the north end of the Denali Gap are two ponds filled with dark water near Healy and an excellent B&B!). Volcanologists recognize these as maars that were created by explosions about 3,000 years ago. These maars have the same chemical signature as the Aleutian volcanoes.

So, is Denali about to erupt? No! If Denali were a volcano, the mountain would show volcanic rocks on the surface as well as hot springs. As for the volcano-like earthquakes recorded one year ago, they don’t require the movement of magma, just active fluids passing through masses of rock. They were probably caused by water coming from the Pacific Plate diving beneath the North American Plate under Denali and most of Alaska. Fluids from the slab can migrate through the Earth’s crust.

Source: Alaska Dispatch News.

Denali-1

Denali-2

Photos:  C.  Grandpey