Toujours de la sismicité sous La Soufrière (Guadeloupe) // Seismicity continues beneath La Soufrière (Guadeloupe)

Dans un bulletin émis le mercredi, 23 octobre 2019, l’ObservatoireVolcanologique et Sismologique de la Guadeloupe (OVSG) attire l’attention sur une séquence de séismes volcaniques dans la zone de La Soufrière. Cette séquence de séismes volcaniques a débuté le samedi 19 octobre 2019 à 05h28 (heure locale) dans la zone de La Soufrière. Elle continue actuellement, avec l’enregistrement de 212 événements depuis son début.  Les séismes sont de très faible magnitude (M < 1). Un séisme a été signalé ressenti. Cependant ce témoignage apparaît incohérent avec l’activité observée et en particulier avec l’énergie impliquée dans une telle activité. Les événements se localisent à une profondeur inférieure à 2.5 km sous le sommet du dôme de La Soufrière.

Le niveau d’alerte resteà la couleur Jaune, Vigilance.

Source : OVSG.

NDLR : Cela fait pas mal de temps que l’Observatoire enregistre des séquences sismiques de faible magnitude sur la Soufrière. Il y a de fortes chances pour que cette sismicité soit provoquée par la circulation des fluides hydrothermaux à l’intérieur de l’édifice volcanique. Les résultats d’une étude effectuée à l’aide de muons dans le cadre du projet Diaphane a confirmé la porosité de la Soufrière de Guadeloupe. J’aborderai ce nouvel aspect de la volcanologie au cours d’une conférence le 30 novembre 2019 à Noisy-le-Grand (93160) dans le cadre de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.)

—————————————–

In a bulletin issued on Wednesday, October 23rd, 2019, the Volcanic and Seismological Observatory of Guadeloupe (OVSG) draws attention to a sequence of volcanic earthquakes in the La Soufrière area. This sequence of volcanic earthquakes began on Saturday, October 19th, 2019 at 5:28 (local time) in the Soufrière area. It continues now, with the registration of 212 events since the beginning. Earthquakes are of very small magnitude (M <1). An earthquake was reported felt. However this testimony appears incoherent with the observed activity and in particular with the energy implied in this activity. The events are located at a depth of less than 2.5 km below the summit of the dome.
The alert level remains Yellow, Watch.
Source: OVSG.
Editor’s Note: It has been quite a while since the Observatory started recording low-magnitude seismic sequences on La Soufrière. This seismicity is very likely caused by the circulation of hydrothermal fluids inside the volcanic edifice. The results of a study conducted with muons as part of the Diaphane project confirmed the porosity of  La Soufrière de Guadeloupe. I will discuss this new aspect of volcanology during a conference on November 30th, 2019 at Noisy-le-Grand (93160) as part of the activities of the European Volcanological Association (L.A.V.E.)

Source: Wikipedia

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

L’OVPF vient de diffuser son bulletin quotidien concernant la journée du 22 octobre 2019. Comme je l’ai indiqué précédemment, le sismicité était en chute libre hier, avec seulement une dizaine d’événements enregistrés, contre plus de 200 la veille.

On remarque toutefois que le processus d’inflation de l’édifice se poursuit, ce qui montre bien que le magma est en train de passer d’une source profonde à un niveau plus superficiel.

On peut raisonnablement penser qu’une éruption va se déclencher dans peu de temps, mais on ne sait ni quand, ni où. Selon mes contacts sur place, il semblerait toutefois que la partie Est du volcan ait la faveur des pronostics. Tant que l’éruption se produit à l’intérieur de l’Enclos Fouqué, la prévision n’a qu’une importance relative. Ce serait bien sûr différent si la lave décidait de sortir à l’extérieur de l’Enclos, car des zones habitées seraient menacées.

Le volcan et le Formica Leo (Photo: C. Grandpey)

Volcanisme et tectonique dans la Mer Tyrrhénienne // Volcanism and tectonics in the Tyrrhenian Sea

L’article paru sur le site Live Science le 27 septembre 2019 n’est pas vraiment une surprise, car on sait depuis pas mal de temps que des activités tectoniques et volcaniques se sont déjà produites au fond de la mer Tyrrhénienne, au large des côtes siciliennes.
Le fond de la mer Tyrrhénienne près du sud-ouest de l’Italie, est parsemé de cheminées hydrothermales et de volcans sous-marins aux sommets plats datant d’environ 780 000 ans. Le volcanisme dans la région n’est pas vraiment surprenant puisque des volcans actifs comme le Vésuve et l’Etna se trouvent à une courte distance. Cependant, ce complexe est très particulier car il a été édifié par un système de failles très particulier.
La Méditerranée occidentale est très active d’un point de vue sismique suite à la collision entre les plaques tectoniques africaine, eurasienne et anatolienne. La situation est rendue encore plus complexe par un petit morceau de croûte, la microplaque Adriatico-Ionienne, qui s’est détachée de la plaque africaine il y a plus de 65 millions d’années. Elle est maintenant poussée sous la plaque eurasienne dans un processus de subduction.
Comme je l’ai écrit dans une note précédente, les scientifiques ont découvert une série d’arcs volcaniques sous-marins créés par cette situation tectonique ; ces arcs commencent près de la côte sarde et deviennent de plus en plus jeunes en allant vers le sud et l’est. Ces arcs ont l’aspect d’une flèche qui pointe toujours plus vers l’est.

