Surge glaciaire // Glacial surge

drapeau-francaisLe 18 décembre 2016, j’ai publié une note à propos de l’effondrement du Glacier Aru au Tibet. J’indiquais que cet effondrement était différent de ceux observés sur certains autres glaciers comme le Kolka en Sibérie dont une section de 2,5 km avait, en 2002, parcouru 18 km en 6 minutes, tuant plus d’une centaine de personnes. Il est peu probable que le glacier tibétain ait connu un tel phénomène car sa taille ne semble pas suffisante pour le déclencher.

Une surge glaciaire est un événement brutal et bref au cours duquel un glacier avance très rapidement. Elle peut durer de quelques minutes à plusieurs semaines. Le glacier peut avancer de quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres par jour, contre quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres le reste du temps. On trouve parfois le mot « surge » traduit par « crue » ce qui, à mon avis, prête à confusion. Une crue glaciaire, comme les jökulhlaup en Islande, fait référence à la hausse brutale du cours d’eau qui s’échappe d’un glacier suite à la fonte de ce dernier, par la chaleur d’un volcan par exemple.

Les surges glaciaires se divisent en deux catégories. Les glaciers d’Alaska présentent des surges avec une phase initiale soudaine, une vitesse de progression extrêmement élevée (de l’ordre de plusieurs dizaines de mètres par jour) et un arrêt soudain, souvent avec une décharge de l’eau stockée par le glacier. Les surges observées au Svalbard présentent un comportement différent. La phase initiale est plus lente, suivie d’une phase d’accélération plus lente elle aussi (de l’ordre de quatre ou cinq mètres par jour). Le retour au calme peut prendre des années.

S’agissant de la fréquence des surges, elles sont la plupart du temps périodiques, avec un intervalle de plusieurs années entre deux événements). On les rencontre en Alaska, dans le grand nord canadien, en Antarctique, au Groenland et au Svalbard. Dans son livre La complainte de l’ours, Jean-Louis Etienne évoque la surge du glacier Nergribreen dans le Storfjord en 1935.

Le phénomène reste mal connu mais une théorie proposée en 1969 suggère que l’eau accumulée dans le glacier lui fait atteindre une masse critique au-delà de laquelle il ne peut plus supporter son propre poids. Le front du glacier se disloque alors et sa partie centrale se met à avancer extrêmement rapidement, côtoyée par des masses latérales avançant à allure normale. Au cours de ce processus, d’énormes quantités d’eau peuvent être libérées en charriant des blocs de glace de plusieurs centaines de tonnes ainsi que des rochers.

D’autres surges peuvent être provoquées par un déséquilibre du glacier à la suite d’un apport de neige trop rapide. Elles peuvent aussi faire suite à un arrêt de l’avancée d’un glacier qui se met alors à s’épaissir. Une autre cause peut être un substrat rocheux trop meuble. Une fois la surge terminée, on assiste en général à un retrait glaciaire temporaire dû au déficit en glace.

Le glacier Variegated en Alaska propose l’un des meilleurs et des plus spectaculaires exemples de surges. Il fait partie d’un ensemble glaciaire qui termine sa course dans le Russell Fjord, en amont de la Baie de Yakutat. Une surge a eu lieu au début de l’année 1982 et s’est poursuivie jusqu’en 1983, à raison d’une avancée de 80 mètres par jour pour le front du glacier. Le Variegated avait déjà connu d’autres surges en 1906, dans les années 1920, en 1947 et 1964-1965. Des études ont permis de démontrer le lien entre la pression interne de l’eau et la vitesse de progression du glacier. Au cours de la surge de 1982, seule la surface du glacier s’est déplacée dans un premier temps à une vitesse d’environ 10 mètres par jour puis, à partir d’octobre 1982, c’est l’ensemble du glacier qui s’est mobilisé. La vitesse de progression a atteint 65 mètres par jour pour le glacier proprement dit et 80 mètres par jour pour la partie frontale.

