Licenciements et réductions budgétaires aux États Unis : Trump joue avec le feu // U.S. layoffs and budget cuts : Trump is playing with fire

La presse américaine, CNN en tête, vient de tomber à bras raccourcis sur la politique de licenciements et de réduction des subventions allouées aux agences en charge de la surveillance des risques naturels aux États Unis par l’Administration Trump.

Les journalistes rappellent au public qu’un séisme majeur – le « Big One » – frappera probablement les États-Unis dans les prochaines décennies. Outre la faille de San Andreas, un danger menace les fonds marins au large de la côte nord-ouest du Pacifique. Après des siècles de frottement de deux plaques tectoniques l’une contre l’autre, la zone de subduction de Cascadia, qui s’étend du nord de la Californie à la Colombie-Britannique, pourrait bien se rompre de notre vivant. Le séisme provoqué par cet événement, de magnitude M9,0, pourrait être dévastateur, accompagné d’un tsunami pouvant atteindre 30 mètres de haut, qui submergerait les villes et villages côtiers. Les chiffres officiels estiment qu’environ 13 800 personnes pourraient mourir et plus de 100 000 autres être blessées. Il pourrait s’agir de la pire catastrophe naturelle que les États-Unis aient connue au cours de l’époque moderne. De nombreux scientifiques affirment que le pays n’est pas préparé à affronter une telle catastrophe. L’équipe scientifique qui a passé des décennies à surveiller la situation a été décimée par les réductions de personnel décidées par l’Administration Trump.

Source: USGS

La plupart des scientifiques interrogés par les médias ont refusé de commenter la situation par crainte de représailles. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), qui supervise les tsunamis et les tempêtes solaires, n’a pas répondu aux questions de CNN.

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Les coupes budgétaires rendent difficile la maintenance des sismographes et des capteurs océaniques qui mesurent la vitesse de propagation des vagues de tsunami. Un scientifique a déclaré : « Être capable de détecter, de prévoir et d’alerter la population de l’arrivée d’un tsunami sauverait des centaines, voire des centaines de milliers de vies. On court un risque en réduisant les capacités de la NOAA à effectuer ce travail.» Des équipes de l’USGS se rendent sur le terrain chaque été pour réparer les instruments. Cela deviendra encore plus difficile car ces fonctionnaires fédéraux, et ceux d’autres agences, se sont vu interdire d’effectuer de nouvelles dépenses, ce qui rend cet tâche pourtant cruciale encore plus ardue.
À l’instar des sismographes disséminés le long de la côte, la NOAA maintient un réseau de capteurs en eaux profondes, conçus pour alerter les scientifiques en cas de déferlement d’une vague de tsunami. Les deux centres d’alerte aux tsunamis de l’agence et le programme du Service météorologique national, qui s’efforce de moderniser ses logiciels obsolètes, ont subi des licenciements. Ces centres de surveillance, fonctionnent 24h/24 et 7j/7 et étaient déjà en sous-effectif. Les nouvelles réductions sont donc extrêmement préoccupantes, notamment compte tenu de la menace d’un séisme et d’un tsunami majeurs dans le Pacifique Nord-Ouest. Tous les scientifiques s’accordent à dire que ces réductions de personnel et les coupes budgétaires accroissent le risque de tsunami et de séisme aux États-Unis ; en cas d’événement majeur, elles auront des conséquences dévastatrices pour les populations côtières et l’économie américaine.

Les capteurs océaniques permettent de suivre la progression des vagues de tsunami (Source: NOAA)

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Il existe deux principaux bureaux de l’USGS chargés de surveiller l’activité volcanique : l’un à Hawaï et l’autre en Alaska. Certains volcanologues de l’USGS ont bénéficié du programme de démission différée. Les observatoires volcanologiques sont surveillés 24h/24 et 7j/7, et en cas d’éruption volcanique majeure, tout le monde est sur le pont. Par conséquent, le manque de personnel se fera nettement sentir en cas de crise volcanique, car tous les scientifiques doivent être mobilisés pour assurer la charge de travail.

