La vie à proximité du Cotopaxi (Equateur) // Life close to Cotopaxi (Ecuador)

drapeau francaisAljazeera a récemment mis en ligne sur son site Internet un article très intéressant sur la vie dans un village proche du Cotopaxi qui domine la région de ses 5897 mètres. Le volcan a montré des signes récents d’activité (voir mes notes entre juin et septembre 2015) et les volcanologues locaux pensent qu’une éruption majeure peut se produire à court terme. Voici un résumé de l’article dont l’intégralité (en anglais) se trouve à cette adresse:
http://www.aljazeera.com/indepth/features/2015/11/life-active-volcano-ecuador-151118101849350.html

La dernière éruption majeure du Cotopaxi a eu lieu en juin 1877. Le contexte historique doit être pris en compte. En effet, à cette époque, les églises de Quito, la capitale, étaient silencieuses et leurs portes fermées à clé. Le chef par intérim de l’église avait été contraint à l’exil par le dictateur militaire, le général Ignacio de Veintemilla, que les gens avaient soupçonné d’avoir assassiné l’archevêque de Quito en introduisant du poison dans le vin de son calice pendant les prières du Vendredi Saint. Les habitants de Quito l’évitaient et le craignaient. Un an auparavant, le général avait accédé au pouvoir au cours d’un violent coup d’état suivi d’une guerre civile de trois mois contre les forces fidèles au président déchu, Antonio Borrero.

Le matin du 26 juin 1877, une éruption majeure secoua le Cotopaxi. Selon l’article d’Aljazeera, «le volcan a déversé des torrents d’eau, de gaz très chaud et des roches qui ont détruit les usines et les terres agricoles, ainsi que les villages et les bourgades. Une avalanche de boue a rempli et fait déborder les rivières à proximité. Il a fallu à peine plus de 30 minutes à cette avalanche de matériaux pour atteindre Latacunga, la ville la plus proche, et moins de 18 heures pour atteindre la côte Pacifique. »

Bien que Quito ait été épargnée par cette avalanche de matériaux, la ville est restée dans l’obscurité complète et a été recouverte d’une fine couche de cendre. Un historien local explique que «les habitants de Quito ont été choqués d’apprendre que, en plus des victimes des affrontements avec l’armée de la dictature, de nombreuses personnes étaient mortes à cause des coulées de boue qui recouvraient la partie centrale de Los Chillos Valley où les familles riches avaient leurs haciendas. » On estime qu’au moins 1000 personnes ont perdu la vie et des millions de dollars de biens ont disparu à jamais. Ce fut la dernière éruption majeure du Cotopaxi.

138 ans plus tard, aux premières heures du 21 août 2015, cinq explosions se firent entendre au sommet du Cotopaxi, avec un panache de cendre de cinq kilomètres de hauteur au-dessus du cratère. Aucune éruption majeure n’a été observée depuis ce jour-là, mais les abords du volcan ont été désignés comme « zones à risques » et les 90 000 personnes qui y vivent sont en alerte jaune et doivent se préparer au pire.

Mulalo est une bourgade agricole située à 30 km du Cotopaxi. Un panneau vert sur lequel ont peut lire Evacuación Hacia (Vers l’évacuation) a été apposé au bord de la route. Il montre la direction de Tanicuchi, à 580 mètres, que le gouvernement a désigné comme point de rassemblement dans l’éventualité d’une éruption. On peut voir de gros blocs volcaniques le long des routes. Ils rappellent la catastrophe de 1877.
Aujourd’hui, Mulalo, 12 000 habitants, ressemble à une ville fantôme, avec des rangées de petites maisons abandonnées et des drapeaux rouges qui flottent sur leurs toits pour signaler que l’on entre dans la « zone à risques ». Quelque 4 000 personnes ont quitté Mulalo dès que le Cotopaxi a vomi de la cendre au mois d’août et seulement 40 pour cent d’entre elles sont revenues dans leurs maisons. La ville est très calme avec un petit nombre de magasins ouverts et une école où une poignée d’enfants fréquentent encore des classes.