Voici une vidéo en accéléré montrant la surge du Variegated en 1982-1983 :

https://youtu.be/HZaknW8m6tI

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On December 18th, 2016, I published a note about the collapse of the Aru Glacier in Tibet. I indicated that this collapse was different from those observed on some other glaciers such as the Kolka in Siberia, a 2.5 km section of which in 2002 traveled 18 km in 6 minutes, killing more than 100 people. It is unlikely that the Tibetan glacier experienced such a phenomenon because its size does not seem sufficient to trigger it.
A glacial surge is a brutal and brief event in which a glacier advances very quickly. It can last from a few minutes to several weeks. The glacier can advance from a few tens to several hundred meters a day, versus a few centimeters to a few tens of centimeters the rest of the time. The word « surge » is sometimes translated as « flood », which, in my opinion, is confusing. A glacial flood, such as the jökulhlaup in Iceland, refers to the sudden rise of the stream that escapes from a glacier following the melting of the glacier by the heat of a volcano, for example.
Glacial surges are divided into two categories. The glaciers of Alaska have surges with a sudden initial phase, an extremely high rate of progression (of the order of several tens of meters per day) and a sudden stop, often with a discharge of the water stored by the glacier . The surges observed at Svalbard show a different behaviour. The initial phase is slower, followed by a slower acceleration phase (of the order of four or five meters per day). The return to calm can take years.
As for the frequency of surges, they are mostly periodic, with an interval of several years between the events. They are found in Alaska, the great Canadian North, Antarctica, Greenland and Svalbard. In his book La complainte de l’ours, Jean-Louis Etienne evokes the surge of the Nergribreen glacier in the Storfjord in 1935.
The phenomenon remains poorly known but a theory proposed in 1969 suggests that the water accumulated in the glacier makes it reach a critical mass beyond which it can no longer bear its own weight. The front of the glacier dislocates and its central part begins to advance extremely rapidly, while side masses are advancing at normal pace. During this process, enormous amounts of water can be released, carrying ice blocks of several hundred tons as well as rocks.
Other surges can be caused by an imbalance of the glacier due to the too rapid supply of snow. They can also follow a stopping of the advance of a glacier which then begins to thicken. Another cause may be the bedrock which too soft. Once the surge is complete, there is usually a temporary glacial shrinkage due to the ice deficit.
The Variegated Glacier in Alaska offers one of the best and most spectacular examples of surges. It is part of a glacial ensemble that ends its race in the Russell Fjord, upstream of Yakutat Bay. A surge took place at the beginning of 1982 and continued until 1983, at a rate of 80 meters per day for the front of the glacier. The Variegated had already experienced other surges in 1906, in the years 1920, 1947 and 1964-1965. Studies have demonstrated the link between the internal pressure of the water and the rate of progression of the glacier. During the 1982 survey, only the surface of the glacier first moved at a speed of about 10 meters per day and then, as of October 1982, the glacier as a whole mobilized. The speed of advance reached 65 meters per day for the glacier itself and 80 meters per day for the frontal part.
Here is an accelerated video showing the Variegated Surge in 1982-1983:
https://youtu.be/HZaknW8m6tI

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Source: University of Alaska Fairbanks

Effondrement d’un glacier au Tibet // Glacial collapse in Tibet

drapeau-francaisEn juillet 2016, plus de 70 millions de mètres cubes de glace et de roches ont dégringolé du Glacier Aru, dans l’ouest du Tibet. L’avalanche n’a duré que cinq minutes. Les dégâts ont été très importants. Par endroits, les dépôts de glace avaient 10 mètres d’épaisseur. L’avalanche a recouvert une surface de 10 kilomètres carrés. Elle a frappé au passage le village de Dungru, tuant neuf éleveurs. Plus de 100 yaks ont péri, ainsi que 350 moutons. La NASA, qui a diffusé des images satellitaires de la catastrophe, a expliqué que l’effondrement était l’un des plus importants de l’histoire.