Le Kilauea à Hawaï est en éruption intermittente depuis 2024 et d’autres éruptions sont à venir. Les volcanologues surveillent également le Grand Sitkin, un volcan des Aléoutiennes qui émet lentement de la lave depuis le début de l’éruption en 2021. Un autre volcan à surveiller de près est le mont Spurr, en Alaska, où une activité sismique a été détectée récemment.

En Alaska, le Mont Spurr a montré des signes d’activité ces dernières semaines (Crédit photo: AVO)

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Si la plupart des dangers les plus importants nécessitant une surveillance constante se produisent sur Terre, d’autres dangers sommeillent dans le cosmos, notamment, ceux liés à l’activité du Soleil. Les tempêtes solaires se produisent lorsque le Soleil projette du plasma et d’autres particules chargées qui transportent le champ magnétique solaire vers la Terre. Les tempêtes qui en résultent peuvent créer de belles aurores boréales, mais elles peuvent aussi perturber nos réseaux électriques et nos systèmes radio. Ce type de tempêtes est d’autant plus fréquent que le Soleil est dans une phase particulièrement active.
Une douzaine d’experts travaillent au Space Weather Prediction Center de la NOAA à Boulder, dans le Colorado, avec généralement deux scientifiques par équipe de 24 heures. Trois employés ont récemment été licenciés.
Le lancement d’un nouveau satellite était prévu pour mieux mesurer et prévoir la météorologie spatiale, mais l’incertitude autour de la situation actuelle pourrait menacer l’avenir de ce programme certes modeste, mais important.

Source: NASA

Source : Médias d’information américains.

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The U.S. News media,, led by CNN, have just attacked the Trump Administration’spolicy of layoffs and reductions in funding allocated to agencies in charge of the monitoring of natural risks in the United States.

The journalists remind the public that sometime between today and 200 years from now, scientists say a major earthquake – “the Big One” – will hit the United States. Aside from the San Andreas Fault, there is a danger lurking on the sea floor off the Pacific Northwest’s coast: After centuries of two tectonic plates pushing up against each other, the Cascadia subduction zone that runs from Northern California to British Columbia is due to rupture, possibly in our lifetimes. The resulting earthquake could be a devastating M9.0 event, and the subsequent tsunami could be 30 meters high, overwhelming coastal cities and towns. Official figures warn that around 13,800 people could die and more than 100,000 others could be injured. It could be the worst natural disaster the United States has seen in modern times. And many scientists say we are less prepared for it than ever before. The team of scientists that has spent decades keeping watch is being decimated by the Trump Administration’s staffing cuts.

Most scientsist interviewed by the media declined to comment the situation for fear of reprisals. The National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), which oversees tsunamis and solar storms, did not return a request for comment from CNN.

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The budget cuts make it difficultto fix earthquake seismographs and deep ocean sensors that capture how fast tsunami waves are traveling. One scientist said : “Being able to detect forecast and alert people of an incoming tsunami will save hundreds, if not hundreds of thousands of lives. That is the risk we face by reducing the capability to do this work at NOAA.” Teams of scientists from the USGS typically go out every summer to fix broken instruments. This will become more difficult after federal workers there and at other agencies were told they could spend no more than $1 on any single expense, making that critical task increasingly difficult.

Similar to the seismographs scattered along the NOAA keeps a network of sensors deep in the ocean, designed to alert scientists when a tsunami wave rolls through. The agency’s two tsunami warning centers and the National Weather Service program working to modernize their outdated software systems have been hit with firings. The 24/7 monitoring centers were already thinly staffed, and the further reductions are deeply concerning, especially given the threat of an earthquake and tsunami in the Pacific Northwest. All scientists agree to say that these staff cuts and the potential budget cuts make the United States more at risk for a tsunami and earthquake ; they will have devastating impacts for coastal populations and the US economy.

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There are two main USGS offices monitoring volcano activity – one in Hawaii and the other in Alaska. Some USGS volcano scientists have taken the deferred resignation program. The volcano observatories are monitored 24/7, and if there is a big volcanic eruption, it turns into an all-hands-on-deck situation. As a consequence, the staffing shortages will be made much, much worse when there’s a volcanic crisis, because all staff needs to be brought on board to cover the workload.

