Mont Redoubt (Alaska / Etats Unis)

1475806114.48.jpgAlors que tout le monde – au vu de la hausse brutale de la sismicité – s’attendait il y a quelque temps à une éruption « imminente » du volcan, celui-ci a décidé de se calmer et de jouer avec les nerfs des scientifiques et de la presse, toujours friande d’événements spectaculaires. Depuis quelques jours, la sismicité est en baisse. Le dôme de lave est toujours en train de croître et reste donc très instable. De nuit, on peut observer de l’incandescence en surface, surtout lorsque des blocs s’en détachent. Un événement explosif peut se produire brutalement. Toutefois, comme je l’indiquais dans une note précédente, l’histoire du Mont Redoubt ne comporte pas d’éruptions cataclysmales. 

On peut maintenant se demander si l’adjectif « imminente » utilisé par les scientifiques congolais en parlant d’une éruption du Nyiragongo sera, là encore, détourné de son sens primitif !

Ces deux états de faits montrent une fois de plus – si besoin était – les limites actuelles de la prévision volcanique.

 

993348610.54.jpgJudging from the sudden increase in seismicity some time ago, everybody was expecting an “imminent” eruption, but the volcano has decided to play with the nerves of both scientists and the press which is always eager to reveal dramatic events.  

Seismicity has remained lower over the past several days. The growing lava dome may be increasingly unstable. At night, one can observe occasional surface incandescence when blocks are rolling from the dome. An explosive event could occur with little or no warning. However, as I put it in a previous note, Mount Redoubt does not have a history of cataclysmal eruptions.

One can now wonder whether the adjective “imminent”, also used by Congolese scientists about a possible eruption of Nyiragongo, is going to lose again its original meaning!  

Once again, these two events show – if need be – the current limits of volcanic forecasts.

Exploration d’un volcan sous-marin (Archipel des Mariannes / Océan Pacifique) [suite]

Suite à ma note mise en ligne le 21 avril, voici quelques informations supplémentaires sur ce volcan sous-marin – baptisé NW Rota -1 – exploré par une expédition américaine qui vient de publier ses conclusions.

Le volcan est très actif et a grandi considérablement  depuis le début des observations en 2004. Le dernier cône qui s’est édifié récemment mesure 40 mètres de hauteur et présente une base de 300 mètres de diamètre. 

Comme je l’indiquais précédemment, une vie animale (avec beaucoup de crevettes et de patelles) s’est mise en place sur le volcan, en dépit des éruptions et du milieu extrêmement hostile. Ces êtres vivants parviennent à exister dans des conditions qui seraient toxiques pour une vie marine normale. Ici, la vie existe grâce à l’éruption du volcan ! C’est dans les émissions hydrothermales que les animaux trouvent leur nourriture sous forme de filaments bactériens qui recouvrent les roches. Plus il y a d’émissions hydrothermales, plus la vie animale est dense ! Les crevettes, en particulier, semblent apprécier cet environnement. Les scientifiques ont réussi à observer une évolution chez les crevettes ‘Loihi’ déjà observées à Hawaii sur le volcan sous-marin du même nom. Ils ont remarqué que la morphologie de ces crevettes se modifiait avec le temps; en grandissant, elles se dotent de pinces qui les transforment en prédateurs, alors qu’elles étaient des proies à l’origine ! 

Le NW Rota-1 constitue un laboratoire exceptionnel  car il montre la relation qui existe entre l’activité volcanique et les écosystèmes qui se développent autour des bouches hydrothermales. Beaucoup de chercheurs sont persuadés que la vie sur Terre a commencé dans cet environnement.

D’autre part, le NW Rota-1 permet d’observer une éruption en profondeur, puisque son cratère actif se trouve à 520 mètres sous la surface de l’océan. Cette profondeur élimine les risques qui accompagnent les explosions de surface – comme l’éruption phréato-magmatique aux îles Tonga récemment – qui peuvent être très dangereuses

A une telle profondeur, le panache éruptif n’a plus la même morphologie qu’en surface où il est chargé de vapeur, de cendre et de gaz invisibles à l’œil nu. Au fond de l’océan, la vapeur se condense et disparaît immédiatement. On peut parfaitement observer les bulles de CO2 ainsi qu’un nuage de minuscules gouttelettes de soufre, résultat du contact du SO2 avec l’eau de mer. Ces gaz volcaniques rendent le panache éruptif extrêmement acide, obstacle supplémentaire pour les communautés biologiques qui ont élu domicile autour du volcan et qui ont, malgré tout, réussi à s’adapter. 