L’événement a tout d’abord étonné les climatologues, mais une équipe internationale de scientifiques a désigné le coupable probable: une accumulation inhabituelle d’eau de fonte sous le glacier, provoquée par des températures exceptionnellement chaudes.
Les glaciers avancent habituellement de quelques mètres, même si la vitesse de progression est parfois plus spectaculaire. Ainsi, en 2002, une section de 2,5 km du Glacier Kolka en Russie a parcouru 18 km en six minutes, tuant plus d’une centaine de personnes. Les scientifiques ont d’abord pensé que le Glacier Aru s’était comporté comme son homologue russe. Cependant, les glaciers qui avancent de cette manière ont tendance à être longs et larges alors que le Glacier Aru est un petit glacier accroché à la montagne. De plus, ces avancées glaciaires sont cycliques alors que l’histoire du Glacier Aru ne donne aucune indication d’un tel comportement.
Les climatologues pensent que le Glacier Aru adhère normalement à son substratum grâce à des températures inférieures à zéro, ce qui en fait un type de glacier « à base froide.» Ces glaciers sont généralement assez stables, grâce à de faibles précipitations locales, des températures froides et un déplacement lent. Le glacier tibétain est le premier exemple de l’effondrement brutal d’un glacier à base froide dans une région non volcanique.
En se référant aux données GPS et à la modélisation mathématique, couplées aux données climatiques de la région, les chercheurs émettent l’hypothèse que le Glacier Aru avait commencé à devenir un glacier « polythermique », c’est-à-dire avec une association de glace dont la température est inférieure à zéro et de glace portée à son point de fonte. Il est donc possible que l’eau de fonte se soit accumulée à la base du glacier, formant un lubrifiant qui a favorisé son avancée et son effondrement rapides.

La cause de la fonte, si elle existe, reste inconnue, mais les chercheurs ont remarqué que la région est en cours de réchauffement. La station météorologique la plus proche du glacier a révélé que la température a augmenté de 2 degrés Celsius pendant les 50 dernières années. Un tel réchauffement peut sembler insignifiant, mais il est suffisant pour que la neige fondue s’infiltre sous le glacier. La station météorologique a également enregistré des niveaux élevés de précipitations dans les 40 jours précédant l’avalanche. Cela signifie que ce glacier à base froide a réagi au réchauffement climatique.
L’effondrement du Glacier Aru soulève des inquiétudes car de tels événements sont susceptibles de se reproduire et peuvent représenter un danger réel pour les habitants de cette région. Si le réchauffement climatique est la cause principale de l’effondrement du Glacier Aru, il est fort à parier que ce ne sera pas le dernier.
Source: The Washington Post.

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drapeau-anglaisIn July 2016, at least 70 million cubic metres of glacial ice and rock plummeted from the Aru Glacier in western Tibet. The avalanche lasted no longer than five minutes. The devastation within such a short time was immense. In places, the ice deposits ran 10 metres deep. The avalanche buried 10 square kilometres. Debris struck Dungru village, killing nine herders. More than 100 yaks perished, as did 350 sheep. NASA, which documented the debris field via satellite, described the collapse as one of the largest recorded avalanches in history.

The collapse, at first, left climatologists perplexed, but an international team of scientists has fingered the most likely culprit: an unusual slick of meltwater beneath the glacier, created by unusually warm temperatures.

Certain glaciers surge, usually advancing a matter of metres in short bursts of speed, although the surge may sometimes be more dramatic. In 2002, a 2.5 km-long section of the Kolka Glacier in Russia broke free, travelling 18 km in six minutes and killing more than a hundred people. Scientists first thought the Aru Glacier was acting like its Russian precursor. However, glaciers that surge tend to be lengthy and wide whereas the Aru Glacier was a small, frigid glacier that clung to the mountaintop. Moreover, glacial surges are cyclical. There was no indication the Aru Glacier had surged in remote sensing data.

Climatologists had assumed the Aru Glacier was frozen to mountain bedrock at sub-zero temperatures, making it a type of glacier known as « cold-based. » Such glaciers are usually quite stable, with low local precipitation, low glacier movement and cold temperatures. The Tibetan Glacier is the first known occurrence of an unexpected, instantaneous collapse of a cold-based glacier in a nonvolcanic region.

Based on GPS imagery and mathematical modeling, coupled with the climate data in the region, the researchers hypothesize the Aru Glacier had begun the process of becoming a polythermal glacier, that is, a mixture of sub-zero ice as well as ice warmed to the melting point. It was possible that meltwater pooled at the bottom of the glacier, forming a lubricant that enabled the swift collapse.

The source of the meltwater, if it existed, remained unknown, but researchers noted that the area has steadily warmed. The weather station closest to the glacier reported the temperature increased 2 degrees Celsius over 50 years. Such warming may seem insubstantial, but it was enough for melted snow to seep below the glacier. The weather station also recorded high levels of precipitation in the 40 days leading up to the avalanche. This means the cold-based glacier responded to the climate warming.