The Kilauea volcano in Hawaii has been erupting on and off since last year and more eruptions are to come. Volcanologists are also closely watching Great Sitkin, a volcano in the Aleutians that has been slowly spewing lava since it began erupting in 2021. Another volcano to be closely monitored is Alaska’s Mt. Spurr, where recent seismic activity has been detected.

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While many of the biggest hazards that take constant monitoring happen on earth, there are others in the cosmos. Particularly, from the sun. Solar storms happen when the sun flings plasma and other charged particles carrying the sun’s magnetic field toward Earth. The resulting storms can create nice auroras, but they can also wreak havoc on our electric grids and radio systems. And these kinds of storms have been happening more because the sun is in a particularly active phase.

There are roughly a dozen experts who work at NOAA’s Space Weather Prediction Center in Boulder, Colorado, with generally two scientists on any given 24-hour shift. They have recently lost three employees.

The launch of a new satellite had been planned to better measure and predict space weather, but the current uncertainty could threaten the future of a small but important program.

Source : U.S. News media.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

Une puissante éruption s’est produite dans le cratère Laki-laki du Lewotobi (Indonésie) le 18 avril 2025, avec un panache de cendres qui est monté jusqu’à environ 9 km d’altitude. La couleur de l’alerte aérienne est passée de l’Orange au Rouge. Il est conseillé à la population et aux visiteurs d’éviter toute activité dans un rayon de 6 km autour du sommet du volcan.
Le Lewotobi a montré une activité continue ces derniers mois, avec un épisode éruptif le 20 mars qui a projeté des panaches de cendres jusqu’à 16 km d’altitude.
Source : CVGHM.

 

Image de l’éruption du 18 mai 2025

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Une forte éruption s’est produite sur le Sheveluch (Kamchatka, Russie) le 16 mai 2025, avec un panache de cendres qui s’est élevé jusqu’à 12,2 km au-dessus du niveau de la mer. L’activité extrusive-effusive du « Jeune Sheveluch » et l’éruption extrusive du dôme de lave « 300 ans RAS » se poursuivent. La croissance des dômes de lave s’accompagne d’importantes émissions de gaz et de vapeur. La couleur de l’alerte aérienne reste Orange et est maintenue à ce niveau depuis décembre 2006.

La couleur de l’alerte aérienne reste également Orange sur le Karymsky. Elle est maintenue au Jaune sur le Bezymianny et le Klyuchevskoy.
Source : KVERT.

Activité extrusive-effusive sur le « Jeune Sheveluch » (Crédit photo: KVERT)

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Une lueur orange est visible au niveau des deux bouches éruptives dans le cratère de l’Halema’uma’u du Kilauea (Hawaï), signe que le magma reste proche de la surface. Le 19 mai 2025, les inclinomètres ont enregistré environ 6 microradians d’inflation depuis la fin de l’épisode 22. Dans sa mise à jour du 19 mai, le HVO a écrit : « L’épisode 23 devrait commencer dans les 3 à 5 prochains jours. »

Dernière minute : Dans sa mise à jour du 23 mai à 9h40 (heure locale), le HVO revoit sa prévision et prévoit l’apparition des fontaines de lave de l’Épisode 23 d’ici le 25 mai. En effet, l’inflation sommitale a ralenti.

Image webcam de la bouche éruptive nord

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Le Met Office islandais indique que le soulèvement du sol continue à Svartsengi, signe que le magma continue de s’accumuler dans la région. Si la vitesse de soulèvement continue au même rythme que ces derniers jours, on peut s’attendre à une éruption à l’approche de l’automne islandais. Cependant, des changements dans la vitesse de soulèvement du sol pourraient brouiller les cartes. L’activité sismique près du dyke qui s’est formé le 1er avril 2025 continue de diminuer. La plupart des séismes se sont produits dans la partie sud du dyke, mais leur nombre a régulièrement diminué ces derniers jours. L’activité sismique à Fagradalsfjall a également diminué.