Avant le mois d’août, il y avait 800 élèves dans l’école mais près de 200 d’entre eux sont partis avec leurs familles dans des villes voisines. Un médecin dit que la cendre cause des problèmes chez les enfants, avec de nombreux cas d’allergies. Près de 80 pour cent des gosses souffrent de conjonctivite à cause de la cendre. Il y a des pièces de sécurité où les enfants  peuvent venir se réfugier en cas de chute de cendre. Si une éruption plus importante devait se produire, les enseignants sont censés escorter les enfants jusqu’à la zone de sécurité la plus proche – à 20 minutes à pied – où ils retrouveront leurs parents avant de se diriger vers d’autres zones de sécurité qui ont été établies en fonction de l’impact des éruptions précédentes.

Cela fait plus de sept mois que le Cotopaxi émet de la cendre. Des réseaux de sirènes ont été installés et des bénévoles ont été équipés de talkies-walkies. Ils seront informés par SMS en cas de changement du niveau d’alerte du volcan. En cas d’alerte rouge, ils devront faire du porte à porte pour alerter les habitants.
Des exercices de simulation ont été effectués dans trois provinces situées dans la zone à risques, avec des sirènes et des annonces dans différentes langues. Les services responsables de l’approvisionnement en eau portable, des itinéraires d’évacuation, des écoles et de la santé publique ont tous participé à ces exercices. Un budget de plus de 67 millions de dollars a été alloué à des mesures d’urgence en cas d’éruption.
Au pied du versant sud du Cotopaxi, il y a des dizaines de petites communautés agricoles dont les maisons sont loin des zones d’évacuation. Ainsi, à San Ramon, les habitants disent que seules 20 familles sur les 150 qui vivaient ici ont choisi de rester sur place. Beaucoup sont des personnes âgées et trop fragiles pour fuir par leurs propres moyens si le volcan entrait en éruption. La plupart espèrent que des membres de leurs familles seront assez proches pour les aider à atteindre les zones de sécurité dans de telles circonstances.

Les conséquences économiques d’une éruption majeure du Cotopaxi seraient catastrophiques pour la région. Les abords du volcan possèdent de vastes plantations de fleurs. Cette région de l’Equateur produit des millions de fleurs qui, fraîchement coupées, se vendent sur les marchés internationaux. Le pays est le troisième exportateur mondial de fleurs coupées, dont les trois quarts sont des roses. Après les premières émissions de cendre en août, des milliers de roses ont été salies, ce qui les a rendues impropres à l’exportation. Les propriétaires des plantations ont perdu des milliers de dollars.
Les éleveurs ont connu une diminution de la production de lait lorsque la cendre a détruit des hectares de pâturages en août. Certains d’entre eux ont été contraints de vendre et parfois d’abattre leur bétail. Le Ministère de l’Agriculture a envoyé des unités vétérinaires mobiles dans les régions touchées et distribué des tonnes d’aliments pour le bétail. Plusieurs grandes fermes ont déjà déplacé leur bétail vers d’autres secteurs, avec parfois l’aide de parents qui possèdent des fermes en dehors des zones à risques.

Le Cotopaxi est l’un des volcans les plus surveillés d’Amérique du Sud. Les scientifiques de l’Instituto Geofisico utilisent des caméras, des capteurs et des sismomètres pour détecter la moindre activité. Il faut espérer que les populations auront suffisamment de temps pour déguerpir en cas d’éruption majeure du volcan!

———————————–

drapeau anglaisThe Aljazeera website has recently released a very interesting article about life in a village close to Cotopaxi. The volcano has shown recent signs of activity (see my posts between June and September 2015) and local volcanologists think a major eruption might occur in the short term. Here is a summary of the article that can be found (in English) at this address:

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2015/11/life-active-volcano-ecuador-151118101849350.html

Cotopaxi’s last eruption was in June 1877. The historical context needs to be taken into account. By that time, in Quito, the churches were silent and the doors remained locked. The interim head of the church had been forced into exile by the military dictator, General Ignacio de Veintemilla, who people suspected of murdering the Archbishop of Quito by lacing his chalice of wine with poison during the Good Friday prayers. Residents of Quito shunned and feared him. A year before, the general had ridden to power through a violent coup and a three-month civil war with forces loyal to the deposed president, Antonio Borrero.