This situation at the Aru Glacier raises concerns that future events are possible and may pose risks for inhabitants of this region. If the climate warming in the region is the primary cause of the Aru Glacier collapse, then it will not be the last one.

Source: The Washington Post.

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Le Glacier Aru avant et après l’effondrement (Crédit photo: NASA)

Villages côtiers de l’Arctique et réchauffement climatique // Arctic coastal villages and global warming

drapeau-francaisProche de l’Arctique, l’Alaska se réchauffe environ deux fois plus vite que le reste des États-Unis, et 2016 devrait être la plus chaude année jamais enregistrée. Le gouvernement a identifié en Alaska au moins 31 localités en danger imminent de destruction. Selon les climatologues qui étudient le changement climatique, certains villages n’existeront plus d’ici 2050. Leur population rejoindra le flux de réfugiés climatiques dans le monde, que ce soit en Bolivie, en Chine, au Niger ou dans d’autres pays.
Les communautés menacées d’Alaska ont deux solutions. Elles pourraient se déplacer vers des zones plus élevées, une perspective qui, pour un petit village, coûterait jusqu’à 200 millions de dollars. Ou bien les habitants pourraient ne pas bouger et espérer trouver de l’argent pour renforcer leurs maisons et autres bâtiments et consolider leur littoral.
Le village de Shaktoolik et ses quelque 250 habitants a été construit sur une étroite bande de terre entre la rivière Tagoomenik et la Mer de Béring. Il est confronté à une menace imminente d’inondations et d’érosion provoquées par le changement climatique. Après des années de réunions qui n’ont mené à rien et des demandes de financement gouvernemental qui ne sont toujours pas satisfaites, Shaktoolik a décidé de «rester et de se défendre», du moins pour le moment.
À Shaktoolik, comme dans d’autres villages de l’Alaska, les habitants disent que l’hiver arrive plus tard qu’auparavant et se retire prématurément au printemps, un changement que les scientifiques associent au réchauffement climatique. Avec la hausse des températures de l’océan, l’amoncellement de neige et de glace qui était censé protéger le village des puissantes vagues au moment des tempêtes diminue chaque année. L’hiver dernier, pour la première fois de l’histoire du village, la mer n’a pas gelé.
Les coups de boutoir des tempêtes ont fait disparaître la terre autour du village. La bande de terre sur laquelle Shaktoolik est construit perd en moyenne 4 000 mètres carrés par an. Les inondations provoquées par l’océan et la rivière ont pris une telle ampleur que la dernière grande tempête a bien failli transformer Shaktoolik en île.
Comme l’ont découvert les habitants de Shaktoolik et d’autres villages menacés, rester et partir présentent des dangers. Le processus de délocalisation peut prendre des années, voire des décennies. En attendant de partir, les habitants doivent continuer à envoyer leurs enfants à l’école, aller chez le médecin quand ils sont malades, avoir des conduites d’eau qui fonctionnent, des réservoirs de carburant en bon état et un endroit sûr où aller se réfugier en cas de forte tempête.
Le problème, c’est que peu d’agences gouvernementales sont disposées à investir dans le maintien de villages menacés par l’érosion et les inondations, surtout lorsque ces communautés envisagent d’aller vivre ailleurs.