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Le PHIVOLCS indique aujourd’hui que la brève éruption du Kanlaon (Philippines), le 13 mai 2025, a consisté en deux émissions successives de matériaux incandescents, avec un panache de cendres qui s’est élevé jusqu’à 8 km au-dessus du cratère. On a également observé des coulées pyroclastiques qui ont parfois dévalé le flanc sud du volcan sur 2 km. Les retombées de cendres ont affecté 51 communautés. Les émissions de SO2 ont atteint en moyenne 5 241 tonnes par jour.
L’activité s’est poursuivie les jours suivants. Le réseau sismique a enregistré 2 à 16 événements quotidiens. Le niveau d’alerte reste à 3 sur une échelle de 0 à 5.

Crédit photo: PHIVOLCS

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L’activité éruptive se poursuit dans le cratère Minamidake du Sakurajima (Japon). Des panaches de cendres s’élèvent encore jusqu’à 3 km au-dessus du sommet. De gros blocs sont parfois éjectés jusqu’à 1,2 km de la bouche éruptive. Les données de déformation ont montré une période de déflation après les explosions du 15 mai 2025, suivie d’une reprise de l’inflation accompagnée de nombreux événements éruptifs. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 5).
Source : JMA.

Séquence éruptive sur le Sakurajima (Crédit photo: JMA)

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about volcanic activity in the world:

A powerful eruption occurred at Lewotobi Laki-laki (Indonesia) on April 18, 2025, with an ash plume up to about 9 km above sea level. The Aviation Color Code was raised from Orange to Red. Residents and visitors are advised to avoid activities within a 6 km radius of the volcano’s summit.

The volcano has been exhibiting continuous activity in recent months, with an event on March 20 which sent ash plumes up to 16 km above sea level.

Source : CVGHM.

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A strong eruption occurred at Sheveluch (Kamchatka, Russia) on May 16, 2025, with an ash plume of ash that rose up to 12.2 km above sea level. Extrusive-effusive activity at the ‘Young Sheveluch’ volcano and extrusive eruption of the ‘300 years RAS’ lava dome continue. The growth of the lava domes is accompanied by vigorous gas-steam emissions. The Aviation Color Code remains at Orange and has been kept at this level since December 2006.

The aviation color code also remains Orange for Karymsky. It is kept at Yellow for Bezymianny and Klyuchevskoy.

Source : KVERT.

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Orange glow is visible from both vents in Kilauea‘s Halema’uma’u Crater (Hawaii), indicating that magma remains close to the surface within the conduits. On May 19th, 2025, tiltmeters recorded approximately 6 microradians of inflationary tilt since the end of episode 22. In its update of May 19th, HVO wrote : « Episode 23 is likely to begin in the next 3-5 days. »

Last minute : In its May 23 update at 9:40 a.m. (local time), HVO revised its forecast and predicted the appearance of Episode 23 lava fountains by May 25. Indeed, summit inflation has slowed in the past hours.

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The Icelandic Met Office indicates that continued uplift is being measured in Svartsengi, indicating ongoing magma accumulation in the area. If the rate of uplift continues at the same rate as recent days, it can be assumed that the likelihood of an eruption will begin to increase as Icelandic autumn approaches. However, changes in the rate of uplift could affect this assessment. Seismic activity near the dike that formed on April 1st 2025 continues to decrease. Most of the earthquakes have occurred at the southern part of the dike, however it has steadily declined in recent days. Seismic activity in Fagradalsfjall has also decreased.

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PHIVOLCS indicates today that the five-minute eruption at Kanlaon (Philippines) on 13 May 2025 consisted of two successive ejections of incandescent material and an ash plume that rose as high as 8 km above the crater, and pyroclastic flows that descended the S flanks as far as 2 km. Ashfall impacted 51 communities. SO2 emissions averaged 5,241 tonnes per day.
Activity continued the next days. The seismic network recorded 2-16 daily events. The Alert Level remains at 3 on a scale of 0-5.

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Eruptive activity continues at Sakurajima‘s Minamidake Crater (Japan). Ash plumes still rise as high has 3 km above the summit. Large blocks are sometimes ejected as far as 1.2 km from the eruptive vent. Deformation data showed a period of deflation after explosions on 15 May 2025, then inflation resumed followed by numerous eruptive events. The Alert Level remains at 3 (on a 5-level scale).