Comme je l’indiquais dans ma note précédente, les scientifiques américains ont utilisé le robot Jason pour faire une approche encore plus serrée du volcan. Ils ont pu ainsi voir la lave sortir de la bouche éruptive, sans que le phénomène soit explosif à cause de la pression exercée par l’eau de mer. L’utilisation d’hydrophones a permis de mieux ausculter le cœur du volcan.

Cette étude est particulièrement intéressante car les volcans sous-marins actifs et accessibles sont extrêment rares sur la planète. Le Loihi – au large de la côte sud de la Grande Ile à Hawaii – est bien connu, mais son activité est moins régulière que celle du NW Rota-1. De plus, son sommet se trouve à environ 900 mètres sous la surface de l’océan, ce qui le rend moins accessible que le volcan au large de l’île de Guam.

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Bouche éruptive du NW Rota-1.
Credit: Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI).

Stromboli (Sicile / Italie)

1475806114.42.jpgLes dernières observations sur le terrain en date du 5 mai montrent que l’activité est essentiellement présente dans la partie NE du volcan et principalement sur un cône éruptif  avec 2 bouches explosives. La bouche BN1, la plus septentrionale, est le siège d’une activité de spattering avec des explosions qui se produisent toutes les 10-15 minutes et se font en général en deux temps : une première projection de matériaux jusqu’à 50-100 mètres de hauteur, suivie d’une deuxième séquence de projections à 100-150 mètres de hauteur. La bouche BN2, située au sommet du cône, a une activité uniquement explosive, avec des événements pouvant être violents et des projections de lapilli jusque sur le Pizzo.  

La partie centrale du cratère renferme deux hornitos. L’un montre une activité de spattering tandis que son voisin se contente de dégazer.

Le cratère dans la partie méridionale du volcan renferme deux bouches. L’une dégaze tandis que sa voisine émet des cendres auxquelles se mêlent parfois des matériaux incandescents.

Au vu de cette situation – en particulier de la mauvaise humeur du cratère NE – il  semble peu probable que l’accès au sommet soit à nouveau autorisé dans les prochains jours. Je vous tiendrai bien sûr au courant de l’évolution de la situation.

Source : INGV.

 

993348610.46.jpgThe latest observations made on May 5th show that eruptive activity is mainly located in the north-eastern part of the volcano, on a cone with two explosive vents. The BN1 vent to the north is the seat of spattering with double explosions that occur every 10-15 minutes. A first explosion ejects material up to 50-100 metres high; then, a second explosion sends material up to 100-150 metres high. The BN2 vent at the summit of the cone displays a single explosive activity with events that can be violent and eject lapilli as far as the Pizzo.

The central part of the crater includes two vents. One is spattering while its neighbour is just degassing.

The crater in the southern part of the volcano contains two vents. One of them is degassing whereas the other is emitting ash with occasional incandescent material.

Judging from the current situation – above all the very bad humour of the NE crater – it is unlikely that the access to the summit will again be allowed in the coming days. I will let you know about the latest news about the volcano.   

Source: INGV.

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Le cône nord-est est souvent le plus actif, comme le montre cette photo prise en 1993  (Photo: C. Grandpey)

Krakatau (Détroit de la Sonde / Indonésie)

1475806114.52.jpgLe volcan est très actif en ce moment. Le niveau d’alerte vient de passer de 2 (Waspada) à 3 (Siaga) sur une échelle de 4. Le nombre d’éruptions a commencé à augmenter le 19 mars dernier, avec 19 explosions dans la journée. 4060 explosions ont ensuite été enregistrées entre le 1er et le 25 avril. Des observations faites depuis l’île voisine de Sumatra font état d’émissions de cendre jusqu’à 1 km au-dessus du sommet. Des matériaux incandescents et de la cendre sont projetés jusqu’à 500 mètres du cratère. Des coulées pyroclastiques peuvent atteindre une distance de 700 mètres. On observe des retombées de cendre à 5 km du cratère. Il est demandé aux gens de se tenir à au moins 2 km du volcan. La pêche reste autorisée en dehors du périmètre de sécurité de 2 km de rayon mis en place autour du Krakatau.

 

993348610.39.jpgThe volcano is currently very active. The alert level has just been raised from level 2 (Waspada) to level 3 (Siaga), out of a maximum level 4. Eruptions started intensifying on March 19th, when 19 explosions were recorded. 4060 explosions were recorded between April 1st and 25th. Visual observations from Sumatra in April reported ash emissions up to one kilometre above the summit. Incandescent material and ash are being emitted to a distance of 500 metres from the crater. Pyroclastic flows may reach a distance of 700 metres. Ash is falling 5 km from the volcano. People are advised to stay at least 2 km from the volcano. Local communities are still allowed to fish outside the 2 km danger zone.   

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 Séquence éruptive du Krakatau (Photo: C. Grandpey)