Les autorités de Shaktoolik ont repéré un site possible de relocalisation à 17 km au sud-est, mais certains habitants craignent que leur culture, qui dépend de la pêche et de la chasse, souffre de ce déplacement. En outre, le gouvernement a refusé de financer la construction d’une route qui servirait à la fois au transport des matériaux de construction et comme voie d’évacuation. Les habitants n’ont actuellement aucun moyen fiable pour fuir rapidement en cas d’urgence.
Les grandes tempêtes sur la côte ouest de l’Alaska sont différentes de celles qui menacent Miami ou la Nouvelle-Orléans. Elles peuvent atteindre la force d’un ouragan de catégorie 1, mais leur envergure est cinq à dix fois plus importante, ce qui signifie qu’elles affectent une zone plus grande et durent plus longtemps. Certains habitants ajoutent que les tempêtes en Alaska deviennent plus fréquentes et plus intenses. Il ne fait aucun doute que la hausse de la température de l’Océan Arctique a entraîné une diminution de la glace en mer, ce qui a permis aux tempêtes et aux vagues de frapper les rivages avec plus de force et de provoquer davantage d’inondations et d’érosion. Un climatologue de l’Université de Victoria (Colombie Britannique) confirme que le déclin de la glace de mer est «indéniablement lié» au réchauffement climatique, de même que la hausse du niveau de la mer est lié à la fonte des glaciers.
Shaktoolik doit faire face à d’autres problèmes qui seront difficiles ou impossibles à résoudre sans aide extérieure. Par exemple, l’érosion menace le réservoir de carburant du village, son aéroport et son approvisionnement en eau potable. Le défi le plus urgent est la mise en sécurité des villageois en cas de catastrophe. Le plan d’urgence de Shaktoolik prévoit que les gens se rassemblent à l’intérieur de l’école, mais le bâtiment, qui se trouve le long de la route face à l’océan, est lui-même susceptible d’être inondé et n’est, de toute façon, pas assez grand pour accueillir confortablement toute la population. Certaines familles ont dit que si une violente tempête se produisait, elles fuiraient par la rivière Shaktoolik. Les bateaux attendent, avec l’approvisionnement nécessaire, mais la rivière serait presque certainement encombrée par la glace et une tentative de fuite de cette manière se terminerait probablement par une opération de sauvetage.
Pourtant, pour rester en place, le village doit trouver un moyen de prévenir la perte de vies, voire la perte de biens. Il faudrait une route d’évacuation, améliorer le réseau de distribution d’eau potable et une meilleure protection du réservoir de carburant. Il faudrait  aussi renforcer la digue et équiper la rivière de projecteurs et bouées lumineuses. Il faudrait construire un nouveau dispensaire et un abri solide pour les habitants en cas de tempête. Le prix de ces réalisations est estimé à plus de 100 millions de dollars. Même si les agences fédérales et étatiques financent le travail de première nécessité, on sera loin de la somme nécessaire. Personne ne sait d’où proviendra l’argent supplémentaire. Malgré des années de rapports gouvernementaux appelant à l’action, des épisodes sporadiques de financement et une visite dans la région du président Obama l’année dernière, les centaines de millions de dollars nécessaires pour que les villages menacés restent où ils sont ne sont jamais arrivées à destination.
L’Etat d’Alaska qui, dans le passé, a déjà fourni des fonds à un village pour qu’il puisse commencer sa relocalisation, connaît une crise financière car sa santé économique est liée aux revenus du pétrole qui connaissent une chute spectaculaire.
Il est prévu que Shaktoolik reçoive 1 million de dollars d’un organisme fédéral indépendant, mais cet argent servira en priorité à payer le renforcement de la digue et à protéger le réservoir de carburant du village. La contribution la plus importante pourrait être le montant de 400 millions de dollars prévu en 2017 dans le budget Obama pour la relocalisation des villages menacés, mais avec une nouvelle administration, le sort de cette somme d’argent est incertain.
Comme l’a déclaré un membre du conseil de village de Shaktoolik: « Le gouvernement fédéral dépense des milliards de dollars pour des guerres dans les pays étrangers, mais il nous traite toujours comme si nous étions un pays du tiers monde. »

Source : Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisWith its proximity to the Arctic, Alaska is warming about twice as fast as the rest of the United States, and the state is heading for the warmest year on record. The government has identified at least 31 Alaska towns and cities at imminent risk of destruction. Some villages, climate change experts predict, will be uninhabitable by 2050, their residents joining a flow of climate refugees around the globe, in Bolivia, China, Niger and other countries.

These endangered Alaska communities face a choice. They could move to higher ground, a prospect that, for a small village, could cost as much as $200 million. Or they could stand their ground and hope to find money to fortify their buildings and shore up their coastline.

Laid out on a narrow spit of sand between the Tagoomenik River and the Bering Sea, the village of Shaktoolik and its 250 or so residents is facing an imminent threat from increased flooding and erosion, signs of a changing climate. After years of meetings that led nowhere and pleas for government financing that remained unmet, Shaktoolik has decided it will « stay and defend, » at least for the time being.