Source : JMA.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Prévision de l’activité éruptive par la couleur de la végétation // Prediction of eruptive activity by vegetation colour

En volcanologie, on sait que la modification des feuilles des arbres peut indiquer qu’un volcan montre des signes d’activité et risque d’entrer en éruption. Grâce à une nouvelle collaboration entre la NASA et la Smithsonian Institution, des scientifiques pensent désormais pouvoir détecter depuis l’espace les changements intervenus dans la végétation.
Lorsque le magma traverse la croûte terrestre, il libère du dioxyde de carbone et d’autres gaz qui remontent eux aussi à la surface. Les arbres qui absorbent ce dioxyde de carbone deviennent plus verts la végétation devient plus luxuriante. Ces changements sont visibles sur les images des satellites de la NASA, comme le Landsat 8, ainsi que sur celles des instruments à bord des vaisseaux spatiaux.
Dix pour cent de la population mondiale vit dans des zones exposées aux risques volcaniques. Il est impossible de prévoir les éruptions volcaniques. Il est donc essentiel de prendre en compte les premiers signes d’activité volcanique dans l’intérêt de la sécurité publique, en particulier aux États-Unis qui sont l’un des pays les plus volcaniques au monde.
Lorsque le magma remonte vers la surface avant une éruption, il libère des gaz, notamment du dioxyde de carbone (CO2) et du dioxyde de soufre (SO2). Les composés soufrés sont facilement détectables depuis l’espace. Cependant, les émissions de CO2 – qui précèdent celles de SO2 – et indiquent qu’un volcan est prêt à se réveiller, sont difficiles à détecter depuis l’espace.
La détection à distance du verdissement de la végétation par le dioxyde de carbone est susceptible d’offrir aux scientifiques un outil supplémentaire – en complément de la sismicité et du gonflement du sol – pour se faire une idée de ce qui se passe sous le volcan.
Les volcans émettent beaucoup de dioxyde de carbone, mais la quantité de CO2 déjà présente dans l’atmosphère est telle qu’il est souvent difficile de mesurer précisément celle d’origine volcanique. Si les éruptions majeures peuvent expulser suffisamment de dioxyde de carbone pour être mesurables depuis l’espace grâce à des capteurs comme l’Orbiting Carbon Observatory 2 de la NASA, la détection de ces signaux d’alerte pré-éruptive, beaucoup plus faibles, reste difficile.
De ce fait, les scientifiques doivent se rendre sur le terrain pour mesurer directement le dioxyde de carbone. Parmi les quelque 1 350 volcans potentiellement actifs dans le monde, beaucoup se trouvent dans des régions reculées ou sur des terrains montagneux difficiles d’accès. La surveillance du dioxyde de carbone sur ces sites est donc difficile, coûteuse et parfois dangereuse. C’est pourquoi des équipes de volcanologues se sont associées à des botanistes et à des climatologues pour observer les arbres afin de surveiller l’activité volcanique. De nombreux satellites peuvent être utilisés pour effectuer ce type d’analyse. Les scientifiques ont comparé les images recueillies par le Landsat 8, le satellite Terra de la NASA, le Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne et d’autres satellites d’observation de la Terre pour surveiller les arbres autour de l’Etna en Sicile. Les observations ont montré une forte corrélation entre la couleur des feuilles des arbres et le dioxyde de carbone généré par le magma.
La validation de l’imagerie satellitaire par les observations sur le terrain est un défi que certains climatologues relèvent en effectuant des relevés d’arbres autour des volcans. Lors de la mission Airborne Validation Unified Experiment: Land to Ocean de mars 2025 avec la NASA et la Smithsonian Institution, les scientifiques ont utilisé un spectromètre installé sur un avion pour analyser les couleurs de la végétation au Panama et au Costa Rica. Un groupe de chercheurs a collecté des échantillons de feuilles d’arbres près du volcan Rincon de la Vieja au Costa Rica tout en mesurant les niveaux de dioxyde de carbone. Ces travaux ont permis une interaction entre écologie et volcanologie. Les chercheurs s’intéressent non seulement à la réaction des arbres au dioxyde de carbone volcanique, un signe avant-coureur d’une éruption, mais aussi à la quantité que les arbres sont capables d’absorber, ce qui est une fenêtre sur l’avenir de la Terre lorsque tous les arbres de la planète seront exposés à des niveaux élevés de dioxyde de carbone.
Toutefois, l’utilisation des arbres comme indicateurs du dioxyde de carbone volcanique présente des limites. De nombreux volcans présentent des environnements où les arbres ne sont pas en nombre suffisant pour être photographiés par satellite. Dans certains environnements forestiers, les arbres réagissent différemment aux variations des niveaux de dioxyde de carbone. De plus, les incendies, les conditions météorologiques changeantes et les maladies des plantes peuvent compliquer l’interprétation des données satellitaires sur les gaz volcaniques.
Cependant, les observations du dioxyde de carbone d’origine volcanique présentent de nombreux avantages. Une équipe scientifique a modernisé le réseau de surveillance du volcan Mayon, aux Philippines, en y intégrant des capteurs de dioxyde de carbone et de dioxyde de soufre. En décembre 2017, des chercheurs philippins ont utilisé ce système pour détecter les signes d’une éruption imminente et ont conseillé des évacuations de la zone autour du volcan. Plus de 56 000 personnes ont été évacuées en toute sécurité avant le début d’une éruption majeure le 23 janvier 2018. Grâce aux alertes précoces, aucune victime n’a été à déplorer.
On peut donc conclure que l’utilisation des satellites pour surveiller les arbres autour des volcans peut permettre aux scientifiques d’avoir un aperçu plus précoce de l’activité volcanique.
Source : NASA.