Au large de la Calabre, les chercheurs ont découvert une région de coulées de lave, de volcans et de cheminées hydrothermales d’une superficie de 2 000 kilomètres carrés. Les bouches qui percent les fonds marins permettent l’évacuation de minéraux à haute température et la formation de structures semblables à des cheminées. Ils ont baptisé cette nouvelle zone Complexe Intrusif Volcanique Diamante-Enotrio-Ovidio, par référence à trois volcans sous-marins au sommet plat qui dominent le fond de la mer.
Des fractures ont permis au magma de remonter à la surface au niveau du Complexe Diamonte-Enotrio-Ovidio, créant ainsi un paysage sous-marin fait de coulées de lave et de volcans. Ces derniers sont maintenant des plateaux car ils dépassaient de la surface lorsque le niveau de la mer était plus bas. Ils se sont ensuite érodés pour prendre leur forme actuelle, avec le sommet plat. Le Complexe volcanique est inactif, mais il y a de petites intrusions de lave dans certaines parties du plancher marin. Les chercheurs pensent que la région pourrait redevenir active dans le futur, et un volcanisme actif se poursuit dans la partie orientale de la Mer Tyrrhénienne. Les chercheurs travaillent à l’élaboration d’une carte des risques volcaniques du Complexe afin de mieux comprendre s’il pourrait mettre en danger les zones habitées qui se trouvent à proximité. Ils étudient également la possibilité d’utiliser le Complexe pour produire de l’énergie géothermique.
Adapté d’un article publié sur le site Web Live Science.

—————————————————-

The article released on September 27th, 2019 in Live Science does not really come as a surprise as we have known for quite a long time that tectonic and volcanic activity once occurred on the seafloor off the coasts of Sicily.

The bottom of the Tyrrhenian Sea, near southwestern Italy, is dotted with geothermal chimneys and flat-topped seamounts which are about 780,000 years old. Volcanism in the region is not really a surprise as active volcanoes like Mount Vesuvius and Mount Etna are standing at a short distance. However, this complex is unusual because it was created by a rare kind of fault system.

The western Mediterranean is seismically restless because of the collision between the African, Eurasian and Anatolian tectonic plates. The situation is made all the more complex by a small chunk of crust – the Adriatic-Ionian microplate, which broke off from the African Plate more than 65 million years ago. It is now being pushed under the larger Eurasian Plate in a subduction process.

As I put it in a previous post, scientists discovered a series of undersea volcanic arcs created by this tectonic situation, starting near the Sardinian coast, with increasingly younger arcs southward and eastward. These arcs were like an arrow pointing ever farther eastward.

Off the coast of Calabria, the researchers found a 2,000-square-kilemetre region of lava flows, volcanic mountains and hydrothermal chimneys. Vents in the seafloor allow hot minerals to spew out and form chimney-like structures. They called the new area the Diamante-Enotrio-Ovidio Volcanic Intrusive Complex, after three flat-topped seamounts that dominate the seafloor.

Fractures are allowed magma to rise to the surface at the Diamonte-Enotrio-Ovidio Complex, creating an undersea landscape of lava flows and mountainous volcanoes. These volcanic seamounts are now plateaus because they protruded from the ocean when the sea level was lower, and they eroded into their present, flat-topped shape. The volcanic complex is inactive, but there are small intrusions of lava in some parts of the seafloor. The researchers think the area could become active in the future, and active volcanism is ongoing on the eastern side of the Tyrrhenian Sea. The researchers are working to build a volcanic risk map of the Complex to better understand if it could endanger human life or property.  They are also investigating the possibility of tapping the Complex to produce geothermal energy.

Adapted from an article published on the Live Science website.

Mer Tyrrhénienne (Source: Google Maps)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : On attend toujours l’éruption…

Il est 21 heures en métropole, 23 heures sur l’île de la Réunion. L’OVPF n’a pas diffusé de nouveau bulletin depuis 4h20 (TU) ce matin et on ne connaît donc pas l’évolution de la sismicité et de l’inflation au cours de la journée du 22 octobre 2019. C’est assez frustrant ; il faudrait que l’IPGP – dont dépend l’OVPF – prenne modèle sur le HVO à Hawaii et l’INGV en Sicile qui communiquent des données en temps réel. Ce soir, les écrans des webcams ne montrent pas la moindre trace d’incandescence et on peut donc penser qu’il n’y a rien de nouveau sur le Piton de la Fournaise. L’éruption se fait toujours attendre. Au vu de la lente inflation et des hésitations du magma pour atteindre la surface, on ne devrait pas assister à un événement de grande ampleur. Il devrait davantage ressembler aux éruptions des mois de juin et d’août 2019.

Il est bon de rappeler le déroulement des événements au cours des dernières heures. Le 21 octobre à 20h15, l’OVPF signalait une belle crise sismique qui s’accompagnait de déformations rapides de l’édifice volcanique. L’Observatoire pensait que le magma était en train de quitter le réservoir et se propageait vers la surface.

A 22h15, patatras ! Alors que tout le monde s’attendait à une éruption imminente, la crise sismique s’est arrêtée, ainsi que les déformations de surface.

Il ne reste plus qu’à attendre. La volcanologie actuelle ne permet pas d’en savoir plus. Pourtant, le Piton est truffé d’instruments et le personnel de l’OVPF est très réactif.

Comme je l’écrivais précédemment, ce n’est pas la première fois que le Piton se montre joueur. Les éruptions du 18 février au 10 mars 2019 et du 3 au 4 avril 2018 avaient été précédées par une intrusion de magma similaire qui s’était arrêtée, respectivement 2 et 3 jours avant le début de l’éruption.

L’accès du public à l’Enclos Fouqué, que ce soit depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier, ainsi que le poser d’hélicoptère dans la zone du volcan, sont interdits jusqu’à nouvel ordre.

Source : OVPF, Préfecture.

Photo: C. Grandpey