In Shaktoolik, as in other villages around Alaska, residents say winter is arriving later than before and rushing prematurely into spring, a shift scientists tie to climate change. With rising ocean temperatures, the offshore ice and slush that normally buffer the village from storm surges and powerful ocean waves are decreasing. Last winter, for the first time elders here can remember, there was no offshore ice at all.

The battering delivered by the storms has eaten away at the land around the village. According to one estimate, the strip of land on which Shaktoolik is built is losing an average of 4,000 square metres a year. Flooding from the ocean and the swollen river waters has become so severe that the last big storm came close to turning Shaktoolik into an island.

As Shaktoolik and other threatened villages have discovered, both staying and moving have their perils. The process of relocation can take years or even decades. In the meantime, residents still need to send their children to school, go to the doctor when they are sick, have functioning water lines and fuel tanks and a safe place to go when a severe storm comes.

But few government agencies are willing to invest in maintaining villages that are menaced by erosion and flooding, especially when the communities are planning to go elsewhere.

Shaktoolik’s leaders have identified a potential relocation site 17 km away to the southeast. But some residents say they fear that their culture, dependent on fishing and hunting, will suffer if they move. Besides, the government turned down applications for money to build a road that would serve both as a way to get building materials to their new home and as an evacuation route. Residents currently have no reliable way to escape quickly in an emergency.

Big storms on Alaska’s west coast are different from those that threaten Miami or New Orleans. They can carry the force of a Category 1 hurricane, but their diameter is five to 10 times greater, meaning that they affect a larger area and last longer. Some residents here say that the storms are becoming more frequent and more intense. There is no question that higher ocean temperatures have resulted in less offshore ice, allowing storm surges and waves to hit with greater force and bringing more flooding and erosion. A climate scientist at the University of Victoria (BC) confirms that the loss of sea ice « undeniably linked » to a warming climate, as is the rising level of the sea as a result of melting glaciers.

Shaktoolik faces other threats that will be difficult or impossible to ward off without assistance. For instance, erosion is threatening the village’s fuel tanks, its airport and its drinking water supply. But the most urgent challenge is keeping village residents safe in the event of a disaster. Shaktoolik’s current emergency plan calls for people to gather inside the school. But the school building, which sits on the ocean side of the road, is itself likely to be flooded and is not large enough to comfortably accommodate everyone. Some families have said that in a severe storm they would flee up the Shaktoolik River. They keep their boats stocked with supplies. But the river would almost certainly be ice-filled and treacherous, and any attempt to escape would likely end in a search and rescue operation.

Yet if it is to stay put, the village must find a way to prevent loss of life, if not the loss of property. It would need an evacuation road; improvements to the water system and the fuel tank farm; increased fortification of the berm; floodlights and lighted buoys for the river; a new health clinic; a fortified shelter for residents in a storm. The estimated price tag for these improvements is well over $100 million. And while state and federal agencies will finance some routine work, it will not even be close to what is needed. No one knows where the additional money will come from. Despite years of government reports calling for action, sporadic bursts of financing and a visit to the region by President Barack Obama last year, the hundreds of millions of dollars it would take for Alaska’s threatened villages to stay where they are – or to move elsewhere – have not materialized.

 The state of Alaska – which in the past provided some funds to a community to begin its relocation – is in a fiscal crisis, its economic health tied to oil revenues.

Shaktoolik is scheduled to receive $1 million from an independent federal agency. But the money will not go far: some will help pay for a new design to fortify the berm while the rest is intended to help protect the village’s fuel tank storage. Perhaps the largest potential contribution is the $400 million allocated for relocating threatened villages in the Obama administration’s proposed 2017 budget. But with a new administration, the fate of that allocation is at best uncertain.

A member of the Shaktoolik village council, said: “The federal government spends billions on wars in foreign countries, but they still treat us like we’re a Third World country. »

Source: Alaska Dispatch News.