Végétation en milieu volcanique en Nouvelle Zélande (Photo : C. Grandpey)

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Scientists know that changing tree leaves can indicate when a nearby volcano is becoming more active and might erupt. In a new collaboration between NASA and the Smithsonian Institution, scientists now believe they can detect these changes from space.

As volcanic magma ascends through the Earth’s crust, it releases carbon dioxide and other gases which rise to the surface. Trees that take up the carbon dioxide become greener and more lush. These changes are visible in images from NASA satellites such as Landsat 8, along with airborne instruments.

Ten percent of the world’s population lives in areas susceptible to volcanic hazards. There’s no way to prevent volcanic eruptions, which makes the early signs of volcanic activity crucial for public safety and the United States is one of the world’s most volcanically active countries.

When magma rises underground before an eruption, it releases gases, including carbon dioxide and sulfur dioxide. The sulfur compounds are readily detectable from orbit. But the volcanic carbon dioxide emissions that precede sulfur dioxide emissions – and provide one of the earliest indications that a volcano is no longer dormant – are difficult to distinguish from space.

The remote detection of carbon dioxide greening of vegetation potentially gives scientists another tool — along with seismic waves and changes in ground height—to get a clear idea of what’s going on underneath the volcano.

Volcanoes emit a lot of carbon dioxide, but thereis so much existing carbon dioxide in the atmosphere that it is often hard to measure the volcanic carbon dioxide specifically. While major eruptions can expel enough carbon dioxide to be measurable from space with sensors like NASA’s Orbiting Carbon Observatory 2, detecting these much fainter advanced warning signals has remained elusive.

Because of this, scientists must trek to volcanoes to measure carbon dioxide directly. However, many of the roughly 1,350 potentially active volcanoes worldwide are in remote locations or challenging mountainous terrain. That makes monitoring carbon dioxide at these sites labor-intensive, expensive, and sometimes dangerous.

This why seceral volcanologists have joined forces with botanists and climate scientists to look at trees to monitor volcanic activity. Plenty of satellites cen be used to do this kind of analysis. Scientists have compared images collected with Landsat 8, NASA’s Terra satellite, ESA’s (European Space Agency) Sentinel-2, and other Earth-observing satellites to monitor trees around Mount Etna in Sicily. They have shown a strong correlation between tree leaf color and magma-generated carbon dioxide.