On the morning of June 26th 1877, a major eruption shook Cotopaxi. According to the article, “torrents of water, hot gas and rock poured down, destroying factories and farmland, villages and small towns. An avalanche of mud filled nearby rivers, bursting their banks. It took just over 30 minutes for the debris to reach the nearest town, Latacunga and less than 18 hours to reach the Pacific coast”.

Although Quito was spared the devastation, it was shrouded in complete darkness and the entire city was coated in a fine layer of ash. A local historian explains that “the inhabitants of Quito were shocked to know that, besides the deaths produced by the clashes with the dictatorship’s army, many people had died because of the mud slides that covered the central area of Los Chillos Valley, where rich families had their haciendas. » It was estimated that at least 1,000 people had lost their lives and millions of dollars worth of property was gone forever. That was the last time Cotopaxi erupted on a significant scale.

138 years later, in the early hours of August 21st 2015, there were reports of five explosions and an ash plume five kilometres above the crater. No major eruption has occurred since that time but the areas around the volcano have been designated as risk zones and the 90,000 people living in them are under yellow alert, preparing for the worst.

Mulalo is a small farming town, 30 km from Cotopaxi. A green street sign – Evacuacion Hacia (Towards evacuation) – stands at the side of the road. It points in the direction of Tanicuchi, 580 metres away, which the government has designated as a gathering point in the event of an eruption. Large volcanic boulders lie by the side of the roads, a reminder of the devastation caused by the volcano in 1877.

Today, the town of 12,000 people resembles a ghost town, with rows of small, abandoned houses with red flags fluttering at the top to signal that they fall within the risk zone. About 4,000 people left Mulalo when Cotopaxi first spewed ash in August, and only about 40 percent of them have returned since. The town is quiet with just a few shops open and a school nearby where a handful of children still attend classes.

Before August, there were 800 pupils studying here, but close to 200 of them have left along with their families for nearby towns. A doctor says the problems for children that are caused by the Cotopaxi ash are allergies. Almost 80 percent of the kids here have conjunctivitis because of the ash. There are safe rooms for the children here in case of ash fall, but if an eruption is significant, teachers are supposed to escort the children to the nearest safe zone – a 20-minute walk away – from where their parents are expected to collect them before heading to designated safe zones, chosen based on the impact of previous eruptions.

Cotopaxi has been emitting ash for more than seven months. Early warning systems of electronic sirens have been installed and volunteers have been provided with walkie talkies. They will be notified by SMS if there is a change to the alert level. In the case of a red alert, the men have been made responsible for going door to door to notify residents and sound the alarms.

Simulation drills have been conducted in three provinces in the risk zone, with sirens sounded and announcements made in different languages. Portable water supplies, evacuation routes, education and health services were all part of the drill. A budget of more than $67m has been allocated for contingency measures in case of an eruption.

At the southern foot of Cotopaxi there are dozens of small farming communities. These isolated homes are far from the evacuation zones. In San Ramon, locals say only 20 of the 150 families who lived there remain. Many are elderly and too frail to flee by themselves should the volcano erupt. Most hope that family members will be close enough by to take them to safety in such circumstances.

 The economic consequences of a major eruption of Cotopaxi would be very serious for the region. The foothills of the volcano are a site of vast flower plantations. This is where Ecuador produces millions of fresh flowers to sell in international markets. The country is the world’s third-largest exporter of cut flowers, three-quarters of which are roses. After the first emissions in August, thousands of roses were covered in ash, making them unfit for export. The plantation owners lost thousands of dollars.

Cattle owners saw a decrease in milk production when the ash destroyed acres of pasture in August. Some of them have been forced to sell and at times kill their cattle. The Ministry of Agriculture has now despatched mobile vet units in the affected regions and given out tonnes of cattle feed. Some large farms have already moved their cattle to other areas, sometimes relying on relatives who farm outside the risk areas.

Cotopaxi is one of South America’s most closely monitored volcano with scientists at the Instituto Geofisico using cameras, sensors, instruments and seismometers to detect any activity. Let’s hope the populations will have enough time to evacuate in the case of a major eruption!

Cotopaxi 22 aout

Vue du Cotopaxi le 22 août 2015 (Crédit photo: Instituto Geofisico)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s