La flèche rouge indique Shaktoolik, petit port soumis aux fureurs de la Mer de Béring:

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Source: Google Maps

La glace de mer a de plus en plus de mal à former une masse compacte jusqu’à la côte:

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(Photo: C. Grandpey)

Réchauffement climatique : Quelques chiffres intéressants // Climate change : A few interesting figures

drapeau-francaisAlors que la température globale de la planète continue d’augmenter et de battre des records, la glace de mer dans l’Arctique et l’Antarctique a atteint des niveaux record pour cette période de l’année. Comme je l’ai indiqué précédemment, certains jours de novembre, la température de l’Arctique se situait à 20 degrés Celsius au-dessus de la moyenne pour cette période de l’année.
A côté de cela, les mesures fournies par le satellite du National Snow and Ice Data Center (NSIDC) montrent que le 4 décembre, la surface couverte par la glace de mer aux pôles était de 3 834 millions de kilomètres carrés inférieure à la moyenne de 1981-2010. Cela représente environ la taille de l’Inde, ou bien deux fois la superficie de l’Alaska.
Les dernières mesures vont donc à l’encontre de l’opinion exprimée par certains climato-sceptiques qui affirmaient que l’expansion de la glace de mer antarctique contredisait les preuves du changement climatique.
Au cours de la COP 21 de Paris en 2015, près de 200 gouvernements ont décidé de réduire leurs émissions de carbone afin de maintenir l’augmentation de la température mondiale au maximum à 2 degrés Celsius au-dessus de la température moyenne avant la révolution industrielle. Il n’est pas certain que les États-Unis se conforment à cet accord car le président Donald Trump a déclaré qu’il ne le respecterait pas. M. Trump a toutefois fait quelque peu machine arrière en novembre lorsqu’il a indiqué au New York Times qu’il ferait preuve «d’ouverture d’esprit» en matière de changement climatique.
M. Trump et Ivanka Trump se sont réunis avec Al Gore le 5 décembre à la Trump Tower pour aborder la question du changement climatique. Gore a qualifié son entretien de «très productif» et de «recherche sincère de terrains d’entente». [NDLR : On appréciera le langage diplomatique qui, une fois traduit, signifie que les discussions n’ont abouti à aucun accord]
Ces réunions se sont déroulées alors que la glace de mer en Antarctique couvre 11,2 millions de kilomètres carrés, sa plus faible surface pour un début décembre, et qui bat le record de 1982. De même, la glace de mer dans l’Arctique, bien qu’en expansion pour l’hiver, a atteint 10,25 millions de kilomètres carrés cette saison, battant ainsi le record de 2006.
Les scientifiques craignent que ces développements aient un effet domino. Avec la fonte de la glace de mer, les glaciers risquent d’accélérer leur vêlage dans les eaux environnantes, ce qui ne manquera pas d’avoir un effet sur l’élévation du niveau de la mer.
Source: CBS News.

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drapeau-anglaisAs global temperatures continue to rise and break records, sea ice in the Arctic and Antarctica are being measured at record lows for this time of year. As I put it before, temperatures in the Arctic, for instance, were 20 degrees Celsius above average on some days of November.

Beyond that, the National Snow and Ice Data Center (NSIDC) satellite measurements show that on December 4th, the extent of polar sea ice was 3 834 million square kilometres below the 1981-2010 average. That amounts to about the size of India, or for another point of reference, two Alaskas.

The latest measurements appear to reverse a trend of expanding Antarctic sea ice, which some skeptics cited to contradict evidence of climate change.

With last year’s Paris climate agreement, nearly 200 governments agreed to curb carbon emissions with the goal of keeping the world’s temperature increase to no more than 2 degrees Celsius above the global average temperature before the Industrial Revolution. It remains unclear whether the U.S. commitment to that deal will be honored by President-elect Donald Trump, who has previously stated he might want to pull out of the Paris agreement. Mr. Trump backtracked somewhat in November, telling the New York Times that he has an “open mind” when it comes to climate change.

Mr. Trump and Ivanka Trump held meetings with Al Gore Monday at Trump Tower to discuss the issue of climate change. Gore characterized his talk with the president-elect as “very productive” and “a sincere search for areas of common ground.”

Those meetings came as Antarctica’s sea ice measured 11.2 million square kilometres — its smallest for early December, effectively beating 1982’s record. Similarly, sea ice in the Arctic, though expanding for the winter, hit a record low of 10.25 million square kilometres this season, below 2006’s record.

Scientists worry that these developments could have a domino effect. As sea ice melts, glaciers could collapse more quickly into their surrounding waters, potentially increasing the rate of sea level rise rapidly.

Source: CBS News.

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Photo: C. Grandpey