Confirming accuracy on the ground that validates the satellite imagery is a challenge that some climate scientists are tackling with surveys of trees around volcanoes. During the March 2025 Airborne Validation Unified Experiment: Land to Ocean mission with NASA and the Smithsonian Institution, they deployed a spectrometer on a research plane to analyze the colors of plant life in Panama and Costa Rica. A group of investigators collected leaf samples from trees near the active Rincon de la Vieja volcano in Costa Rica while also measuring carbon dioxide levels. The research is a two-way interdisciplinary intersection between ecology and volcanology. The researchers are interested not only in tree responses to volcanic carbon dioxide as an early warning of eruption, but also in how much the trees are able to take up, as a window into the future of the Earth when all of Earth’s trees are exposed to high levels of carbon dioxide.

Relying on trees as proxies for volcanic carbon dioxide has its limitations. Many volcanoes display environments twith not enough trees for satellites to image. In some forested environments, trees respond differently to changing carbon dioxide levels. Moreover, fires, changing weather conditions, and plant diseases can complicate the interpretation of satellite data on volcanic gases.

However, volcanic carbon dioxide observations show many benefits. A scientific team upgraded the monitoring network at Mayon volcano in the Philippines to include carbon dioxide and sulfur dioxide sensors. In December 2017, government researchers in the Philippines used this system to detect signs of an impending eruption and advocated for mass evacuations of the area around the volcano. Over 56,000 people were safely evacuated before a massive eruption began on January 23, 2018. As a result of the early warnings, there were no casualties.

One can conclude that using satellites to monitor trees around volcanoes may give scientists earlier insights into volcanic activity.

Source : NASA.

Mont St Helens (États Unis) : ne pas oublier

Le 18 mai 2025 marquait le 45ème anniversaire de l’éruption du 18 mai 1980 du Mont St. Helens, dans l’État de Washington, aux États Unis.

Photo: C. Grandpey

Après être resté endormi pendant plus d’un siècle, les premiers signes d’activité sont apparus au mois de mars 1980, avec un premier essaim sismique et des événements qui indiquaient que le magma et les gaz volcaniques se frayaient un chemin vers la surface. Au fil des semaines, la pression s’est accumulée à l’intérieur de l’édifice volcanique, provoquant un gonflement inquiétant du flanc nord.

Le matin du 18 mai, un important glissement de terrain, suivi instantanément d’une explosion latérale dévastatrice a marqué le début de l’éruption. Voyageant à plus de 650 km/h, le blast a dévasté 600 km2 de nature sauvage du Pacifique Nord-Ouest. Des lahars, ont déferlé dans les vallées, transportant des débris jusqu’au fleuve Columbia. Les cendres de l’éruption sont montées haut dans l’atmosphère et ont dérivé vers l’est, jusqu’au Minnesota.

Crédit photo: USGS

 En tout, 57 personnes ont perdu la vie, dont le scientifique de l’USGS David A. Johnston, et des milliards de dollars de dégâts ont été constatés dans la région. Quand l’éruption s’est calmée, le Mont St. Helens avait perdu quelque 390 mètres d’altitude.

Stèle à la mémoire des personnes disparues (Photo: C. Grandpey)

Aujourd’hui, l’USGS indique dans ses derniers bulletins que « tous les volcans de la chaîne des Cascades, dans l’Oregon et l’État de Washington, présentent une activité normale, que ce soit le Mont Baker, Glacier Peak, le Mont Rainier, le Mont St. Helens ou le Mont Adams dans l’État de Washington, ainsi que des monts Hood, Jefferson, Three Sisters, Newberry et Crater Lake dans l’Oregon. »

Quand j’ai survolé le Mt St Helens en 2008, on se trouvait à la fin d’un cycle éruptif (2004-2008) marqué par l’extrusion d’un dôme de lave d’où s’échappaient encore des gaz volcaniques. On remarquera la présence du glacier en écharpe autour du dôme.

Photo: C. Grandpey

Début mai 2025, quelques faibles séismes ont été détectés aux monts Rainier, St. Helens et Hood. Au cours du premier semestre de l’année 2024, des séismes de faible magnitude avaient été détectés au mont St. Helens, mais l’activité du volcan e été jugée normale et rien ne justifiait une modification de son niveau d’alerte.

Source : USGS.